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Jusqu’au 5 août 2003, vous étiez titulaire du
ministère chargé des Relations avec le
Parlement. Pourquoi avoir accepté être
reconduit à votre poste dans le nouveau
gouvernement formé le 29 juillet par le
Premier ministre avant de rendre le tablier ?
Harry Octavianus Olympio :
D’entrée de jeu, je dois vous dire que ma
démission relève d’une conviction politique.
Elle est liée à la philosophie politique de
notre parti (ndlr le Rassemblement pour le
Soutien de la Démocratie et du
Développement-RSDD), basée sur la nécessaire
et indispensable réconciliation nationale pour
le Togo, notre pays. Nous avions fait des
propositions à Monsieur le Premier ministre au
cours des consultations menées avec les partis
politiques pour la formation du nouveau
gouvernement. Quoique acceptées, ces
propositions n’ont pas été prises en compte.
Pour cela, sur décision de mon parti, j’ai
alors décidé de rendre le tablier. Il faut
ainsi donc inscrire cette démission dans le
sens de ma profonde et inébranlable conviction
qui consiste à travailler pour la
réconciliation nationale au Togo.
Ne
le saviez-vous pas que vous allez être
reconduit au poste qui vous a été confié au
terme des résultats du scrutin présidentiel du
1er juin 2003 ?
Harry O. Olympio :
Vous le savez sans nul doute que le Premier
ministre Sama reconduit à son poste après
l’élection présidentielle du 1er
juin 2003, avait entamé une série de
consultations en direction des partis
politiques toutes tendances confondues. C’est
dans ce cadre qu’à la tête de la délégation du
RSDD j’ai rencontré le premier ministre sur
la participation ou non de notre parti au
gouvernement. Au cours de cette rencontre, je
lui ai donné mon accord de principe à la seule
condition qu’il m’offre l’opportunité d’œuvrer
dans le sens de la réconciliation. C’est sur
la base de m’attribuer le ministère de la
Justice qui sera pour la 1ère fois
dans l’histoire du Togo couplé avec la
réconciliation nationale que le Premier
ministre et moi étions tombés d’accord. Il
s’agit pour vous le dire d’un accord obtenu au
nom de mon parti.
Donc le Premier ministre n’a pas respecté cet
accord ?
Harry O. Olympio :
Vous pouvez le dire. Evitons la langue de bois
pour dire la vérité au peuple. Je confirme
qu’il y a bel et bien eu un accord entre le
Premier ministre et moi pour le poste de
ministre de la Justice chargé de la
réconciliation nationale. Je dois par ailleurs
ajouter que je n’ai pas demandé l’obtention
des portefeuilles des Finances, des Postes ou
de l’Equipement. J’ai eu à dire et à répéter
au cours de notre rencontre que l’action du
RSDD s’inscrit résolument et irréversiblement
dans le sens de la réconciliation nationale.
Pourquoi ? Parce qu’au sein de mon parti, on
n’a jamais souhaité que le Togo suive
l’exemple du Rwanda, du Liberia, de la Côte
d’Ivoire ou d’autres pays du continent
confrontés à des conflits armés. Il faut dire
que la seule et unique voie royale dont nous
avons besoin au Togo passe par la
réconciliation de tous ses fils.
Depuis votre entrée dans l’univers politique
togolais, vous avez toujours eu tendance à
parler de «réconciliation nationale» à vos
concitoyens. Dites-nous, M. Olympio, ce qui
selon vous, oppose le peuple togolais composé
d’une mosaïque d’ethnies.
