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Motion
d’Information : D’un cybercafé à la prison
en passant par les violons de la Police
Nationale. Comment va Dimas ?
Dimas DZIKODO :
Je rends grâce à Dieu de m’avoir accordé sa
protection pendant tous ces moments de
détentions arbitraires pendant lesquels au-delà
des tortures qui nous ont été infligées, des
montages grotesques et sordides ont été fignolés
pour détruire ma personne. Mais Dieu merci, tous
ces montages ont échoué. Je suis actuellement
sous traitement.
Avant tout et pour tout,
permettez-moi de remercier de vive voix mes
Avocats, qui, dès que contactés, ont accepté de
se constituer à mes côtés pour me défendre
gratuitement et avec brio. Car en fait, est-ce
que j’avais les moyens de payer les honoraires
de plus d’une dizaine d’avocats ? Que le
Seigneur Dieu bénisse abondamment leurs
entreprises et leurs cabinets.
Les mots me manquent pour
remercier les organisations de défense et de
protection des droits humains et de la presse
ainsi que les 11 organisations qui avaient pris
position pour ma cause parmi lesquelles Survie
de François-Xavier Verschave, Amnesty
International, Reporters Sans Frontière de
Robert Ménard, etc. Je n’oublie pas le Comité de
Protection des Journalistes depuis les Etats
Unis. Je ne voudrais d’ailleurs pas les citer
nommément au risque d’oublier certains et de
faire des mécontents.
Sur le plan national, la
mobilisation a été extraordinaire. C’est ainsi
que je ne finirai pas de remercier la Ligue
Togolaise des Droits de l’Homme, son Président
Me Koffimessa Dévotsou, la LTDH pour les efforts
qu’ils n’ont cessé de déployer jusqu’à ma
libération. Les partis politiques à l’instar du
CAR, de la CDPA, de la CDPA-BT, de la CPP, du
PSR, de l’UFC (je les ai cités par ordre
alphabétique) et leurs leaders charismatiques
dont le soutien sur tous les plans ne nous ont
jamais fait défaut lors de notre épreuve, ne
sauraient être remerciés en ci peu de mots.
Enfin, tout le monde a
constaté la force de frappe inestimable de la
presse qui s’est affirmée réellement comme le 4e
pouvoir. Le professionnalisme déployé par tous
les confrères des journaux qualifiés de « proches
de l’opposition » et des radios et
télévision privées de la place a mis en déroute
tous les honteux montages et les abus d’un
pouvoir qui perd les repères. Félicitations et
remerciements à tous les confrères et mes doyens
et responsables des associations UJIT, OTM et
ATEPP qui ont toujours été à nos côtés pour
obtenir de haute lutte notre libération.
Je ne saurai terminer sans
remercier les membres de ma famille tant
naturelle que chrétienne, mes amis personnels au
Togo comme ailleurs, et les bonnes volontés à
travers le monde entier qui se sont mobilisés
pour obtenir ma libération. Je sais aussi que du
côté du pouvoir en place, tout n’est pas aussi
parri et d’aucuns ont lutté pour ma libération.
Je leur en suis gré. Que Dieu bénisse tout un
chacun et rembourse par milliers, toutes les
dépenses pour moi.
Plus de quarante
jours de détention pour… rien ! Etes-vous
satisfait du verdict du Tribunal ?
Pour rien ? Je ne le pense
pas. Au fait si c’est dans le sens de notre
innocence, là, je suis d’accord avec vous. Mais
je pense que notre arrestation a permis de
ternir encore plus à l’extérieur l’image du
système qui nous régente et a suscité un
sentiment de révolte au sein de la population.
Tout cela constitue des germes de destructions
d’une dictature qui visiblement n’a plus de
beaux jours devant elle.
Satisfait du jugement ?
Je dirai que le Tribunal a eu le courage de
relaxer mes deux autres confrères mais n’a pas
pu aller jusqu’au bout de ce courage pour
m’acquitter. C’est ainsi que le Président du
Tribunal a suivi le Parquet qui s’est mu en
législateur en forgeant un délit imaginaire de
« tentative de diffusion de fausses nouvelles ».
Malgré les efforts déployés par mes conseils
pour démontrer que ce délit n’existe ni dans le
code pénal, ni dans le code de la presse, il
m’a condamné à un demi million d’amende. Ce que
je crains de plus dans cette affaire, est que ce
verdict du Tribunal de première instance de Lomé,
risque de faire l’objet d’une jurisprudence qui
ouvrira à coup sûr, la voix à d’autres abus
comme l’a constaté d’ailleurs Robert Ménard.
Comptez-vous alors
relevez appel de cette décision ?
Je compte bien le faire
mais vous savez, je doute fort que la Cour
d’Appel ne dise le droit. Car sans toutefois
manquer de respect à ceux qui sont aux
commandes de cette instance, je dirai qu’en me
référant à leurs expériences passées, il me
sera difficile d’obtenir gain de cause. Je
risque de voir mon amende augmenter, et même
écoper d’une condamnation ferme.
Ce n’est tout de
même pas la dernière instance ?
S’ils augmentaient au
niveau de la cour d’appel mon amende avec
contrainte de corps, je risque d’être jeté de
nouveau en prison. Et cette fois-ci, il me
serait difficile de regrouper la somme requise.
Et je risque aussi de perdre du temps de
l’énergie à mes avocats. De toutes les façons,
j’analyserai la faisabilité de la chose avec eux.
