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Dans notre édition n° 243,
nous avions fait état de la détention depuis
plus de deux ans de M. Charles Birrégah à la
Gendarmerie pour une affaire de détournement de
douze milliards aux détriments de l’ex OPAT.
Toutes les enquêtes menées par nous et d’autres
confrères tendent à confirmer le caractère
totalement irréel et irréaliste des accusations
portées contre cet Expert comptable chargé de
la liquidation de l’ancien Office des Produits
Agricoles du Togo.
L’affaire Charles Birrégah est devenue au Togo
l’exemple type de la méchanceté et du règlement
de comptes érigés en méthode de gouvernement.
Tous ceux qui sont au courant de ce dossier ou
qui s’y sont objectivement intéressés se
demandent ce qu’on reproche au juste à M.
Birrégah. La Commission anti-corruption
présidée par M. Follivi Assiongbon,
reprocherait à cet Expert Comptable d’avoir
détourné 12 milliards lors de la liquidation de
l’ex OPAT. A l’époque, la Commission
anti-corruption avait inondé les médias de faux
rapports établissant de façon irréfutable la
culpabilité de M. Birrégah.
A la suite de ces accusations, M. Birrégah et
ses avocats avaient alors présenté un
mémorandum détaillé reprenant point par point,
les chefs d’accusation contenus dans le rapport
de la Commission anti-corruption et qui
démontre clairement qu’aucun détournement ne
pouvait être reproché à M. Birrégah lors de la
liquidation de l’ex-OPAT. La Commission
anti-corruption avait alors diligenté une
expertise auprès d’un cabinet choisi par elle
et qui livre des résultats accablants non pas
contre M. Birrégah,
mais contre les
anciens Directeurs Généraux de l’ex OPAT. Le
rapport de l’expertise élaboré par le cabinet
CAFEC-HA le 30 juin 2003 a été adressé à
Monsieur SOGOYOU Pawélé, Doyen des Juges
d’Instruction au tribunal de Première Instance
de Première de Lomé.
L’honnêteté intellectuelle et la transparence
tant prônée par les autorités et plus
particulièrement par le Chef de l’Etat dans les
investigations de la Commission anti-corruption
auraient dû obliger le président de ladite
commission à révéler sur la place publique le
contenu du rapport de l’expert commis par elle
pour disculper M. Birrégah. En lieu et place de
cette attitude de bon sens, on a dissimulé ce
rapport au nom du secret de l’instruction.
« Secret de polichinelle ! », dira
ironiquement un des protagonistes que nous
avons interrogé.
Ce rapport a été dissimulé pour la simple
raison que, sur les 14 points contenus dans le
dossier d’accusation de la Commission
anti-corruption, le rapport de l’expert
diligenté par la commission elle-même, apporte
des réponses qui, en même temps qu’elles
disculpent totalement M. Birrégah, révèlent de
très graves malversations financières commises
par les anciens directeurs généraux de l’ex
OPAT avec la complicité et l’implication
directe des membres du Conseil de Surveillance.
La plupart des personnes concernées sont des
proches du régime RPT.
A titre d’exemple, au point 1 (vente d’un
immeuble à un baron) du document d’accusation
de la commission, l’expertise fait remarquer
que ce point ne peut être retenu contre M.
Birrégah. Non seulement, la Commission a fait
payer à M. Birrégah la coquête somme de
20.000.000 de francs CFA « pour vente
illicite » Mais aussi que la villa en
question a été rétrocédée à un baron du RPT
qui en a fait une pharmacie pour sa fille.
Au sujet du retrait de 11 millions de francs,
l’expertise signale que les journaux,
banques et caisse ne font apparaître nulle part
aucun retrait de 11.000.000 f cfa après la
liquidation. S’agissant d’une facture de 25
606 000 f cfa, que la commission dit qu’elle
est fictive, l’expertise mentionne que cette
somme représente les honoraires payés au
cabinet CREA-URBA relatifs à la mission
d’évaluation des immobilisations de l’OPAT.
La Commission anti-corruption reproche à M.
