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Gilbert
Atsu |
Interview de
Atsu Gilbert au journal l'Evénement
Propos recueilli par Dimas Dzikodo
Après
le scrutin présidentiel controversé du 1er
juin 2003 et plus précisément le 29
novembre
2003, les militants de l'UFC membres de la
NDP adressaient une correspondance au bureau
national de l'UFC pour dénoncer certaines
méthodes du parti.
De quoi était-il
question?
Je crois que des correspondances, nous en
avons toujours échangées depuis 1999 entre
les responsables et la Branche Estudiantine
du parti que nous avons animée jusqu’à une
période récente. Nous avons toujours attiré
l’attention des responsables sur certains
dérapages ou prise de positions qui
n’étaient pas de nature à améliorer l’image
du parti ou à faire progresser le processus
démocratique dans notre pays. Mais revenons
à la crise actuelle ; après une conférence
de presse que la NDP a animé à l’école
professionnelle, nous avons jugé utile
d’envoyer à chaque parti politique de
l’opposition une copie de notre déclaration
liminaire ainsi qu’une copie de notre projet
de forum. Donc le 31 octobre ce courrier a
été déposé à l’état major de tout les partis
politiques ainsi que dans les chancelleries.
Je rappelle que dans cette déclaration
liminaire nous avons fait une analyse
objective de la situation en affirmant
clairement que l’opposition togolaise de par
ses querelles, divisions, conflits de
leadership est d’une manière ou d’une autre
aussi responsable de la crise que traverse
notre pays au même titre que le pouvoir.
Nous avons été reçu par certains leaders qui
ont eu le courage de reconnaître la justesse
de notre analyse. Nous avons été appelé dans
les chancelleries où les diplomates nous ont
félicité et encouragé. Mais contre toute
attente, l’UFC en réponse au document de la
NDP, a envoyé le 7 novembre 2003 un courrier
non pas à la NDP mais aux militants de l’UFC
membres de la NDP. Dans ce courrier il
disait je cite : « nous regrettons
d’avoir à vous dire que les positions et
thèse de la NDP exprimées dans la
déclaration liminaire sont une copie
conforme des thèses soutenues par le régime
RPT dans ses ruses, circonvolutions et
autres manœuvres puériles visant à
dissimuler la cause fondamentale de la crise
togolaise : le refus de la démocratie et de
l’alternance au pouvoir (…) ces positions et
thèses sont inconciliables avec la vision de
notre parti. Il est inconcevable que l’UFC
soit considérée comme coresponsable de la
crise politique et de ses graves
répercussions sur les conditions de vie des
populations togolaises. »
Dans ce
même courrier, ils invitaient les militants
du parti membres de la NDP à tirer les
conséquences que cette situation impliquait
pour eux. Après réception de ce projet, nous
avons tenu une réunion avec les jeunes du
parti membres de la NDP ; et c’est avec
querelle que nos camarades ont accueilli les
termes de ce courrier. Nous nous sommes posé
la question de savoir si le RPT avait
inventé un dictionnaire Petit Robert ou si
les concepts de réconciliation et de forum
étaient l’apanage du RPT. Malgré ces
préoccupations, nous avons décidé de ne pas
répondre à ce courrier afin d’éviter des
polémiques inutiles. Par la suite ils ont
tenu des réunions dans certains quartiers où
ils ont vilipendé et traité les militants du
parti membres de la NDP de vendus ou
manipulés à la solde de Lomé II. Jusqu’à ce
stade, nous avons toujours refusé de
répondre. Mais c’est lorsque j’ai été appelé
par les leaders de la CDPA , CPP, et CAR qui
m’informaient avoir reçu chacun un courrier
que l’UFC a adressé à ses militants membres
de la NDP et qu’ils ne comprenaient pas
pourquoi les responsables de l’UFC
voudraient les impliquer dans une affaire
interne au parti, que nous avons décidé
alors de réagir pour les rappeler à l’ordre.
Ce courrier envoyé aux leaders visait deux
objectifs : d’abord leur dire qu’ils sont
ceux qui manipulent les jeunes et ensuite
détruire le mouvement. Notre réponse du 29
novembre 2003 qui dénonçait donc les
méthodes des responsables a été envoyé sous
pli fermé au bureau national du parti. A
notre grande surprise le document se
retrouve dans la presse ; pour éviter que
cette affaire ne prenne une autre tournure
nous nous sommes déplacés auprès des
journalistes pour leur demander de ne plus
publier cette information. Je rappelle que
jusqu’à présent nous n’avons jamais envoyé
de courrier dans la presse. Toute nos
correspondances sont envoyées au parti sous
pli fermé. Mais nous avons aujourd’hui la
certitude que c’est au sein même des
instances du parti que les courriers sont
envoyés à la presse, sinon comment
comprendre q’un courrier adressé au bureau
national du parti le 17 janvier avec copie à
tous les vice présidents se retrouvent dans
la presse du lundi 19 janvier c’est à dire
avant qu’il ne soit lu à la réunion du
bureau qui se tient dans l’après midi ?
