The Best Rates in America at 1 Cent per Minute!

AgoraPress

Tribune

Economie

Politique

Culture

Société

Sites

Interview

12 Août 2003

Interview:
TOGO : Gouvernement dit «d’union nationale » Harry Octavianus Olympio claque la porte.
Propos recueillis par Guy KODJO, Hervé-Louis DE CAMPOS et Rémy Fred AKOUETE pour Radio Campus-Bruxelles ( le 05 août 2003).  
Interview transmis à togoforum.com par Guy KODJO

email: arbrapalabre@yahoo.com

Cinq ans plus tôt, Harry O. Olympio  acceptait entrer au gouvernement né du hold up électoral du 21 juin 1998. Deux ans après s’être servi de ce cousin de Gilchrist Olympio, le système RPT lui fera connaître une traversée du désert. Ce chantre de la « réconciliation nationale » sera démissionné du gouvernement après le vrai-faux attentat du 5 mai 2000 contre sa personne. Il connaîtra ensuite la prison pour « détention  d’armes de guerre ». Au nom de son parti le Rassemblement pour le soutien de la Démocratie et du Développement (RSDD), Harry Olympio allait « rebondir » sur la scène politique au terme du scrutin législatif du 27 octobre 2002 pour devenir député à l’Assemblée nationale. Puis, il retournera au gouvernement au poste de ministre chargé des relations avec le Parlement. Reconduit à ce poste le 29 juillet 2003, il démissionnera quelques jours après, insatisfait de ne pas obtenir le poste de Ministre d'Etat chargé de la Justice et de la Réconciliation nationale. L’homme qui a accepté parler au micro de Radio Campus-Bruxelles, a  évoqué son départ du gouvernement, reconnu que « la jeunesse de son pays n’est pas heureuse » et « que la position de l’Union Européenne est en parfaite adéquation avec celle de son  parti ». Il a par la suite attiré l’attention sur le risque d’un éclatement socio-politique susceptible d’ amener un affrontement armé. Lisez plutôt :

Jusqu’au 5 août 2003, vous étiez titulaire du ministère chargé des Relations avec le Parlement. Pourquoi avoir accepté être reconduit à votre poste dans le nouveau gouvernement formé le 29 juillet  par le Premier ministre avant de rendre le tablier ? 

Harry Octavianus Olympio : D’entrée de jeu, je dois vous dire que ma démission relève d’une conviction politique. Elle est liée à la philosophie politique de notre parti (ndlr le Rassemblement pour le Soutien de la Démocratie et du Développement-RSDD), basée sur la nécessaire et indispensable réconciliation nationale pour le Togo, notre pays. Nous avions fait des propositions à Monsieur le Premier ministre au cours des consultations menées avec les partis politiques pour la formation du nouveau gouvernement. Quoique acceptées, ces propositions n’ont pas été prises en compte. Pour cela, sur décision de mon parti, j’ai alors décidé de rendre le tablier. Il faut ainsi donc inscrire cette démission dans le sens de ma profonde et inébranlable conviction qui consiste à travailler pour la réconciliation nationale au Togo. 

Ne le saviez-vous pas que vous allez  être reconduit au poste qui vous a été confié au terme des résultats du scrutin présidentiel du 1er juin 2003 ? 

Harry O. Olympio : Vous le savez sans nul doute que le Premier ministre Sama reconduit à son poste après l’élection présidentielle du 1er juin 2003, avait entamé une série de consultations en direction des partis politiques toutes tendances confondues. C’est dans ce cadre qu’à la tête de la délégation du RSDD  j’ai rencontré le premier ministre sur la participation ou non de notre parti au gouvernement. Au cours de cette rencontre, je lui ai donné mon accord de principe à la seule condition qu’il m’offre l’opportunité d’œuvrer dans le sens de la réconciliation. C’est sur la base de m’attribuer le ministère de la Justice qui sera pour la 1ère fois dans l’histoire du Togo couplé avec la réconciliation nationale que le Premier ministre et moi étions tombés d’accord. Il s’agit pour vous le dire d’un accord obtenu au nom de mon parti. 

Donc le Premier ministre n’a pas respecté cet accord ? 

