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Le dossier noir de
l’OTP-IFG : Les enjeux de la vérité et du
pouvoir
M. Barry
BARQUE a sacrifié les intérêts supérieurs du
Togo
Le vendredi 24 octobre 2003, le
Conseiller spécial du chef de l’Etat, le
sphinx qui séduit et déroute tous les
observateurs, a été poignardé à son domicile
par son neveu, le nommé Barry Yembaldjoua
Altine qui l’avait laissé pour mort baignant
dans le sang.
Cette agression a fait l’objet
d’un article que nous avions publié dans notre
dernière livraison, C.P N°422 du 27 au 31
octobre 2003, sous le titre « M. Barry Moussa
Barqué poignardé et évacué sur Paris ».
Entre temps, ce dossier a évolué.
Les enquêtes ont conduit à l’interpellation
d’un Français, M. Gerbère Roger, en service à
IFG, ex- OPT, soupçonné de complicité. Mieux,
l’agresseur arrêté à Accra avec la
collaboration de la police ghanéenne, a été
extradé au Togo.
Tous ces éléments nous font dire que nous ne
sommes plus sur le terrain des hypothèses et
bientôt la VERITE sera connue. Question de
temps.
Mais, au-delà de ce dossier et
peut-être même dans le sillage de cette
scabreuse affaire, nous avons le doigt sur les
contorsions voire les alchimies de M. Barqué
dans un tout autre dossier, celui de la
privatisation de l’OTP devenu IFG-Togo et dont
la gérance pose problème.
Avant d’aller au fond, il convient
de rappeler que la filière phosphatière au
Togo ne laisse personne indifférent. Depuis le
jour où le chef de l’Etat a annoncé urbi et
orbi la nationalisation de la CTMB, beaucoup
d’eau a coulé sur le pont. Cette société,
épine dorsale de notre économie, a suscité
énormément de convoitise sur le plan
international. Cependant beaucoup d’espoirs
fondés sur les revenus tirés de l’exploitation
des phosphates ont été déçus. Néanmoins, on
continue d’espérer que le phosphate sortira
notre pays de l’ornière économique. C’est la
raison de toutes les magouilles.
Ceci dit, il faut convenir que la
gestion laxiste de cette unité en particulier
et de notre économie en général, a servi de
prétexte à la Banque Mondiale pour imposer à
notre pays la privatisation de l’OTP. Quand on
sait toute la symbolique qui entoure l’OTP
présenté après la nationalisation, comme le
point de départ de notre essor économique, on
ne doit pas s’étonner des réticences qui ont
émaillé le chemin de cette privatisation.
En effet, on a pensé à toutes les
formules et celle finalement retenue fut la
location- gérance.
C’est ainsi qu’un protocole
d’accord a été signé le 27 septembre 2001
entre l’Etat togolais et le groupe BR-IFCO
Holding Limited pour donner naissance à l’IFG
(International Fertilizers Group-Togo). Une
société au capital de 9.000.000.000 FCFA
détenu à part égale par l’Etat togolais et BR-IFCO
dénommé « groupe stratégique ». Un
pacte d’actionnaires a été signé au terme
duquel la Société IFG est gérée par un Conseil
d’Administration composé de huit (8)
administrateurs répartis à part égale entre
les deux partenaires.
Le Président du Conseil
d’Administration est choisi parmi les
administrateurs de l’Etat. Et c’est M. Barqué
qui a l’honneur d’être désigné. Au terme du
protocole d’accord, le Président du Conseil
d’Administration peut être révoqué sur demande
de l’Etat et l’autre partie c’est-à-dire BR-IFCO
s’engage à voter en faveur de la révocation,
sans aucun préalable.
De même, le Directeur Général
nommé par les administrateurs présentés par
BR-FCO, en l’occurrence M. CUNY peut être
révoqué à la demande de BR-IFCO. Et
réciproquement, l’Etat togolais s’engage à
voter en faveur de la révocation sans aucune
exigence.
