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4 Août 2003

La paix y tue dans mon Pya natal. C'est le Paradis de Méphistophélès
Samuel Batchati
 

C’est sincèrement pathétique d’entendre les Libériens crier devant les forces de  la CEDEAO « We want peace ! No more war ». Parce qu’au Libéria c’est la guerre. Depuis toujours la guerre. Et l’individu lambda  peut comprendre aisément le lamento, le lamma sabacthani ou plus exactement le cri « America ! America lamma sabacthani » de la misère, de la faim, de la soif et de la mort du peuple libérien. Parce qu’au Libéria la paix est une denrée rarissime.

C’est pourtant tout le contraire de notre chère terre des aïeux, le Togo. La paix chez nous est tellement tangible que c’en devient effrayant. On a peur de mourir de paix. Au nom d’Eyadema. Il serait plus juste de parler de la paix panique.  Cette paix est encore plus tangible quand on est dans le Bethlehem, village natal du messie togolais, sauveur de la nation, père de la nation , timonier et tout et tout. Il arrive parfois que le fils surpasse le père. Jésus plus Dieu que son père Jéhovah. C’est arrivé en tout cas au Togo pendant la semaine de délinquance politique dénommée Evala au cours de laquelle toute la clique politique et tout le saint-frusquin se réunit à Pya pour une vie de débauche. Cette année par exemple les griottes ont chanté  devant un Eyadema hilare : «  Eyadema, tu es plus grand que Dieu ». Blasphème dira-t-on mais la chose semblait plaire tant au messie plus dieu que Dieu.

Pya est un canton qui un matin va s’ériger en préfecture selon les humeurs du timonier. C’est plutôt une forêt de palmiers chétifs parsemés de cocotiers de baobabs. Les habitations sont des cases couvertes de pailles  pour les plus démunis. Et bon Dieu sait qu’ils sont les plus nombreux. Quelques rares maisons couvertes de tôles ondulées. Ici et là surgit de terre comme dans un conte de fées, une gigantesque battisse de béton de fer et de verre. C’est le domicile d’un valet  qui a eu la faveur de son frère de même village, Eyadema. Le président y a fait  construire un centre communautaire dont les murs aujourd’hui sont en  délabrement  faute de service , un bureau de poste, une régie des eaux et une compagnie d’électricité et une antenne de la LONATO, la Loterie Nationale Togolaise. Au bureau de poste par exemple les préposés baillent aux corneilles. « Parfois deux jours durant personne ne vient affranchir un quelconque courrier » se plaint un agent. Alors à quoi sert ce bureau de poste ? « C’est un ornement. C’est tout. »  

Il faudrait rappeler que le président togolais au nom de l’amour qu’il porte pour son pays a construit son immense château sur la route internationale Lomé – Dapaong.  Les autres pistes sont en terre rouge, boueuses quand la pluie vient à tomber. Ces pistes disparaissent quand finissent les Evala, envahies par les mauvaises herbes.

 Après le poste de fouille au quartier Pya-Lao, à droite passe une route en terre rouge. Elle traverse tout le canton de  Pya et va jusqu’à Kouméa le village natal de l’ancien homme politique Bodjolé et de Bokobosso le tireur maladroit qui rata son coup le 24 avril 1967, neuf jours après que le sergent Eyadema qui s’est fait Lieutenant-colonel, se soit installé à la tête du Togo, le 15 Avril 1967.  

Ce qu’on remarque tout de suite dans ce coin perdu où rodent la folie et la mort, c’est la présence militaire. Il y a du militaire partout. L’atmosphère est militaire. Ou plus exactement l’atmosphère est celle d’un cimetière le soir d’un enterrement. Lugubre. On sent que les habitants croupissent sous la paix. Ici et là ce sont de pauvres hères qui boivent le kabyèméssine la boisson locale préparée à base du sorgho.