Harry O. Olympio : Vous pouvez le dire. Evitons la langue de bois pour dire la vérité au peuple. Je confirme qu’il y a bel et bien eu un accord entre le Premier ministre et moi pour le poste de ministre de la Justice chargé de la réconciliation nationale. Je dois par ailleurs ajouter que je n’ai pas demandé l’obtention des portefeuilles des Finances, des Postes ou de l’Equipement. J’ai eu à dire et à répéter au cours de notre rencontre que l’action du RSDD s’inscrit résolument et irréversiblement dans le sens de la réconciliation nationale. Pourquoi ? Parce qu’au sein de mon parti, on n’a jamais souhaité que le Togo suive l’exemple du Rwanda, du Liberia, de la Côte d’Ivoire ou d’autres pays du continent confrontés à des conflits armés. Il faut dire que la seule et unique voie royale dont nous avons besoin au Togo passe par la réconciliation de tous ses fils.  

Depuis votre entrée dans l’univers politique togolais, vous avez toujours eu tendance à parler de «réconciliation nationale» à vos concitoyens. Dites-nous, M. Olympio, ce qui selon vous, oppose le peuple togolais composé d’une mosaïque d’ethnies. 

Harry O. Olympio : Certes, à chaque fois que l’occasion m’est donnée  de m’adresser à mes concitoyens, j’en profite pour insister sur la véritable réconciliation de tous. C’est la preuve qu’elle constitue pour mon parti et moi-même le socle sur lequel nous devons bâtir le Togo de demain. Pour parler de la mosaïque d’ethnies que l’on rencontre au Togo, tous les observateurs s’accordent à le dire que notre pays ressemble à une nation divisée. En tout cas, nous n’avons pas encore réussi à tisser le long fil qui doit constituer la nation togolaise. Nous avons un Etat, et pas encore une nation. Nous disposons au Togo d’une kyrielle d’ethnies, de différentes régions juxtaposées les unes aux autres, mais nous n’avons pas encore un véritable sentiment nationaliste. La preuve en est qu’en parcourant les rues de Lomé, lorsque vous demandez par hasard à quiconque vous rencontrez : «Comment ça va et d’où êtes-vous ?» Votre interlocuteur vous répond : «Je suis de Kpalimé, de Kara ou de Lomé». C’est dire que l’esprit nationaliste n’est pas encore ancré dans les mœurs. Je ne parle pas de nationalité, mais de nationalisme. Voilà ce qu’il faudra intégrer dans notre vie politique. En allant en France, vous n’entendrez jamais quelqu’un dire je suis de Marseille. De même qu’aux Etats-Unis un autre dire, je suis de New York. Il vous dira permettez-moi «I’m american» (Je suis américain) et en l’affirmant, c’est avec la main sur le cœur. Il éprouve pour ainsi dire la fierté d’appartenir à une nation. C’est une telle fierté que je me sens le devoir de donner à tous mes concitoyens. Mais cela n’est possible que si nous parvenions à nous bâtir un socle; celui de la réconciliation. 

Doit-on dire qu’au terme des résultats du scrutin présidentiel du 1er juin 2003, le nouveau gouvernement mis sur pied le 29 juillet mènera ses actions avec la participation de l’opposition «constructive» ? 

Harry O. Olympio : Allez plutôt interroger le Chef du gouvernement. 

Par décret présidentiel, Monsieur Mawutoè d’ALMEIDA a été nommé à votre place. Est-ce que vous le connaissez ? 

Harry O. Olympio : Oui bien sûr. C’est un garçon que je connais comme un élu du peuple avant qu’il ne soit nommé. Mais je voudrais apporter un correctif : J’ai écouté sur les ondes internationales qu’il est membre de « l’opposition constructive ». Il ne l’est pas. C’est totalement faux et je tiens à apporter cette précision.  

Maintenant que vous n’êtes plus membre du gouvernement togolais, qu’est-ce que vos concitoyens, les partisans de votre parti, peuvent attendre de vous ? 

Harry O. Olympio : Reconnaissez que je ne suis pas né ministre et que je n’ai jamais eu l’intention de finir ma vie en tant que ministre. Cependant, j’ai une conviction, un projet pour l’avenir du Togo, notre cher pays. Sous peu, je ferai connaître mes propositions. Il ne sera pas question de tenir un discours politique creux. Mais de suggérer, de proposer à l’ensemble de toute la classe politique togolaise et au delà, ce qui motivera nos différents partenaires à s’intéresser à nous. 

