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Actualité

31 jan. 2004

Gilbert Atsu

Interview de Atsu Gilbert au journal l'Evénement
Propos recueilli par Dimas Dzikodo


Après le scrutin présidentiel controversé du 1er juin 2003 et plus précisément le 29  novembre 2003, les militants de l'UFC membres de la NDP adressaient une correspondance au bureau national de l'UFC pour dénoncer certaines méthodes du parti.

De quoi était-il question?


Je crois que des correspondances, nous en avons toujours échangées depuis 1999 entre les responsables et la Branche Estudiantine du parti que nous avons animée jusqu’à une période récente. Nous avons toujours attiré l’attention des responsables sur certains dérapages ou prise de positions qui n’étaient pas de nature à améliorer l’image du parti ou à faire progresser le processus démocratique dans notre pays. Mais revenons à la crise actuelle ; après une conférence de presse que la NDP a animé à l’école professionnelle, nous avons jugé utile d’envoyer à chaque parti politique de l’opposition une copie de notre déclaration liminaire ainsi qu’une copie de notre projet de forum. Donc le 31 octobre ce courrier a été déposé à l’état major de tout les partis politiques ainsi que dans les chancelleries. Je rappelle que dans cette déclaration liminaire nous avons fait une analyse objective de la situation en affirmant clairement que l’opposition togolaise de par ses querelles, divisions, conflits de leadership est d’une manière ou d’une autre aussi responsable de la crise que traverse notre pays au même titre que le pouvoir.

Nous avons été reçu par certains leaders qui ont eu le courage de reconnaître la justesse de notre analyse. Nous avons été appelé dans les chancelleries où les diplomates nous ont félicité et encouragé. Mais contre toute attente, l’UFC en réponse au document de la NDP, a envoyé le 7 novembre 2003 un courrier non pas à la NDP mais aux militants de l’UFC membres de la NDP. Dans ce courrier il disait je cite : « nous regrettons d’avoir à vous  dire que les positions et thèse de la NDP exprimées dans la déclaration liminaire sont une copie conforme des thèses soutenues par le régime RPT dans ses ruses, circonvolutions et autres manœuvres puériles visant à dissimuler la cause fondamentale de la crise togolaise : le refus de la démocratie et de l’alternance au pouvoir (…) ces positions et thèses sont inconciliables avec la vision de notre parti. Il est inconcevable que l’UFC soit considérée comme coresponsable de la crise politique et de ses graves répercussions sur les conditions de vie des populations togolaises. »

Dans ce même courrier, ils invitaient les militants du parti membres de la NDP à tirer les conséquences que cette situation impliquait pour eux. Après réception de ce projet, nous avons tenu une réunion avec les jeunes du parti membres de la NDP ; et c’est avec querelle que nos camarades ont accueilli les termes de ce courrier. Nous nous sommes posé la question de savoir si le RPT avait inventé un dictionnaire Petit Robert ou si les concepts de réconciliation et de forum étaient l’apanage du RPT. Malgré ces préoccupations, nous avons décidé de ne pas répondre à ce courrier afin d’éviter des polémiques inutiles. Par la suite ils ont tenu des réunions dans certains quartiers où ils ont vilipendé et traité les militants du parti membres de la NDP de vendus ou manipulés à la solde de Lomé II. Jusqu’à ce stade, nous avons toujours refusé de répondre. Mais c’est lorsque j’ai été appelé par les leaders de la CDPA , CPP, et CAR qui m’informaient avoir reçu chacun un courrier que l’UFC a adressé à ses militants membres de la NDP et qu’ils ne comprenaient pas pourquoi les responsables de l’UFC voudraient les impliquer dans une affaire interne au parti, que nous avons décidé alors de réagir pour les rappeler à l’ordre.

Ce courrier envoyé aux leaders visait deux objectifs : d’abord leur dire qu’ils sont ceux qui manipulent les jeunes et ensuite détruire le mouvement. Notre réponse du 29 novembre 2003 qui dénonçait donc les méthodes des responsables a été envoyé sous pli fermé au bureau national du parti. A notre grande surprise le document se retrouve dans la presse ; pour éviter que cette affaire ne prenne une autre tournure nous nous sommes déplacés auprès des journalistes pour leur demander de ne plus publier cette information. Je rappelle que jusqu’à présent nous n’avons jamais envoyé de courrier dans la presse. Toute nos correspondances sont envoyées au parti sous pli fermé. Mais nous avons aujourd’hui la certitude que c’est au sein même des instances du parti que les courriers sont envoyés à la presse, sinon comment comprendre q’un courrier adressé au bureau national du parti le 17 janvier avec copie à tous les vice présidents se retrouvent dans la presse du lundi 19 janvier c’est à dire avant qu’il ne soit lu à la réunion du bureau qui se tient dans l’après midi ? Voilà donc en quelques mots le récit des correspondances entre les militants de l’UFC membres de la NDP et les instances du parti.

