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Il y a presque deux ans, un
communiqué de la Commission Nationale de Lutte
contre la Corruption et le Sabotage Economique
avait été lu sur les médias d’Etat et paru
dans la presse faisant état de détournement
d’une faramineuse somme de douze milliards de
francs au détriment de l’OPAT (Office des
Produits Agricoles du Togo) par M. Charles
Birrégah, Expert Comptable de son état en
charge de la liquidation de cette entreprise
qui fut le fleuron de l’industrie agricole
togolaise. L’information avait fait beaucoup
de bruit à l’époque. Interpellé au retour d’un
séjour en France, Charles Birrégah est, depuis
le mois de Février 2002, détenu sans jugement
dans les locaux de la Brigade anti-gangue de
la Gendarmerie Nationale malgré toutes les
interventions faites, y compris auprès du
chef de l’Etat pour réclamer sa libération,
même provisoire. Le cas de Monsieur Birrégah
est un exemple type de cas flagrant de
violations des droits de l’homme, d’une
honteuse injustice et de non assistance à
personne en danger.
M. Charles Birrégah, aujourd’hui
malade, se trouve dans une situation sanitaire
précaire qui nécessite des soins qu’il ne peut
recevoir en détention. En plus, toutes les
vérifications et contre expertises ordonnées
par la Commission anti-corruption ont révélé
que les accusations portées contre ce monsieur
sont de la pure affabulation et ne reposent
sur rien. Au contraire, il s’avère aujourd’hui
que c’est l’Etat togolais qui reste lui devoir
pour plusieurs centaines de millions de francs
d’honoraires impayés. Pourquoi alors,
maintient-on en détention une personne dont
tout prouve qu’elle est innocente ? A cette
question, il semble y avoir deux réponses.
La première, c’est que, le
président de la Commission anti-corruption, M.
Assiongbon Follivi qui semble avoir des
comptes personnels à régler avec M. Birrégah
et qui avait inventé une histoire
abracadabrante pour charger M. Birrégah auprès
du chef de l’Etat, ne sait plus comment faire
pour retourner dire au président de la
République qu’il s’est trompé et que les
accusations contre M. Birrégah n’étaient que
pur montage.
La seconde réponse qui paraît
aujourd’hui la plus grave, c’est que, à la
demande de la Commission anti-corruption, une
commission rogatoire a été ordonnée pour
éplucher les mouvements financiers effectués
sur un compte ouvert au nom de l’OPAT auprès
d’une banque parisienne. Cette commission
rogatoire aurait révélé d’importants
détournements de fonds opérés au profit de
gros bonnets dont les noms sont connus. Cette
commission rogatoire envoyée de Paris est bien
arrivée à Lomé et réceptionnée par une
personne bien identifiée ; et pourtant
aujourd’hui, il semblerait que ce document se
soit tout simplement volatilisé. Visiblement,
M. Assiogbon Follivi, le président de la
Commission anti-corruption est décidé à
sacrifier M. Charles Birrégah pour couvrir les
vrais coupables de détournements de fonds à
l’OPAT.
En effet, l’Expert Comptable
chargé de la liquidation, en l’occurrence M.
Birrégah s’est interrogé sur un certains
nombre de constats qu’il a eu à faire ; il ne
comprenait pas par exemple que pour une
entreprise de collecte et de revente qui a
réalisé un chiffre d’affaires de 55 et 11
milliards en 1995 et 1996, on lui ait transmis
un solde débiteur de 1 milliard de francs.
Dans son communiqué initial, la
Commission anti-corruption accusait M.
Birrégah d’avoir détourné 12 milliards de
francs. Les vérifications opérées par l’Expert
nommé par la Commission anti-corruption a
révélé les points suivants :
1)
Au sujet de l’accusation de fausses
écritures comptables pour plus de 10
milliards, il s’agissait en fait du bonus de
liquidation dont le détail figurait dans le
procès-verbal de liquidation signé en bonne et
due forme par le Conseil de Surveillance de la
société composé de trois ministres (Tidjani-Dourodjaye,
Kossivi Osséyi et Simphétchéou Pré).
