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Actualité  
20 avril 2004

Avec prudence, M. Antoine FOLLY se félicite des engagements pris par le gouvernement togolais
(Motion d'Information
N° 268 du 19 avril 2004)

Les consultations entre l’UE et le Togo ouvertes le 14 avril dernier constituent,  aux yeux de certains observateurs, l’ultime occasion de voir enfin les relations entre le Togo et ses partenaires en développement se normaliser. Le jeu en vaut la chandelle ! Mesurant l’ampleur de la situation dramatique dans laquelle se trouve le Togo et l’isolement international dont il est l’objet, le gouvernement togolais ne s’est pas fait prié et s’est engagé sur 22 points.

            Dans moins de deux moins, on en saura un plus sur la bonne ou mauvaise foi du régime togolais. Mais déjà, des voix s’élèvent au sein de la classe politique pour marquer leur satisfaction et en même temps leur prudence quant  au respect des engagements pris par M. Koffi Sama à Bruxelles.

            Dans une interview accordée à « Motion d’Information », le Délégué Général de l’UDS-Togo (Union des Démocrates Socialistes du Togo),  M. Antoine FOLLY se félicite des engagements pris par le gouvernement togolais mais se garde de laisser  aller à un optimisme qui n’a pas lieu d’être, étant donné que des engagements des promesses et engagements ont été pris sans être respectés. L’opposant au régime du Général Président invite tous les Togolais à la mobilisation afin dit-il ‘’d’aider l’UE à nous aider’’.

«J’invite tous les Togolais à se mobiliser pour aider l’Union Européenne à nous aider. Nous nous tromperions en restant là, les bras croisés, confortablement installés derrière nos peurs et nos lâchetés, pensant que la démocratie nous arriverait spontanément de Bruxelles. » Antoine Folly

MOTION D’INFORMATION : Dans le cadre des consultations entre l’Union Européenne et le Togo, le gouvernement togolais vient de prendre 22 engagements devant les instances de Bruxelles en vue de la démocratisation de la vie politique nationale ; comment réagissez-vous à cette information ? 

On ne peut que se féliciter du fait que le gouvernement togolais reconnaisse enfin ce qu’il a toujours nié. Les engagements pris devant l’UE par les autorités de fait de notre pays apportent la preuve que le déficit démocratique et les violations des droits humains et des libertés publiques tant dénoncés par l’opposition et les organisations internationales de défense des droits de l’homme n’étaient pas imaginaires. En une demi journée de discussions à Bruxelles, l’Union Européenne a obtenu de Monsieur Eyadema plus de concessions que nous aurions pu obtenir en plusieurs mois de négociations.  

A l’UDS-TOGO, nous nous gardons de nous laisser aller à un optimisme qui n’a pas lieu d’être. En 37 ans de pouvoir sans partage, M. Eyadéma a fait beaucoup de promesses aux Togolais et pris beaucoup d’engagements ; je n’ai pas souvenir de ceux qui ont été respectés à 100 %. Même si cette fois-ci, c’est vis-à-vis de l’Union Européenne que le régime de M. Eyadéma s’est engagé, nous aurions tort de penser que les choses se passeraient toutes seules sans aucune action de notre part. Nous devons nous mobiliser pour aider l’Union Européenne à nous aider. 

MOTION D’INFORMATION : Au sein de la délégation gouvernementale qui s’est rendue à Bruxelles, il y avait MM. Edem Kodjo, le président de la CPP et Zarifou Ayéva, président du PDR ; la présence de ces deux leaders de l’opposition aux côtés du RPT a choqué beaucoup de Togolais. Certains ont même parlé de trahison et de retour au bercail. Quelle est votre réaction ? 

Je crois qu’il ne faut rien exagérer ; ni Edem Kodjo, ni Zarifou Ayéva ne se sont jamais engagés par écrit à ne jamais s’associer avec le RPT dans une initiative quelconque. Il ne peut y avoir de trahison que par rapport à un engagement pris. Je n’ai pas de jugement à porter sur les actes posés par tel ou tel responsable politique. La question de la suspension ou de la reprise de la coopération est une affaire qui se passe d’abord entre l’Union Européenne et le régime de M. Eyadéma. Messieurs Ayéva et Kodjo ont certainement des raisons pour justifier leurs choix politiques ; il leur appartiendra de s’en expliquer le moment venu devant les Togolais qui sont les seuls juges du bien fondé ou non des actes que nous, responsables politiques, posons en leur nom. Si la présence de Edem Kodjo et Zarifou Ayéva a pu permettre d’obtenir de M. Eyadéma, les engagements pris à Bruxelles et surtout, permettra dans les jours à venir, la mise en application intégrale de ces engagements, on ne pourra qu’applaudir. Attendons donc de juger sur les résultats. 

MOTION D’INFORMATION : Parmi les 22 engagements pris par le gouvernement devant l’UE, figure la reprise dans les plus brefs délais, du dialogue entre le pouvoir RPT et l’opposition. Votre parti, l’UDS-TOGO est-il prêt à participer à ce dialogue ? 

