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Le Mercredi
25 fevrier
2004,
le
directeur de publication de
l’hebdomadaire « Le
Regard »,
Monsieur
Abass Mikaïla
Dermane
SAIBOU, a passé des heures chaudes
devant le magistrat suprême
du Togo, le Général Eyadema de la bouche de
qui il est sortie la menace suivante:
«Un de ces 4 matins
tu vas te retrouver entre 4 murs. C’est
toujours toi. Un enfant qui
n’écoute
pas les conseils,
c’est le fouet qu’il lui faut. Et tu es même
costaud pour supporter le fouet.»
.
Le crime de notre confrère
est d’avoir publié
un communiqué du CAR parvenu à
sa
rédaction
le
23 février
à 20
heures,
au moment où Abass Mikaïla s’apprêtait avec
son équipe à quitter les lieux après avoir
bouclé leur édition
du mardi 24.
Compte tenu de l'importance du communiqué du
CAR, «j'ai annulé les copies déjà
imprimées, ai engagé des dépenses
supplémentaires pour sortir le journal.»
a déclaré le Directeur du "Regard."
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En effet, dans sa livraison
N° 375 du 24 février 2004, le journal
publiait dans sa manchette:
« Tractations pour le dénouement de la
crise : Lomé
2 examine les propositions du
CAR »
En fait, sous ce titre notre
confrère a rendu public
un
communiqué
intégral
du
CAR signé de M. Balogou DONKO, président de
la Cellule de la Communication du CAR.
Dans ce communiqué, le
Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) de
Me AGBOYIBOR fait état de ce que des
représentants du pouvoir désignés par le
président Eyadema
lui-même
seraient en tractations
avec une délégation du CAR
sur des
propositions de sortie de crise transmises
par le CAR au chef de l’Etat.
L’on se rappelle en effet,
qu’à l’annonce des consultations entre l’UE
et le Togo, le CAR avait rendu publique une
déclaration datée du 17 novembre 2003,
qualifiée de propositions de sortie crise.
Cette déclaration qui reposait sur trois
constats,
interpellait
le chef de l’Etat sur la nécessité de
« réunir les différentes composantes de la
classe politique et de la société civile en
un Dialogue national pour un accord
politique susceptible de sortir le pays de
la crise ».
Les trois constats s'articulaient autour des
idées maîtresses suivantes:
- l’obstination du régime à prendre appui
sur la force physique pour gouverner tout un
peuple contre son gré;
-
l’adoption de textes
discriminatoires au regard du contexte;
-
et l’emprise des
ressentiments sur
les comportements politiques.
Selon le communiqué
publié par "Le Regard" et
bien d'autres journaux de la place, ces
« propositions ont été
transmises le 19 novembre 2003 au président
de la Commission européenne, Romano Prodi et
au président de la République du Togo ».
Le 12 janvier 2004, précise
le communiqué, le président de la commission
européenne Romano Prodi aurait déclaré avoir
« pris bonne note des propositions »
formulées par le CAR et lui aurait fait part des
mesures qu’il envisagerait prendre pour un
dénouement de la crise togolaise.
C’est fort de ces gages
qui rendait plus ou moins crédible le
communiqué du CAR que
M. Abass Dermane a accepté de
le
publier après avoir bien entendu tenu à
informer certains leaders de l’opposition
qui, visiblement n’étaient pas informés de
la démarche du CAR.
En publiant ce communiqué,
"Le Regard"
a, dans un chapeau, laissé
planer le doute sur l’issue de ces
tractations ‘’souterraines.’’
On y lit:
« Faut-il y voir une réelle volonté du
Général Président de dialoguer sincèrement
avec son opposition ou une mascarade de
plus, pour abuser la communauté
internationale » ?
L'on voudrait penser que
c'est le bout de phrase qui a provoqué la
colère d'Eyadema, mais le locataire de Lomé
2 dit ignorer tout de ce qui est contenu
dans le communiqué du CAR. L'attaché de
presse du chef de l'Etat, Monsieur Wiyawo
Evalou a intimé l'ordre à Abass Dermane de se
rendre à Lomé 2 pour rencontrer le chef de
l'Etat en personne. Abass se rend à Lomé 2 à
l'heure indiqué. Il y rencontre Me Agboyibor
et Me Hegbor, qui étaient aussi convoqués
pour des explications sur ledit communiqué.