Harry O. Olympio :
Certes, à chaque fois que l’occasion m’est
donnée de m’adresser à mes concitoyens, j’en
profite pour insister sur la véritable
réconciliation de tous. C’est la preuve
qu’elle constitue pour mon parti et moi-même
le socle sur lequel nous devons bâtir le Togo
de demain. Pour parler de la mosaïque
d’ethnies que l’on rencontre au Togo, tous les
observateurs s’accordent à le dire que notre
pays ressemble à une nation divisée. En tout
cas, nous n’avons pas encore réussi à tisser
le long fil qui doit constituer la nation
togolaise. Nous avons un Etat, et pas encore
une nation. Nous disposons au Togo d’une
kyrielle d’ethnies, de différentes régions
juxtaposées les unes aux autres, mais nous
n’avons pas encore un véritable sentiment
nationaliste. La preuve en est qu’en
parcourant les rues de Lomé, lorsque vous
demandez par hasard à quiconque vous
rencontrez : «Comment ça va et d’où êtes-vous ?»
Votre interlocuteur vous répond : «Je suis de
Kpalimé, de Kara ou de Lomé». C’est dire que
l’esprit nationaliste n’est pas encore ancré
dans les mœurs. Je ne parle pas de nationalité,
mais de nationalisme. Voilà ce qu’il faudra
intégrer dans notre vie politique. En allant
en France, vous n’entendrez jamais quelqu’un
dire je suis de Marseille. De même qu’aux
Etats-Unis un autre dire, je suis de New York.
Il vous dira permettez-moi «I’m american» (Je
suis américain) et en l’affirmant, c’est avec
la main sur le cœur. Il éprouve pour ainsi
dire la fierté d’appartenir à une nation.
C’est une telle fierté que je me sens le
devoir de donner à tous mes concitoyens. Mais
cela n’est possible que si nous parvenions à
nous bâtir un socle; celui de la
réconciliation.
Doit-on dire qu’au terme des résultats du
scrutin présidentiel du 1er juin
2003, le nouveau gouvernement mis sur pied le
29 juillet mènera ses actions avec la
participation de l’opposition
«constructive» ?
Harry O. Olympio :
Allez plutôt interroger le Chef du
gouvernement.
Par décret présidentiel, Monsieur Mawutoè
d’ALMEIDA a été nommé à votre place. Est-ce
que vous le connaissez ?
Harry O. Olympio :
Oui bien sûr. C’est un garçon que je connais
comme un élu du peuple avant qu’il ne soit
nommé. Mais je voudrais apporter un
correctif : J’ai écouté sur les ondes
internationales qu’il est membre de
« l’opposition constructive ». Il ne l’est
pas. C’est totalement faux et je tiens à
apporter cette précision.
Maintenant que vous n’êtes plus membre du
gouvernement togolais, qu’est-ce que vos
concitoyens, les partisans de votre parti,
peuvent attendre de vous ?
Harry O. Olympio :
Reconnaissez que je ne suis pas né ministre et
que je n’ai jamais eu l’intention de finir ma
vie en tant que ministre. Cependant, j’ai une
conviction, un projet pour l’avenir du Togo,
notre cher pays. Sous peu, je ferai connaître
mes propositions. Il ne sera pas question de
tenir un discours politique creux. Mais de
suggérer, de proposer à l’ensemble de toute la
classe politique togolaise et au delà, ce qui
motivera nos différents partenaires à
s’intéresser à nous.
On affirme à tord ou à raison que le pouvoir
RPT s’est servi de vous, du nom Olympio, un
patronyme si emblématique dans l’histoire
politique togolaise pour flouer l’opinion.
Qu’en dites vous ?
Harry O. Olympio :
A mon humble avis, il n’est pas interdit de
spéculer. Mais il faut noter que le général
Eyadéma ne m’a jamais demandé de rentrer au
gouvernement lorsqu’il était question pour la
première fois en 1998. C’était de ma propre
volonté.
Pourquoi ?