Depuis 1991, il y a eu cinq négociations entre le pouvoir RPT et l’opposition démocratique ; les premières avaient abouti à l’organisation de la Conférence Nationale Souveraine ; il y a eu ensuite la Commission Mixte Paritaire, les discussions de Colmar, les négociations de Ouagadougou et tout dernièrement, les négociations inter togolaises ayant abouti à l’Accord Cadre de Lomé. Nous avons pris part à trois négociations sur les cinq.  

Je fais ces rappels pour vous dire que l’UDS n’est pas opposée au principe des négociations pour trouver une solution à la crise qui détruit notre pays ; cependant, fidèle à certains principes, l’UDS-TOGO n’a jamais participé à des discussions pour le plaisir de discuter ou pour se faire de la propagande politicienne. Par exemple, en 1992, lorsque M. Eyadéma avait posé comme condition préalable de participation à la Commission Mixte Paritaire, une visite à Lomé II, l’UDS avait préféré décliner l’invitation. 

S’agissant du nouveau dialogue avec l’opposition auquel s’est engagé le gouvernement, nous pensons à l’UDS-TOGO que la feuille de route définie à Bruxelles simplifie énormément les choses. Le gouvernement s’étant engagé à « procéder, en partant de l'Accord Cadre de Lomé, à une révision du cadre électoral, garantissant un processus électoral transparent et démocratique, et acceptable pour toutes les parties, dans un délai de 6 mois », il nous semble que les discussions entre le pouvoir RPT et l’opposition ne devraient porter que sur la révision du cadre législatif en vue de l’organisation dans les plus brefs délais, de nouvelles élections législatives de façon à donner de la légitimité à un nouveau gouvernement chargé de la reconstruction du pays. 

Ce travail de redéfinition du nouveau cadre législatif sera d’autant plus facile qu’à la demande du gouvernement lui-même, un Comité Technique des Nations Unies avait émis des propositions d’amélioration du Code Electoral issu de l’Accord Cadre de Lomé et que la plupart de ces propositions avaient été acceptées par l’ensemble des parties. 

A l’UDS-TOGO, nous continuons de penser que la grande innovation qui garantirait l’organisation d’élections démocratiques et transparentes consisterait à confier la supervision et l’organisation technique des élections à une instance totalement indépendante mise en place par l’Union Européenne ou les Nations Unies. La Commission Electorale Nationale prévue par le Code Electoral serait alors confinée dans un rôle consultatif. 

MOTION D’INFORMATION : Est-ce à dire que l’UDS-TOGO est opposé à la formation d’un gouvernement de transition contrôlé par un organe législatif transitoire tenant lieu de parlement ?  

Il y avait deux façons d’aborder la résolution de la crise qui secoue notre pays. La première approche consistait, entre Togolais, à réfléchir ensemble à une solution consensuelle globale de sortie de crise pour laquelle nous aurions requis ensemble l’assistance de la communauté internationale et plus particulièrement de l’Union Européenne pour la mise en œuvre. L’autre approche est celle qu’a adoptée le gouvernement, à savoir, sortir de la crise par la voie des élections dans les plus brefs délais. 

Le schéma retenu par le gouvernement et l’Union européenne nous oblige à privilégier l’organisation rapide des élections, ce qui n’est pas plus mal. Des élections législatives rapides dans des conditions de totale transparence, permettrait d’évaluer la représentativité des différents partis politiques et de faciliter par la même occasion, la formation d’un éventuel gouvernement ouvert à toutes les sensibilités politiques. 

Nous pensons donc qu’il vaut mieux privilégier l’organisation rapide d’élections législatives transparentes débouchant sur la formation d’un gouvernement d’unité nationale, plutôt que de nous lancer dans d’interminables discussions qui enlèveraient toutes substances aux engagements pris à Bruxelles par le gouvernement togolais. 

MOTION D’INFORMATION : Avant le début des discussions de Bruxelles, il y avait deux plans de sortie de crise : celui de l’UFC et celui du CAR. De quel plan vous sentez-vous le plus proche ?  

Je crois qu’on n’en est plus à ce stade. Les engagements pris par le gouvernement définissent un cadre que nous connaissons tous maintenant; les plans auxquels vous faites allusion s’inscrivent dans des logiques qui ne sont pas celle qui a prévalu à Bruxelles. Une fois encore, nous pensons qu’il faut concentrer l’essentiel des réflexions autour de l’organisation rapide de nouvelles élections législatives dans un cadre législatif garantissant la transparence et l’équité. 

Nous devons éviter les démarches qui viendraiennt étaler au grand jour nos divisions et contradictions et dont le régime RPT pourrait tirer argument pour se soustraire à ses propres engagements. M. Eyadéma a désormais à choisir entre la démocratie et la non démocratie ; c’est à lui de faire son choix et d’en rendre compte à ceux auprès de qui il s’est engagé. 

MOTION D’INFORMATION : Etes-vous réellement optimiste?  

Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. L’Union Européenne a fait plus que nous aurions fait nous-mêmes, acteurs politiques. Comme je l’ai déjà dit, au risque de me répéter, j’invite tous les Togolais à se mobiliser pour aider l’Union Européenne à nous aider. Nous nous tromperions en restant là, les bras croisés, confortablement installés derrière nos peurs et nos lâchetés, pensant que la démocratie nous arriverait spontanément de Bruxelles.

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