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6 juin 2003

Il est l'heure de mourir
Samuel Batchati
 

 

Ça y est! Le Togo est un charnier de désespoir et un cimetière d’illusions. Parce que Eyadema s’est fait encore élire pour cinq nouvelles années. Le magistrat PETCHELEBIA Bignakwè Abalo, le président de la CENI retaillée aux humeurs, à la fantaisie, aux caprices du maître de Lomé II, a publié le 04 juin, les résultats de l’élection présidentielle du 1er juin 2003. Selon ces résultats, Eyadema récolterait  un peu plus de 57%  du suffrage exprimé tandis que Bob Akitani le candidat de l’UFC, s’en sort avec moins de 35%.

 

Le mardi 3 juin 2003, les résultats portant sur 40% du suffrage exprimé, donnaient 59 % à monsieur Eyadema. Restaient donc 60% à dépouiller. Et Tonnerre de Brest ! les 60% restants représentent moins de 2% du suffrage. On peut dire « bien jouer Monsieur PETCHELEBIA. » Même si mathématiquement c'est possible on ne peut s'empêcher de constater que cela en dit long sur la popularité de Monsieur Eyadema. 

 

En somme Eyadema a respecté sa parole de militaire donnée à son copain Chirac en 1999. Il avait promis ne pas se présenter aux élections de 2003. Il ne s’est pas présenté, tout le peuple togolais l’a contraint et l’a présenté contre son gré!! Il avait promis ne toucher à aucune virgule de la Constitution. Oui, il l’a juste toilettée, cette constitution trop sale, trop puante, une constitution à la goujaterie répugnante que cela ne faisait plus sérieux. Il s’est déblayé le chemin pour une ballade de santé. On l’a vu durant la campagne, écorchant la langue de Molière, promettre ciel et terre, un  nouveau départ ; être le bonheur fait chair. On l’a vu parler doctement de l’éducation à valoriser, de l’économie à relever, de la paix et de la stabilité. D’un nouveau départ. Seulement ça ne fait plus sérieux.

 

On l’a vu tour à tour insulter les fidèles catholiques, leurs prêtres, évêques et leur Dieu, les traiter d’hypocrites et de conseiller aux Togolais l’Islam ou le protestantisme. On l’a vu recourir comme à son habitude à Dieu. « Chaque jour dans mes prières, je dis à Dieu : Si tu as permis que je sois à la tête de ce pays, tu as tes raisons que je ne connais pas. Si ce que je fais est bon tu me laisses continuer ma route. Si ce que je fais  est mauvais, barre-moi la route pour qu’un autre vienne diriger à ma place. » Est-ce là le fruit d'une simple étroitesse d'esprit? Nos douleurs et nos amertumes nous dictent de dire qu'il s'agit bien d'une étroitesse d’esprit. Car les temps où Dieu parlait à Moïse sont passés. Aujourd’hui nous autres disons : vox dei, vox populi. Et le peuple veut que Eyadema parte. Donc Dieu le veut aussi. Seulement Eyadema est capable de miner les voies et de travestir les voix de Dieu. Pour ne pas mourir nulle part ailleurs qu’au pouvoir.

 

On l’a vu  faire l’histoire de son parcours, sa revue de presse comme ont raillé certains, de 1963 à 2003. Faisant un pitoyable coq-à-l’âne, allant allègrement de 1990 à 19972, de 1974 à 1998. Bref  briller dans une parfaite incohérence. On l’a vu citer les écoles, les hôpitaux, les collèges, les Universités même s’il n’y en a qu’une, le port, l’aéroport, les routes comme étant ses acquis. Les salaires et les bourses régulièrement payés avant 1990 date à laquelle le Togo version Eyadema a cessé d’exister. Chansonnette qu’on sérine depuis.  Sans lui le Togo n’aurait pas existé.

 

Il s’est même adjoint des observateurs myopes qu’on a plutôt vus hanter les couloirs des hôtels et des appartements de Lomé II au lieu d’aller dans les bureaux de vote. Dans un point de presse, ces observateurs, ceux de la Fondation Martin Luther King , de la CEDEAO, du Parlement français… ont déclaré que les élections présidentielles au Togo se sont déroulées dans la transparence et une liberté totale d’expression. A l’exception de ceux de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) qui ne sont pas joints au communiqué final disant qu’il fallait nuancer. [ Nous avions lundi préjugé de leur intelligence avec le pouvoir en place. Mea culpa !]

