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Actualité

29 fev. 2004

Abass Saïbou
Au Tribunal privé de Lomé 2 :
Le Directeur du journal « Le Regard » dans le collimateur du pouvoir 
Daniel Garidan

- L'étau se resserre autour d'Abass, Me Agboyibor doit s'expliquer
- Un communiqué du CAR provoque la colère d'Eyadema

Le Mercredi 25 fevrier 2004,  le directeur de publication de l’hebdomadaire « Le Regard », Monsieur Abass Mikaïla Dermane SAIBOU, a passé des heures chaudes devant le magistrat suprême du Togo, le Général Eyadema de la bouche de qui il est sortie la menace suivante:

«Un de ces 4 matins tu vas te retrouver entre 4 murs. C’est toujours toi. Un enfant qui n’écoute pas les conseils, c’est le fouet qu’il lui faut. Et tu es même costaud pour supporter le fouet.» .

Le crime de notre confrère est d’avoir publié un communiqué du CAR parvenu à sa rédaction le 23 février à 20 heures,  au moment où Abass Mikaïla s’apprêtait avec son équipe à quitter les lieux après avoir bouclé leur édition du mardi 24. Compte tenu de l'importance du communiqué du CAR, «j'ai annulé les copies déjà imprimées, ai engagé des dépenses supplémentaires pour sortir le journal.» a déclaré le Directeur du "Regard."

En effet, dans sa livraison N° 375 du 24 février 2004, le journal publiait dans sa manchette: « Tractations pour le dénouement de la crise : Lomé 2 examine les propositions du CAR »

En fait, sous ce titre notre confrère a  rendu public un communiqué intégral du CAR signé de M. Balogou DONKO, président de la Cellule de la Communication du CAR.

Dans ce communiqué, le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) de Me AGBOYIBOR fait état de ce que des représentants du pouvoir désignés par le président Eyadema lui-même seraient en tractations avec une délégation du CAR sur des propositions de sortie de crise transmises par le CAR au chef de l’Etat.

L’on se rappelle en effet, qu’à l’annonce des consultations entre l’UE et le Togo, le CAR avait rendu publique une déclaration datée du 17 novembre 2003, qualifiée de propositions de sortie crise. Cette déclaration qui reposait sur trois constats, interpellait le chef de l’Etat sur la nécessité de « réunir les différentes composantes de la classe politique et de la société civile en un Dialogue national pour un accord politique susceptible de sortir le pays de la crise ».

Les trois constats s'articulaient autour des idées maîtresses suivantes:

- l’obstination du régime à prendre appui sur la force physique pour gouverner tout un peuple contre son gré
;
-  l’adoption de textes discriminatoires au regard du contexte;
-
 et l’emprise des ressentiments sur les comportements politiques.

Selon le communiqué
publié par "Le Regard" et bien d'autres journaux de la place, ces « propositions ont été transmises le 19 novembre 2003 au président de la Commission européenne, Romano Prodi et au président de la République du Togo ».

Le 12 janvier 2004, précise le communiqué, le président de la commission européenne Romano Prodi aurait déclaré avoir « pris bonne note des propositions » formulées par le CAR et lui aurait fait part des mesures qu’il envisagerait prendre pour un dénouement de la crise togolaise.

C’est fort de ces gages qui rendait plus ou moins crédible le communiqué du CAR que M. Abass Dermane a accepté de le publier après avoir bien entendu tenu à informer certains leaders de l’opposition qui, visiblement n’étaient pas informés de la démarche du CAR.

En publiant ce communiqué,  "Le Regard" a, dans un chapeau,  laissé planer le doute sur l’issue de ces tractations ‘’souterraines.’’ On y lit: 

« Faut-il y voir une réelle volonté du Général Président de dialoguer sincèrement avec son opposition ou une mascarade de plus, pour abuser la communauté internationale » ?

L'on voudrait penser que c'est le bout de phrase qui a provoqué la colère d'Eyadema, mais le locataire de Lomé 2 dit ignorer tout de ce qui est contenu dans le communiqué du CAR. L'attaché de presse du chef de l'Etat, Monsieur Wiyawo Evalou a intimé l'ordre à Abass Dermane de se rendre à Lomé 2 pour rencontrer le chef de l'Etat en personne. Abass se rend à Lomé 2 à l'heure indiqué. Il y rencontre Me Agboyibor et Me Hegbor, qui étaient aussi convoqués pour des explications sur ledit communiqué.

