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Motion d’Information : Après un mois
d’incarcération et 11 jours passés en garde à
vue à la Direction Générale de la Police
Nationale, la justice togolaise vous a déclaré
non coupable des chefs d’accusation que la
Police a retenus contre vous. Quelles sont vos
impressions sur ce feuilleton « arrestation,
incarcération, libération » ?
Filip EVEGNO : Vous
savez que mon arrestation le 15 juin 2003
faisait suite à celle opérée la veille sur mon
rédacteur en chef Djilan Dodji dans un
cybercafé où on dit l’avoir pris avec des photos
qu’il a scannées. La Police parlait ainsi
d’établir ce qu’elle avait qualifiée de « complicité
par fourniture », dans la mesure où les photos
sont de la rédaction du journal dont je dirige
la publication. Mais le couac dans cette
gymnastique de la police, c’est que, à la fin
aucune preuve formelle n’a été établie
concernant les fantaisistes accusations de
« tentative de diffusion de fausses nouvelles »
Et en clair, mon arrestation relève de pur abus
d’autorité et d’arbitraire gratuit.
L’incarcération dont nous avons été victimes
a été la preuve suffisante des procédés iniques
des autorités policières. En réalité, rien ne
justifiait notre incarcération, après 11 jours
de garde à vue. Concernant ma libération, mon
impression ici est que, pour une fois, la
raison, le bon sens et la justice ont triomphé
sur l’arbitraire gratuit et le zèle démentiel.
Les Togolais qui ont assisté au procès du 22
juillet 2003 s’en sont largement aperçus.
MI : Comment
trouvez-vous les chefs d’accusation dont la
Police s’est prévalue pour ordonner votre
arrestation ? Et partout de tentative de
diffusion de fausses nouvelles et de tentative
de trouble à l’ordre public ?
Concernant les chefs
d’accusation, il faut avouer qu’ils sont aussi
ridicules que tordus. La tentative de diffusion
de fausses nouvelles est, à n’en point douter,
une nouvelle forme de chef d’accusation inventée
peut-être par la police pour simplement
ridiculiser la justice et la législation. Il
s’agit donc d’accusation imaginaire et imaginée.
Dieu merci que la farce a été vite dénoncée pour
éviter l’institutionnalisation de la parodie et
de la comédie. Une nouvelle, pour être vraie ou
fausse, a besoin d’être au préalable publiée ou
diffusée sur un support médiatique ou de
communication de masse. Dans le cas où ces
procédés n’ont pas été faits, on ne peut pas
encore parler de « nouvelles » qui plus est,
seraient « diffusées ». Le drame ici est qu’on
ajoute à la bavure, en évoquant la
« tentative » de diffusion. Cela donne à croire
que « la seule idée ou volonté pour un
journaliste d’apprêter un article de journal,
revient à être punissable par la loi. Alors nous
disons diantre. Un article n’a son sens de
nouvelles que lorsqu’il est publié.
Pour l’accusation relative au « trouble à
l’ordre public » agrémentée elle aussi de
« tentative », je me référerai simplement à la
plaidoirie d’un de nos conseils qui faisait
remarquer que des cours humanitaires intensifs
devront être donnés aux forces de l’ordre et aux
forces de sécurité, sur le concept même de
trouble à l’ordre public. Cela éviterait à
l’avenir de tomber dans des confusions puériles
difficiles à débattre par la justice.
MI : Votre
expérience de la prison aura t-elle à réorienter
votre plume ?
Je suis journaliste et je
le demeure. L’expérience carcérale est venue
plutôt en appoint et en ajout à mon expérience
décennale de journaliste indépendant togolais.
Elle ne saurait en constituer un quelconque coup
d’arrêt. En clair, mon expérience carcérale a
contribué au contraire à grandir ma conviction.
Quant à l’expérience carcérale proprement dite,
j’écrirai dans les jours à venir « mon journal
de la prison ».
Propos recueillis par
Gilles Bocco |