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12 Août 2003

Comment l’opposition togolaise soutient-elle ses militants persécutés ?
Joseph Takeli
 

- Gabriel Akouété BANIABA est detenu, mais qui s’en préoccupe ?
- De l’irresponsabilité à l’indifférence des leaders de l’opposition togolaise
- Ce que Monsieur Olympio oublie
- Selon un membre de la famille de Monsieur Toguibare Kabassima
- Monsieur Edem Kodjo a-t-il pris sa retraite politique ou a-t-il fui les conséquences des élections présidentielles?
- Jean Pierre Fabres préconiserait-il l’exil comme solution à la persécution ?
- Le manque de courage politique au Togo

Gabriel Akouété BANIABA est detenu, mais qui s’en préoccupe?
Comme plusieurs détenus aujourd’hui, Monsieur Gabriel Akouété Baniaba, militant à la jeunesse de l’UFC, a été arrêté le 30 juillet 2003 à 21h 30 à Bê Kpota où il habite avec sa sœur jumelle. Il doit certainement faire face seul à son sort, loin de tout soutien militant des dirigeants de son parti. «On ne lui reproche pas grand chose si ce n'est "qu'il est censé connaître" les auteurs de divers attentats que Lomé a connus avant et après les élections frauduleuses du 1er juin. Ces auteurs supposés être membres de l'UFC où il milite, notamment à la Jeunesse UFC de Lomé commune dont les militants ont été pour la plupart arrêtés». C'est ce que nous a confié un de ses parents dont nous preférons taire l’identité.  

Selon nos informations, l’arrestation de M. Gabriel Akouété Baniaba a pour cause les visites en prison qu’il rendait regulierement au Président de la jeunesse de l’UFC, Monsieur Koffi Agano arrêté, jetés en prison et torturé depuis près de 2 mois : «Mon frère était le seul à rendre visite à Monsieur Agano en prison, abadonné à son pauvre sort, puisqu'on aurait découvert chez lui des engins explosifs, selon les autorités togolaises. Il me semble que ces visites ont été préjudiciables à mon frère….Il semble également qu'il est maintenu en prison pour les besoin de l'enquête. On sait qu’il  peut croupir là-bas si ciel et terre ne sont pas remués pour lui et les autres.» Voila qui est bien dit quand on sait que d’autres détenus sont oubliés aujourd’hui par l'opposition, malgré leurs souffrances et celles de leurs familles respectives.   

De l’irresponsabilité à l’indifférence des leaders de l’opposition togolaise
Nous saisissons cette occasion pour tirer la sonnette d’alarme sur les cas de milliers de détenus et de déplacés à travers le Togo, et surtout sur l’irresponsabilité des leaders de l’opposition togolaise. Qu’ils se nomment Gilchrist Olympio, Dahuku Péré, Edem Kodjo, Maître Yawovi Agboyibo, Leopold Gnininvi, Nicholas Lawson ou même qu'ils soient le célèbre maquisard Bob Akitani, nous pensons qu’ils font preuve d’une irresponsabilité inadmissible depuis le 1er juin 2003.  

Ce que Monsieur Olympio oublie
Si pour certains parmi eux tel que Gilchrist Olympio (cf Discours de Chicago du 26 juillet 2003), les élections de juin dernier ne représentaient pas un grand enjeu, il est du devoir de la jeunesse togolaise de leur rappeler que les populations togolaises lorsqu’elles se sont mobilisées en juin dernier, ne savaient pas qu’elles étaient l’objet d’une plaisanterie qui mettrait gratuitement en jeu leurs vies et celles de leurs familles. Elles croyaient vraiment que les Olympio et autres candidats avaient un plan sérieux pouvant mettre fin à la dictature. C’est ce que le Président de l’UFC oublie ou ignore.  

Monsieur Olympio affirme dans son Dscours de Chicago qu’il savait à l’avance que les élections présidentielles du 1er juin 2003 étaient perdues. Il dit : «J'ai dit que l'élection présidentielle de juin 2003 était jouée d'avance. Cela signifie que quels soient ou aient été les candidats UFC, CAR, CDPA, Rénovateurs, PDR, CPP en face d'Eyadéma et quelles que soient ou aient été leurs stratégies (candidature unique, semi-unique ou pluraliste, etc.), Eyadéma sortira vainqueur par toutes sortes de fraudes et de tripatouillages.»  

Selon ce même discours, et concernant la Coopération de l’Union Européenne avec le Togo, M. Olympio déclare en contradiction avec l’affirmation précédente : «L'opposition démocratique et tout particulièrement l'UFC sont conscientes de ce problème et en souffrent parce qu'étant eux-mêmes du peuple. C'est encore là une des raisons de notre participation à la dernière présidentielle, espérant que les résultats respecteraient le choix véridique des électeurs et allaient être acceptables pour tous.» 

Les arguments contenus dans le discours sont si faibles par rapport aux douleurs que les élections du 1er juin ont répandues dans notre pays qu’on se demande pour qui nos leaders nous prennent dans ce pays.  

-    Selon un membre de la famille de Monsieur Toguibare Kabassima
(Président fédéral de l’UFC à Tchébébé dans la prefecture de Sotouboua), Monsieur Gilchrist Olympio aurait affiché une indifférence ou un mépris total suite à l’arrestion du vieil instituteur le 2 juin 2003. Contacté par téléphone par le fils de Monsieur Kabassima alors détenu à Kara par Ernest Gnassingbé, Monsieur Gilchrist Olympio, sans se soucier de compatir avec la famille aurait déclaré « Ici ce n’est pas le Secretariat de l’UFC, c’est un domicile privé».  

