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MOTION D’INFORMATION :
Dans le cadre des consultations entre l’Union
Européenne et le Togo, le gouvernement
togolais vient de prendre 22 engagements
devant les instances de Bruxelles en vue de
la démocratisation de la vie politique
nationale ; comment réagissez-vous à cette
information ?
On ne peut que se féliciter
du fait que le gouvernement togolais
reconnaisse enfin ce qu’il a toujours nié.
Les engagements pris devant l’UE par les
autorités de fait de notre pays apportent la
preuve que le déficit démocratique et les
violations des droits humains et des
libertés publiques tant dénoncés par
l’opposition et les organisations
internationales de défense des droits de
l’homme n’étaient pas imaginaires. En une
demi journée de discussions à Bruxelles, l’Union
Européenne a obtenu de Monsieur Eyadema plus
de concessions que nous aurions pu obtenir
en plusieurs mois de négociations.
A l’UDS-TOGO, nous nous
gardons de nous laisser aller à un optimisme
qui n’a pas lieu d’être. En 37 ans de
pouvoir sans partage, M. Eyadéma a fait
beaucoup de promesses aux Togolais et pris
beaucoup d’engagements ; je n’ai pas
souvenir de ceux qui ont été respectés à 100
%. Même si cette fois-ci, c’est vis-à-vis de
l’Union Européenne que le régime de M.
Eyadéma s’est engagé, nous aurions tort de
penser que les choses se passeraient toutes
seules sans aucune action de notre part.
Nous devons nous mobiliser pour aider l’Union
Européenne à nous aider.
MOTION D’INFORMATION : Au
sein de la délégation gouvernementale qui
s’est rendue à Bruxelles, il y avait MM.
Edem Kodjo, le président de la CPP et
Zarifou Ayéva, président du PDR ; la
présence de ces deux leaders de l’opposition
aux côtés du RPT a choqué beaucoup de
Togolais. Certains ont même parlé de
trahison et de retour au bercail. Quelle est
votre réaction ?
Je crois qu’il ne faut rien
exagérer ; ni Edem Kodjo, ni Zarifou Ayéva
ne se sont jamais engagés par écrit à ne
jamais s’associer avec le RPT dans une
initiative quelconque. Il ne peut y avoir de
trahison que par rapport à un engagement
pris. Je n’ai pas de jugement à porter sur
les actes posés par tel ou tel responsable
politique. La question de la suspension ou
de la reprise de la coopération est une
affaire qui se passe d’abord entre l’Union
Européenne et le régime de M. Eyadéma.
Messieurs Ayéva et Kodjo ont certainement
des raisons pour justifier leurs choix
politiques ; il leur appartiendra de s’en
expliquer le moment venu devant les Togolais
qui sont les seuls juges du bien fondé ou
non des actes que nous, responsables
politiques, posons en leur nom. Si la
présence de Edem Kodjo et Zarifou Ayéva a pu
permettre d’obtenir de M. Eyadéma, les
engagements pris à Bruxelles et surtout,
permettra dans les jours à venir, la mise en
application intégrale de ces engagements, on
ne pourra qu’applaudir. Attendons donc de
juger sur les résultats.
MOTION D’INFORMATION :
Parmi les 22 engagements pris par le
gouvernement devant l’UE, figure la reprise
dans les plus brefs délais, du dialogue
entre le pouvoir RPT et l’opposition. Votre
parti, l’UDS-TOGO est-il prêt à participer à
ce dialogue ?
Depuis 1991, il y a eu cinq
négociations entre le pouvoir RPT et
l’opposition démocratique ; les premières
avaient abouti à l’organisation de la
Conférence Nationale Souveraine ; il y a eu
ensuite la Commission Mixte Paritaire, les
discussions de Colmar, les négociations de
Ouagadougou et tout dernièrement, les
négociations inter togolaises ayant abouti à
l’Accord Cadre de Lomé. Nous avons pris part
à trois négociations sur les cinq.
Je fais ces rappels pour
vous dire que l’UDS n’est pas opposée au
principe des négociations pour trouver une
solution à la crise qui détruit notre pays ;
cependant, fidèle à certains principes, l’UDS-TOGO
n’a jamais participé à des discussions pour
le plaisir de discuter ou pour se faire de
la propagande politicienne. Par exemple, en
1992, lorsque M. Eyadéma avait posé comme
condition préalable de participation à la
Commission Mixte Paritaire, une visite à
Lomé II, l’UDS avait préféré décliner
l’invitation.