Au lieu d'une rencontre en présence de Me Agboyibor pour qu'il défende le communiqué incriminé, ce dernier il n'a pas occupé le siège qui lui était réservé dans la sale où se trouvait Eyadema et Abass Saïbou qui s’est retrouvé seul face à un aréopage de personnalités composées des proches collaborateurs d'Eyadema, des correspondants de RFI, AFP et REUTEURS, ainsi que de plusieurs journalistes de la mouvance présidentielle dont le directeur de publication de « La Nouvelle République », M. Wilfried TCHOUKOULI.

En véritable historien, le chef de l’Etat s’est livré à son exercice favori: raconter à ses interlocuteurs l’histoire du Togo telle qu’il l’a vécue.  Il a alors rappelé la « sombre » histoire du Togo et les efforts qu’il ne cesse de déployer chaque jour que Dieu fait pour le bonheur du peuple malgré les obstacles dressés sur son chemin par les opposants,  « ennemis » du peuple. En substance, Eyadema a accusé Agboyibor en disant à peu près ceci: «Quand j'ai proposé un dialogue après le 1er juin, certains sont venus me voir, mais d’autres ont refusé ; parmi ceux-là se trouve maître Agboyibo que j’ai invité à venir ici mais  il  a refusé arguant qu’il voudrait  me rencontrer seul ; je sais qu’il veut mentir comme il en a l’habitude.» Eyadema a alors demandé au confrère Abass de prouver que la proposition du CAR se trouve sur sa table et en passe d’être examinée. Affirmant qu’il n’a jamais eu connaissance de la déclaration du CAR, Eyadema a dit qu’il déposerait une plainte contre Abass qui tenta en vain et seul (sans Agboyibor pourtant présent dans les jardins de Lomé 2) de prouver qu'il n'a rien inventé et qu'il était écrit noir sur blanc dans le communiqué du CAR que «Ces propositions ont été transmises le 19 novembre au président de la commission de l’Union Européenne et au président de la République du Togo».

Intervenant à son tour, le président de l’Assemblée nationale M. Fambaré Natchaba comme pour faire passer notre confrère à la guillotine a dit que le terme « mascarade » utilisé par lui  dans son chapeau était une « atteinte à l’honneur du chef de l’Etat : «Cet enfant a toujours été comme ça, il ne changera pas, c’est un traître, un escroc ; ce sont eux qui nuisent à vos efforts, M. le président » a déclaré Famabaré Natchaba et d'ajouter qu'Abass veut se faire martyr.

Pour sa part, le PM dans son speech,  a d’abord demandé à Abass s’il était Togolais et s'il aimait vraiment son pays. Les deux métayers du général n’ont pas  raté l’occasion en or à eux offerte  pour jeter leur dévolu sur les leaders de l’opposition qu’ils ont traîné dans la boue comme des moins que rien et pour qui notre confrère travaillerait. C'est alors que M. Eyadema, tout furieux a laché la menace indiquée plus haut.

L’ambiance était électrique et c’est le ministre de la communication M. Pitang Tchalla qui a su mettre de l’eau au moulin par ses interventions pour calmer l’ardeur du chef de l'Etat et de ces lieutenants.

Après une interruption qui a permis au général de recevoir Me Agboyibo  conformément à son désir (désir d'Agboyibor), la partie a repris de plus belle.

A la reprise, un fait marquant : la présence de M. Lucien Messan, directeur de la Rédaction du journal « Le Combat du Peuple » dans la salle d’audience. Que venait-il chercher  là ?

C’est le ministre de la communication Pitang Tchalla qui s’est levé pour faire le briefing à Lucien  qui était absent des lieux. Et le chef de l'Etat de lui demander ce qu’il en pensait. M. Lucien a révélé que Me Agboyibo lui avait parlé de ce document qu’il  s’apprêtait à rendre public et qu’il  le lui aurait vivement déconseillé essimant que le moment n’était pas indiqué. Me Agboyibo lui aurait dit qu’il a pris bonne note et l’en aurait remercié pour ses conseils. C’est à sa grande surprise, devait ajouter Lucien Messan,  qu’il a été informé de la publication du document.  Il n’en fallait pas de bien meilleure occasion pour que Lucien dise devant le chef de l’Etat que les politiciens togolais   ne sont pas sérieux. Après cela, le Général Eyadema a demandé à Lucien de parler de M. Abass: « Où l’as-tu trouvé ?»  lui demanda-t-il sur un ton menaçant. Et à Lucien de répondre: «Mon président c’est une longue histoire !»

