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Message de la
CDPA-BT à la rencontre organisée par l’UFC à
Paris le 8 Novembre 2003
Cette rencontre organisée par l’UFC
aujourd’hui est une excellente initiative.
Dans la lutte que nous menons pour la fin du
régime despotique et l’instauration de la
démocratie dans notre pays, il importe de
s’arrêter de temps en temps, souvent pour
regarder le chemin parcouru et l’apprécier.
Cet arrêt indispensable sur l’image est
d’abord une manière de se ressourcer dans les
aspirations du peuple et dans la volonté
populaire avant de poursuivre la marche. Sans
cette exigence, toute la lutte devient une
fuite en avant qui nous écarte fatalement de
l’objectif poursuivi, à savoir la fin de la
dictature pour permettre l’instauration et le
respect des libertés démocratiques au Togo.
Cet arrêt sur image
aujourd’hui ne peut pas être autre chose qu’un
moment de réflexion. Après les élections de
1998, après cet aboutissement prévisible du
fameux dialogue intertogolais, après les «lois
scélérates » et la mascarade électorale de
juin 2003, l’objet d’une rencontre comme
celle-ci se résume forcément à une question :
que faire pour poursuivre la lutte avec des
chances de succès ? Tous les Togolais
devraient se retrouver à cette réunion pour
réfléchir ensemble à cette question. Ne
pouvant malheureusement pas être présent, je
me permets d’apporter la contribution de la
CDPA-BT à travers ce message.
L’objectif évident de la modification du texte
électoral rendaient parfaitement inutile et
dangereux pour l’opposition toute
participation aux élections présidentielles.
Inutile parce que les jeux étaient déjà faits.
Dangereux parce que non seulement la
participation des partis d’opposition pouvait
permettre de dire que les élections étaient
démocratiques mais surtout, la participation
était l’acceptation de facto des « lois
scélérates ».
Ce que Gil était allé dire à Agoué le 13
janvier 2003 était donc d’une lumineuse
justesse politique : Ne pas aller aux
élections dans les conditions des « lois
scélérates », se battre au contraire pour que
le pouvoir revienne sur la modification de la
Constitution et du Code électoral. A la CDPA-BT,
nous avons applaudi, d’autant plus qu’une
bataille contre les « lois scélérates » au
lieu d’une participation aux élections, était
un excellent moyen d’amorcer une
remobilisation responsable de la population.
Nous n’avons pas compris le changement brutal
de l’UFC par rapport à cette position. Nous
avons pris contact avec la Direction du Parti
dans l’espoir d’une harmonisation possible des
positions. Nous devions nous revoir, cela n’a
pas été possible : nous avons compris que
l’UFC était irréversiblement engagé dans la
logique électoraliste.
Et maintenant que pouvons-nous faire dans la
situation créée par les présidentielles de
juin 2003 ? Le temps nous a montré que l’idée
d’un gouvernement parallèle n’était pas
opérationnelle. Un gouvernement de transition
? Eyadéma a déjà trouvé le sien. Et puis, un
vrai gouvernement de transition n’est pas
possible dans le gouvernement RPT,
l’expérience Kodjo en 1994 nous en a donné la
leçon. Des groupes d’autodéfense ? Ce n’est
pas un programme politique.
Toutes ces propositions sont un constat de
l’échec de la politique d’opposition que nous
avons conduite jusqu’à présent. Et elles
démontrent du même coup la nécessité d’une
autre politique si nous voulons poursuivre la
lutte pour la fin du régime.
Ce qui fait en réalité la grande faiblesse de
la politique d’opposition conduite jusqu’à
présent, c’est l’orientation électoraliste
exclusive qu’elle a prise depuis 1992. Ce
faisant, nous avons mis la masse de la
population à la marge de la lutte en réduisant
son rôle à celui d’une clientèle électorale
potentielle. Toute la lutte pour la fin de la
dictature est devenue ainsi l’affaire de
quelques leaders de partis d’opposition qui
ont du mal par ailleurs à s’entendre entre eux
sur une base minimale commune.
Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est de
réintroduire la masse de la population dans le
rôle historique qui lui revient dans toute
lutte contre l’oppression et pour la liberté.
Cela suppose une remobilisation de la
population sur des bases claires, pas pour en
faire une clientèle électorale possible mais
pour en faire un acteur politique réel. C’est
tout un programme politique alternatif.
C’est dans ce sens que la CDPA-BT avait
proposé depuis deux ans l’idée de l’émergence
d’une Force Alternative d’Opposition Togolaise.
Nous sommes heureux de constater que l’idée
fait son chemin. Maintenant que les partis
d’opposition sont dégagés de leurs
préoccupations électorales, nous les invitons
à nouveau à se pencher plus attentivement sur
cette proposition.
La politique alternative susceptible de
permettre d’atteindre l’objectif de la fin du
régime passe nécessairement par une
remobilisation massive de la population en un
vaste mouvement d’opposition capable d’exercer
la pression nécessaire pour mettre un terme au
régime.
Cette idée d’un vaste mouvement d’opposition
où tout le monde se retrouve pour combattre la
dictature est une proposition minimale
commune. Tous ceux qui veulent la fin du
régime devraient pouvoir s’y retrouver. La
proposition n’est donc pas une affaire de la
CDPA–BT. Elle n’est pas ficelée à l’avance ;
elle reste ouverte à tous et elle attend
d’être enrichie par les apports de tout un
chacun.
Paris, le 6 Novembre 2003
Pour la CDPA-BT,
Le Premier Secrétaire,
Prof. E. Gu-Konu
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