S’agissant du nouveau
dialogue avec l’opposition auquel s’est
engagé le gouvernement, nous pensons à l’UDS-TOGO
que la feuille de route définie à Bruxelles
simplifie énormément les choses. Le
gouvernement s’étant engagé à « procéder,
en partant de l'Accord Cadre de Lomé, à une
révision du cadre électoral, garantissant un
processus électoral transparent et
démocratique, et acceptable pour toutes les
parties, dans un délai de 6 mois », il
nous semble que les discussions entre le
pouvoir RPT et l’opposition ne devraient
porter que sur la révision du cadre
législatif en vue de l’organisation dans les
plus brefs délais, de nouvelles élections
législatives de façon à donner de la
légitimité à un nouveau gouvernement chargé
de la reconstruction du pays.
Ce travail de redéfinition
du nouveau cadre législatif sera d’autant
plus facile qu’à la demande du gouvernement
lui-même, un Comité Technique des Nations
Unies avait émis des propositions
d’amélioration du Code Electoral issu de l’Accord
Cadre de Lomé et que la plupart de ces
propositions avaient été acceptées par
l’ensemble des parties.
A l’UDS-TOGO, nous
continuons de penser que la grande
innovation qui garantirait l’organisation
d’élections démocratiques et transparentes
consisterait à confier la supervision et
l’organisation technique des élections à une
instance totalement indépendante mise en
place par l’Union Européenne ou les Nations
Unies. La Commission Electorale Nationale
prévue par le Code Electoral serait alors
confinée dans un rôle consultatif.
MOTION D’INFORMATION :
Est-ce à dire que l’UDS-TOGO est opposé à la
formation d’un gouvernement de transition
contrôlé par un organe législatif
transitoire tenant lieu de parlement ?
Il y avait deux façons
d’aborder la résolution de la crise qui
secoue notre pays. La première approche
consistait, entre Togolais, à réfléchir
ensemble à une solution consensuelle globale
de sortie de crise pour laquelle nous
aurions requis ensemble l’assistance de la
communauté internationale et plus
particulièrement de l’Union Européenne pour
la mise en œuvre. L’autre approche est celle
qu’a adoptée le gouvernement, à savoir,
sortir de la crise par la voie des élections
dans les plus brefs délais.
Le schéma retenu par le
gouvernement et l’Union européenne nous
oblige à privilégier l’organisation rapide
des élections, ce qui n’est pas plus mal.
Des élections législatives rapides dans des
conditions de totale transparence,
permettrait d’évaluer la représentativité
des différents partis politiques et de
faciliter par la même occasion, la formation
d’un éventuel gouvernement ouvert à toutes
les sensibilités politiques.
Nous pensons donc qu’il vaut
mieux privilégier l’organisation rapide
d’élections législatives transparentes
débouchant sur la formation d’un
gouvernement d’unité nationale, plutôt que
de nous lancer dans d’interminables
discussions qui enlèveraient toutes
substances aux engagements pris à Bruxelles
par le gouvernement togolais.
MOTION D’INFORMATION :
Avant le début des discussions de Bruxelles,
il y avait deux plans de sortie de crise :
celui de l’UFC et celui du CAR. De quel plan
vous sentez-vous le plus proche ?
Je crois qu’on n’en est plus
à ce stade. Les engagements pris par le
gouvernement définissent un cadre que nous
connaissons tous maintenant; les plans
auxquels vous faites allusion s’inscrivent
dans des logiques qui ne sont pas celle qui
a prévalu à Bruxelles. Une fois encore, nous
pensons qu’il faut concentrer l’essentiel
des réflexions autour de l’organisation
rapide de nouvelles élections législatives
dans un cadre législatif garantissant la
transparence et l’équité.
Nous devons éviter les
démarches qui viendraiennt étaler au grand
jour nos divisions et contradictions et dont
le régime RPT pourrait tirer argument pour
se soustraire à ses propres engagements. M.
Eyadéma a désormais à choisir entre la
démocratie et la non démocratie ; c’est à
lui de faire son choix et d’en rendre compte
à ceux auprès de qui il s’est engagé.
MOTION D’INFORMATION :
Etes-vous réellement optimiste?
Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. L’Union
Européenne a fait plus que nous aurions fait
nous-mêmes, acteurs politiques. Comme je
l’ai déjà dit, au risque de me répéter,
j’invite tous les Togolais à se mobiliser
pour aider l’Union Européenne à nous aider.
Nous nous tromperions en restant là, les
bras croisés, confortablement installés
derrière nos peurs et nos lâchetés, pensant
que la démocratie nous arriverait
spontanément de Bruxelles. |