Que reprochez vous concrètement au bureau national du parti?
Tout le monde sait que le UFC à d’énormes problèmes ; on a beau faire de les dissimuler, ils finissent par éclater au grand jour : conflit de personne, gestion chaotique des ressources humaines financières et matérielles du parti mépris de la jeunesse, marginalisation de certaines personnes, corruption. Ceci n’est que la partie visible de l’iceberg. L’autre aspect du problème qu’on ne peut dissocier du premier se résume en cette histoire : voilà une équipe de football dont les supporteurs ont donné tous les moyens pour disputer des matchs. A chaque fois l’équipe revient à la maison avec des défaites sous prétexte que l’arbitre est corrompu, ou l’adversaire est très fort ou encore ne respecte pas les règles du jeu. Les supporteurs tout en comprenant cette situation, demande quand même une réunion afin de voir si au sein de l’équipe tout va bien. Peut être c’est l’entraîneur qui est mauvais ou le staff technique qui est incompétent, ou les joueurs mal formés ou encore le système de jeu qui n’est pas adapté. C’est une démarche qui vise à réajuster les choses en vue d’affronter les prochaines étapes.  

En clair nous sommes partis sur une série d’échecs : d’abord juin 1998, ensuite les législatives anticipées que nous avons boycottées en octobre 2002, et enfin les présidentielles de juin 2003. La guérilla politique promise après juin 1998 est passé inaperçue, le gouvernement annoncé après juin 2003 est introuvable ce qui signifie clairement que le parti n’a tiré aucune leçon du hold up de juin 1998 et c’est dans l’improvisation qu’il a encore participé au présidentielle de juin 2003. Si le premier échec était compréhensible très peu de choses justifiaient celui de juin 2003, alors nous demandons la convocation d’un congrès extraordinaire afin de faire le bilan et de redéfinir des perspectives. Cette demarche, contrairement à ce qui se dit ne vient pas seulement des militants du parti membres de la NDP mais de la majorité des militants, de certains responsables et même de la diaspora qui se pose des questions sur l’utilisation des fonds envoyés. Malheureusement cette demande se heurte pour le moment à la résistance d’une poignée de personnes qui pensent que le parti se limite à eux et qui profitent de leur position au sommet du parti pour faire de n’importe quoi. Espérons qu’ils finissent par comprendre la nécessité et la justesse d’une telle demande.

D'autres pensent que vos revendications ont ouvert le ban à un conflit ouvert entre la NDP et le parti?
Nous ne pensons pas que c'est la bonne vision des choses. La NDP
n'est en conflit avec aucun parti, encore moins l'UFC. Seulement il y a des divergences de points de vue entre la jeunesse de l'UFC dont certains font partie de la NDP et certains conservateurs de notre parti qui, visiblement, ne sont pas prêts pour que de nouvelles reformes soient opérées au sein du parti. Ce n’est ni le moment, ni l’endroit de dire certaines choses. Toutefois nous pensons que le fait qu'une frange et non la moindre, celle la plus active du parti demande un congrès, démontre que le parti doit survivre et grandir. Malheureusement cette exigence qui s'impose au parti et dont nous sommes les porte paroles, est interprétée comme une trahison car l’argument béton c’est de dire: vous êtes allés prendre de l’argent à Lomé II. Ceci pour détruire ou essayer de réduire à néant des points de vue divergents.. En procédant ainsi ils oublient que les temps ont changé et qu'une véritable conscientisation a commencé par s'opérer au sein de la jeunesse..

Que répond le bureau national à vos revendications?
Le bureau national en tant que instance du parti n’a jamais répondu à nos préoccupations. Seulement nous entendons quelques responsables nous traiter de voyous, d’aigris, de manipulés et d’ambitieux. Nous ne sommes ni des voyous ni des aigris encore moins des manipulés ; mais nous avons des ambitions pour notre pays et le principal, c'est de faire en sorte que les togolais puissent manger s'éduquer et participer au développement de la nation et c'est ce point de vue que nous voulons faire prédominer au sein de notre parti.