Harry Olympio qui a assisté à l’audience est intervenue aussi pour insinuer que le chef de l’Etat était gentil en convoquant Abass pour l’entendre, et que
si c’était lui,  ce serait autre chose.  «dorénavant,  tu écris sur moi, je vais te frapper dans la rue » a-t-il laissé entendre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout cela apparaît comme un véritable coup  monté pour sacrifier notre confrère qui n’a fait que son travail.

Le Regard n’est pas le seul journal  à avoir publié le communiqué. « Le Flambeau des Démocrates », un autre hebdomadaire  qui sort le même jour que « Le Regard » a même  été plus expressif dans sa manchette :
« Vers un dénouement de la crise politique au Togo ? Me Yawovi Agboyibo entame des concertations avec le pouvoir RPT dans la perspective des consultations UE-Togo »

Beaucoup de questions demeurent sans réponse autour de cette affaire et qui laissent planer des doutes malgré les  preuves présentées dans l'après-midi du vendredi 27 fevrier par Me Agboyibo  au cours de son point de presse.

Pour certains confrères très touchés par ce qui est arrivé à Abass mercredi dernier, Me Agboyibo et Lucien se seraient entendu pour tendre un piège à Abass car disent ils, depuis que
togoforum a publié  un dossier sur Lucien, ce dernier en veut à Abass et serait en train de fomenter un coup pour l’envoyer en prison. Mais ces confrères n'arrivent pas à démontrer que Me Agboyibor gagnerait à piéger Abass Saïbou.  Lucien Messan s'était quant à lui attaqué à Abass en l'accusant d'être l'auteur du dossier publié sur lui. Il semble, selon certaines indiscrétions,  que Lucien aurait dit à Lomé 2 que c’est parce qu’on n’a pas envoyé Abass en prison qu’il continue de se comporter ainsi. La présence de Lucien à Lomé 2 dans une affaire qui, en principe ne le concerne pas, est une preuve suffisante selon certains   que Lucien Messan a beaucoup parlé d’Abass au chef de l’Etat. Sinon qu’est-ce qui justifie le privilège qui lui a été accordé de se prononcer sur le sujet ? A moins d'une explication claire de Maître Agboyibor, on ne comprend pas pourquoi il n'a pas occupé son siège dans la même sale qu'Abass et Eyadema et pourquoi il a été reçu à part. Mais selon Eyadema, Agboyibor aurait refusé de prendre son siège qui l'attendait dans ce tribunal spécial. Nous recueillirons l'explication du leader du CAR plus tard sur ce point particulier. 

Sous la pression des journalistes le vendredi dernier, Maître Agboyibor a lâché que les personnalités proches du pouvoir concernées dans son document s'appellent respectivement M. Faure Gnasingbé et M. ASSOUMA Aboudou. Me Agboyibo a révélé que c’est le fils du chef de l'Etat, M. Faure Gnassingbé qui lui a téléphoné pour lui dire que le chef de l’Etat souhaitait des échanges sur ses propositions.

Communiqué du Comité d'Action pour le Renouveau (CAR)  

« Par déclaration faite le 17 novembre 2003 à l’occasion de l’annonce des consultations entre l’Union européenne et le Togo, le CAR a rendu publique sa proposition demandant au chef de l’Etat de réunir l’ensemble de la classe politique et la société civile en un dialogue national pour la mise en place d’institutions consensuelles transitoires susceptibles de sortir le pays de la crise socio-politique. 

Ces propositions ont été transmises le 19 novembre au président de la commission de l’Union Européenne et au président de la République du Togo.

Le président de la commission de l’Union européenne a, par correspondance en date du 12 janvier 2004, déclaré avoir « pris bonne note des propositions » formulées par le CAR et lui a fait part des mesures qu’il envisage pour aider au dénouement de la crise togolaise.

Le président de la République Togolaise, a désigné des représentants pour des échanges avec une délégation du CAR sur la proposition qui lui a été transmise.

La population sera tenue informée.

 Fait à Lomé, le 23 février 2004  
Pour le CAR, M. Balogou DONKO
Président de la Cellule de Communication du CAR

Prisonniers  Po. de Kara

 

Marc PALANGA

Panamnawé BOBOLI

Amegninou Kovi

Mensan Kokou
Kové Sossouvi
Lawson Laté
Dognon Koffi
Kliko Eglo
Kamado Koudjo
Séké Koudjo
 

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