Le général a tellement le sens du développement qu’à Pya vous trouverez nulle part une essencerie; plus exactement, vous ne trouverez aucune station service. Un militaire se plaint. « Si un fonctionnaire n’a pas travaillé à Pya , il n’a pas encore fonctionner au Togo. Pas de mécanicien. Pour avoir du carburant pour nos motos nous confions des bidons aux chauffeurs de taxi qui nous achètent le carburant à Kara. Ce village-là, non je n’ai pas encore vu son pareil au Togo. Quand tu demandes à être affecté on te traite d’opposant» Malgré tout il trouve le courage de faire une blague à son frère d’arme : « Hé ! Tiens bien ton arme. Tu ne sais pas que tu pars au Libéria ? C’est comme ça que tu vas tenir ton arme là-bas ? »  

En fait de mécanicien le seul que nous trouvons est plutôt un réparateur de bicyclettes. Cependant il passe pour être le docteur des Yamaha, Honda, Vespa, Suzuki…et vulcanisateur. Nous l’observons travailler sur une Yamaha. Habillement il vous sort la bougie, la nettoie, la replace, démarre  en vain. Non la panne ne porte pas sur la bougie. Alors il vous démonte avec une dextérité extraordinaire  le carburateur. Tripatouille, souffle  de sa bouche. Mais quand vient le moment de remonter les flotteurs et de visser le tout il met plus de temps qu’il n’en a mis. S’embrouille, jure, recommence. Il faut bien avoir le diable à ses trousses pour recourir à ses services. Pourtant le pauvre bougre ne se plaint pas. Il gagne au petit bonheur la chance entre 500 FCFA et 2000 F CFA par jour. Soit banalement 60 000 F CFA le mois. Ce qui au Togo est un salaire de cadre. C'est pourquoi il y travaille depuis maintenant 14 ans. Les passants parfois lui servent du "Mecano" ou "docteur Mécano". 

Le Bethlehem togolais où est né le messie du peuple togolais, est assurément le trou du cul du diable. La source de paix au Togo est un berceau de terreur. Son château plutôt son fortin inspire plus la terreur que le respect. Il rappelle avec une certaine exactitude le repaire des capi de la mafia. On pourrait y tourner d’ailleurs un film sur les trafics divers que ce serait inférieur à la réalité. Car il est avéré aujourd’hui que le président togolais est passé maître de tous les trafics : de la drogue, des armes et des diamants. Le 24 juillet 2003, on l’a vu discuter cordialement avec le chef du LURD libérien pendant que s’égorgeaient à qui mieux,mieux les Libériens. Allez savoir s’il n’a pas partie avec le LURD ! Montesqquieu disait déjà que le pire des Etats despotiques est l'Etat où le prince est un marchand. Le clan Eyadema est un clan marchand. 

Le Bethlehem qui a donné au Togo un messie démesure est un goulag pour les fonctionnaires. On y  étouffe de trop respirer la paix. Au lieu d’exporter les armes, Eyadema ferait mieux d’exporter sa paix panique. Anne Toulouse,  de deux coups de pinceau, de ce paradis méphistophélique, peindrait la crasse morale et la déchéance physique des habitants de Bethlehem, le Pya natal du liberticide messie togolais. En dépit de cette misère furibarde qui rue sur tous les visages tristes et sur les murs lépreux des maisons le grand Magnanime dans son infinie bonté a trouvé l'occasion de fêter ce samedi 02 Août 2003 sa brillante victoire frauduleuse des élections de Juin 2003. Il a donné à chaque bureau de la préfecture de la Kozah de vote une somme de 150 000. Soit un peu plus de sept cents bureau de vote fois 150 000. Il faudra ajouter au total la somme volée par les députés et ministres car de l'aveu même des présidnts des bureaux de vote et des secrétaires de cellules, personne ne sait combien le président a donné. Ce matin déjà  les boeufs ont été égorgés pour la circonstance.Le soir ce sera lla grande orgie sur fond de querelles et de jalouseries. Cette propension dit très bien le sens inoui du développement du président togolais. Panser les ventres pour empêcher de penser.

Pour finir nous aimerions paraphraser cette phrase de la chanson pour lui rappeler encore et toujours la conduite à tenir vis-à-vis du Togo :

"La terre n'est pas un don de nos parents. Ce sont nos enfants qui nous l'a prêtent."( GAÏA)

Nous disons: 

Le Togo n’est pas un don de nos parents; Ce sont nos enfants qui nous la prêtent. 

Puisse-t-il comprendre !

Prisonniers  Po. de Kara

 

Marc PALANGA

Panamnawé BOBOLI

Mazama KATASSA

Menvéinoyou TCHAMIYE

Djimsa SALIMTOU

 
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