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Motion d’Information :
Vous venez de prendre part à la rencontre
qui a eu lieu du 26 au 28 octobre 2003, dans
la capitale namibienne, à WINDHOEK, entre des
députés du Parti Populaire Européen (PPE) et
l’Union des Partis Africains pour la
Démocratie et le Développement (UPADD),
regroupant les partis politiques africains
d’inspiration populaire. Pouvez-vous nous
dire, de quoi il a été question à WINDHOEK ?
Me Agboyibo :
Tout comme à l’occasion des précédentes
réunions entre le PPE et l’UPADD que je
préside, nous avons consacré notre dernière
rencontre à diverses questions concernant le
continent africain : les situations de crise
qui prévalent en Côte d’ivoire, au Libéria,
dans la Région des Grands Lacs, etc. Nous
avons aussi évoqué longuement les problèmes du
commerce mondial après l’échec du sommet de
CANCUN, les perspectives financières que
l’Europe entrevoit pour l’Afrique dans le
cadre de l’Accord de Cotonou, le NEPAD
(Nouveau Partenariat pour le Développement de
l’Afrique). Nous avons eu surtout à évaluer
les efforts réalisés par chaque Etat africain
en matière du respect des règles de la bonne
gouvernance prévues par l’Accord de Cotonou et
reprises par le NEPAD dont le mérite tient au
fait qu’elle est une initiative spécifiquement
africaine.
Motion d’Information : Quel a été
l’appréciation du respect par le Togo des
règles de la bonne gouvernance ?
Agboyibo : Nous avons eu à échanger
surtout sur La bonne gouvernance politique
lors de nos discussions concernant l’Afrique
de l’Ouest. La bonne gouvernance, vous le
savez, oblige sous ce volet chaque
gouvernement africain à avoir en face des
mécanismes de dissuasion qui freinent sa
propension aux abus : des juridictions
administratives indépendantes chargées de
sanctionner de tels abus, le droit de
protestation par des manifestations publiques,
des médias publics ou privés opérant librement,
une opposition parlementaire effective qui
contrôle la gestion des finances publiques et
censure l’action gouvernementale. Sur tous ces
points, le TOGO se trouve au bas de l’échelle
par rapport aux autres pays de la sous-région
ouest africaine. Durant les 37 ans de règne
d’Eyadéma, aucune des juridictions
administratives créées sur papier n’a osé
rendre une seule décision sanctionnant le
moindre abus de l’Administration. Par peur
bien sûr. De même, ce n’est pas à vous
journalistes que je décrirai la situation
d’asservissement qu’endurent les médias d’Etat
et même la presse privée.
C’est surtout l’inexistence du contrôle
parlementaire de la gestion des finances
publiques qui vaudrait la peine d’être
soulignée du fait que nous sommes à un moment
où le régime se débat sans retenue pour la
reprise de la coopération avec l’Union
Européenne et le déblocage des milliards à
mettre à sa disposition. Le CAR ne saurait
s’abstenir de s’inquiéter du sort de ces
milliards jusqu’ici bloqués pour nos
populations dans l’attente d’un gouvernement
démocratique qui puisse en faire un usage
judicieux sous contrôle d’un Parlement
pluraliste. Or malgré les pressions, le régime
s’obstine à ne pas changer de mœurs. Le pays
est toujours gouverné par le même RPT qui n’a
pas à redouter un contrôle parlementaire dans
la mesure où depuis 1999 l’Assemblée Nationale
est exclusivement composée de ses militants ou
de pseudo opposants sur lesquels personne ne
se trompe. Comment peut-on, dans ces
conditions, imaginer un seul instant que
l’Union Européenne décide de débloquer les
fonds gelés sans que soit mis en place un
Parlement digne de ce nom qui contrôle leur
utilisation. Le prix minimal à payer par les
barons du RPT qui lorgnent les milliards de
l’UE est la dissolution de l’Assemblée
monocolore actuelle et son remplacement par un
Parlement intérimaire pluraliste dont la
composition et la durée sont à définir lors
d’un dialogue national dont l’idée est
aujourd’hui partagée par l’ensemble de la
classe politique.
Nous devons pour cela éviter le piège que le
Gouvernement tend à l’Opposition par
l’organisation des élections locales et
sénatoriales. Ce serait une surprise que le
régime ne sorte pas vainqueur de ces élections
en rééditant les fraudes habituelles. Mais il
n’est pas exclu qu’il fasse en sorte que ces
élections se déroulent dans des conditions
différentes sous supervision de ses suppôts
extérieurs, pour faire croire à la communauté
internationale que le Togo est devenu un pays
démocratique, et que l’heure a sonné pour la
reprise de la coopération. Mais ne soyons pas
dupes ! Ni les maires, ni les conseillers
municipaux et préfectoraux n’ont le moindre
contrôle sur l’utilisation des fonds publics
d’origine intérieure ou extérieure qui
passent par le budget national. Les élections
locales ou sénatoriales annoncées constituent
une pure manœuvre de diversion.
Elles ne sont nullement de nature à remédier à
la carence actuelle de contrôle parlementaire
de la gestion des deniers publics.
Motion d’Information :
Pouvez-vous nous dire en quelques mots ce que
vous avez en commun avec le Parti Populaire
Européen ?
Me Agboyibo :
Un parti d’inspiration populaire est fondé sur
le principe selon lequel toute population,
qu’elle soit nationale ou locale doit
s’organiser de manière à être l’artisan
principal de sa libération et de son
développement pour ne rechercher les appuis
extérieurs qu’à titre subsidiaire. C’est au
nom de ce principe que le CAR a prôné depuis
des années l’idée que c’est aux Togolais
eux-mêmes de créer les conditions d’un
dialogue national susceptible de déboucher sur
un équilibre durable propice à
l’épanouissement des citoyens et au
développement du pays. C’est dans la même
logique que dans son programme de
développement du pays, le CAR a assigné une
place prioritaire à la promotion du secteur
privé populaire. Le secteur privé populaire
couvre les domaines d’activités où opèrent le
gros de la population, surtout les couches
déshérités : l’élevage, la pêche, l’artisanat,
le petit commerce, la téléphonie et
l’informatique populaires, les établissements
privés populaires de santé, d’éducation, de
culture etc. Le CAR considère que c’est à tort
que l’on qualifie d’informel le secteur privé
populaire comme pour le repousser en marge de
l’économie nationale alors qu’il en constitue
le socle par son impact sur le secteur privé
classique et le secteur public. Le CAR estime
qu’il faut encadrer le secteur privé populaire
et assurer sa promotion par les moyens
appropriés, notamment par le micro financement.
Nous nous sommes aperçus au hasard d’une
Assemblée Paritaire ACP/UE à Windhoek en 1996
que c’est par application de ces principes et
valeurs que des partis frères d’Europe ont
développé leur continent. Voilà ce que nous
avons en commun.
Propos recueillis le
02 novembre 2003
par Carlos KEITH’S |