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Actualité

24 Nov. 2003

"Combat du Peuple" donne des indices sur les mobiles de l’agression contre Monsieur Barqué 
Mathias Akoulansa

L’article intitulé «M. Barry BARQUE a sacrifié les intérêts supérieurs du Togo» ressemble étrangement à un texte qu’aurait rédigé feu Koffi Panou pour publication dans l’hebdomadaire « Jeune Afrique l’Intelligent », sous la signature d’un François Soudan ou autre. 

Très riche en informations sur ce qu’il serait reproché à Monsieur Barry Moussa Barqué dans certaines allées du pouvoir, le texte a été publié dans « Combat du Peuple », un hebdomadaire dont le Directeur de publication n’est autre que Lucien Messan,  la nouvelle icône du journalisme togolais, consacré le 7 Novembre dernier par RFI, l'Union internationale de la presse francophone (UPF) et TV5.   

Sans le dire clairement, l’article lie la tentative d’assassinat du Conseiller Spécial du Général Eyadema à ses fonctions d’ancien Président du conseil d’administration de l’ex OTP. Selon l’article «Les enquêtes ont conduit à l’interpellation d’un Français, M. Gerbère Roger, en service à IFG, ex- OPT, soupçonné de complicité.»  

L’article fait apparaître que Monsieur Barqué, apparemment tombé en disgrâce et présenté désormais par le pouvoir comme «le sphinx qui séduit et déroute tous les observateurs», aurait agi contre le protocole consacrant la privatisation de l’Office togolais des phosphates en recourant aux juridictions togolaises auxquelles ledit protocole enlève toute compétence, au profit des tribunaux français. 

Plus loin l’article révèle que Monsieur Barqué aurait agi contre la volonté de celui dont il est conseiller spécial et qu’en agissant comme il l’a fait il ne visait que des intérêts personnels au détriment de l’intérêt général. Comme s’il en a jamais été autrement au Togo : «M. Barqué agissant pour le compte de l’Etat ne peut pas violer un protocole signé par cet Etat. S’il le viole c’est parce qu’il a des visées personnelles. C’est grave, très grave. On pourra alors conclure sur ce chapitre que M. BARQUÉ n’a pas dit toute la vérité sur le sujet.» 

Selon nos informations, l’article qui a pris soin de ménager le chef de l’Etat, aurait obtenu l’approbation de sommités avant sa publication. Le texte vaut la peine d’être lu et médité dans la quête de réponses aux mille et une question que suscite l’affaire Barqué, ce nouvel épisode du système RPT.

Bonne lecture.

Le dossier noir de l’OTP-IFG : Les enjeux de la vérité et du pouvoir
M. Barry BARQUE a sacrifié les intérêts supérieurs du Togo

            Le vendredi 24 octobre 2003, le Conseiller spécial du chef de l’Etat, le sphinx qui séduit et déroute tous les observateurs, a été poignardé à son domicile par son neveu, le nommé Barry Yembaldjoua Altine qui l’avait laissé pour mort baignant dans le sang.

            Cette agression a fait l’objet d’un article que nous avions publié dans notre dernière livraison, C.P N°422 du 27 au 31 octobre 2003, sous le titre « M. Barry Moussa Barqué  poignardé et évacué sur Paris ».

            Entre temps, ce dossier a évolué. Les enquêtes ont conduit à l’interpellation d’un Français, M. Gerbère Roger, en service à IFG, ex- OPT, soupçonné de complicité. Mieux, l’agresseur arrêté à Accra avec la collaboration de la police ghanéenne, a été extradé au Togo.

Tous ces éléments nous font dire que nous ne sommes plus sur le terrain des hypothèses et bientôt la VERITE sera connue. Question de temps.

            Mais, au-delà de ce dossier et peut-être même dans le sillage de cette scabreuse affaire, nous avons le doigt sur les contorsions voire les alchimies de M. Barqué dans un tout autre dossier, celui de la privatisation de l’OTP devenu IFG-Togo et dont la gérance pose problème.

            Avant d’aller au fond, il convient de rappeler que la filière phosphatière au Togo ne laisse personne indifférent. Depuis le jour où le chef de l’Etat a annoncé urbi et  orbi la nationalisation de la CTMB, beaucoup d’eau a coulé sur le pont. Cette société, épine dorsale de notre économie, a suscité énormément de convoitise sur le plan international. Cependant beaucoup d’espoirs fondés sur les revenus tirés de l’exploitation des phosphates ont été déçus. Néanmoins, on continue d’espérer que le phosphate sortira notre pays de l’ornière économique. C’est la raison de toutes les magouilles.

