|
L'action en justice de l'UPG (Union du
peuple gabonais) n'y a, en fin de compte, rien
fait , comme on s'y attendait : le Congrès
gabonais (Assemblée nationale et Sénat réunis)
a adopté hier par 183 voix contre 5 la
révision constitutionnelle qui permet à Omar
Bongo d'être candidat à la présidence de la
République jusqu'à la fin de ses jours, à
commencer par la présidentielle de 2005 suivie
de celle de 2012. " Le Président de la
République est élu pour sept ans au suffrage
universel direct. Il est rééligible ", dispose
désormais l'article 9 de la loi fondamentale,
alors que le même article adopté il y a six
ans limitait le nombre de mandats
présidentiels à deux. Bien sûr, le Chef de
l'État gabonais ne fait pas œuvre originale en
la matière puisqu'il a été précédé par
plusieurs de ses homologues, le dernier en
date étant le Général Gnassingbé Éyadéma du
Togo. " L'élection présidentielle est la seule
pour laquelle notre Constitution impose un
nombre de mandats limités alors qu'il n'existe
aucune limite pour tous les autres scrutins.
La nouvelle disposition se propose de mettre
fin à cette discrimination ", a justifié sans
rire le porte-parole du gouvernement.
L'alternance démocratique ? C'est juste bon
pour les Blancs.
Tout se passe comme si les Chefs d'État
adeptes de ces pratiques sont venus au monde
déjà investis d'un pouvoir divin dont ils ne
veulent pas se séparer. Et comme toujours ils
mettent en avant le peuple souverain auquel
pourtant ils s'imposent et imposent leur
volonté. En réalité, le peuple pour lequel ils
déclarent se battre, dont ils prétendent
défendre les intérêts n'a pas voix au chapitre,
il est manipulé pour légitimer toutes sortes
de situations. C'est à juste raison que le
président de l'UPG, Pierre Maboundou, a
assimilé la présente modification de la
Constitution gabonaise à une "manipulation"
visant à "pérenniser le régime actuel au
pouvoir ". De la même façon, on ne peut pas
lui reprocher de soupçonner Omar Bongo de
vouloir rester Président à vie. C'est pourquoi
l'UPG avait requis l'avis de la Cour
constitutionnelle sur la conformité de la
convocation des deux chambres du Parlement à
la constitution de la République.
Bien entendu, cet avis n'est pas venu et
les chances pour que la Haute cour se prononce
sur la question sont désormais nulles. Après
les coups d'État, l'Afrique est en train de se
spécialiser dans les révisions
constitutionnelles tendant à maintenir au
pouvoir des individus. Outre Gnassingbé
Eyadéma du Togo, Lansana Conté de Guinée et
Zine El Abidine Ben Ali de Tunisie, tous des
militaires, se sont illustrés dans cette
pratique antidémocratique. Au grand dam de
leurs opposants. Le dernier cité a annoncé
lundi sa candidature à un quatrième mandat
présidentiel en 2004..
|