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Actualité

28 Oct. 2003

Affaire Charles Birrégah :
La méchanceté et le règlement de comptes érigés en méthode de gouvernement
 
Par Anicet Toukoula 
(Source: Motion d'information)

Depuis que la presse s’est saisie de l’affaire, les conditions de détention de M. Birrégah sont devenues plus draconiennes, comme pour le punir. Ses mouvements sont désormais restreints ; il a été transféré dans une pièce de 12 mètres carrés où ils s’agglutinent à cinq ou six et où la vie est tout simplement difficile en raison de la chaleur et des conditions de détention.

Aujourd’hui, la famille de Charles Birrégah craint pour sa vie ; en effet, le dernier examen médical qu'il a subi la semaine dernière, révèle un taux de glycémie qui dépasse largement le taux maximum de 1,10g. Tout se passe aujourd’hui comme si on est décidé à faire mourir Charles Birrégah en détention pour protéger les vrais auteurs de détournements de l’OPAT qui se trouvent être de gros bonnets auxquels personne n’ose toucher et qui croient avoir quelque chose à craindre de la libération de Charles Birrégah.

Dans notre édition n° 243, nous avions fait état de la détention depuis plus de deux ans de M. Charles Birrégah à la Gendarmerie pour une affaire de détournement de douze milliards aux détriments de l’ex OPAT. Toutes les enquêtes menées par nous et d’autres confrères tendent à confirmer le caractère totalement irréel et irréaliste des accusations portées contre cet Expert comptable chargé de la liquidation de l’ancien Office des Produits Agricoles du Togo.

L’affaire Charles Birrégah est devenue au Togo l’exemple type de la méchanceté et du règlement de comptes érigés en méthode de gouvernement. Tous ceux qui sont au courant de ce dossier ou qui s’y sont objectivement intéressés se demandent ce qu’on reproche au juste à M. Birrégah. La Commission anti-corruption présidée par M. Follivi Assiongbon, reprocherait à cet Expert Comptable d’avoir détourné 12 milliards lors de la liquidation de l’ex OPAT. A l’époque, la Commission anti-corruption avait inondé les médias de faux rapports établissant de façon irréfutable la culpabilité de M. Birrégah.

A la suite de ces accusations, M. Birrégah et ses avocats avaient alors présenté un  mémorandum détaillé reprenant point par point, les chefs d’accusation contenus dans le rapport de la Commission anti-corruption et qui démontre clairement qu’aucun détournement ne pouvait être reproché à M. Birrégah lors de la liquidation de l’ex-OPAT. La Commission anti-corruption avait alors diligenté une expertise auprès d’un cabinet choisi par elle et qui livre des résultats accablants non pas contre M. Birrégah, mais contre les anciens Directeurs Généraux de l’ex OPAT. Le rapport de l’expertise élaboré par le cabinet CAFEC-HA le 30   juin 2003 a été adressé à Monsieur SOGOYOU Pawélé, Doyen des Juges d’Instruction  au tribunal de Première Instance de Première de Lomé.

L’honnêteté intellectuelle et la transparence tant prônée par les autorités et plus particulièrement par le Chef de l’Etat dans les investigations de la Commission anti-corruption auraient dû obliger le président de ladite commission à révéler sur la place publique le contenu du rapport de l’expert commis par elle pour disculper M. Birrégah. En lieu et place de cette attitude de bon sens, on a dissimulé ce rapport au nom du secret de l’instruction. « Secret de polichinelle ! », dira ironiquement un des protagonistes que nous avons interrogé.

Ce rapport a été dissimulé pour la simple raison que, sur les 14 points contenus dans le dossier d’accusation de la Commission anti-corruption, le rapport de l’expert diligenté par la commission elle-même, apporte des réponses qui, en même temps qu’elles disculpent totalement M. Birrégah, révèlent de très graves malversations financières commises par les anciens directeurs généraux de  l’ex OPAT avec la complicité et l’implication directe des membres du Conseil de Surveillance. La plupart des personnes concernées sont des proches du régime RPT.

A titre d’exemple, au point 1 (vente d’un immeuble à  un baron) du document d’accusation de la commission, l’expertise fait remarquer que ce point ne peut être retenu contre M. Birrégah. Non seulement, la Commission a fait payer à M. Birrégah la coquête somme de 20.000.000 de francs CFA « pour vente illicite » Mais aussi que la villa en question a été rétrocédée  à un baron  du RPT qui en a  fait une pharmacie pour sa fille. 