Voilà donc en quelques mots le récit des
correspondances entre les militants de l’UFC
membres de la NDP et les instances du parti.
Que reprochez vous concrètement au
bureau national du parti?
Tout le monde sait que le UFC à d’énormes
problèmes ; on a beau faire de les
dissimuler, ils finissent par éclater au
grand jour : conflit de personne, gestion
chaotique des ressources humaines
financières et matérielles du parti mépris
de la jeunesse, marginalisation de certaines
personnes, corruption. Ceci n’est que la
partie visible de l’iceberg. L’autre aspect
du problème qu’on ne peut dissocier du
premier se résume en cette histoire : voilà
une équipe de football dont les supporteurs
ont donné tous les moyens pour disputer des
matchs. A chaque fois l’équipe revient à la
maison avec des défaites sous prétexte que
l’arbitre est corrompu, ou l’adversaire est
très fort ou encore ne respecte pas les
règles du jeu. Les supporteurs tout en
comprenant cette situation, demande quand
même une réunion afin de voir si au sein de
l’équipe tout va bien. Peut être c’est
l’entraîneur qui est mauvais ou le staff
technique qui est incompétent, ou les
joueurs mal formés ou encore le système de
jeu qui n’est pas adapté. C’est une démarche
qui vise à réajuster les choses en vue
d’affronter les prochaines étapes.
En clair nous sommes partis sur une série
d’échecs : d’abord juin 1998, ensuite les
législatives anticipées que nous avons
boycottées en octobre 2002, et enfin les
présidentielles de juin 2003. La guérilla
politique promise après juin 1998 est passé
inaperçue, le gouvernement annoncé après
juin 2003 est introuvable ce qui signifie
clairement que le parti n’a tiré aucune
leçon du hold up de juin 1998 et c’est dans
l’improvisation qu’il a encore participé au
présidentielle de juin 2003. Si le premier
échec était compréhensible très peu de
choses justifiaient celui de juin 2003,
alors nous demandons la convocation d’un
congrès extraordinaire afin de faire le
bilan et de redéfinir des perspectives.
Cette demarche, contrairement à ce qui se
dit ne vient pas seulement des militants du
parti membres de la NDP mais de la majorité
des militants, de certains responsables et
même de la diaspora qui se pose des
questions sur l’utilisation des fonds
envoyés. Malheureusement cette demande se
heurte pour le moment à la résistance d’une
poignée de personnes qui pensent que le
parti se limite à eux et qui profitent de
leur position au sommet du parti pour faire
de n’importe quoi. Espérons qu’ils finissent
par comprendre la nécessité et la justesse
d’une telle demande.
D'autres pensent que vos
revendications ont ouvert le ban à un
conflit ouvert entre la NDP et le parti?
Nous ne pensons pas que c'est la bonne
vision des choses. La NDP
n'est en conflit avec aucun parti, encore
moins l'UFC. Seulement il y a des
divergences de points de vue entre la
jeunesse de l'UFC dont certains font partie
de la NDP et certains conservateurs de notre
parti qui, visiblement, ne sont pas prêts
pour que de nouvelles reformes soient
opérées au sein du parti. Ce n’est ni le
moment, ni l’endroit de dire certaines
choses. Toutefois nous pensons que le fait
qu'une frange et non la moindre, celle la
plus active du parti demande un congrès,
démontre que le parti doit survivre et
grandir. Malheureusement cette exigence qui
s'impose au parti et dont nous sommes les
porte paroles, est interprétée comme une
trahison car l’argument béton c’est de dire:
vous êtes allés prendre de l’argent à
Lomé II. Ceci pour détruire ou
essayer de réduire à néant des points de vue
divergents.. En procédant ainsi ils oublient
que les temps ont changé et qu'une véritable
conscientisation a commencé par s'opérer au
sein de la jeunesse..
Que répond le bureau national à vos
revendications?
Le bureau national en tant que instance du
parti n’a jamais répondu à nos
préoccupations. Seulement nous entendons
quelques responsables nous traiter de voyous,
d’aigris, de manipulés et d’ambitieux. Nous
ne sommes ni des voyous ni des aigris encore
moins des manipulés ; mais nous avons des
ambitions pour notre pays et le principal,
c'est de faire en sorte que les togolais
puissent manger s'éduquer et participer au
développement de la nation et c'est ce point
de vue que nous voulons faire prédominer au
sein de notre parti.