Vos correspondances portent l'inscription militants de l'UFC membres de la NDP. Mais d'aucuns pensent que la NDP est une aile marchante de l'UFC. Pouvez-vous éclairez davantage les uns et les autres?
La NDP n’a jamais été une aile marchante de l’UFC. C’est d’ailleurs le refus de s’aligner sur les thèses et positions du parti comme le souhaite les responsables qui est à l’origine de cette crise. Je vous rappelle qu’au moment où le président national de l’UFC annonçait sa candidature, la NDP mettait la pression sur la CFD afin qu’elle dégage un candidat unique. Ce comportement n’a jamais été du goût de nos responsables qui sont allés jusqu’à nous traiter d’imbéciles à la solde des autres partis. En clair la NDP est un regroupement des jeunes du CAR, CCP, CDPA, UFC et même des jeunes qui n’ont jamais appartenu à aucun parti politique. S’il est évident que les jeunes de l’UFC sont plus nombreux dans le mouvement ceci ne peut nous amener à dire que la NDP est une aile marchante de l’UFC.

S'il est vrai que la NDP n'est pas une aile marchante de l'UFC pouvez vous nous expliquer pourquoi les correspondances de militants de l'UFC membres de la NDP sont signées du président de la NDP?
Avant d’être président de la NDP j’étais jusqu’à ces derniers temps président de la branche estudiantine de l’UFC, président de la JFC 5ème arrondissement de la ville de Lomé. C’est donc à ce titre que mes camarades m’ont demandé de signer les correspondances. Il est vrai que la confusion existe mais voilà la réalité.

Vos mots d'ordre de revendication semblent apparemment tomber dans des oreilles de sourds. Quelles sont vos stratégies et espoirs de vous écouter?
Nous attendons toujours la réponse des premiers responsables du parti et nous osons croire qu’ils finiront par adopter la voie de la sagesse.

Vous exigez à travers un congrès extraordinaire des reformes au sein du parti. Que proposez vous au cas de non satisfaction de vos revendications?
Nous ne pensons pas comme certains que l’avènement de la démocratie au Togo passera nécessairement par l’UFC. Ce changement peut être l’œuvre de toute organisation ; l’essentiel est de mettre un peu de sérieux, beaucoup de responsabilité et de patriotisme et surtout de l’humilité. Dans tous les cas les méthodes qui ont cours aujourd’hui dans l’UFC n’ont rien à envier à celles du RPT raison pour laquelle nous demandons des reformes. S’ils refusent de faire les réformes nous choisiront notre chemin. Ils font face à une situation délicate où ils n’ont aucune estimation des jeunes du parti membre de la NDP ce qui fait qu’ils ont envie de nous exclure mais ils ont peur des conséquences. Tout ce qu’ils diront c’est que nous ne représentons rien mais si c’est vrai alors pourquoi ils ont tout fait pour contrôler la NDP ? L’autre question est de savoir qui sont ceux qui au sommet du parti envoient les courriers dans la presse et quel objectif ils visent ? Pour notre part (…) nous entendons contribuer à l’avènement de la démocratie dans notre pays. Tous ceux qui prétendent œuvrer pour l’instauration de la démocratie au Togo doivent dès à présent au sein de leur propre parti se familiariser avec les méthodes élémentaires de ce système à savoir bonne gouvernance, lutte contre la corruption, liberté d’opinion et d’expression.

Votre mot de fin?
Mon mot de fin va à la jeunesse togolaise et surtout à celle qui œuvre tous les jours pour le changement. Nous avons perdu 14 années et 14 ans de perdu dans la vie d’une jeunesse est un gâchis mais nous ne devons pas céder à la résignation. Nos leaders en qui nous avons confiance ont fait de leur mieux ; le résultat nous le connaissons tous. Nous devons désormais prendre nos responsabilités ; parce que le Togo d’aujourd’hui nous concerne demain, nous devons donc nous engager dès maintenant à participer à son développement durable en harmonie avec les principes de démocratie, de transparence, de responsabilité, d’intégrité, de respect des droits de l’homme et de la primauté du droit. Pour y arriver nous devons donc nos réveiller et surtout redoubler de vigilance afin de ne pas tomber dans les travers du passé.

Prisonniers  Po. de Kara

 

Marc PALANGA

Panamnawé BOBOLI

Amegninou Kovi

Mensan Kokou
Kové Sossouvi
Lawson Laté
Dognon Koffi
Kliko Eglo
Kamado Koudjo
Séké Koudjo
 

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