Parce que j’ai estimé que le temps était venu
pour les citoyens togolais d’œuvrer dans le
sens de la réconciliation. Car par rapport à
l’histoire politique du Togo indépendant,
d’aucuns ont toujours pensé à tord ou à raison
que lorsque les chemins de la famille Olympio
se croisent avec ceux des Gnassingbe, ils
doivent nécessairement faire la guerre. Et
bien c’est cela que je refuse, car les
togolais ne peuvent pas en tirer profit. Notre
histoire, pour ainsi dire, existe avant ces
deux familles, elle doit se perpétuer dans un
sens positif. Voilà pourquoi, depuis lors ma
démarche a été d’oublier tout ce qui nous
divise et d’orienter nos actions dans la
construction d’un monde meilleur qui profitera
à tous.
Quelle appréciation faites vous alors des
actions politiques de votre cousin Gilchrist
Olympio, opposant de longue date au dictateur
Eyadéma et quel est l’état de vos relations
avec ce dernier ?
Harry O. Olympio :
Mon cousin Gilchrist Olympio est le leader
d’un parti politique souverain comme je le
suis pour un autre, le RSDD. C’est un tort
pour ceux qui ont tendance à ranger la famille
et la politique dans un même panier. Mon
cousin Gilchrist a ses idées qu’il défend tout
comme j’ai les miennes.
Monsieur Harry O. Olympio, notre question a
été biaisée.
Harry O. Olympio :
je
me fais plus précis. Un combat politique n’a
de sens que lorsqu’il sert l’intérêt du peuple.
Mais cela ne veut pas dire que les actions
politiques menées jusqu’ici par mon cousin
sont demeurées négatives. Je dis plutôt que
c’est le lieu à présent pour tout le monde
d’oublier notre passé douloureux et négatif.
Que pouvez vous néanmoins reprocher au leader
de l’UFC ?
Harry
O. Olympio :
Aucun homme n’est parfait. C’est donc dire que
plusieurs régimes politiques ont eu à diriger
le Togo depuis son accession à l’indépendance.
Les actions menées par les régimes Olympio,
Grunitzky et ont connu des hauts et des bas.
Il en est de même pour celui du général
Eyadéma aux affaires depuis plusieurs
décennies. Ce n’est donc pas à moi de juger
les actes posés par autrui car le sens de mon
action politique n’est pas de porter un doigt
accusateur envers qui que se soit. Seule
l’histoire et les hommes avertis ont le devoir
de jouer ce
rôle ô
combien délicat.
N’oubliez pas que le sens de mon action
politique, est de rassembler tous mes
concitoyens autour de l’essentiel, l’avenir du
Togo que nous voulons tous positif et radieux.
Pensez-vous que la politique de « démocratie
apaisée » telle que voulue par le système RPT
est un réel facteur de relance économique dans
un pays comme le Togo ?
Harry O. Olympio :
Premièrement par rapport à la relance
économique je suis partant pour une reprise de
la coopération dans l’intérêt du peuple.
Deuxièmement, de mon point de vue, il est
impossible de bâtir une nation dans la
tourmente sociale comme c’est le cas
actuellement du Togo.
Je crois bien que la politique de relance
économique est fonction de la réconciliation,
de l’apaisement du cœur. Rien de fiable ne
peut se faire à travers la situation de
malaise qui prévaut depuis plusieurs années
chez nous. Permettez-moi d’ajouter qu’au jour
d’aujourd’hui, je constate que la position de
l’Union Européenne est en parfaite adéquation
avec celle de mon parti, le RSDD.
Quel regard portez-vous sur la politique à
l’endroit de la jeunesse togolaise ?
Harry O. Olympio :
Pour ne pas m’étendre davantage sur cette
question, je dirais qu’en regardant la
population togolaise d’après les statistiques,
elle est à près de 80 % moins de 45 ans.
Combien de jeunes dans cette catégorie de la
population ont accès à l’emploi ? Je vous
dirai tout simplement que la jeunesse
togolaise n’est pas heureuse.
Evoquons alors le tableau de violations des
droits humains.