Dans un tout autre registre, il a
été convenu qu’en cas de litige, le pacte est
régi par le droit français. Tout différent
découlant du pacte d’actionnaires sera soumis
au tribunal arbitral de la chambre de commerce
internationale de Paris.
En clair, cela signifie que les
tribunaux togolais sont incompétents. Mieux,
il est stipulé que, par souci de neutralité,
les arbitres qui seront désignés pour régler
le différend ne peuvent être de nationalité
togolaise, française, tunisienne et du Royaume
de Belgique.
Par ailleurs, en tant que Président du Conseil
d’Administration, M. Barqué n’est pas censé
représenter la Société et agir en son nom. Il
ne peut non plus saisir le tribunal sans un
mandat donné par l’ensemble du Conseil
d’Administration. Mieux, en cas de partage de
voix, celle du Président n’est pas
prépondérante.
Et en tant que premier
représentant de l’Etat, il doit s’estimer lié
par le pacte entre l’Etat et BR-IFCO.
Dès le début de la location-gérance, BR-IFCO
s’est rendu compte que le Directeur Général
issu de son rang, M. CUNY a commencé à jouer
sa propre carte. Très vite, il a été établi
que M. CUNY et M. BARQUE sont de connivence et
n’évoluent plus dans le cadre du protocole
d’accord.
Pour mettre un terme à cette
situation idyllique entre BARQUE et CUNY, BR-IFCO
a décidé de révoquer le Directeur Général
comme l’autorise le protocole d’accord.
Scandale, M. BARQUE, en violation
du protocole fait de la résistance. Comme
réplique, BR-IFCO demande à ses
administrateurs de ne plus participer aux
réunions du Conseil d’Administration. Mais
paradoxalement CUNY, en dépit de cet ordre,
participe et vote avec les quatre
administrateurs de l’Etat plongeant IFG dans
une situation hybride synonyme d’un blocage
qui ne dit pas son nom.
Précisions que depuis la création
de l’IFG, des investissements de l’ordre de 35
millions de dollars ont été faits. IFG est
soutenu par la Belgolaise, une banque qui a
son mot à dire et qui désapprouve le fait que
les partenaires que sont l’Etat et BR-IFCO ne
s’entendent plus et surtout que l’Etat ne
respecte pas ses engagements.
Mais au lieu de trouver un terrain
d’entente et d’ouvrir des négociations, M.
BARQUE passe outre et opte pour la stratégie
de la fuite en avant.
Ainsi, au mépris de toutes les
pratiques et en violation délibérée du
Protocole, M. Barqué saisit le président du
Tribunal de Lomé, d’abord pour lui demander
de constater le blocage de la Société, ce qui
fut fait, on ne sait sur quelle base. Ensuite
(48 heures plus tard), il demande au même
Président de convoquer les administrateurs à
son bureau, ce à quoi le président a obtempéré
sans résultat. Enfin, le comble, il fait
nommer un administrateur provisoire en la
personne d’un Français, M. Claude Gabriel âgé
de 80 ans. Pour mesurer la gravité de cet acte
et l’outrecuidance de M. Barqué, rappelons que
ce M. GABRIEL fut Directeur Général des Mines
du Togo de 1967 à 1974 et que celui-ci a
quitté le Togo dans la foulée de la
nationalisation d la CTMB. Que dire, sinon que
le choix de ce vieux cheval de retour est une
INJURE au chef de l’Etat en personne.
Comme on le voit, sur toute la
ligne, M. Barry Moussa BARQUE en qui le chef
de l’Etat avait placé une confiance totale ne
s’embarrasse d’aucun scrupule pour atteindre
une finalité dont lui seul possède le secret.
En violant dans tous ses
compartiments le protocole d’accord, M. BARQUE
a fait de notre pays un Etat gangster qui ne
respecte pas ses engagements. Conséquence, il
risque de déclencher la foudre de la
communauté des investisseurs privés ainsi que
des banques privées.