 

Comment le peuple togolais a-t-il pu  porter son choix sur un parjure, un menteur ? Se peut-il que les Togolais aient choisi le suicide collectif ? Se peut-il que tous les Togolais se soient gourés pour porter leur choix sur un monsieur qui pendant 36 ans l’a séquestré, l’a assujetti, l’a brimé ? Cela est tout bêtement impossible. Mais comme le dit le professeur Lantam  du mouvement Rénovateur, « Il ne pouvait en être autrement ». Ces  « résultats ne reflètent RIEN. Ils traduisent en eux-mêmes la nature du système». Cela n’étonne personne car comment veut-on qu’un « régime dictatorial fonctionne autrement  que par des fraudes et par la dénaturation des résultats »

 

Interrogé sur l’attitude qu’adopte le PSR et le mouvement des Rénovateurs, le professeur reconnaît que « nous n’avons jamais dit au peuple que c’est la CENI ou la Cour Constitutionnelle qui allait nous proclamer président. Jamais. Nous avons dit au peuple : votez massivement pour nous et nous défendrons notre vote. Nous sommes dans la deuxième phase. » 

 

Et pourquoi RFI déclare-t-elle alors que le candidat Dahuku Péré s’est autoproclamé vainqueur des élections de Juin 2003 à la suite de Bob Akitani? « Monsieur Péré a demandé à RFI au téléphone  de lui dire la source de cette information. Nous comprenons l’intention de ceux qui l’ont inventée.» Il ajoute par ailleurs à propos des incohérents de l'oppositoin togolaise:  «Il est aussi  incohérent, absurde même de se déclarer élu tout en dénonçant les élections. Celui qui a gagné ne triche pas. »

 

L’imbroglio politique qui est en train de s’installer ne favorisera sûrement pas l’unité de l’opposition. Le leader de l’UFC en exil à Paris a déclaré sur les antennes de RFI ( toujours RFI ) avoir déjà formé son gouvernement et nommé son premier ministre. Mais qu’il se garde de donner son nom. Il attend pour cela la totalité des procès-verbaux afin de le proclamer et  de gouverner le Togo pour libérer le pays. Il n’entend pas laisser Eyadema réaliser son hold-up comme en 1998.

 

Ainsi donc l’opposition n’a pas dit son dernier mot. Mais il y a peu le colonel Biténéwé qui avait échappé miraculeusement à un attentat ourdi par le colonel Ernest Gnassingbé, avait lancé un appel sur le site togoforum.com   à cette opposition pour qu’un seul candidat de l’opposition se proclame élu à l’issu des élections de juin  2003. L’opposition écoutera-t-elle cet appel ? Si le candidat du PSR ne s’est  proclamé vainqueur, l'affirmation tendancieuse et travestie faite par les medias français (AFP et RFI)  signifie que cette information est lancée pour semer le trouble au sein  de l’opposition. Pour que l’opposition se livre sa traditionnelle guéguerre pendant que le RPT installe sa bande de minables maquereaux et d’incompétents pour engouffrer davantage le Togo  dans la galère.

 

D’ailleurs pendant que l’opposition s’échine à dénoncer les fraudes massives constatées au cours de ces élections, le RPT fourbit ses armes, lance ses drogués pour provoquer et intimider les membres de l’opposition dans des parades de panaches, fanfares, sur autos et moto et sous hautes escortes militaires. Avant la proclamation des résultats. Quel autre parti de l’opposition se permettrait pareille caravane  sans subir la foudre des militaires ? Mais c’est le même RPT qui au soir du mardi 3 juin 2003, lance un communiqué qu’il  ne permettra aucun acte de  vandalisme  de nature à perturber la tranquillité de l’Etat.

 

Probablement on s’achemine vers un quinquennat infernal. Eyadema reprendra les mêmes chiffes et ils poursuivront la destruction du pays. Car si le pays déglingue, si la putrescence  s’est emparée du Togo, si le pays est déconfit, c’est bien par  la fauté d’Eyadema. Et ça risque de ne pas prendre fin, si aucune thérapie de choc, à la malgache ou à l’ivoirienne n’est envisagée. C’est jusqu’où peut conduire la désespérance d’un peuple qui en a sa claque de la vermine. Et pour cela il ne suffit  pas de quelques discours va-t-en-guerre. Si le dernier mot revient au peuple, la première lettre revient à l’opposition. Si la messe n’est pas déjà dite. Alors Eyadema règnera sur des cadavres.

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