Justement comment
avez vous pu rassembler la somme requise pour
payer l’amende d’autant plus que vous étiez
contraint de la payer avant de sortir ?
C’est toute une longue
histoire. Je remercie tout d’abord et du fond du
cœur, le doyen Lucien Messan qui a parachever sa
noble mission de nous voir libérer en sortant
ses propres fonds pour pourvoir payer l’amende,
quitte à lui rembourser après. Ce qui fut fait.
Je ne saurais être d’accord avec ceux qui
veulent le diaboliser. Dans cette affaire, il a
été l’un de ceux qui sont partis le plus loin
possible pour exiger ma libération ou notre
libération. Ce qui lui vaut d’ailleurs une
plainte déposée contre lui à la justice par le
Colonel Takougnadi, celui-là qui dirige
l’institution qui nous a torturés et que le
Combat du Peuple à l’instar de tous les journaux
et organisations de défense des droits de
l’homme ont dénoncé. Je le remercie de tout mon
cœur et je prie Dieu d’apaiser son cœur blessé.
Je remercie la
Concertation Nationale de la Société Civile (CNSC),
avec laquelle je n’ai aucune relation, je
précise, d’avoir envoyé une somme de 515000 F
pour payer l’amende. Mais la somme étant arrivée
un peu tard, j’ai demandé à mes avocats de
remettre de nouveau à la CNSC, ladite somme. Car
je ne saurais exploiter ma situation
inconfortable pour encaisser malhonnêtement les
sous des bonnes volontés.
Mais, en fait,
pouvez-vous nous dire franchement, à l’heure
actuelle, qui a finalement payé l’amende ?
Mais voyez, pourquoi cela
vous tient à cœur ? Voulez–vous y contribuer ou
c’est par simple curiosité ? En tout cas, pour
le premier vous serez les bienvenus ! (Rire).
Non, mais c’est
compte tenu de l’exploitation médiatique que les
gens font de cette affaire ?
Ceux qui veulent m’opposer
à mes avocats, particulièrement Me Sokpoh Jonas,
et même à Lucien Messan, se trompent de cible.
C’est moi qui ai donné blanc sein à Me Sokpoh
d’aller payer avec la somme que le doyen Lucien
à bien voulu mettre à ma disposition. Or il
s’est fait que le régisseur qui devait
réceptionner les fonds n’est pas au bureau et
l’opération n’a pas été effectuée ce jour. Le
lendemain très tôt, ma famille a bêché et
creuser des trous pour assembler les fonds
qu’elle a remis à Me Sokpoh, un des Conseils qui
se sont constitués pour notre défense. Ne
voulant rien faire sans mon avis, il m’a demandé
ce qu’il faut faire des deux montants
disponibles. Je luis ai alors dit : « le
doyen Lucien est parti très loin dans cette
affaire et je ne veux pas lui créer des
dépenses supplémentaires. Donc il faut utiliser
les fonds rassemblés par la famille en attendant
que je sorte et on verra le reste ». C’est
comme cela que les choses se sont passées. Il n’
y a jamais eu de récupération quelconque de ma
personne dans cette affaire. Je ne saurai être
un héros aux dépens de ceux qui m’ont sauvé de
l’abîme. A tout Seigneur, tout honneur.
D’aucuns disent sur
les sites Internet que ce sont les fonds du
Conseil Togolais des Editeurs de Presse Privée (CTEPP),
que le confrère Lucien Messan a utilisés pour
vous libérer et voient au travers une tentative
de récupération de Lomé 2 de votre personne.
Ecoutez, soyons sérieux.
Le mercredi 23 juillet où le doyen Lucien
m’envoyait les sous, CETEPP n’était pas encore
porté sur les fonds baptismaux. Comment peut-il
être opérationnel ? De grâce, un peu de retenue
dans nos propos au risque de ne plus voir
personne à nos côtés quand le malheur va frapper
à nos portes. Et surtout ne nous trompons pas
d’adversaire.
Revenons un peu sur
votre condition de détention dans les locaux de
la Police. L’affaire a fait couler beaucoup
d’encres et salives. Avez-vous été réellement
torturé ?
Nous avions devant le
Tribunal apporté la preuve des traitements
inhumains et dégradants que les sbires de ce
régime autocratique nous ont infligés dans les
locaux de la Direction Générale de la Police
Nationale. Nous attendons que le dossier de la
plainte contre le doyen Lucien Messan soit
enrôlé pour apporter d’autres éléments à ce
dossier. Nous affirmons que la Police est un
haut lieu de torture et un sanctuaire pour des
tortionnaires qui infligent des traitements
inhumains et dégrandants à ses paisibles
citoyens. Tout cela doit cesser.
Pour finir, vous
sentez-vous en sécurité au Togo ?
La sécurité ne se trouve
qu’en Dieu. Ce serait une peine perdue que de
vouloir attenter à ma vie rien que pour taire le
dossier de la torture. Le dossier en lui-même
existe et constitue une hydre pour le régime. Je
ne sais pas si vous me demandez si je veux
quitter le pays. Vous savez, la dictature peut
frapper partout et le fait de s’exiler ne vous
met pas à l’abri des snipers en missions
commandées. C’est pourquoi je vous dis que la
sécurité ne se trouve qu’en Dieu.
Propos recueillis
par Gilles BOCCO |