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15 Août 2003

Togo: La confiance du peuple trahie par l'opposition
Samuel Batchati

Le Togo est devenu depuis les dernières élections présidentielles, un véritable goulag pour les citoyens qui avaient eu l’outrecuidance et la naïveté de supporter les candidats de l’opposition. Leur nombre est inconnu, ces combattants anonymes qu’aucune voix n’ose réclamer une infime responsabilité dans le sort qui est le leur. Combien sont-ils ces citoyens qui au mépris de leur vie et de leur famille ont soutenu l’opposition par des campagnes, des meetings, et autres manifestations convaincus que cette opposition pouvait être la bouée de sauvetage ! Personne ne dira leur nombre. Ils ont été lâchement abandonnés à leur triste sort par les leaders qui avaient sollicité leur suffrage.

Le constat amer est que le peuple en réalité n’existe que lorsqu’il y a des élections. Avant et après, il n’y a pas de peuple. Ce constat est autant valable pour les leaders de l’opposition que pour le parti au pouvoir. Le peuple n’existe que lorsqu’il doit voter. Qui n’a pas entendu tous les leaders crier, " Le peuple en a marre ; le peuple est avec nous ; le peuple souhaite le départ du dictateur " Mais on est en droit de se demander : quel peuple ? Celui qu’on abandonne au dictateur ? Celui qui à cause de cette opposition a perdu son pain, sa vie ?

Depuis la dernière élection, les leaders de l'opposition se sont murés derrière des betons de silence, chapelets, bibles et cauris à la mains, priant que personne ne dise rien sur leur turpitudes. Ils souhaitent vivement que le calme plat continue de régner et qu'ils n'aient rien à dire. Aucun compte à rendre à personne... en attendant le jour où on parlera encore d'élections. Pourtant de l'extérieur les gens nous regardent et se demandent: «Comment les Togolais s'arrangent-ils pour boire leur honte à chaque fois, et continuer à démeurer aussi hautins, aussi fanfarons et surtout, aussi incultes?»

Je voudrais reprendre ici le passage de l’éditorial de Joseph Takéli du 12 Août 2003 intitulé Comment l’opposition togolaise soutient-elle ses militants persécutés. Il dit:   «Quel que soit ce que nous croyons être, nous devons avoir l’humilité de nous rabaisser lorsqu’à cause de nos actes, des gens qui nous font confiance meurent ou se retrouvent en prison.»

Malheureusement l’opposition togolaise n’a pas cette humilité. Elle a lâchement abandonné les malheureux prisonniers à leur sort. Elle n’a même pas osé protester parce que tel ou tel autre militant a été injustement jeté en prison. Elle se complaît dans sa traditionnelle léthargie, son indécrottable incapacité. Ceci n’est pas de l’irresponsabilité. c’est tout bêtement une trahison.

Ils donnent, ces opposants, raison au solitaire de Croisset, Monsieur Gustave Flaubert. Le 8 septembre 1871, il écrivait : " Je crois que la foule, le troupeau, sera toujours haïssable. Il n’y a d’important qu’un petit groupe d’esprits, toujours les mêmes qui se repassent le flambeau."  Difficile de l’accepter, n’est-ce pas , dans un système démocratique.

De réduire des citoyens à une foule, à un troupeau. Mais Flaubert haïssait aussi la démocratie. Comme l’opposition togolaise. " Je hais la démocratie (…) C’est-à-dire l’exaltation de la grâce au détriment de la justice, la négation du droit, en un mot, l’antisociabilité. "

Pour l’opposition togolaise, le peuple n’existe que lorsqu’il faut faire beaucoup de bruits et signaler sa présence. Pour le parti au pouvoir, le peuple n’existe que lorsqu’il faut légitimer ses fraudes électorales. Il est, le peuple togolais qui souffre dans sa chair que dans son esprit, un instrument qu’on jette après l’usage, un argument.

C’est que la désespérance engendrée par le règne inique, monstrueux et odieux du généralissime Eyadema, un règne ignoble béni par le maestro Chirac, a produit en chaque citoyen, un profond malaise, un no longer at ease. Chirac est le chef d'orchestre de ce régime mafieux et calamiteux. Son accointance avec Eyadema depuis longtemps avérée, je dirai leur mariage contre nature, a perdu sa dimension pardoxale. J'en viens à conclure que Chirac est une rampe qui a des racines profondément dans la terre togtolaise, et Eyadema est une plante sans raicine qui prend Chirac pour tuteur. La justice française devait fouiller du côté des origines des fonds de  campagne présidentielles de Chirac. Elle verrait bien qu'il y a des fonds de Eyadema, de Bongo et de Sassou N'Guésso. Cette racaille politique joue un sinistre air pour le peuple togolais en particulier et pour le peuple africain en général.

Conséquence tout Togolais voit en chaque velléité, un secours de la providence. Les Togolais ont pensé que les sieurs Agboyibior Gilchrist Olympio, Dahuku Péré, Edem Kodjo, Leopold Gnininvi, Nicholas Lawson, devaient être la panacée. Hélas, non seulement ils n’ont pas réussi a revendiquer et à prendre la victoire que le peuple leur a offerte, mais encore ils ont oublié ce peuple jeté dans les ergastules d’Eyadema et de son fils Ernest, dans une cruelle et criminelle lâcheté.

Les Togolais dans leur désespoir sont à la recherche d’un individu capable de galvaniser leur lutte et de cristalliser leurs espoirs par une fermeté et un courage inébranlables à toute épreuve. Le peuple ne peut pas dans la rue revendiquer le départ d’Eyadema quand dans leur maison les opposants se terrent de peur de se faire tuer. La peur de la prison installe Eyadema indéfiniment dans le fauteuil présidentiel. Et il y restera tant que notre opposition sera déconfite, incapable, versatile, désunie, sans hargne et sans pugnacité. Tant qu’elle restera pleutre et abusera de la confiance que les séquestrés du Togo leur font.

En définitive si nous n’avons pas la lucidité politique de choisir l’homme qui soit la synergie de nos espoirs, le fer de lance de notre lutte démocratique, le risque de placer à la présidence un freluquet, un morveux à queue d’iguane et au cerveau de pintade, n’est pas loin. Parce que dans cette course à la présidence, il y aura de tout : des esprits perclus, des avortons d’idéologues, des chenapans illuminés, des adolescents qui prendront leur crise pubertaire pour des lois républicaines.

Le Togo a déjà eu son sanguinaire, son ogre, sa bête féroce. Le prochain président, sera un piranha. Ou même une andémie. Tant pis pour nous. Ce sera le salaire de notre impassibilité, de notre couardise. La démission de la raison.

Prisonniers  Po. de Kara

 

Marc PALANGA

Panamnawé BOBOLI

Mazama KATASSA

Menvéinoyou TCHAMIYE

Djimsa SALIMTOU

 
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