Birrégah d’avoir détourné une somme de
27.750.000 FCFA ; or, après vérification par
l’expert, il s’avère que cette somme représente
le montant des jetons de présence payés aux
membres du Conseil de surveillance. Il n’est
pas de la compétence de l’Expert comptable en
charge de la liquidation de se prononcer sur le
montant requis qui doit être alloué aux membres
du conseil de surveillance.
Ailleurs, on impute à M. Birrégah le
détournement de cinq millions ; après
vérification, l’expertise indique qu’il s’agit
de primes spéciales pour la préparation des
dossiers de la réunion du Conseil de
surveillance ; ici aussi, il ne revient ni à M.
Birrégah, ni à l’expert de se prononcer sur le
montant alloué.
Il convient de rappeler que, selon le rapport
de l’expert désigné par la commission
anti-corruption, l’Etat togolais reste devoir à
ce jour à M. Birrégah, des centaines de
millions de francs CFA d’honoraires impayés.
Malgré cela, la commission anti-corruption a
exigé de M. Barrigah le paiement d’une somme de
89.361.500 FCFA sans que l’on sache s’il s’agit
d’une caution en vue d’une libération
provisoire en attendant que le Juge
d’Instruction saisi se prononce ou de quelque
chose d’autre. Bien qu’ayant payé cette
faramineuse somme, M. Birrégah est toujours
détenu à la Brigade antigang de la gendarmerie.
Depuis que la presse s’est saisie de l’affaire,
les conditions de détention de M. Birrégah sont
devenues plus draconiennes, comme pour le punir.
Ses mouvements sont désormais restreints ; il a
été transféré dans une pièce de 12 mètres
carrés où ils s’agglutinent à cinq ou six et où
la vie est tout simplement difficile en raison
de la chaleur et des conditions de détention.
Aujourd’hui, la famille de Charles Birrégah
craint pour sa vie ; en effet, le dernier
examen médical qu'il a subi la semaine dernière,
révèle un taux de glycémie qui dépasse
largement le taux maximum de 1,10g. Tout se
passe aujourd’hui comme si on est décidé à
faire mourir Charles Birrégah en détention pour
protéger les vrais auteurs de détournements de
l’OPAT qui se trouvent être de gros bonnets
auxquels personne n’ose toucher et qui croient
avoir quelque chose à craindre de la libération
de Charles Birrégah.
A la suite du premier article que nous avons
publié sur ce dossier, nous avons reçu la
réaction bizarre, mais très significative d’une
personnalité proche du régime RPT. « Tout ce
que vous dites est vrai et c’est là le problème
parce que toutes les vérités ne sont pas bonnes
à dire », nous a déclaré cette source qui a
tenu à conserver l’anonymat et qui semble être
bien informée du dossier Birrégah.
A présent qu’il est clairement établi que
Charles Birrégah est victime d’une odieuse
méchanceté et d’un règlement de comptes de la
part du président de la Commission
anti-corruption, M. Follivi Assiongbon, cette
affaire risque de prendre désormais une
nouvelle dimension qui pourrait vite échapper à
la commission anti-corruption elle-même. Selon
des informations qui nous sont parvenues, tous
les barrons impliqués dans le dossier de l’ex
OPAT multiplient les stratagèmes avec la
complicité du président de la Commission
anti-corruption pour que le chef de l’Etat ne soit
pas au courant de la vérité.
Notre combat pour la liberté, la justice et la
dignité des peuples ne connaît pas de
frontières idéologiques. M. Charles Birrégah a
été un fervent serviteur du régime RPT. Ses
ennuis ont commencé le jour où il a démissionné
de son propre chef, de la direction générale du
Fonds d’Entretien Routier parce qu’il refusait,
au nom de sa foi chrétienne, de tremper dans la
magouille et la malversation. Les zélés du
régime RPT nous reprochent de mettre sur la
place publique, des récits qui salissent
l’image extérieure du Togo et de son président.
Ce qui salit l’image du Togo, c’est d’abord
l’existence de ces graves cas de violations
des droits humains. Nous ne les rapporterions
pas s’ils n’existaient pas ou n’existaient
plus. La mort en détention de M. Birrégah sera,
dans les circonstances actuelles, le pire des
cadeaux à faire au président par ses zélés
serviteurs.
Anicet TOUKOULA |