Le fils du détenu, Monsieur Dabéègu Kabassima, résident en Floride aux Etats-Unis, nous a dit à cet effet: «Ce que je voulais c’est simplement la compassion de ce Monsieur. Je savais qu’il ne peut pas faire grand’chose puisque les Marc Palanga sont toujours détenus à Kara sans qu’il n’ait pu faire quoi que ce soit pour eux. Ce que je voulais, c’est qu’il partage les douleurs de mon père enprisonné et de notre famille. J’ai été très deçu et désabusé.»  

Nous pensons pour notre part que nos leaders doivent cesser de se prendre pour des demi-dieux intouchables. Quel que soit ce que nous croyons être, nous devons avoir l’humilité de nous rabaisser lorsqu’à cause de nos actes, des gens qui nous font confiance meurent ou se retrouvent en prison.  

Le même sentiment de déception est ressenti par plusieurs jeunes de Kpadapé, et d’Agou Gare avec qui nous avons eu plusieurs conversations téléphoniques.  

-         Monsieur Edem Kodjo a-t-il pris sa retraite politique ou a-t-il fui les conséquences des élections présidentielles?
Selon certains dirigeants de la NDP (Nouvelle Dynamique Populaire), Monsieur Edem Kodjo leur aurait déclaré que s’étant temporairement retiré de la politique, il n’aimerait pas se mêler de quoi que ce soit. Les jeunes étaient allés solliciter son intervention  face aux multiples persécutions dont ils font l’objet.

     Si cela s’avère, M. Kodjo aura démissionné devant son obligation de gérer en responsable les conséquences des élections présidentielles auxquelles il a pris part. Nous estimons que connaissant notre pays, le moment pour Kodjo de prendre sa retraite, aussi temporaire fùt-elle, était inapproprié. Se tromper de contexte et procéder à la Jospin est inopposable au peuple togolais. Nous connaissons tous notre pays et savons ce qu’une élection, surtout présidentielle, peut engendrer comme conséquence sur les populations.  

-      Jean Pierre Fabres préconiserait-il l’exil comme solution à la persécution ?
Egalement selon les mêmes jeunes dirigeants de la NDP, certains dirigeants comme Jean Pierre Fabres leur aurait suggéré de quitter le pays pour sauver leur peau. La suggestion peut paraître bonne mais il faut dire que le vrai combat contre la dictature ne se fera pas de l’extérieur et à travers Internet. Non. Il est constant que toute la jeunesse combattante des années 90 est aujourd’hui en exil et que cela a porté un grand coup au combat contre la dictature. Entre 1993 et 1995, certains leaders ont encouragé et facilité le départ de beaucoup de jeunes vers l’occident et se sont retrouvés finalement seuls sur le terrain avec les conséquences qu’on connaît : Une incapacité totale de mobiliser les populations pour le combat final. Au lieu d’encourager les jeunes à quitter, il vaut mieux s’organiser autrement pour assister ceux qui sont persécutés ou détenus. C’est surtout cela qui manque. 

Nelson Mandela ne le dit-il pas concernant ceux qui comme nous fuyons nos pays tout en espérant mener un combat efficace?

-         Le manque de courage politique au Togo
D’autres encore parmi ceux qui ont reconnu la victoire de Bob Akitani ou qui ont soutenu sa candidature affirment dans les coulisses qu’ils savaient que l’UFC ne ferait rien de sa victoire et que c’est le moment de les laisser prouver qu’ils ne sont capables de rien.  

Nous autres estimons que cette position est tout aussi irresponsable que les autres et qu’elle est dénuée de tout courage politique tout simplement. C'est une position mesquine: L’on se refuse à dire la vérité à son partenaire et au peuple bien qu’on sache le péril dans une option donnée.

Sans approuver l'exclusion de Gilchrist Olympio de quelque consultation électorale au Togo, nous pensons que le leader de l'UFC aurait mieux servi le Togo en se mettant à l'écart de la course pour le fauteuil présidentiel. Ce, depuis 1991. Nous pensons qu'effectivement, la politique togolaise a pris la forme d'un serpent bicéphal et dangéreux avec pour acteurs les Olympio et les Gnassingbé et en toile de fond l'assassinat du père de l'indépendance du Togo et la position défensive des auteurs de cet assassinat.

Alors l'on est en droit de se poser la question suivante: Pourquoi Monsieur Gilchrist Olympio ne pouvait-il pas se comporter, ne serait-ce que momentanénement, comme les enfants de Patrice Lumumba, quitte à tenter sa chance après le premier mandat ayant succédé au règne d'Eyadema? Ce, depuis 1991. Pourquoi Monsieur Olympio refuse-t-il d'être un vrai éclaireur d'un peuple naïf et  admirateur; un peuple frénétique et passionné comme au cinéma, alors qu'il sait mieux que quiconque que la politique sous tous les cieux suit une logique qui defie toute raison? Pourquoi?   

Au Togo, lorsque vous posez des questions de ce genre, on vous fait taire en vous faisant passer pour un ennemi ou un pro-Eyadema. A tel point que le débat est pratiquement inexistente et certains proches de gens qui ont servi sous Eyadema font les déclarations des plus excessives et quelques fois insensées, juste dans le dessein de se faire accepter dans "le cercle des démocrates togolais".  

Mais aussi longtemps que les Togolais manqueront de courage politique face à ceux qui prétendent les diriger, le règne calamiteux d’un certain général Eyadema ne sera pas une simple anomalie ou une exception dans l'histoire du Togo. Nous en connaîtrons d'autres.

Prisonniers  Po. de Kara

 

Marc PALANGA

Panamnawé BOBOLI

Mazama KATASSA

Menvéinoyou TCHAMIYE

Djimsa SALIMTOU

 
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