Au sujet du retrait de 11 millions de francs, l’expertise signale que les journaux, banques et caisse ne font apparaître nulle part aucun retrait de 11.000.000 f cfa après la liquidation.  S’agissant d’une facture de 25 606 000 f cfa,  que la commission dit qu’elle est fictive, l’expertise mentionne que cette somme représente les honoraires payés au cabinet CREA-URBA relatifs à la mission d’évaluation des immobilisations de l’OPAT.

La Commission anti-corruption reproche à M. Birrégah d’avoir détourné une somme de 27.750.000 FCFA ; or, après vérification par l’expert, il s’avère que cette somme représente le montant des jetons de présence payés aux membres du Conseil de surveillance. Il n’est pas de la compétence de l’Expert comptable en charge de la liquidation de se prononcer sur le montant requis qui doit être alloué aux membres du conseil de surveillance.

Ailleurs, on impute à M. Birrégah le détournement de cinq millions ; après vérification, l’expertise indique qu’il s’agit de primes spéciales pour la préparation des dossiers de la  réunion du Conseil de surveillance ; ici aussi, il ne revient ni à M. Birrégah, ni à l’expert de se prononcer sur le montant alloué.

Il convient de rappeler que, selon le rapport de l’expert désigné par la commission anti-corruption, l’Etat togolais reste devoir à ce jour à M. Birrégah, des centaines de millions de francs CFA d’honoraires impayés. Malgré cela, la commission anti-corruption a exigé de M. Barrigah le paiement d’une somme de 89.361.500 FCFA sans que l’on sache s’il s’agit d’une caution en vue d’une libération provisoire en attendant que le Juge d’Instruction saisi se prononce ou de quelque chose d’autre. Bien qu’ayant payé cette faramineuse somme, M. Birrégah est toujours détenu à la Brigade antigang de la gendarmerie.

Depuis que la presse s’est saisie de l’affaire, les conditions de détention de M. Birrégah sont devenues plus draconiennes, comme pour le punir. Ses mouvements sont désormais restreints ; il a été transféré dans une pièce de 12 mètres carrés où ils s’agglutinent à cinq ou six et où la vie est tout simplement difficile en raison de la chaleur et des conditions de détention.

Aujourd’hui, la famille de Charles Birrégah craint pour sa vie ; en effet, le dernier examen médical qu'il a subi la semaine dernière, révèle un taux de glycémie qui dépasse largement le taux maximum de 1,10g. Tout se passe aujourd’hui comme si on est décidé à faire mourir Charles Birrégah en détention pour protéger les vrais auteurs de détournements de l’OPAT qui se trouvent être de gros bonnets auxquels personne n’ose toucher et qui croient avoir quelque chose à craindre de la libération de Charles Birrégah.

A la suite du premier article que nous avons publié sur ce dossier, nous avons reçu la réaction bizarre, mais très significative d’une personnalité proche du régime RPT. « Tout ce que vous dites est vrai et c’est là le problème parce que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire », nous a déclaré cette source qui a tenu à conserver l’anonymat et qui semble être bien informée du dossier Birrégah.

A présent qu’il est clairement établi que Charles Birrégah est victime d’une odieuse méchanceté et d’un règlement de comptes de la part du président de la Commission anti-corruption, M. Follivi Assiongbon, cette affaire risque de prendre désormais une nouvelle dimension qui pourrait vite échapper à la commission anti-corruption elle-même. Selon des informations qui nous sont parvenues, tous les barrons impliqués dans le dossier de l’ex OPAT multiplient les stratagèmes avec la complicité du président de la Commission anti-corruption pour que le chef de l’Etat ne soit pas  au courant de la vérité.

Notre combat pour la liberté, la justice et la dignité des peuples ne connaît pas de frontières idéologiques. M. Charles Birrégah a été un fervent serviteur du régime RPT. Ses ennuis ont commencé le jour où il a démissionné de son propre chef, de la direction générale du Fonds d’Entretien Routier parce qu’il refusait, au nom de sa foi chrétienne, de tremper dans la magouille et la malversation. Les zélés du régime RPT nous reprochent de mettre sur la place publique, des récits qui salissent l’image extérieure du Togo et de son président. Ce qui salit l’image du Togo, c’est d’abord l’existence de ces  graves  cas de violations des droits humains. Nous ne les rapporterions pas s’ils n’existaient pas ou n’existaient plus. La mort en détention de M. Birrégah sera, dans les circonstances actuelles, le pire des cadeaux à faire au président par ses zélés serviteurs.
Anicet TOUKOULA

Prisonniers  Po. de Kara

 

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