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La paix y tue
dans mon Pya natal.
C'est le
Paradis de Méphistophélès
Samuel Batchati
C’est sincèrement pathétique d’entendre les
Libériens crier devant les forces de la
CEDEAO « We want peace ! No more
war ». Parce qu’au Libéria
c’est la guerre. Depuis toujours la guerre. Et
l’individu lambda peut comprendre aisément le
lamento, le lamma sabacthani ou plus
exactement le cri « America ! America
lamma sabacthani » de la misère, de la
faim, de la soif et de la mort du peuple
libérien. Parce qu’au Libéria la paix est une
denrée rarissime.
C’est pourtant tout le contraire de notre
chère terre des aïeux, le Togo. La paix chez
nous est tellement tangible que c’en devient
effrayant. On a peur de mourir de paix. Au nom
d’Eyadema. Il serait plus juste de parler de
la paix panique. Cette paix est encore plus
tangible quand on est dans le Bethlehem,
village natal du messie togolais, sauveur de
la nation, père de la nation , timonier et
tout et tout. Il arrive parfois que le fils
surpasse le père. Jésus plus Dieu que son père
Jéhovah. C’est arrivé en tout cas au Togo
pendant la semaine de délinquance politique
dénommée Evala au cours de laquelle toute la
clique politique et tout le saint-frusquin se
réunit à Pya pour une vie de débauche. Cette
année par exemple les griottes ont chanté
devant un Eyadema hilare : « Eyadema,
tu es plus grand que Dieu ». Blasphème
dira-t-on mais la chose semblait plaire tant
au messie plus dieu que Dieu.
Pya est un canton qui un matin va s’ériger en
préfecture selon les humeurs du timonier.
C’est plutôt une forêt de palmiers chétifs
parsemés de cocotiers de baobabs. Les
habitations sont des cases couvertes de
pailles pour les plus démunis. Et bon Dieu
sait qu’ils sont les plus nombreux. Quelques
rares maisons couvertes de tôles ondulées. Ici
et là surgit de terre comme dans un conte de
fées, une gigantesque battisse de béton de fer
et de verre. C’est le domicile d’un valet qui
a eu la faveur de son frère de même village,
Eyadema. Le président y a fait construire un
centre communautaire dont les murs aujourd’hui
sont en délabrement faute de service , un
bureau de poste, une régie des eaux et une
compagnie d’électricité et une antenne de la
LONATO, la Loterie Nationale Togolaise. Au
bureau de poste par exemple les préposés
baillent aux corneilles. « Parfois deux
jours durant personne ne vient affranchir un
quelconque courrier » se plaint un agent.
Alors à quoi sert ce bureau de poste ? « C’est
un ornement. C’est tout. »
Il faudrait rappeler que le président togolais
au nom de l’amour qu’il porte pour son pays a
construit son immense château sur la route
internationale Lomé – Dapaong. Les autres
pistes sont en terre rouge, boueuses quand la
pluie vient à tomber. Ces pistes disparaissent
quand finissent les Evala, envahies par les
mauvaises herbes.
Après le poste de fouille au quartier Pya-Lao,
à droite passe une route en terre rouge. Elle
traverse tout le canton de Pya et va jusqu’à
Kouméa le village natal de l’ancien homme
politique Bodjolé et de Bokobosso le tireur
maladroit qui rata son coup le 24 avril 1967,
neuf jours après que le sergent Eyadema qui
s’est fait Lieutenant-colonel, se soit
installé à la tête du Togo, le 15 Avril
1967.
Ce qu’on remarque tout de suite dans ce coin
perdu où rodent la folie et la mort, c’est la
présence militaire. Il y a du militaire
partout. L’atmosphère est militaire. Ou plus
exactement l’atmosphère est celle d’un
cimetière le soir d’un enterrement. Lugubre.
On sent que les habitants croupissent sous la
paix. Ici et là ce sont de pauvres hères qui
boivent le kabyèméssine la boisson locale
préparée à base du sorgho.
Le général a tellement le sens du
développement qu’à Pya vous trouverez nulle
part une essencerie; plus exactement, vous ne
trouverez aucune station service. Un militaire
se plaint. « Si un fonctionnaire n’a
pas travaillé à Pya , il n’a pas encore
fonctionner au Togo. Pas de mécanicien. Pour
avoir du carburant pour nos motos nous
confions des bidons aux chauffeurs de taxi qui
nous achètent le carburant à Kara. Ce village-là,
non je n’ai pas encore vu son pareil au Togo. Quand
tu demandes à être affecté on te traite
d’opposant» Malgré tout il trouve le
courage de faire une blague à son frère d’arme : « Hé !