Au lieu d'une
rencontre en présence de Me Agboyibor pour
qu'il défende le communiqué incriminé, ce
dernier il
n'a pas occupé le siège qui lui était
réservé dans la sale où se trouvait Eyadema
et Abass Saïbou qui
s’est retrouvé seul face à
un aréopage de personnalités composées des
proches collaborateurs d'Eyadema,
des
correspondants de RFI, AFP et REUTEURS,
ainsi que de plusieurs journalistes de la
mouvance présidentielle dont
le
directeur de publication
de « La Nouvelle République »,
M.
Wilfried TCHOUKOULI.
En véritable historien, le
chef de l’Etat s’est livré à son exercice
favori:
raconter à ses
interlocuteurs l’histoire du Togo telle
qu’il l’a vécue. Il a alors rappelé la
« sombre » histoire du Togo et les efforts
qu’il ne cesse de déployer chaque jour que
Dieu
fait
pour le
bonheur du peuple malgré les obstacles
dressés sur son chemin par les opposants,
« ennemis » du peuple.
En substance, Eyadema a accusé Agboyibor en
disant à peu près ceci:
«Quand j'ai proposé un dialogue après le 1er juin, certains sont venus me voir,
mais d’autres ont refusé ; parmi ceux-là se
trouve maître Agboyibo que j’ai invité à
venir ici mais il a refusé arguant qu’il
voudrait me rencontrer seul ; je sais qu’il
veut mentir comme il en a l’habitude.»
Eyadema
a alors demandé au confrère
Abass
de
prouver
que la
proposition du CAR se trouve sur sa table et
en passe d’être examinée. Affirmant
qu’il n’a jamais eu connaissance de la
déclaration du CAR,
Eyadema
a dit qu’il
déposerait une plainte contre Abass
qui tenta en vain et seul (sans Agboyibor
pourtant présent dans les jardins de Lomé 2)
de prouver qu'il n'a rien inventé et qu'il
était écrit noir sur blanc dans le
communiqué du CAR que «Ces
propositions ont été transmises le 19
novembre au président de la commission de
l’Union Européenne et au président de la
République du Togo».
Intervenant à son tour, le
président de l’Assemblée nationale M.
Fambaré Natchaba comme pour faire passer
notre confrère à la guillotine a dit que le
terme « mascarade » utilisé par lui dans
son chapeau était une « atteinte à l’honneur
du chef de l’Etat :
«Cet enfant a toujours été
comme ça, il ne changera pas, c’est un
traître, un escroc ; ce sont eux qui nuisent
à vos efforts, M. le président » a
déclaré Famabaré Natchaba et d'ajouter
qu'Abass veut se faire martyr.
Pour sa part, le PM dans son
speech, a d’abord demandé à Abass s’il
était Togolais
et s'il aimait
vraiment son pays.
Les deux métayers du général
n’ont pas raté l’occasion en or à eux
offerte pour jeter leur dévolu sur les
leaders de l’opposition qu’ils ont traîné
dans la boue comme des moins que rien et
pour qui notre confrère travaillerait.
C'est alors que M. Eyadema, tout furieux a
laché la menace indiquée plus haut.
▲
L’ambiance était électrique
et c’est le ministre de la communication M. Pitang Tchalla qui a su mettre de l’eau au
moulin par ses interventions pour calmer
l’ardeur du chef
de l'Etat et de ces lieutenants.
Après une interruption qui a
permis au général de recevoir Me Agboyibo
conformément à son désir
(désir d'Agboyibor), la partie a repris
de plus belle.
A la reprise, un fait
marquant : la présence de M. Lucien Messan,
directeur de la Rédaction du journal « Le
Combat du Peuple » dans la salle
d’audience. Que venait-il chercher là ?
C’est le ministre de la
communication Pitang Tchalla qui s’est levé
pour faire le briefing à Lucien
qui était absent des lieux.