On affirme à tord ou à raison que le pouvoir RPT s’est servi de vous, du nom Olympio, un patronyme si emblématique dans l’histoire politique togolaise pour flouer l’opinion. Qu’en dites vous ? 

Harry O. Olympio : A mon humble avis, il n’est pas interdit de spéculer. Mais il faut noter que le général Eyadéma ne m’a jamais demandé de rentrer au gouvernement lorsqu’il était question pour la première fois en 1998. C’était de ma propre volonté.

Pourquoi ?

Parce que j’ai estimé que le temps était venu pour les citoyens togolais d’œuvrer dans le sens de la réconciliation. Car par rapport à l’histoire politique du Togo indépendant, d’aucuns ont toujours pensé à tord ou à raison que lorsque les chemins de la famille Olympio se croisent avec ceux des Gnassingbe, ils doivent nécessairement faire la guerre. Et bien c’est cela que je refuse, car les togolais ne peuvent pas en tirer profit. Notre histoire, pour ainsi dire, existe avant ces deux familles, elle doit se perpétuer dans un sens positif. Voilà pourquoi, depuis lors ma démarche a été  d’oublier tout ce qui nous divise et d’orienter nos actions dans la construction d’un monde meilleur qui profitera à tous. 

Quelle appréciation faites vous alors des actions politiques de votre cousin Gilchrist Olympio, opposant de longue date au dictateur Eyadéma et quel est l’état de vos relations avec ce dernier ?  

Harry O. Olympio : Mon cousin Gilchrist Olympio est le leader d’un parti politique souverain comme je le suis pour un autre, le RSDD. C’est un tort pour ceux qui ont tendance à ranger la famille et la politique dans un même panier. Mon cousin Gilchrist a ses idées qu’il défend tout comme j’ai les miennes. 

Monsieur Harry O. Olympio, notre question a été biaisée. 

Harry O. Olympio : je me fais plus précis. Un combat politique n’a de sens que lorsqu’il sert l’intérêt du peuple. Mais cela ne veut pas dire que les actions politiques menées jusqu’ici par mon cousin sont demeurées négatives. Je dis plutôt  que c’est le lieu à présent pour tout le monde d’oublier notre passé douloureux et négatif.  

Que pouvez vous néanmoins reprocher au leader de l’UFC ? 

 Harry O. Olympio : Aucun homme n’est parfait. C’est donc dire que plusieurs régimes politiques ont eu à diriger le Togo depuis son accession à l’indépendance. Les actions menées par les régimes Olympio,  Grunitzky et  ont connu des hauts et des bas. Il en est de même pour celui du général Eyadéma aux affaires depuis plusieurs décennies. Ce n’est donc pas à moi de juger les actes posés par autrui car le sens de mon action politique n’est pas de porter un doigt accusateur envers qui que se soit. Seule l’histoire et les hommes avertis ont le devoir de jouer ce rôle ô combien délicat.

N’oubliez pas que le sens de mon action politique, est de rassembler tous mes concitoyens autour de l’essentiel, l’avenir du Togo que nous voulons tous positif et radieux.  

Pensez-vous que la politique de « démocratie apaisée » telle que voulue par le système RPT est un réel facteur de relance économique dans un pays comme le Togo ? 

Harry O. Olympio : Premièrement par rapport à la relance économique je suis partant pour une reprise de la coopération dans l’intérêt du peuple. Deuxièmement, de mon point de vue, il est impossible de bâtir une nation dans la tourmente sociale comme c’est le cas actuellement du Togo.

Je crois bien que la politique de relance économique est fonction de la réconciliation, de l’apaisement du cœur. Rien de fiable ne peut se faire à travers la situation de malaise qui prévaut depuis plusieurs années chez nous. Permettez-moi d’ajouter qu’au jour d’aujourd’hui, je constate que la position de l’Union Européenne est en parfaite adéquation avec celle de mon parti, le RSDD. 

Quel regard portez-vous sur la politique à l’endroit de la jeunesse togolaise ? 

Harry O. Olympio : Pour ne pas m’étendre davantage sur cette question, je dirais qu’en regardant la population togolaise d’après les statistiques, elle est à près de 80 % moins de 45 ans. Combien de jeunes dans cette catégorie de la population ont accès à l’emploi ? Je vous dirai tout simplement que la jeunesse togolaise n’est pas heureuse. 

Evoquons alors le tableau de violations des droits humains. 

