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Actualité

3 Nov. 2003

Selon Me Yawovi Agboyibo :
«Le prix minimal à payer par le RPT qui lorgne les milliards de l’UE est la dissolution de l’Assemblée monocolore »

(Interview accordée à l’hebdomadaire MOTION d’Information du 3/11/2003) 

                Après Rome où il a pris part active à l’Assemblée paritaire ACP-UE, le Président National du CAR était à Windhoek en Namibie la semaine dernière aux côtés de ses pairs du Parti Populaire Européen (PPE) et de l’Union des Partis Africains pour la Démocratie et le Développement (UPADD) dans le cadre d’une autre rencontre. Dans les discussions formelles et informelles, le cas togolais a été abordé. Me Agboyibo nous en ramène les échos dans cette interview qu’il a bien voulu nous accorder.         

Motion d’Information : Vous venez de prendre part à la rencontre qui a eu lieu du 26 au 28 octobre 2003, dans la capitale namibienne, à WINDHOEK, entre des députés du Parti Populaire Européen (PPE) et  l’Union des Partis Africains pour la Démocratie et le Développement (UPADD), regroupant les partis politiques africains d’inspiration populaire. Pouvez-vous nous dire, de quoi il a été question à WINDHOEK ? 

Me Agboyibo : Tout comme à l’occasion des précédentes réunions entre le PPE et l’UPADD que je préside, nous avons consacré notre dernière rencontre à diverses questions concernant le continent africain : les situations de crise qui prévalent en Côte d’ivoire, au Libéria, dans la Région des Grands Lacs, etc. Nous avons aussi évoqué longuement les problèmes du commerce mondial après l’échec du sommet de CANCUN, les perspectives financières que l’Europe entrevoit pour l’Afrique dans le cadre de l’Accord de Cotonou, le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique). Nous avons eu surtout à évaluer les efforts réalisés par chaque Etat africain en matière du respect des règles de la bonne gouvernance prévues par l’Accord de Cotonou et reprises par le NEPAD dont le mérite tient au fait qu’elle est une initiative spécifiquement africaine. 

Motion d’Information : Quel a été l’appréciation du respect par le Togo des règles de la bonne gouvernance ? 

Agboyibo : Nous avons eu à échanger surtout sur La bonne gouvernance politique lors de nos discussions concernant l’Afrique de l’Ouest. La bonne gouvernance, vous le savez, oblige sous ce volet chaque gouvernement africain à avoir en face des mécanismes de dissuasion qui freinent sa propension aux abus : des juridictions administratives indépendantes chargées de sanctionner de tels abus, le droit de protestation par des manifestations publiques, des médias publics ou privés opérant librement, une opposition parlementaire effective qui contrôle la gestion des finances publiques et censure l’action gouvernementale. Sur tous ces points, le TOGO se trouve au bas de l’échelle par rapport aux autres pays de la sous-région ouest africaine. Durant les 37 ans de règne d’Eyadéma, aucune des juridictions administratives créées sur papier n’a osé rendre une seule décision sanctionnant le moindre abus de l’Administration. Par peur bien sûr. De même, ce n’est pas à vous journalistes que je décrirai la situation d’asservissement qu’endurent les médias d’Etat et même la presse privée.  

C’est surtout l’inexistence du contrôle parlementaire de la gestion des finances publiques qui vaudrait la peine d’être soulignée du fait que nous sommes à un moment où le régime se débat sans retenue pour la reprise de la coopération avec l’Union Européenne et le déblocage des milliards à mettre à sa disposition. Le CAR ne saurait s’abstenir de s’inquiéter du sort de ces milliards jusqu’ici bloqués pour nos populations dans l’attente d’un gouvernement démocratique qui puisse en faire un usage judicieux sous contrôle d’un Parlement pluraliste. Or malgré les pressions, le régime s’obstine à ne pas changer de mœurs. Le pays est toujours gouverné par le même RPT qui n’a pas à redouter un contrôle parlementaire dans la mesure où depuis 1999 l’Assemblée Nationale est exclusivement composée de ses militants ou de pseudo opposants sur lesquels personne ne se trompe. Comment peut-on, dans ces conditions, imaginer un seul instant que l’Union Européenne décide de débloquer les fonds gelés sans que soit mis en place un Parlement digne de ce nom qui contrôle leur utilisation. Le prix minimal à payer par les barons du RPT qui lorgnent les milliards de l’UE est la dissolution de l’Assemblée monocolore actuelle et son remplacement par un Parlement intérimaire pluraliste dont la composition et la durée sont à définir lors d’un dialogue national dont l’idée est aujourd’hui partagée par l’ensemble de la classe politique.  

Nous devons pour cela éviter le piège que le Gouvernement tend à l’Opposition par l’organisation des élections locales et sénatoriales. Ce serait une surprise que le régime ne sorte pas vainqueur de ces élections en rééditant les fraudes habituelles. Mais il n’est pas exclu qu’il  fasse en sorte que ces élections se déroulent dans des conditions différentes sous supervision de ses suppôts extérieurs, pour faire croire à la communauté internationale que le Togo est devenu un pays démocratique, et que l’heure a sonné pour la reprise de la coopération. Mais ne soyons pas dupes ! Ni les maires, ni les conseillers municipaux et préfectoraux n’ont le moindre contrôle sur l’utilisation des fonds publics d’origine intérieure  ou extérieure qui passent par le budget national. Les élections locales ou sénatoriales annoncées constituent une pure manœuvre de diversion.

Elles ne sont nullement de nature à remédier à la carence actuelle de contrôle parlementaire de la gestion des deniers publics. 

Motion d’Information : Pouvez-vous nous dire en quelques mots ce que vous avez en commun avec le Parti Populaire Européen ? 

Me Agboyibo : Un parti d’inspiration populaire est fondé sur le principe selon lequel toute population, qu’elle soit nationale ou locale doit s’organiser de manière à être l’artisan principal de sa libération et de son développement pour ne rechercher les appuis extérieurs qu’à titre subsidiaire. C’est au nom de ce principe que le CAR a prôné depuis des années l’idée que c’est aux Togolais eux-mêmes de créer les conditions d’un dialogue national susceptible de déboucher sur un équilibre durable propice à l’épanouissement des citoyens et au développement du pays. C’est dans la même logique que dans son programme de développement du pays, le CAR a assigné une place prioritaire à la promotion du secteur privé populaire. Le secteur privé populaire couvre les domaines d’activités où opèrent le gros de la population, surtout les couches déshérités : l’élevage, la pêche, l’artisanat, le petit commerce, la téléphonie et l’informatique populaires, les établissements privés populaires de santé, d’éducation, de culture etc. Le CAR considère que c’est à tort que l’on qualifie d’informel le secteur privé populaire comme pour le repousser en marge de l’économie nationale alors qu’il en constitue le socle par son impact sur le secteur privé classique et le secteur public. Le CAR estime qu’il faut encadrer le secteur privé populaire et assurer sa promotion par les moyens appropriés, notamment par le micro financement. 

Nous nous sommes aperçus au hasard d’une Assemblée Paritaire ACP/UE à Windhoek en 1996 que c’est par application de ces principes et valeurs que des partis frères d’Europe ont développé leur continent. Voilà ce que nous avons en commun.  

Propos recueillis le 02 novembre 2003
p
ar Carlos KEITH’S

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