Vos correspondances portent
l'inscription militants de l'UFC membres de
la NDP. Mais d'aucuns pensent que la NDP est
une aile marchante de l'UFC. Pouvez-vous
éclairez davantage les uns et les autres?
La NDP n’a jamais été une aile marchante de
l’UFC. C’est d’ailleurs le refus de
s’aligner sur les thèses et positions du
parti comme le souhaite les responsables qui
est à l’origine de cette crise. Je vous
rappelle qu’au moment où le président
national de l’UFC annonçait sa candidature,
la NDP mettait la pression sur la CFD afin
qu’elle dégage un candidat unique. Ce
comportement n’a jamais été du goût de nos
responsables qui sont allés jusqu’à nous
traiter d’imbéciles à la solde des autres
partis. En clair la NDP est un regroupement
des jeunes du CAR, CCP, CDPA, UFC et même
des jeunes qui n’ont jamais appartenu à
aucun parti politique. S’il est évident que
les jeunes de l’UFC sont plus nombreux dans
le mouvement ceci ne peut nous amener à dire
que la NDP est une aile marchante de l’UFC.
S'il est vrai que la NDP n'est pas une
aile marchante de l'UFC pouvez vous nous
expliquer pourquoi les correspondances de
militants de l'UFC membres de la NDP sont
signées du président de la NDP?
Avant d’être président de la NDP j’étais
jusqu’à ces derniers temps président de la
branche estudiantine de l’UFC, président de
la JFC 5ème arrondissement de la ville de
Lomé. C’est donc à ce titre que mes
camarades m’ont demandé de signer les
correspondances. Il est vrai que la
confusion existe mais voilà la réalité.
Vos mots d'ordre de revendication
semblent apparemment tomber dans des
oreilles de sourds. Quelles sont vos
stratégies et espoirs de vous écouter?
Nous attendons toujours la réponse des
premiers responsables du parti et nous osons
croire qu’ils finiront par adopter la voie
de la sagesse.
Vous exigez à travers un congrès
extraordinaire des reformes au sein du parti.
Que proposez vous au cas de non satisfaction
de vos revendications?
Nous ne pensons pas comme certains que
l’avènement de la démocratie au Togo passera
nécessairement par l’UFC. Ce changement peut
être l’œuvre de toute organisation ;
l’essentiel est de mettre un peu de sérieux,
beaucoup de responsabilité et de patriotisme
et surtout de l’humilité. Dans tous les cas
les méthodes qui ont cours aujourd’hui dans
l’UFC n’ont rien à envier à celles du RPT
raison pour laquelle nous demandons des
reformes. S’ils refusent de faire les
réformes nous choisiront notre chemin. Ils
font face à une situation délicate où ils
n’ont aucune estimation des jeunes du parti
membre de la NDP ce qui fait qu’ils ont
envie de nous exclure mais ils ont peur des
conséquences. Tout ce qu’ils diront c’est
que nous ne représentons rien mais si c’est
vrai alors pourquoi ils ont tout fait pour
contrôler la NDP ? L’autre question est de
savoir qui sont ceux qui au sommet du parti
envoient les courriers dans la presse et
quel objectif ils visent ? Pour notre part
(…) nous entendons contribuer à l’avènement
de la démocratie dans notre pays. Tous ceux
qui prétendent œuvrer pour l’instauration de
la démocratie au Togo doivent dès à présent
au sein de leur propre parti se familiariser
avec les méthodes élémentaires de ce système
à savoir bonne gouvernance, lutte contre la
corruption, liberté d’opinion et
d’expression.
Votre mot de fin?
Mon mot de fin va à la jeunesse togolaise et
surtout à celle qui œuvre tous les jours
pour le changement. Nous avons perdu 14
années et 14 ans de perdu dans la vie d’une
jeunesse est un gâchis mais nous ne devons
pas céder à la résignation. Nos leaders en
qui nous avons confiance ont fait de leur
mieux ; le résultat nous le connaissons tous.
Nous devons désormais prendre nos
responsabilités ; parce que le Togo
d’aujourd’hui nous concerne demain, nous
devons donc nous engager dès maintenant à
participer à son développement durable en
harmonie avec les principes de démocratie,
de transparence, de responsabilité,
d’intégrité, de respect des droits de
l’homme et de la primauté du droit. Pour y
arriver nous devons donc nos réveiller et
surtout redoubler de vigilance afin de ne
pas tomber dans les travers du passé.
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