Harry O. Olympio :
Vous savez la question des droits de l’homme
est très épineuse au Togo. Et il y a nécessité
de l’inscrire dans l’ensemble des discussions
à mener par toute la classe politique. Pour ma
part, il est difficile voire irraisonnable de
la dissocier de la « politique
d’apaisement ». Ce n’est que par ce biais que
nous allons progressivement et chacun à son
niveau apporter notre contribution commune
pour la promotion et la protection des droits
humains au Togo.
Pouvez-vous affirmer clairement que les droits
de l’homme sont constamment violés dans le
pays ?
Harry O. Olympio :
Je vais vous répondre la main sur la
conscience. Simplement sans faire de la
polémique, je vous dirais qu’au niveau du
respect des droits humains il reste beaucoup à
faire dans notre pays. Nous devons tous nous
battre dans ce sens.
Parlez nous de votre appréciation du rôle que
joue la presse au Togo.
Harry O. Olympio :
Il s’agit là d’un gros dossier sur lequel nous
pouvons discuter des heures durant. Je mets la
presse togolaise toutes tendances confondues
dans le même panier. Cette presse est le
reflet de la situation politique qui prévaut
dans le pays. Elle a besoin de grandir, de
jouer un rôle positif dans le sens de
l’information et de la formation des citoyens.
Cependant je dois tirer chapeau à tous nos
journalistes qui se débattent, se battent et
souffrent énormément en faisant leur métier.
Trois journalistes de la presse indépendante
viennent de recouvrer la liberté après avoir
été mis en prison et torturés pour un délit
imaginaire. Comment expliquez vous cet état de
faits ?
Harry O. Olympio :
J’ai beaucoup regretté pour ce qui me concerne
leur emprisonnement. Pour avoir moi-même connu
la prison je sais les conditions dans
lesquelles on vit là-bas. Voilà pourquoi
j’avais émis le vœu d’être titulaire du
ministère de la justice et de la
réconciliation nationale. Ainsi j’apporterais
des réformes qui permettront aux détenus
togolais de vivre décemment comme des
humains. Pour ce qui concerne l’arrestation
des trois journalistes dont il était récemment
question, je l’ai beaucoup déplorée. Je rends
donc grâce à Dieu qu’ils soient enfin libres.
Après tous ces propos n’avez vous pas peur
pour votre sécurité ?
Harry O. Olympio :
J’ai demandé à travailler pour la
« réconciliation nationale », on ne me l’a pas
permis et j’ai rendu mon tablier. Maintenant
si je mets ma vie en jeu, je crois que ce sera
pour une bonne cause.
Y-a-t-il une chance pour l’alternance
politique au Togo ?
Harry O. Olympio :
Je vais vous surprendre. Le Togo est, de mon
point de vue, dans une situation paradoxale :
nous sommes à la fois très proche d’un
éclatement socio-politique qui va amener un
affrontement armé comme c’est le cas dans
certains pays de la sous-région. Dans le même
temps, plus que jamais les conditions pour
réaliser le processus de la réconciliation
nationale se mettent en place. C’est une
opportunité à saisir.
Avez vous un message particulier à l’endroit
du peuple ?
Harry O. Olympio :
Je voudrais dire à mes concitoyens de garder
espoir car nous sommes à la veille d’un
renouveau. Voilà pourquoi la réconciliation du
peuple avec lui-même est nécessaire. Elle ne
concerne pas uniquement les familles Olympio
et Gnassingbe. Il y a tant d’autres familles
togolaises, presque la majorité, ou la
quasi-totalité des familles ont souffert de
près ou de loin, directement ou indirectement
des effets négatifs de la politique dans notre
pays.
Je voudrais leur dire également qu’entre le
Togo et moi c’est une histoire d’amour, c’est
je t’aime moi non plus. Je mourrai pour mes
idées s’il le faut mais je reste convaincu que
la marche sera longue et difficile. Cependant,
nous atteindrons le but final. J’aimerais avec
vous un jour boire le miel et le lait.
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