Togo: La
confiance du peuple trahie par l'opposition
Samuel Batchati
Le Togo est devenu depuis les dernières
élections présidentielles, un véritable goulag
pour les citoyens qui avaient eu
l’outrecuidance et la naïveté de supporter les
candidats de l’opposition. Leur nombre est
inconnu, ces combattants anonymes qu’aucune
voix n’ose réclamer une infime responsabilité
dans le sort qui est le leur. Combien sont-ils
ces citoyens qui au mépris de leur vie et de
leur famille ont soutenu l’opposition par des
campagnes, des meetings, et autres
manifestations convaincus que cette opposition
pouvait être la bouée de sauvetage ! Personne
ne dira leur nombre. Ils ont été lâchement
abandonnés à leur triste sort par les leaders
qui avaient sollicité leur suffrage.
Le constat amer
est que le peuple en réalité n’existe que
lorsqu’il y a des élections. Avant et après,
il n’y a pas de peuple. Ce constat est autant
valable pour les leaders de l’opposition que
pour le parti au pouvoir. Le peuple n’existe
que lorsqu’il doit voter. Qui n’a pas entendu
tous les leaders crier, " Le
peuple en a marre ; le peuple est avec nous ;
le peuple souhaite le départ du dictateur "
Mais on est en droit de se demander : quel
peuple ? Celui qu’on abandonne au dictateur ?
Celui qui à cause de cette opposition a perdu
son pain, sa vie ?
Depuis la dernière élection, les leaders de
l'opposition se sont murés derrière des betons
de silence, chapelets, bibles et cauris à la
mains, priant que personne ne dise rien sur
leur turpitudes. Ils souhaitent vivement que
le calme plat continue de régner et qu'ils
n'aient rien à dire. Aucun compte à rendre à
personne... en attendant le jour où on parlera
encore d'élections. Pourtant de l'extérieur
les gens nous regardent et se demandent:
«Comment les Togolais s'arrangent-ils pour
boire leur honte à chaque fois, et continuer à
démeurer aussi hautins, aussi fanfarons et
surtout, aussi incultes?»
Je voudrais reprendre ici le passage de
l’éditorial de Joseph Takéli du 12 Août 2003
intitulé
Comment l’opposition
togolaise soutient-elle ses militants
persécutés. Il dit: «Quel
que soit ce que nous croyons être, nous devons
avoir l’humilité de nous rabaisser lorsqu’à
cause de nos actes, des gens qui nous font
confiance meurent ou se retrouvent en prison.»
Malheureusement l’opposition togolaise n’a pas
cette humilité. Elle a lâchement abandonné les
malheureux prisonniers à leur sort. Elle n’a
même pas osé protester parce que tel ou tel
autre militant a été injustement jeté en
prison. Elle se complaît dans sa
traditionnelle léthargie, son indécrottable
incapacité. Ceci n’est pas de
l’irresponsabilité. c’est tout bêtement une
trahison.
Ils donnent, ces opposants, raison
au solitaire de Croisset, Monsieur Gustave
Flaubert. Le 8 septembre 1871, il écrivait :
" Je crois que la foule, le troupeau,
sera toujours haïssable. Il n’y a d’important
qu’un petit groupe d’esprits, toujours les
mêmes qui se repassent le flambeau."
Difficile de l’accepter, n’est-ce pas , dans
un système démocratique.
De réduire des
citoyens à une foule, à un troupeau. Mais
Flaubert haïssait aussi la démocratie. Comme
l’opposition togolaise. " Je hais la
démocratie (…) C’est-à-dire l’exaltation de la
grâce au détriment de la justice, la négation
du droit, en un mot, l’antisociabilité. "
Pour l’opposition togolaise, le peuple
n’existe que lorsqu’il faut faire beaucoup de
bruits et signaler sa présence. Pour le parti
au pouvoir, le peuple n’existe que lorsqu’il
faut légitimer ses fraudes électorales. Il est,
le peuple togolais qui souffre dans sa chair
que dans son esprit, un instrument qu’on jette
après l’usage, un argument.
C’est que la désespérance engendrée par le
règne inique, monstrueux et odieux du
généralissime Eyadema, un règne ignoble béni
par le maestro Chirac, a produit en chaque
citoyen, un profond malaise, un no longer at
ease. Chirac est le chef d'orchestre de ce
régime mafieux et calamiteux. Son accointance
avec Eyadema depuis longtemps avérée, je dirai leur
mariage contre nature, a perdu sa dimension
pardoxale. J'en viens à conclure que Chirac
est une rampe qui a des racines profondément
dans la terre togtolaise, et Eyadema est une
plante sans raicine qui prend Chirac pour
tuteur. La justice française devait fouiller
du côté des origines des fonds de campagne
présidentielles de Chirac. Elle verrait bien
qu'il y a des fonds de Eyadema, de Bongo et de
Sassou N'Guésso. Cette racaille politique joue
un sinistre air pour le peuple togolais en
particulier et pour le peuple africain en
général.
Conséquence
tout Togolais voit en chaque velléité, un
secours de la providence. Les Togolais ont
pensé que les sieurs Agboyibior Gilchrist
Olympio, Dahuku Péré, Edem Kodjo, Leopold
Gnininvi, Nicholas Lawson, devaient être la
panacée. Hélas, non seulement ils n’ont pas
réussi a revendiquer et à prendre la victoire
que le peuple leur a offerte, mais encore ils
ont oublié ce peuple jeté dans les ergastules
d’Eyadema et de son fils Ernest, dans une
cruelle et criminelle lâcheté.
Les Togolais dans leur désespoir sont à la
recherche d’un individu capable de galvaniser
leur lutte et de cristalliser leurs espoirs
par une fermeté et un courage inébranlables à
toute épreuve. Le peuple ne peut pas dans la
rue revendiquer le départ d’Eyadema quand dans
leur maison les opposants se terrent de peur
de se faire tuer. La peur de la prison
installe Eyadema indéfiniment dans le fauteuil
présidentiel. Et il y restera tant que notre
opposition sera déconfite, incapable,
versatile, désunie, sans hargne et sans
pugnacité. Tant qu’elle restera pleutre et
abusera de la confiance que les séquestrés du
Togo leur font.
En définitive si nous n’avons pas la lucidité
politique de choisir l’homme qui soit la
synergie de nos espoirs, le fer de lance de
notre lutte démocratique, le risque de placer
à la présidence un freluquet, un morveux à
queue d’iguane et au cerveau de pintade, n’est
pas loin. Parce que dans cette course à la
présidence, il y aura de tout : des esprits
perclus, des avortons d’idéologues, des
chenapans illuminés, des adolescents qui
prendront leur crise pubertaire pour des lois
républicaines.
Le Togo a déjà eu son
sanguinaire, son ogre, sa bête féroce. Le
prochain président, sera un piranha. Ou même
une andémie. Tant pis pour nous. Ce sera le salaire de notre impassibilité, de notre
couardise. La démission de la raison. |