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Actualité

3 fev. 2004

Pour conjurer les dissensions internes à l’UFC :
Gilchrist Olympio déterminé à ressouder son parti à la base

(Motion d'Information N°261 du 02 au 08 février 2004) 

Depuis quelques semaines, l’Union des Forces du Changement (UFC), le parti de Gilchrist Olympio, principal opposant au régime du général président Eyadéma, traverse une crise interne qui s’étale désormais sur la place publique suite à la publication par la presse, des correspondances échangées entre certains jeunes et la direction nationale du parti.

Se fondant sur une mésentente qui oppose les membres du bureau national de l’UFC et des jeunes de cette formation, certaines sources prêtent aux jeunes contestataires de vouloir créer leur propre parti. Selon les écrits parus dans la presse, les jeunes de l’UFC, à travers plusieurs communiqués rendus publics en janvier, « dénoncent un manque de dialogue au sein du parti et réclament la tenue d’un Congrès pour le renouvellement des membres du bureau national ». Certains analystes vont jusqu’à prêter aux jeunes se réclamant de la branche estudiantine du parti, membres de la Nouvelle Dynamique Populaire (NDP), elle-même regroupant plusieurs jeunes de divers partis de l’opposition, de vouloir « briser le mythe Gilchrist Olympio».

Il est inutile de revenir ici sur le contenu détaillé des correspondances échangées entre les jeunes de la NDP et la direction nationale de l’UFC ; ces documents ont été amplement publiés par d’autres confrères. De toute évidence, il semble que l’on a donné à cette affaire une ampleur que, ni les jeunes de la NDP, ni les dirigeants de l’UFC, n’auraient voulu lui donner. Sans doute, l’absence de Gilchrist Olympio du terrain, pour les raisons que l’on sait, est pour beaucoup dans cette évolution d’une crise interne, somme toute, inhérente à toute formation politique opérant dans un contexte difficile et pour le moins, hostile.

Le contenu des correspondances des jeunes de la NDP à leurs dirigeants n’a aucune comme mesure avec la lettre adressée par Dahuku Péré à ses collègues membres du Comité Central du RPT et au président du parti, le général Eyadéma. Les problèmes que posent les jeunes à la direction nationale de l’UFC et ne sont rien par rapport aux graves accusations portées contre le président et la direction du RPT par l’ancien baron Agbéyomé Kodjo. Et pourtant, le RPT n’en est pas mort. A ce jour, ni Dahuku Péré, ni Agbéyomé Kodjo n’ont créé leur propre parti. Ils continuent de se réclamer du RPT qu’ils ambitionnent de rénover.

Le régime RPT se frotte les mains et semble de façon sibylline, encourager pour l’UFC, des solutions qu’il n’a pas été capable d’appliquer lorsqu’il s’est agi du RPT alors même que les problèmes posés au RPT par Dahuku Péré et Agbéyomé Kodjo étaient hautement plus graves que ceux rencontrés aujourd’hui par le parti de Gilchrist Olympio. Aussi bien à la direction de l’UFC qu’au sein des jeunes contestataires, tout le monde doit pouvoir tirer des leçons positives de cet exemple récent du RPT. Au-delà des états d’âme des uns et des autres, il convient néanmoins de ne pas nier l’existence d’un certain malaise au sein des partis de l’opposition et plus particulièrement au sein de l’UFC.

Après l’épisode présidentiel de 2003, semblable en tous points à celui de 1998, il est dans l’ordre naturel des choses que certains militants de l’UFC s’interrogent et manifestent des appréhensions et des inquiétudes pour l’avenir. En 1998, après le coup de force électoral, Gilchrist Olympio avec promis aux Togolais, une guérilla qui ne fut que paroles en l’air. En 2003, après le « vol » de la victoire de Bob Akitani, le même Gilchrist Olympio a d’abord commencé par proposer la formation d’un gouvernement de combat en exil pour finir par proposer un nouveau dialogue avec Eyadéma assortie à l’avance d’une amnistie totale pour le tyran.

Si une telle proposition avait été faite par un autre leader de l’opposition, Gilchrist Olympio aurait été le premier à crier à la trahison ; ce leader aurait été vilipendé partout au Togo et à l’extérieur ; Gilchrist Olympio aurait été le premier à l’accuser d’être allé se prostituer à Lomé II.

Comment a-t-on pu passer en si peu de temps du parti le plus radical à un parti « couilles molles » ? A quel niveau ce virage s’est-il décidé ? Les militants de base, chargés d’expliquer aux populations des quartiers, des villes et des villages, ont-ils été associés à cette nouvelle orientation du parti ? Sans doute non ? « C’est généralement sur RFI que les militants et les dirigeants locaux de l’UFC apprennent les décisions et les orientations politiques de leur parti », nous a avoué un haut cadre de l’UFC.

