DECLARATION DU CAR
A
l’occasion des
consultations en perspective entre l’U.E et
le Togo
1. Le Comité d’Action pour le Renouveau
(CAR), a appris que l’Union Européenne va
entrer prochainement en consultations avec le
Gouvernement togolais sur la base des
dispositions de l’article 96 de l’Accord de
Cotonou.
Le CAR tient d’ores et déjà à saluer
l’initiative et souhaite vivement qu’elle ne
connaisse pas le sort des précédentes
consultations à l’occasion desquelles les
populations togolaises avaient espéré que le
pays allait sortir de la crise socio-politique
qu’il traverse depuis des années.
2. On se rappelle qu’en juillet 1998,
l’Union Européenne avait ouvert des
consultations avec les autorités togolaises,
suite à l’aggravation de la crise par le
hold-up électoral de juin 1998 et aux
violations massives des droits de l’homme dans
le pays.
Le Gouvernement togolais s’était alors engagé
à rechercher par des discussions avec
l’Opposition, des solutions à ces violations
de la Convention ACP-UE. Ces discussions
ouvertes le 18 juillet 1999 sous l’égide des
facilitateurs de l’Union Européenne, de la
France, de l’Allemagne et de la Francophonie,
ont débouché sur l’Accord-cadre signé à Lomé
le 29 juillet 1999. Le Chef de l’Etat avait
déclaré à l’occasion des négociations qu’il
n’allait pas briguer un nouveau mandat et
avait également promis de dissoudre
l’Assemblée ‘’monolithique’’ pour des
élections législatives anticipées en vue de la
mise en place d’un Parlement pluraliste. Pour
garantir la régularité de ces élections,
l’Opposition et la mouvance présidentielle
s’étaient attelé durant des mois à
l’élaboration en Comité Paritaire de Suivi
d’un Code électoral consensuel entériné le 05
avril 2000 par l’Assemblée.
La Commission électorale nationale
indépendante (CENI), installée quelques mois
après, procéda en décembre 2001 à la révision
des listes électorales, sur la base de ce Code
consensuel, à la satisfaction tant de la
mouvance que de l’Opposition.
3. Les populations s’apprêtaient dans
l’enthousiasme à aller aux élections
législatives lorsqu’en août 2001, la mouvance
présidentielle a annoncé son intention de
modifier la Constitution et le Code électoral.
Traitant avec mépris les protestations de
l’Opposition et les mises en garde de l’Union
Européenne, les autorités togolaises se
sont défait des engagements qu’elles ont pris
dans l’Accord-cadre de Lomé, par une série de
mesures étalées de février 2002 à décembre
2002 :
- amendement constitutionnel
requalifiant le Chef de l’Etat pour un nouveau
mandat ;
- introduction
de nouvelles conditions à remplir par les
candidats à la députation et au scrutin
présidentiel ;
- abrogation
unilatérale des règles consensuelles de
composition et de fonctionnement de la CENI ;
- suppression
des dispositions du Code électoral permettant
aux partis d’opposition d’avoir des délégués
auprès des structures chargées de la révision
des listes électorales et de la distribution
des cartes d’électeurs …
C’est dans l’environnement caractérisé par ces
mesures programmées aux fins d’assurer la
victoire du régime aux consultations
électorales que le Gouvernement a organisé les
élections législatives du 27 octobre 2002 sans
la participation de l’Opposition et le scrutin
présidentiel du 1er juin 2003
entaché de fraudes massives :
-
rétention abusive des cartes
d’électeurs,
-
bourrage des urnes,
-
renvoi des délégués de l’opposition des
bureaux de vote,
-
falsification des procès-verbaux des
dépouillements des urnes…
4. Ces deux consultations électorales
et les institutions qui en sont issues ont
engendré dans le pays une situation plus
préoccupante que celle qui prévalait au
moment des consultations de juillet 1998 dans
les domaines des droits de l’homme, du respect
des principes démocratiques et du contrôle de
la gestion des affaires publiques.
En 1998, les partis d’opposition pouvaient
encore protester publiquement contre les abus
du régime par des manifestations pacifiques, à
charge d’en aviser le Ministère de l’Intérieur.