2)
Concernant les montants récupérés à
l’étranger, il s’est avéré que les chiffres
annoncés par la Commission anti-corruption
dans son communiqué, sont soit, totalement
erronés parce que ne reposant sur aucune pièce
comptable, soit tout simplement inexistants.
Les documents fournis à l’expert par le
liquidateur confirment le caractère
fantaisiste des chiffres annoncés.
Dans son communiqué de presse, la Commission
anti-corruption faisait ressortir un résultat
bénéficiaire de plus de 3 milliards au 31
décembre 1995 ; la même Commission stipule
qu’au 31 décembre 1996, l’audit commandé
auprès d’un cabinet ivoirien faisait ressortir
un résultat déficitaire qui se chiffre à plus
de 4 milliards de francs.
En réalité, le rapport du cabinet
d’audit ivoirien faisait ressortir un déficit
au 31 décembre 1996, de plus de 7 milliards et
non 4 milliards. M. Birrégah ayant été nommé
par décret le 27 Novembre 1996, les bilans du
31 décembre 1995 au 31 décembre 1996 ne
peuvent raisonnablement être de son ressort.
Les résultats présentés dans ce communiqué de
presse concernent la gestion de l’ex-directeur
général de l’OPAT, M. Abalo Kélem. Or, il se
trouve que, aussi curieuse que cela puisse
paraître, ni les anciens directeurs généraux,
ni les présidents du Conseil de Surveillance
n’ont jamais été interrogés ni écoutés dans
cette affaire.
Cet acharnement contre M. Birrégah
est révélateur de l’utilisation qui est faite
de la Commission anti-corruption à la fois par
ses promoteurs et ceux qui sont en charge de
son fonctionnement. A la rédaction de
« Motion », nous nous sommes assigné pour
mission de participer au combat pour la
liberté, la justice et la dignité partout où
ces valeurs sont bafouées et quelle que soit
la couleur politique des victimes.
M. Birrégah est un pur produit du
RPT, comme son père et sa mère. Il fut en
France, l’un des plus ardents défenseurs du
régime RPT à une époque où ce type de position
relevait de la témérité. De retour au Togo
après de brillantes études en France, (il est
Docteur en Finances et Expert Comptable), il
s’est installé à son propre compte. Il était
également Trésorier de la JRPT qu’il a servi
sans ménagement plus par tradition familiale
Il a réussi dans les affaires
parce qu’il travaillait beaucoup et menait
simultanément plusieurs activités de front ;
il fut par exemple Directeur Général du Fonds
d’Entretien Routier, un organisme qui gère
plusieurs milliards par mois. Il en
démissionna lorsqu’on a voulu lui faire faire
des magouilles parce que, malgré son
appartenance au système et suivant les
conseils de son père et ayant la crainte de
Dieu, il s’est toujours imposé un
comportement droit et honnête qui tranche avec
ce qui se fait dans le système.
Ayant réussi dans ses affaires par
son travail, il a gagné beaucoup d’argent et
fait plusieurs réalisations ; au Togo du RPT,
la réussite est suspecte. Dans le système
auquel il appartenait, on n’aime pas ceux qui
gagnent trop d’argent ; ils peuvent devenir
très vite puissants et prendre leurs distances
avec le régime. Alors, il faut les casser, les
mettre à genoux et les démolir physiquement.
Du fond de sa cellule, M. Charles
Birrégah s’interroge à longueur de journée ;
il ne comprend pas ce qui lui arrive ; marié à
une française, sa belle famille est écœurée
par ce degré de méchanceté auquel on soumet
son gendre. Personne, dans son entourage,
n’arrive à comprendre qu’il puisse encore
exister sur cette terre au XXIè siècle, ce
type de déni de droit et d’animosité.
Toutes les personnes impliquées
dans cette affaire, nous ont fermé les portes ;
« c’est au chef de l’Etat que revient la
décision », nous ont laissé entendre certaines
sources anonymes. Pour d’autres, c’est
l’absence prolongée du président ces dernières
semaines qui retarderait la libération de M.
Charles Birrégah. Le général Eyadéma étant
désormais de retour, tout le monde attend de
voir dans les jours à venir, la décision qu’il
prendra sur ce dossier.
D’autres révélations sur les vrais dé
tourneurs des fonds de l’OPAT dans nos
prochaines éditions.
Anicet TOUKOULA
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