En l’absence de Gilchrist Olympio, il est normal que ceux qui le représentent sur le terrain, cristallisent sur leurs noms, les ressentiments et les mécontentements des militants de base. L’UFC, a cette chance d’être un des rares partis politiques togolais à disposer d’un véritable réseau de militants réparti sur quasiment toute l’étendue du territoire. Cette organisation est un héritage du temps où l’UFC était un regroupement de huit partis politiques dont les audiences mises bout à bout, couvraient la totalité du territoire national. Du fait de cette implantation, les mécontentements révélés aujourd’hui par les jeunes de la NDP symbolisent un mouvement qui va au-delà d’un petit groupe d’Etudiants loméens.

Selon les informations recueillies de sources proches des jeunes de la NDP et, contrairement aux insinuations de certaines sources, les revendications aujourd’hui mises en avant par les jeunes, ne signifient nullement une mise en cause du leadership de Gilchrist Olympio sur le parti. L’UFC, à l’instar de toute formation politique crédible, a besoin d’un porte-drapeau, d’un nom qui symbolise le parti dans la mémoire collective. On ne devient pas leader charismatique sur concours. Les jeunes UFC de la NDP le savent mieux que quiconque. C’est certainement pour cette raison qu’ils ont placé leurs revendications non pas en dehors de l’UFC, mais au sein de l’UFC.

Les jeunes UFC savent qu’ils ne représentent aujourd’hui quelque chose que par rapport à l’UFC et que l’UFC n’existe que par rapport à Gilchrist Olympio tant sur les plans politique que matériel et financier, ce qui n’est pas rien. Hors de l’UFC, les jeunes de la NDP seraient des anonymes et resteraient des anonymes. Remettre en cause le leadership de Gilchrist Olympio relèverait de la part de ces jeunes, d’une grossière maladresse politique et donnerait raison aux rumeurs faisant état de manipulation par des « mains invisibles » déterminées à casser l’UFC et le « mythe Gilchrist Olympio ».

Ce que revendiquent les jeunes, c’est un débat en Congrès pour recentrer les orientations politiques du parti ; l’UFC doit-elle changer de cap et envisager une réconciliation et une co-gestion des affaires du pays avec le RPT ou doit-elle au contraire, renforcer l’adversité et l’affrontement avec le pouvoir RPT ? Il s’agit là d’une question essentielle à laquelle il faut répondre. Des partis comme le CAR ou la CPP ont, depuis toujours, fondé leur philosophie politique sur une certaine modération vis-à-vis du régime et un cheminement « pacifique et progressif » vers la démocratie. C’est un choix politique qui vaut ce qu’il vaut.

Jusqu’à présent, l’UFC a toujours représenté dans l’esprit des Togolais, le parti radical, hostile à tout compromis et à toute compromission avec le RPT. Porte-flambeau de l’opposition dite « radicale », l’UFC incarne le principe selon lequel, la conquête de la démocratie ne peut résulter que d’une lutte populaire frontale face au régime RPT pour lui imposer des élections libres et transparentes permettant au peuple togolais de choisir librement ses dirigeants.

Après 1998 et 2003, il est normal de faire le bilan du chemin parcouru et de définir des perspectives nouvelles. Si le Togo était un pays normal, les jeunes n’auraient même pas eu besoin de poser ces problèmes. Le contexte togolais est ce qu’il est et il faut en tenir compte. Pour autant, les dirigeants de l’UFC auraient tort de se cacher derrière des arguties pour minimiser les problèmes soulevés par les jeunes. Les responsables politiques ont besoin d’être de temps en temps secoués par les militants au nom desquels ils prétendent s’exprimer. Continuer à faire la sourde oreille serait la pire des réponses à apporter à des problèmes réels.

Ni les jeunes, ni l’opposition dans son ensemble n’ont aucun intérêt à une éventuelle disparition de l’UFC. Les jeunes de la NDP ne doivent pas perdre de vue que leur propre force en tant que militants avant-gardistes, n’existera que dans le cadre d’un parti politique UFC fort. Il n’y a aucune main invisible derrière ce mouvement de contestation ; seule, une certaine maladresse dans la gestion de la crise et une réelle sous-estimation de l’ampleur du mécontentement, ont conduit à un niveau de mésentente qu’au départ, personne ne souhaitait vraiment.

Il est encore possible de redresser la barre ; tous les regards se tournent désormais vers Gilchrist Olympio qui devra mettre tout le poids de sa notoriété dans la balance pour ressouder son parti à la base et lui redonner la nouvelle vitalité dont il a besoin. De sources proches de l’UFC, il semblerait que ce soit le président soit décidé à prendre les choses en mains.

Gilbert MESSANGAN

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