Tiens bien ton arme. Tu ne sais pas que tu
pars au Libéria ? C’est comme ça que tu vas
tenir ton arme là-bas ? »
En fait de mécanicien le seul que nous
trouvons est plutôt un réparateur de
bicyclettes. Cependant il passe pour être le
docteur des Yamaha, Honda, Vespa, Suzuki…et
vulcanisateur. Nous l’observons travailler sur
une Yamaha. Habillement il vous sort la bougie,
la nettoie, la replace, démarre en vain. Non
la panne ne porte pas sur la bougie. Alors il
vous démonte avec une dextérité
extraordinaire le carburateur. Tripatouille,
souffle de sa bouche. Mais quand vient le
moment de remonter les flotteurs et de visser
le tout il met plus de temps qu’il n’en a mis.
S’embrouille, jure, recommence. Il faut bien
avoir le diable à ses trousses pour recourir à
ses services. Pourtant le pauvre bougre ne se
plaint pas. Il gagne au petit bonheur la
chance entre 500 FCFA et 2000 F CFA par jour.
Soit banalement 60 000 F CFA le mois. Ce qui
au Togo est un salaire de cadre. C'est
pourquoi il y travaille depuis maintenant 14
ans. Les passants parfois lui servent du "Mecano"
ou "docteur Mécano".
Le Bethlehem togolais où est né le messie du
peuple togolais, est assurément le trou du cul
du diable. La source de paix au Togo est un
berceau de terreur. Son château plutôt son
fortin inspire plus la terreur que le respect.
Il rappelle avec une certaine exactitude le
repaire des capi de la mafia. On pourrait y
tourner d’ailleurs un film sur les trafics
divers que ce serait inférieur à la réalité.
Car il est avéré aujourd’hui que le président
togolais est passé maître de tous les trafics :
de la drogue, des armes et des diamants. Le 24
juillet 2003, on l’a vu discuter cordialement
avec le chef du LURD libérien pendant que
s’égorgeaient à qui mieux,mieux les Libériens.
Allez savoir s’il n’a pas partie avec le LURD !
Montesqquieu disait déjà que le pire des Etats
despotiques est l'Etat où le prince est un
marchand. Le clan Eyadema est un clan marchand.
Le Bethlehem qui a donné au Togo un messie
démesure est un goulag pour les fonctionnaires.
On y étouffe de trop respirer la paix. Au
lieu d’exporter les armes, Eyadema ferait
mieux d’exporter sa paix panique. Anne
Toulouse, de deux coups de pinceau, de ce
paradis méphistophélique, peindrait la crasse
morale et la déchéance physique des habitants
de Bethlehem, le Pya natal du liberticide
messie togolais. En dépit de cette misère
furibarde qui rue sur tous les visages tristes
et sur les murs lépreux des maisons le grand
Magnanime dans son infinie bonté a trouvé
l'occasion de fêter ce samedi 02 Août 2003 sa
brillante victoire frauduleuse des élections
de Juin 2003. Il a donné à chaque bureau de la
préfecture de la Kozah de vote une somme de
150 000. Soit un peu plus de sept cents bureau
de vote fois 150 000. Il faudra ajouter au
total la somme volée par les députés et
ministres car de l'aveu même des présidnts des
bureaux de vote et des secrétaires de
cellules, personne ne sait combien le
président a donné. Ce matin déjà les boeufs
ont été égorgés pour la circonstance.Le soir
ce sera lla grande orgie sur fond de querelles
et de jalouseries. Cette propension dit très
bien le sens inoui du développement du
président togolais. Panser les
ventres pour empêcher de penser.
Pour finir nous aimerions paraphraser cette
phrase de la chanson pour lui rappeler encore
et toujours la conduite à tenir vis-à-vis du
Togo :
"La terre n'est pas un don de nos
parents. Ce sont nos enfants qui nous l'a
prêtent."( GAÏA)
Nous disons:
Le Togo n’est pas un don de nos parents; Ce
sont nos enfants qui nous la prêtent.
Puisse-t-il comprendre ! |