Harry O. Olympio : Vous savez la question des droits de l’homme est très épineuse au Togo. Et il y a nécessité de l’inscrire dans l’ensemble des discussions à mener par toute la classe politique. Pour ma part, il est difficile voire irraisonnable de la dissocier de la « politique d’apaisement ».  Ce n’est que par ce biais que nous allons progressivement et chacun à son niveau apporter notre contribution commune pour la promotion et la protection des droits humains au Togo.  

Pouvez-vous affirmer clairement que les droits de l’homme sont constamment violés dans le pays ? 

Harry O. Olympio : Je vais vous répondre la main sur la conscience. Simplement sans faire de la polémique, je vous dirais qu’au niveau du respect des droits humains il reste beaucoup à faire dans notre pays. Nous devons tous nous battre dans ce sens

Parlez nous de votre appréciation du rôle que joue la presse au Togo. 

Harry O. Olympio : Il s’agit là d’un gros dossier sur lequel nous pouvons discuter des heures durant. Je mets la presse togolaise toutes tendances confondues dans le même panier. Cette presse est le reflet de la situation politique qui prévaut dans le pays. Elle a besoin de grandir, de jouer un rôle positif dans le sens de l’information et de la formation des citoyens. Cependant je dois tirer chapeau  à tous nos journalistes qui se débattent, se battent et souffrent énormément en faisant leur métier. 

Trois journalistes de la presse indépendante viennent de recouvrer la liberté après avoir été mis en prison et torturés pour un délit imaginaire. Comment expliquez vous cet état de faits ?  

Harry O. Olympio : J’ai beaucoup regretté pour ce qui me concerne leur emprisonnement. Pour avoir moi-même connu la prison je sais les conditions dans lesquelles on vit là-bas. Voilà pourquoi j’avais émis le vœu d’être titulaire du ministère de la justice et de la réconciliation nationale. Ainsi j’apporterais des réformes qui permettront aux détenus togolais de vivre décemment comme des humains.  Pour ce qui concerne l’arrestation des trois journalistes dont il était récemment question, je l’ai beaucoup déplorée. Je rends donc grâce à Dieu qu’ils soient enfin libres.  

Après tous ces propos n’avez vous pas peur pour votre sécurité ? 

Harry O. Olympio : J’ai demandé à travailler pour la « réconciliation nationale », on ne me l’a pas permis et j’ai rendu mon tablier. Maintenant si je mets ma vie en jeu, je crois que ce sera pour une bonne cause.  

Y-a-t-il une chance pour l’alternance politique au Togo ? 

Harry O. Olympio : Je vais vous surprendre. Le Togo est, de mon point de vue, dans une situation paradoxale : nous sommes à la fois très proche d’un éclatement socio-politique qui va amener un affrontement armé comme c’est le cas dans certains pays de la sous-région. Dans le même temps, plus que jamais les conditions pour réaliser le processus de la réconciliation nationale se mettent en place. C’est une opportunité à saisir. 

Avez vous un message particulier à l’endroit du peuple ? 

Harry O. Olympio : Je voudrais dire à mes concitoyens de garder espoir car nous sommes à la veille d’un renouveau. Voilà pourquoi la réconciliation du peuple avec lui-même est nécessaire. Elle ne concerne pas uniquement les familles Olympio et Gnassingbe. Il y a tant d’autres familles togolaises, presque la majorité, ou la quasi-totalité des familles ont souffert de près ou de loin, directement ou indirectement des effets négatifs de la politique dans notre pays.

Je voudrais leur dire également qu’entre le Togo et moi c’est une histoire d’amour, c’est je t’aime moi non plus. Je mourrai pour mes idées s’il le faut mais je reste convaincu que la marche sera longue et difficile. Cependant, nous atteindrons le but final. J’aimerais avec vous un jour boire le miel et le lait.  

Prisonniers  Po. de Kara

 

Marc PALANGA

Panamnawé BOBOLI

Mazama KATASSA

Menvéinoyou TCHAMIYE

Djimsa SALIMTOU

 
Appelez moins cher


 


Most Called Cities in India:
· Bangalore · Bombay
· Madras · New Delhi
 

Trouvez une bourse d'étude

 

Find Scholarships Today!

 

Trouvez du travail

 

Job.com

 

Pour tout contact écrire à liaisons@togoforum.com

Tribune | Interviews | Débats | AgoraPress | Economie | Culture | Chatroom | Sites

 

Sports Careers