            Ceci dit, il faut convenir que la gestion laxiste de cette unité en particulier et de notre économie en général, a servi de prétexte à la Banque Mondiale pour imposer à notre pays la privatisation de l’OTP. Quand on sait toute la symbolique qui entoure l’OTP présenté après la nationalisation, comme le point de départ de notre essor économique, on ne doit pas s’étonner des réticences qui ont émaillé le chemin de cette privatisation.

            En effet, on a pensé à toutes les formules et celle finalement retenue fut la location- gérance.

            C’est ainsi  qu’un protocole d’accord a été signé le 27 septembre 2001 entre l’Etat togolais et le groupe BR-IFCO Holding Limited pour donner naissance à l’IFG (International Fertilizers Group-Togo). Une société au capital de 9.000.000.000 FCFA détenu à part égale par l’Etat togolais et BR-IFCO dénommé « groupe stratégique ». Un pacte d’actionnaires a été signé au terme duquel la Société IFG est gérée par un Conseil d’Administration  composé de huit (8) administrateurs répartis à part égale entre les deux partenaires.

            Le Président du Conseil d’Administration est choisi parmi les administrateurs de l’Etat. Et c’est M. Barqué qui a l’honneur d’être désigné. Au terme du protocole d’accord, le Président du Conseil d’Administration peut être révoqué sur demande de l’Etat et l’autre partie c’est-à-dire BR-IFCO s’engage à voter en faveur de la révocation, sans aucun préalable.

            De même, le Directeur Général nommé par les administrateurs présentés par BR-FCO, en l’occurrence M. CUNY peut être révoqué à la demande de BR-IFCO. Et réciproquement, l’Etat togolais s’engage à voter en faveur de la révocation sans aucune exigence.

            Dans un tout autre registre, il a été convenu qu’en cas de litige, le pacte est régi par le droit français. Tout différent découlant du pacte d’actionnaires sera soumis au tribunal arbitral de la chambre de commerce internationale de Paris.

            En clair, cela signifie que les tribunaux togolais sont incompétents. Mieux, il est stipulé que, par souci de neutralité, les arbitres qui seront désignés pour régler le différend ne peuvent être de nationalité togolaise, française, tunisienne et du Royaume de Belgique.

Par ailleurs, en tant que Président du Conseil d’Administration, M. Barqué n’est pas censé représenter la Société et agir en son nom. Il ne peut non plus saisir le tribunal sans un mandat donné par l’ensemble du Conseil d’Administration. Mieux, en cas de partage de voix, celle du Président n’est pas prépondérante.

            Et en tant que premier représentant de l’Etat, il doit s’estimer lié par le pacte entre l’Etat et BR-IFCO.

Dès le début de la location-gérance, BR-IFCO s’est rendu compte que le Directeur Général issu de son rang, M. CUNY a commencé à jouer sa propre carte. Très vite, il a été établi que M. CUNY et M. BARQUE sont de connivence et n’évoluent plus dans le cadre du protocole d’accord.

            Pour mettre un terme à cette situation idyllique entre BARQUE et CUNY, BR-IFCO a décidé de révoquer le Directeur Général comme l’autorise le protocole d’accord.

            Scandale, M. BARQUE, en violation du protocole fait de la résistance. Comme réplique, BR-IFCO demande à ses administrateurs de ne plus  participer aux réunions du Conseil d’Administration. Mais paradoxalement CUNY, en dépit de cet ordre, participe et vote avec les quatre administrateurs de l’Etat plongeant IFG dans une situation hybride synonyme d’un blocage qui ne dit pas son nom.

            Précisions que depuis la création de l’IFG, des investissements de l’ordre de 35 millions de dollars ont été faits. IFG est soutenu par la Belgolaise, une banque qui a son mot à dire et qui désapprouve le fait que les partenaires que sont l’Etat et BR-IFCO ne s’entendent plus et  surtout que l’Etat ne respecte pas ses engagements.

            Mais au lieu de trouver un terrain d’entente et d’ouvrir des négociations, M. BARQUE passe outre et opte pour la stratégie de la fuite en avant.

            Ainsi, au mépris de toutes les pratiques et en violation délibérée du Protocole, M. Barqué saisit le président du  Tribunal  de Lomé, d’abord pour lui demander de constater le blocage de la Société, ce qui fut fait, on ne sait sur quelle base. Ensuite (48 heures plus tard), il demande au même Président de convoquer les administrateurs à son bureau, ce à quoi le président a obtempéré sans résultat. Enfin, le comble, il fait nommer un administrateur provisoire en la personne d’un Français, M. Claude Gabriel âgé de 80 ans. Pour mesurer la gravité de cet acte et l’outrecuidance de M. Barqué, rappelons que ce M. GABRIEL fut Directeur Général des Mines du Togo de 1967 à 1974 et que celui-ci a quitté le Togo dans la foulée de la nationalisation d la CTMB. Que dire, sinon que le choix de ce vieux cheval de retour est une INJURE au chef de l’Etat en personne.