Aujourd’hui, la moindre manifestation publique
de l’Opposition se solde par des répressions
sauvages, des incarcérations, des tortures,
des départs à l’exil, des mutations ou des
licenciements des manifestants. Les
journalistes qui en font échos sont traqués.
Et le drame c’est que les victimes de ces
violations des libertés publiques sont sans
recours, les membres des institutions qui
devraient freiner la propension des
gouvernants à commettre des abus étant nommés
sur des critères qui les mettent à la dévotion
du Pouvoir.
De même, en matière du contrôle de la gestion
des finances publiques, les pratiques de
l’époque du parti unique n’ont guère changé.
L’Assemblée dite nationale, composée
exclusivement des députés cooptés par le parti
au pouvoir, n’ose guère contester la gestion
du Gouvernement. Et c’est cette absence de
contrôle parlementaire due à la composition
monolithique de l’Assemblée qui laisse le
champ libre aux graves dérives que l’on
déplore au sujet de la gestion des ressources
publiques.
Les populations togolaises ne sont pas
disposées à accepter que les aides extérieures
qui leur sont destinées passent par un Etat
non incarné par un Gouvernement et un
Parlement aptes à mettre la gestion des
affaires publiques à l’abri des dérives du
régime actuel et qui puissent assurer le
respect des droits de l’homme et des principes
démocratiques.
5. C’est afin que cette position de nos
populations soit prise en considération dans
les échanges que l’Union Européenne et le
Gouvernement togolais vont avoir dans le cadre
des consultations en perspective que le CAR
tient à rappeler les solutions de sortie de
crise qu’il a précédemment proposées.
Propositions
de sortie de crise
(a) Les propositions du CAR reposent sur
trois constats :
(i)
Le CAR prend d’abord en compte le fait
que le Togo est en situation de crise profonde
liée à de multiples facteurs notamment :
-
l’obstination du régime à prendre appui sur la
force
physique pour gouverner tout un peuple
contre son gré ;
- l’adoption de textes discriminatoires au
regard du
contexte ;
- l’emprise des ressentiments, des
compassions et de la peur des lendemains sur
les comportements politiques.
Il serait périlleux de chercher à sous-estimer
la gravité de la crise en se fiant au calme
apparent imposé au pays par des mesures de
terreur.
(ii)
Le CAR tient ensuite à souligner qu’un
pays en situation de crise comme le Togo ne
peut que s’enfoncer davantage dans la crise si
ses gouvernants se servent des résultats
falsifiés des élections pour le faire
apparaître comme un Etat démocratique
fonctionnant comme tel à base de la règle de
la majorité. Et c’est pour éviter d’avaliser
ce scénario destructeur pour le pays que les
diverses formations de l’Opposition ont refusé
de participer aux élections locales annoncées
par le Gouvernement.
(iii)
Notre pays ne peut en réalité sortir de
la crise que par une reprise améliorée du
régime de consensus amorcé en 1999, ce pour
une période transitoire durant laquelle les
diverses composantes de la classe politique
auront à s’efforcer de s’accepter et de se
donner mutuellement des gages pour
l’instauration d’un environnement propice à
l’alternance politique.
(b) Dans cette optique,
(i) le CAR réitère la proposition
interpellant le Chef de l’Etat à réunir
les différentes composantes de la
classe politique et de la société
civile en un Dialogue national pour un accord
politique susceptible de sortir le
pays de la crise.
(ii) le CAR réitère également l’idée de la
formation d’un Gouvernement
de transition comprenant toutes les
sensibilités politiques, avec pour
missions :
- de créer les conditions d’une véritable
réconciliation nationale ;
- d’organiser suivant des modalités à
définir, des élections transparentes,
libres et ouvertes à tous ;
- de rechercher les voies et moyens pour la
reconstruction du pays.
(iii) le CAR rappelle enfin que la formation
d’un Gouvernement mixte transitoire
doit aller de pair avec la mise en place d’un
Parlement
intérimaire pluraliste qui en assure le
contrôle.
Le CAR en appelle à l’Union Européenne ainsi
qu’à tous les pays et organismes soucieux de
la normalisation de la situation politique du
Togo d’œuvrer à la réalisation des
propositions qui précèdent.
Fait à Lomé, le 17 novembre 2003.
Pour le CAR
Le Président National,
Me Yawovi AGBOYIBO
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