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Toute la France est
dans la rue et Chirac a son cœur à Lomé II. Les Français boudent les réformes
de retraites du gouvernement Raffarin, l’homme panacée de Chirac au malaise
français. La SNCF, les étudiants , les enseignants, le BAC même est compromis
et Chirac a la singulière lucidité de féliciter un dictateur ubuesque qui
vient de tripatouiller et de se faire élire au cours d’une mascarade
d’élection présidentielle. Il a même le culot d’appeler le dictateur
sanguinaire et cynique du Togo, ci-devant sergent sous le régime de Sylvanus
Olympio, « Cher ami » et de le féliciter pour « sa brillante réélection » et
de lui souhaiter « plein succès dans l’accomplissement de ses hautes
fonctions » et surtout le souhait de « voir le Togo renouer ses relations avec
les forces internationales. » « Meilleurs vœux. » Correspondance du jeudi 5
juin 2003.
Pourtant les syndicats appellent à une grande journée de
mobilisation pour la journée de mardi 9 juin 2003. En première ligne, les
enseignants qui ne veulent pas lâcher la pression. Les élèves, un peu plus de
360 000 candidats au BAC, s’inquiètent tout autant que les parents qui
craignent une récupération des milieux mafieux de leurs enfants. L’ancien
professeur de philosophie devenu ministre de l’éducation Luc Ferry en a par
dessus la psyché. Il redoute que l’épreuve de philosophie ne soit reportée ou
tout simplement annulée. La CGT elle appelle à une grève le mercredi 10 juin
2003 pour protester contre la réforme du régime spécifique d’indemnisation
chômage. De cela Chirac n’en a cure. Il songe plus à la camaraderie
d’Eyadema.
Au fait il renvoie l’ascenseur à son camarade. Le 18 juin
2002, Eyadema avait fait expressément le voyage de Paris pour féliciter
Jacques Chirac pour sa brillante réélection. C’est pourquoi Chirac est le
premier président à féliciter le dictateur. Avant même la proclamation des
résultats définitifs. Une longueur d’avance qui en dit long sur la préparation
et le déroulement des élections. C’est dire que Chirac savait que Eyadema
devait gagner ces élections. Mais cela c’était le secret de polichinelle. Mais
tout de même !
C’est justement à ce Chirac que Monsieur Eyadema avait promis
en 1999 qu’il ne se représenterait plus aux élections de 2003. Mais depuis le
honteux toilettage de la constitution et le scénario cocasse monté par Eyadema
au goût amer du “Retenez-moi ou je reste ”, Chirac n’a fait aucun
commentaire. Pas même un mot qui rappelle à ce flibustier sa parole de
militaire. Sans vergogne il a laissé faire les choses, donnant même au passage
un coup de main et pour finir, il a félicité un mal élu, un cambrioleur des
suffrages. En marge du sommet du G8 à Evian, il avait dit son désarroi, sa
consternation que l’UE ait refusé d’envoyer des observateurs aux
présidentielles togolaises de 2003. C’est sûr ce n’est pas de la camaraderie,
c’est un concubinage. [Et si Eyadema avait été une femme, Chirac lui aurait
collé une kyrielle de marmots.]
Il est né le 29 Novembre 1932 dans une clinique à Paris, dans
le cinquième arrondissement. Il est resté profondément marqué par son
grand-père, Louis Chirac, franc-maçon et anticlérical. Le lieutenant-Colonel
Jacques Chirac, engagé volontaire en Algérie à la sortie de l’Ena, aurait
certainement rencontré pendant ses campagnes le soldat Gnassingbé Eyadema.
Sinon comment expliquer cette complicité criminelle ? On le dit, Chirac est
le plus africain des européens. Même Bongo avait eu des frayeurs et des
insomnies lorsqu’aux élections présidentielles françaises de 2002, Le Pen
avait connu une fulgurante ascension. C’est dire qu’il y a, s’il est besoin de
le redire, des dessous de tables, des pots-de-vin faramineux, des trafics
clandestins et souterrains entre les dictateurs africains et Chirac au point
que celui-ci au mépris des convenances morales et des principes démocratiques,
cautionne une gigantesque parodie électorale. Les premiers ont fait de la
corruption une religion. L’ancien maire de Paris, n’eût été cuirasse
présidentielle, aurait également été mis en examen comme son ancien chef de
cabinet, Michel Roussin soupçonné d’avoir encaissé des pots-de-vin provenant
des commissions occultes et pour recel de biens sociaux dans les HLMgate.
Chirac formerait avec les dictateurs africains la secte close de l’omerta
spécialisée dans les truanderies mafieuses. Cela n’arrange en fait que la
faune immonde de margoulins, cette minables valetaille de ministres et de
sous-fifres qui pullulent autour des dictateurs car ils confortent leur
position. Des parvenus arrivés dans l’arène politique sans un sous vaillant
devenus du jour au lendemain milliardaires.
Chirac n’a pas caché son commerce avec le sanguinaire
dictateur de Lomé II. Finasser avec lui serait donc hypocrite. Sa lettre de
félicitation sonne comme une assurance, l’assurance du pouvoir acquis avec
lequel tous les coups tordus sont permis. Il est rassuré : le Togo ne lui
échappera pas. Comme la Côte d’Ivoire, ou comme le Madagascar hélas avec des
fortunes diverses. Il pourra avec son copain Eyadema continuer la
séquestration du peuple togolais et la mise à mort systématique de la
démocratie.
Philippe Alexandre, dans son
Plaidoyer impossible (Pour un vieux président
abandonné par les siens), paru aux éditions Albin Michel en 1994, écrit :
« L’Histoire est un juge aveugle et sans indulgence qui, souvent, ne garde
d’un règne que ses déchets. » ( P 205 ) Chirac est le déchet que
l’Histoire retiendra du règne quarantenaire, inique et sanguinaire du dernier
vestige de la dictature la plus fantoche, la plus marrante qui ait enjambé le
troisième millénaire. En attendant ce verdict de l’Histoire, Chirac devra
ajouter à la prochaine aide, des cercueils, des pelles,des pioches et
solliciter les services des pompes funèbres de toute l’Europe. Parce que
jusque-là les Togolais seraient morts de désespérance. Ainsi il pourra entrer
dans le livre d’or des célèbres humanistes. Personne ne lui enviera cette
place.
On apprend que Jacques Chirac est candidat au Prix Nobel de la
paix. Si c’est vrai, ce prix se sera discrédité à jamais; si la candidature du
sinistre personnage (Chirac) passait la présélection et était même comptée comme une,
le Prix Nobel perdrait tout crédit. |