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Editorial  

12 mars 2004

Démissions en cascade:
Les partis politiques de l’opposition togolaise à la croisée des chemins
 
Alain Nococo

Dans une de nos éditions précédentes, nous parlions de deux responsables locaux du CAR et de 50 autres membres qui, dans une lettre datée du 27 février et adressée au président national du CAR, avaient annoncé leur démission du parti et dénoncé dans des termes d’une rare violence les tares qui, selon eux, sont à la base de la descente aux enfers de leur parti et pris à parti le leader du CAR Me Agboyibo qu’ils accusent de ‘’diviser pour régner’’ à travers des intrigues de toute sorte.

Quelques jours seulement après les démissions des militants du CAR, ce sont deux ténors du parti de Gilchrist Olympio de claquer à leur tour la porte de leur parti. MM. Silvey KOUASSI et Barthélemy LAWSON-AVLA respectivement ancien et nouveau président fédéral de l’UFC (Lacs) Anèho ont présenté leur démission de l’UFC au cours d’un point de presse tenu le 03 février 2004 à l’Hôtel « The First » à Anèho.

Dans une lettre datée du 1er mars 2004 et adressée au président national et aux membres du bureau national, M. Lawson-Avla Barthélemy a relevé le dysfonctionnement et la déliquescence des structures du parti qui, selon lui sont à la base des échecs répétés.

« Après 13 longues années de lutte, force est de reconnaître que d’échec en échec, les membres du bureau national de l’UFC, ont transformé, de leur propre chef, l’espérance en désespoir et désillusion » indique-t-il. Pour lui, « le manque de lucidité politique, la politique de la chaise vide, les erreurs tactiques, la dictature au sein du parti, la division ethnique et le clientélisme » ont écarté l’UFC de ses objectifs initiaux.

Et dans le mémorandum qu’ils ont rendu public le 03 février 2004, l’ancien président fédéral  de l’UFC M. Silvey Kouassi et plusieurs de ses compagnons de route,  ont à leur tour fait un diagnostic amer de l’UFC. Dès sa création,  l’UFC, précisent-ils, avait suscité tant d’espoir au sein de la population,  mais cet espoir s’est vite transformé en désespoir laissant les militants dans la lassitude et le découragement.

D’un parti de masse, l’UFC ajoute le texte, est devenu par la volonté de ses dirigeants un parti de clans dans lequel les intérêts des populations sont relégués au second plan. Par ailleurs, les militants démissionnaires dénoncent ce qu'il appellent "le manque de lucidité politique, l’impréparation et l’amateurisme des dirigeants de l’UFC" qui n’auraitent aucun respect pour les autres militants.

Ces démissions en cascades traduisent si besoin en était,  le malaise qui existe au sein des formations politiques togolaises et le mensonge et la démagogie dont se sont rendus maîtres les dirigeants de ces formations politiques.

Au début du processus démocratique, plusieurs jeunes, étudiants, chômeurs, artisans, travailleurs ont massivement adhéré aux partis  politiques nouvellement créés à la faveur de   la charte des partis politiques adoptée sur la pression populaire en avril 1991. Dans l’euphorie de ce processus que l’on croyait d’avance gagné, les leaders de ces formations politiques ont certainement manqué de lucidité.

L’adhésion à un parti politique est une question de conviction et d’idéologie et non la recherche d’un quelconque intérêt. Les leaders politiques ont manqué à leur devoir en n’enseignant pas à leurs militants que la survie de leur parti dépend de leurs  cotisations et de ce fait, ils ne  doivent pas attendre tout du parti. Bien au contraire, il suffisait qu’un militant se présente avec son problème au président national et très vite son problème est résolu. Après plusieurs années de lutte sans véritables résultats, presque tous les leaders politiques sont financièrement assis, donc incapables de répondre favorablement aux sollicitations de leurs militants. Il va de soi que les militants leur tiennent rigueur lorsque ceux-ci  se montrent incapables de résoudre leurs problèmes. Cette situation crée malheureusement des mécontentements et des ressentiments. Ceci expliquant cela, l’on pense raisonnablement que cette vague de démission trouve sa racine dans l’incapacité des leaders politiques à tenir leurs engagements. Il est un fait notoire qu’au sein de certaines formations politiques de l’opposition, règne un certain clientélisme et un autoritarisme qui ne disent pas leur nom. Des responsables politiques  se sont mués en véritables dictateurs, n’acceptant aucune critique, même constructive. C’est le triste constat !

Au sein de ces partis politiques on ne s’exprime pas librement. On écoute et on se tait, tel un bébé. On est tenu d’exécuter les mots d’ordre sinon on est qualifié de vendu, de corrompu et de valet de Lomé 2. Quand cette situation perdure sans lendemain pour les militants assommés par une misère viscérale, on  ne  peut constater malheureusement que  les dégâts.

S’il est vrai que,  derrière ces démissions se trouve souvent une main invisible qui tire les ficelles pour discréditer et affaiblir  l’opposition, il est aussi  vrai que la gestion des partis politiques souffre d’un mal profond et il faut le diagnostiquer pour le guérir au lieu de faire comme si de rien n’était et attendre que le pire n'arrive.

En ces temps de crise généralisée où tout le monde tire le dialogue par la queue, même des Togolais de bonne foi et  engagés dans la lutte depuis longtemps, peuvent se laisser aller à la compromission. Il va falloir que les leaders politiques tirent les leçons de ces deux événements et chercher à se corriger afin d’éviter que des larrons tapis dans l’ombre ne profitent pour assouvir leurs ambitions.

            Après le CAR et l’UFC, à qui donc le tour ?

Prisonniers  Po. de Kara

 

Marc PALANGA

Panamnawé BOBOLI

Amegninou Kovi

Mensan Kokou
Kové Sossouvi
Lawson Laté
Dognon Koffi
Kliko Eglo
Kamado Koudjo
Séké Koudjo
 

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