            Comme on le voit, sur toute la ligne, M. Barry Moussa BARQUE en qui le chef de l’Etat avait placé une confiance totale ne s’embarrasse d’aucun scrupule pour atteindre une finalité dont lui seul possède le secret.

            En violant dans tous ses compartiments le protocole d’accord, M. BARQUE a fait de notre pays un Etat gangster qui ne respecte pas ses engagements. Conséquence, il risque de déclencher la foudre de la communauté des investisseurs privés ainsi que des banques privées.

            Le Togo a-t-il besoin, en l’état actuel des choses, de se singulariser aussi négativement ?

            Mais nous ne nous sommes pas arrêtés à ces faits. Nous nous sommes demandés  où est le véritable enjeu.

            Le pot-aux-roses    

                        Ce qu’il faut savoir c’est que ce n’est pas l’OTP devenu IFG qui est au centre des préoccupations de BARQUE. Le vrai enjeu c’est la construction programmée de la future usine d’acide phosphorique. Une affaire de gros sous qui porte sur des milliards de nos francs. On parle de 280 millions de dollars.

            Au départ, cette usine doit être construite par l’IFG c’est-à-dire BR-IFCO et l’Etat togolais. Nous ne voulons pas nous appesantir sur ce volet. Il nous semble indiqué de rappeler à nos lecteurs l’audience que le chef de l’Etat a accordée le vendredi 19 septembre 2003 à une délégation d’opérateurs économiques indiens à Lomé 2 pour expliquer une partie de l’imbroglio.

            Voici un extrait du compte rendu de notre confrère Togo-Presse N° 6616 du 22 septembre 2003 : « Une délégation d’opérateurs économiques indiens conduite par l’administrateur général du projet ‘’IFCO-Togo’’   a été reçue  le vendredi en fin d’après-midi à Lomé 2 par le président de la République Gnassingbé Eyadéma. La délégation est allée informer le chef de l’Etat de son désir d’implanter au Togo, la Société IFCO spécialisée dans la production d’engrais chimiques ».

A l’issue de l’audience, le chef de la délégation, M. Stéphane CUNY a déclaré :

« nous sommes très honorés d’avoir été reçus par le président Eyadema qui est un homme très important en Afrique et dans le monde »…

            Que va chercher M. Stéphane CUNY, Directeur Général de l’IFG, à la tête d’une délégation indienne qui veut construire une usine d’acide phosphorique au Togo ? N’est-ce pas un peu trop pour cet homme réputé grand manipulateur ?

            M. CUNY, toujours le même, est Directeur Général de IFG qui aussi projette, à terme, de construire la même usine. A quoi joue CUNY et dans l’intérêt de qui ?

Quand on sait les liens de complicité poussée entre M. BARQUE et CUNY, on est en droit de se demander si dans cette affaire, les deux compères n’ont pas sacrifié les intérêts supérieurs du Togo sur l’autel des objectifs personnels ?

            Pour notre part, nous répondons oui sans aucune hésitation. Car M. Barqué agissant pour le compte de l’Etat ne peut pas violer un protocole signé par cet Etat. S’il le viole c’est parce qu’il a des visées personnelles. C’est grave, très grave. On pourra alors conclure sur ce chapitre que M. BARQUE n’a pas dit toute la vérité sur le sujet. Ceci nous  amène à dire que les jeux de la vérité au sein du pouvoir constituent et problématisent la subjectivité humaine à travers les pratiques de soi. M. BARQUE en se comportant comme il l’a fait, s’est disqualifié et heureusement qu’il n’a pas été suivi sur le chemin du déshonneur. Tout l’échafaudage qu’il a mis en place s’est écroulé.

A preuve, les partenaires, à savoir, l’Etat togolais, BR-IFCO et la Belgolaise, la banque qui investit, se sont entendus et convenu de nommer en lieu et place de M. GABRIE, le Commandant Awoki PANASSA, administrateur provisoire pour trois mois afin de mettre de l’ordre dans ce désordre.

            Mieux, le chef de l’Etat aurait personnellement demandé un audit pour situer les responsabilités. Nous reviendrons donc sur le dossier dès que nous aurons des éléments complémentaires.

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