|
Démissions en cascade:
Les
partis politiques de l’opposition
togolaise à la croisée
des chemins
Alain Nococo
Dans une de nos éditions
précédentes, nous
parlions de deux responsables locaux
du CAR et de 50
autres membres qui, dans une lettre datée du
27 février et adressée au président national
du CAR, avaient annoncé leur démission du
parti et dénoncé dans des termes d’une rare
violence les tares qui, selon eux, sont à la
base de la descente aux enfers de leur parti
et pris à parti le leader du CAR Me Agboyibo
qu’ils accusent de ‘’diviser pour régner’’ à
travers des intrigues de toute sorte.
Quelques jours seulement après les
démissions
des militants du CAR, ce sont deux ténors du
parti de Gilchrist Olympio de claquer à leur
tour la porte de leur parti.
MM. Silvey KOUASSI et Barthélemy
LAWSON-AVLA respectivement ancien et nouveau
président fédéral de l’UFC (Lacs) Anèho ont
présenté leur démission de l’UFC au cours
d’un point de presse tenu le 03 février 2004
à l’Hôtel « The First » à
Anèho.
Dans une lettre datée du 1er
mars 2004 et adressée au président national
et aux membres du bureau national,
M. Lawson-Avla Barthélemy a relevé le dysfonctionnement
et la déliquescence des structures du parti
qui, selon lui sont à la base des échecs
répétés.
« Après 13 longues années de lutte, force
est de reconnaître que d’échec en échec, les
membres du bureau national de l’UFC, ont
transformé, de leur propre chef, l’espérance
en désespoir et désillusion » indique-t-il.
Pour lui, « le manque de lucidité politique,
la politique de la chaise vide, les erreurs
tactiques, la dictature au sein du parti, la
division ethnique et le clientélisme » ont
écarté l’UFC de ses objectifs initiaux.
Et dans le mémorandum qu’ils ont
rendu public le 03 février 2004, l’ancien
président fédéral de l’UFC M. Silvey
Kouassi et plusieurs de ses compagnons de
route, ont à leur tour fait un diagnostic
amer de l’UFC. Dès sa création, l’UFC,
précisent-ils, avait suscité tant d’espoir
au sein de la population, mais cet espoir
s’est vite transformé en désespoir laissant
les militants dans la lassitude et le
découragement.
D’un parti de masse, l’UFC ajoute le
texte, est devenu par la volonté de ses
dirigeants un parti de clans dans lequel les
intérêts des populations sont relégués au
second plan. Par
ailleurs, les militants démissionnaires
dénoncent ce qu'il
appellent "le manque de lucidité
politique, l’impréparation et l’amateurisme
des dirigeants de l’UFC"
qui n’auraitent
aucun respect pour les autres militants.
Ces démissions en cascades traduisent si
besoin en était, le malaise qui existe au
sein des formations politiques togolaises et
le mensonge et la démagogie dont se sont
rendus maîtres les dirigeants de ces
formations politiques.
Au début du processus démocratique,
plusieurs jeunes, étudiants, chômeurs,
artisans, travailleurs ont massivement
adhéré aux partis politiques nouvellement
créés à la faveur de la charte des partis
politiques adoptée sur la pression populaire
en avril 1991. Dans l’euphorie de ce
processus que l’on croyait d’avance gagné,
les leaders de ces formations politiques ont
certainement
manqué de lucidité.
L’adhésion à un parti politique est une
question de conviction et d’idéologie et non
la recherche d’un quelconque intérêt. Les
leaders politiques ont manqué à leur devoir
en n’enseignant pas à leurs militants que la
survie de leur parti dépend de leurs
cotisations et de ce fait, ils ne doivent
pas attendre tout du parti. Bien au
contraire, il suffisait qu’un militant se
présente avec son problème au président
national et très vite son problème est
résolu. Après
plusieurs années de lutte sans véritables
résultats, presque tous les leaders
politiques sont financièrement assis, donc
incapables de répondre favorablement aux
sollicitations de leurs militants. Il va de
soi que les militants leur tiennent rigueur
lorsque ceux-ci se montrent incapables de
résoudre leurs problèmes. Cette situation
crée malheureusement des mécontentements et
des ressentiments. Ceci expliquant cela,
l’on pense raisonnablement que cette vague
de démission trouve sa racine dans
l’incapacité des leaders politiques à tenir
leurs engagements. Il est
un fait notoire qu’au sein de
certaines formations politiques de
l’opposition, règne un certain clientélisme
et un autoritarisme qui ne disent pas leur
nom. Des responsables politiques se sont
mués en véritables dictateurs, n’acceptant
aucune critique, même constructive. C’est le
triste constat !
Au sein de ces partis politiques on
ne s’exprime pas librement. On écoute et on
se tait, tel un bébé. On est tenu d’exécuter
les mots d’ordre sinon on est qualifié de
vendu, de corrompu et de valet de Lomé 2.
Quand cette situation perdure sans lendemain
pour les militants assommés par une misère
viscérale, on ne peut constater
malheureusement que les dégâts.
S’il est vrai que, derrière ces démissions
se trouve souvent
une main invisible qui tire les ficelles
pour discréditer et affaiblir l’opposition,
il est aussi vrai que la
gestion des partis politiques souffre d’un
mal profond et il faut le diagnostiquer pour
le guérir au lieu de faire comme
si de rien n’était
et attendre que le pire
n'arrive.
En ces temps de crise généralisée où
tout le monde tire le dialogue par la queue,
même des Togolais de bonne foi et engagés
dans la lutte depuis longtemps, peuvent se
laisser aller à la compromission. Il va
falloir que les leaders politiques tirent
les leçons de ces deux événements et
chercher à se corriger afin d’éviter que des
larrons tapis dans l’ombre ne profitent pour
assouvir leurs ambitions.
Après le CAR et l’UFC, à qui
donc le tour ? |