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Actualité

20 Août 2003

Le directeur de publication de "Motion d'Information" a été séquestré par des gendarmes
Joseph Takeli

Pour avoir fait écho du dernier texte du Colonel Biténiwé(Art. intitulé: "Le Lt-Col Biténéwé fustige Eyadéma et sa permanente peur d’un coup d’Etat")   et pour avoir parlé de l'état de santé d'Ernest Gnassingbé (Art. intitulé: "Rattrapé par la condition humaine, Ernest dans  un état critique, lutte contre la mort"), Monsieur Carlos Komlanvi KETOHOU, directeur de la publication de "Motion d'Information" a été séquestré par des "gendarmes" très zélés. Nous vous livrons en intégralité le récit fait par  l'intéressé lui-même à ses collègues journalistes

Chers Collègues,

Je vous mets au courant d'une interpellation dont j'ai été victime dans la nuit du dimanche à lundi à 2h 20 minutes.

Après la mise en page au siège de notre journal, j'ai accompagné Séba (notre distributeur) à Aldus Informatique pour effectuer le tirage sur papier calque A3 devant permettre une impression miroir comme nous en avons l'habitude.

A la sortie, à  100m, un véhicule de marque BMW familial personnel immatriculé RT-  8601-X nous a interceptés. A bord trois personnes prétendant être des gendarmes en mission.

Ils nous ont encadrés Séba et moi, nous demandant avec menace d'où nous venions et ce que nous avions en main. Ils ont arraché les documents de Séba, ont fouillé et ont découvert une copie de la UNE  de Motion 239. L'interrogatoire a commencé. Ils ont d'abord vérifié mon identité et m'ont demandé d'expliquer les titres à la UNE, notamment:

1. Le Lt-Col Biténéwé fustige Eyadéma et sa permanente peur  ’un coup d’Etat

2. Rattrapé par la condition humaine, Ernest dans  un état critique, lutte contre la mort

Je les ai renvoyés à la lecture du journal au petit matin en insistant que nous fournirons des copies aux autorités compétentes. Devant leur refus de comprendre ce qu'on leur disait et leur menaces, je leur ai dit que les titres étaient clairs et sans commentaires.

 Ils ont demandé à savoir si nous avons les preuves sur l'état de santé d'Ernest. En réponse, je leur ai signifié que nous avons les preuves et que je n'avais pas à les leur livrer. J’ai ajouté qu’ils n'ont  qu'à se référer à RFI qui en a parlé avant nous.

Ils ont trouvé également un exemplaire du numéro 238 et m'ont demandé  de citer les noms des cadavres d'Okou, le nombre et les photos. Je leur ai dit que je me suis déjà expliqué et suffisamment  chez le Ministre de la Communication et ils n'ont qu'à le rencontrer pour  mieux s'informer. « D'ailleurs c'est un numéro qui se passe de tout commentaires puisque les autorités l'ont déjà enregistré dans leurs archives ». ai-je précisé.

C'est suite à cet interrogatoire musclé qu'ils nous ont  menacé de nous méfier et d'avoir les preuves de nos informations avant leur publication. Sur ce, ils nous ont relaxés.

J’ai alors demandé à notre distributeur qui détenait les mises en pages du journal de prendre une autre direction pouvant lui permettre  de disparaître avec les dossiers d'imprimerie.

10 minutes plus tard, ils m'ont rattrapé, moi, vers le marché d'Amoutivé en recommençant l'interrogatoire, armes au point. Ils m'ont obligé à monter dans leur véhicule en posant les questions du genre :

Où vous avez-vous rencontré Biténéwé?

Qui finance votre journal?

Où sont les preuves des cadavres d'Okou dont vous avez parlé?

Vous êtes combien à écrire pour le journal?

Où sont les autres ?

Quelles sont vos relations avec Amnesty International?

et d'autres questions encore.

A toutes ces questions, j’ai refusé de répondre. Je les ai plutôt mis en garde sur l’illégalité de leur acte. Je leur ai  fait comprendre qu'il n’est pas normal d’enlever un paisible citoyen, sans mandat, tout simplement parce qu’il faisait son travail. Je leur ai expliqué qu’ils  s’exposent à des poursuites judiciaires. « Je suis un citoyen togolais et vous devez respecter ma liberté et mes droits. Cela constitue une pure violation des droits de l'homme », ai-je précisé.

Ils ont conclu qu'ils étaient en mission et qu'ils iraient rendre compte à leurs supérieurs et nous interpellerons au moment opportun.

Avant de me laisser partir après m’avoir trimbalé dans le quarter Amoutivé et Doulassamé, l'un d'eux, mon voisin immédiat du siège arrière, m’a lancé entre deux éclats de rire: " Nous vous appellerons pour des détails. Si vous n'avez pas de relations avec ces gens là, ils ne vous donneront pas leurs déclarations. Vous savez où ils sont... . Vous devez faire attention à tous ce que vous écrivez. Nous vous suivons de près et vous avons à l’œil. Vous pensez jouer aux malins"

            Voilà en substance  ma mésaventure du matin de notre parution n° 239. Nous nous reverrons plus tard pour en discuter. Je ne puis vous indiquer où je suis actuellement. Gilles se chargera d’expédier les affaires courantes.

Confraternellement,

Carlos Komlanvi KETOHOU,

DP

Prisonniers  Po. de Kara

 

Marc PALANGA

Panamnawé BOBOLI

Mazama KATASSA

Menvéinoyou TCHAMIYE

Djimsa SALIMTOU

 
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