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Chers Collègues,
Je vous mets au courant d'une interpellation
dont j'ai été victime dans la nuit du dimanche
à lundi à 2h 20 minutes.
Après la mise en page au siège de notre
journal, j'ai accompagné Séba (notre
distributeur) à Aldus Informatique pour
effectuer le tirage sur papier calque A3
devant permettre une impression miroir comme
nous en avons l'habitude.
A la sortie, à 100m, un véhicule de marque
BMW familial personnel immatriculé RT- 8601-X
nous a interceptés. A bord trois personnes
prétendant être des gendarmes en mission.
Ils nous ont encadrés Séba et moi, nous
demandant avec menace d'où nous venions et ce
que nous avions en main. Ils ont arraché les
documents de Séba, ont fouillé et ont
découvert une copie de la UNE de Motion 239.
L'interrogatoire a commencé. Ils ont d'abord
vérifié mon identité et m'ont demandé
d'expliquer les titres à la UNE, notamment:
1. Le Lt-Col Biténéwé fustige Eyadéma et sa
permanente peur ’un coup d’Etat
2. Rattrapé par la condition humaine, Ernest
dans un état critique, lutte contre la mort
Je les ai renvoyés à la lecture du journal au
petit matin en insistant que nous fournirons
des copies aux autorités compétentes. Devant
leur refus de comprendre ce qu'on leur disait
et leur menaces, je leur ai dit que les titres
étaient clairs et sans commentaires.
Ils ont demandé à savoir si nous avons les
preuves sur l'état de santé d'Ernest. En
réponse, je leur ai signifié que nous avons
les preuves et que je n'avais pas à les leur
livrer. J’ai ajouté qu’ils n'ont qu'à se
référer à RFI qui en a parlé avant nous.
Ils ont trouvé également un exemplaire du
numéro 238 et m'ont demandé de citer les noms
des cadavres d'Okou, le nombre et les photos.
Je leur ai dit que je me suis déjà expliqué et
suffisamment chez le Ministre de la
Communication et ils n'ont qu'à le rencontrer
pour mieux s'informer. « D'ailleurs c'est
un numéro qui se passe de tout commentaires
puisque les autorités l'ont déjà enregistré
dans leurs archives ». ai-je précisé.
C'est suite à cet interrogatoire musclé qu'ils
nous ont menacé de nous méfier et d'avoir les
preuves de nos informations avant leur
publication. Sur ce, ils nous ont relaxés.
J’ai alors demandé à notre distributeur qui
détenait les mises en pages du journal de
prendre une autre direction pouvant lui
permettre de disparaître avec les dossiers
d'imprimerie.
10 minutes plus tard, ils m'ont rattrapé, moi,
vers le marché d'Amoutivé en recommençant
l'interrogatoire, armes au point. Ils m'ont
obligé à monter dans leur véhicule en posant
les questions du genre :
Où vous avez-vous rencontré Biténéwé?
Qui finance votre journal?
Où sont les preuves des cadavres d'Okou dont
vous avez parlé?
Vous êtes combien à écrire pour le journal?
Où sont les autres ?
Quelles sont vos relations avec Amnesty
International?
et d'autres questions encore.
A toutes ces questions, j’ai refusé de
répondre. Je les ai plutôt mis en garde sur
l’illégalité de leur acte. Je leur ai fait
comprendre qu'il n’est pas normal d’enlever un
paisible citoyen, sans mandat, tout simplement
parce qu’il faisait son travail. Je leur ai
expliqué qu’ils s’exposent à des poursuites
judiciaires. « Je suis un citoyen togolais
et vous devez respecter ma liberté et mes
droits. Cela constitue une pure violation des
droits de l'homme », ai-je précisé.
Ils ont conclu qu'ils étaient en mission et
qu'ils iraient rendre compte à leurs
supérieurs et nous interpellerons au moment
opportun.
Avant de me laisser partir après m’avoir
trimbalé dans le quarter Amoutivé et
Doulassamé, l'un d'eux, mon voisin immédiat du
siège arrière, m’a lancé entre deux éclats de
rire: " Nous vous appellerons pour des
détails. Si vous n'avez pas de relations avec
ces gens là, ils ne vous donneront pas leurs
déclarations. Vous savez où ils sont... . Vous
devez faire attention à tous ce que vous
écrivez. Nous vous suivons de près et vous
avons à l’œil. Vous pensez jouer aux malins"
Voilà en
substance ma mésaventure du matin de notre
parution n° 239. Nous nous reverrons plus tard
pour en discuter. Je ne puis vous indiquer où
je suis actuellement. Gilles se chargera
d’expédier les affaires courantes.
Confraternellement,
Carlos Komlanvi KETOHOU,
DP |