Le Togo a-t-il besoin, en l’état
actuel des choses, de se singulariser aussi
négativement ?
Mais nous ne nous sommes pas
arrêtés à ces faits. Nous nous sommes demandés
où est le véritable enjeu.
Le pot-aux-roses
Ce qu’il faut savoir
c’est que ce n’est pas l’OTP devenu IFG qui
est au centre des préoccupations de BARQUE. Le
vrai enjeu c’est la construction programmée de
la future usine d’acide phosphorique. Une
affaire de gros sous qui porte sur des
milliards de nos francs. On parle de 280
millions de dollars.
Au départ, cette usine doit être
construite par l’IFG c’est-à-dire BR-IFCO et
l’Etat togolais. Nous ne voulons pas nous
appesantir sur ce volet. Il nous semble
indiqué de rappeler à nos lecteurs l’audience
que le chef de l’Etat a accordée le vendredi
19 septembre 2003 à une délégation
d’opérateurs économiques indiens à Lomé 2 pour
expliquer une partie de l’imbroglio.
Voici un extrait du compte rendu
de notre confrère Togo-Presse N° 6616 du 22
septembre 2003 : « Une délégation
d’opérateurs économiques indiens conduite par
l’administrateur général du projet ‘’IFCO-Togo’’
a été reçue le vendredi en fin d’après-midi à
Lomé 2 par le président de la République
Gnassingbé Eyadéma. La délégation est allée
informer le chef de l’Etat de son désir
d’implanter au Togo, la Société
IFCO spécialisée dans la production
d’engrais chimiques ».
A l’issue de l’audience, le chef de la
délégation, M. Stéphane CUNY a déclaré :
« nous sommes très honorés d’avoir été
reçus par le président Eyadema qui est un
homme très important en Afrique et dans le
monde »…
Que va chercher M. Stéphane CUNY,
Directeur Général de l’IFG, à la tête d’une
délégation indienne qui veut construire une
usine d’acide phosphorique au Togo ? N’est-ce
pas un peu trop pour cet homme réputé grand
manipulateur ?
M. CUNY, toujours le même, est
Directeur Général de IFG qui aussi projette, à
terme, de construire la même usine. A quoi
joue CUNY et dans l’intérêt de qui ?
Quand on sait les liens de complicité poussée
entre M. BARQUE et CUNY, on est en droit de se
demander si dans cette affaire, les deux
compères n’ont pas sacrifié les intérêts
supérieurs du Togo sur l’autel des objectifs
personnels ?
Pour notre part, nous répondons
oui sans aucune hésitation. Car M. Barqué
agissant pour le compte de l’Etat ne peut pas
violer un protocole signé par cet Etat. S’il
le viole c’est parce qu’il a des visées
personnelles. C’est grave, très grave. On
pourra alors conclure sur ce chapitre que M.
BARQUE n’a pas dit toute la vérité sur le
sujet. Ceci nous amène à dire que les jeux de
la vérité au sein du pouvoir constituent et
problématisent la subjectivité humaine à
travers les pratiques de soi. M. BARQUE en se
comportant comme il l’a fait, s’est
disqualifié et heureusement qu’il n’a pas été
suivi sur le chemin du déshonneur. Tout
l’échafaudage qu’il a mis en place s’est
écroulé.
A preuve, les partenaires, à savoir, l’Etat
togolais, BR-IFCO et la Belgolaise, la banque
qui investit, se sont entendus et convenu de
nommer en lieu et place de M. GABRIE, le
Commandant Awoki PANASSA, administrateur
provisoire pour trois mois afin de mettre de
l’ordre dans ce désordre.
Mieux, le chef de l’Etat aurait
personnellement demandé un audit pour situer
les responsabilités. Nous reviendrons donc sur
le dossier dès que nous aurons des éléments
complémentaires.
Rodrigue
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