Et le chef
de l'Etat
de lui demander ce
qu’il en
pensait. M. Lucien a
révélé que Me Agboyibo lui avait parlé de ce
document qu’il s’apprêtait à rendre public
et qu’il le
lui aurait vivement déconseillé
essimant que le moment n’était pas indiqué.
Me Agboyibo lui aurait dit
qu’il a pris bonne note et l’en
aurait
remercié pour ses conseils.
C’est à sa grande surprise,
devait
ajouter
Lucien Messan,
qu’il a été informé de
la publication du
document.
Il n’en fallait pas
de bien meilleure
occasion
pour que Lucien dise devant
le chef de l’Etat que les politiciens
togolais ne sont pas sérieux.
Après cela,
le Général
Eyadema a demandé à Lucien de parler de M. Abass:
« Où l’as-tu trouvé ?»
lui
demanda-t-il sur
un ton menaçant.
Et
à
Lucien de répondre:
«Mon
président c’est une longue histoire !»
Harry Olympio qui a assisté
à l’audience est intervenue aussi pour
insinuer que le chef de l’Etat était gentil
en convoquant Abass pour l’entendre, et que
si
c’était lui, ce serait autre chose.
«dorénavant, tu écris sur moi, je
vais te frapper dans la rue » a-t-il
laissé entendre.
Le moins que l’on puisse
dire, c’est que tout cela apparaît comme un
véritable coup monté pour sacrifier
notre confrère qui n’a fait que son travail.
Le Regard n’est
pas le seul journal à avoir publié le
communiqué. « Le Flambeau des
Démocrates », un autre hebdomadaire qui
sort le même jour que « Le
Regard » a même été plus expressif dans
sa manchette :
« Vers un dénouement de la crise politique
au Togo ? Me Yawovi Agboyibo entame des
concertations avec le pouvoir RPT dans la
perspective des consultations
UE-Togo »
Beaucoup de
questions demeurent sans réponse autour de cette affaire
et qui laissent planer des
doutes malgré les preuves présentées
dans l'après-midi
du vendredi 27 fevrier par Me Agboyibo au cours de son
point de presse.
Pour certains confrères
très touchés par ce qui est arrivé à Abass
mercredi dernier, Me Agboyibo et Lucien se
seraient entendu pour tendre un piège à
Abass car disent ils, depuis que
togoforum a
publié un dossier sur Lucien, ce dernier en
veut à Abass et serait en train de fomenter
un coup pour l’envoyer en prison.
Mais ces confrères n'arrivent pas à
démontrer que Me Agboyibor gagnerait à
piéger Abass Saïbou.
Lucien Messan s'était
quant à lui
attaqué à Abass en l'accusant
d'être l'auteur du dossier publié sur lui.
Il semble,
selon certaines indiscrétions, que Lucien
aurait dit à Lomé 2 que c’est parce qu’on
n’a pas envoyé Abass en prison qu’il
continue de se comporter ainsi. La présence
de Lucien à Lomé 2 dans une affaire qui, en
principe ne le
concerne pas, est une preuve
suffisante selon certains que Lucien Messan a beaucoup
parlé d’Abass au chef de
l’Etat. Sinon qu’est-ce qui justifie le
privilège qui lui
a été accordé de se
prononcer sur le sujet ?
A moins d'une explication claire de Maître
Agboyibor, on ne comprend pas pourquoi il
n'a pas occupé son siège dans la même sale
qu'Abass et Eyadema et pourquoi il a été
reçu à part. Mais selon Eyadema, Agboyibor
aurait refusé de prendre son siège qui
l'attendait dans ce tribunal spécial. Nous
recueillirons l'explication du leader du CAR
plus tard sur ce point particulier.
Sous la pression des
journalistes
le vendredi dernier, Maître Agboyibor a
lâché que les personnalités proches du
pouvoir concernées dans son document
s'appellent respectivement M. Faure
Gnasingbé et M. ASSOUMA Aboudou.
Me Agboyibo a
révélé que c’est le fils du
chef de l'Etat,
M.
Faure Gnassingbé qui lui
a téléphoné
pour lui dire que le chef de l’Etat souhaitait
des échanges sur ses
propositions.
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