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En attendant le vote des bêtes
sauvages
Samuel Batchati
Oh
malheur! Mon pays risque encore d'avor Eyadema comme Président
pour cinq malheureuses années. Cinq tristes années qui
s’annoncent plus sombres, plus misérables, plus cauchemardesques que les
précédentes 36 années. Il hantera, Monsieur Eyadema, la
tranquillité avortée de plus de cinq millions de Togolais. Il sera le virus de
la quiétude, de la sécurité, de la paix des Togolais.
Le vers dans le fruit de la culture, de l’éducation, de
l’économie et de la liberté de pensée.
Parce que dit-il, ce sont les Togolais qui l’ont contraint
malgré lui à se présenter pour la troisième fois aux présidentielles
togolaises depuis que l’opposition qui est ressortie requinquée de la
Conférence Nationale Souveraine de 1991, a blagué avec le pouvoir. Ou plutôt
n’a pas su jouer la carte de l’armée ni celle de l’ethnie. Parce que c’est le
peuple, représenté par les députés issus des législatives anticipées du 12
Octobre 2002, qui a souhaité la modification de la Constitution permettant à
Etienne Eyadema de mourir au pouvoir, si une bourrasque révolutionnaire ne
l’emporte à l’instar du sinistre Mobutu de l’ex-Zaïre. Parce que le code
électoral modifié selon ces humeurs et caprices lui donne le quitus d’être
président depuis ses langes à ses catafalques. Si et seulement si les Togolais
avalent encore cette amère pilule.
En dépit de tous ces facteurs perméables, de tous ces
arrangements d’une dictature immonde et ubuesque, Eyadema n’a pas gagné les
élections présidentielles du 1er Juin 2003. Non,
il n’a rien gagné du tout. Il a comme à l’accoutumée truqué, volé la victoire
au peuple togolais. Les différentes dénonciations des opposants relatives au
bourrages des urnes n’atteignent en rien les privations de liberté
d’expression au cours de ces votes constatées à Kara, ville prise en otage par
le fils militaire du général, le colonel Ernest Gnassingbé.
Dans plus d’une dizaine de bureaux de vote, le colonel a fait
placer des militaires armés en civil dans l’urne. Ceux-ci d’autorité ont
contraint les électeurs à voter pour le généralissime
Eyadema. Personne n’a eu le droit de souffler mot à quelqu’un d’autre dehors.
Et lorsque des observateurs soudoyés par Eyadema, des observa-tueurs qu’il
avait invités la veille des élections chez lui, à Lomé II, allèguent que les
élections se sont déroulées dans une totale liberté d’expression, cela agace
mortellement, cela est du cynisme complice, donc coupable.
Des observateurs en qui le président français Jacques Chirac
place toute sa confiance. Un Jacques Chirac qui fait diversion au G8 à Evian,
alors que les Américain plument la fierté du volatile depuis la dernière
guerre d’Irak. Décidément Chirac aime moudre de l’Africain. Occupé au sommet
d’Evian à défendre le NEPAD et le misérabilisme africain dans le lot duquel
on cite le paludisme, le sida, la pauvreté, les guerres, les famines, etc. il
n’a pas manqué l’occasion de caqueter et d’exprimer son vœu de voir les
présidentielles togolaises, libres et transparentes. Il a ensuite exprimer sa
désolation de voir l’UE refuser d’envoyer des observateurs comme le président
Eyadema l’avait demandé via Chirac lui-même puis de conclure « Je m’en
remets à la décision des observateurs » Il faut signaler qu’entre autres
observateurs venus au Togo, on notait des observateurs du parlement français
et ceux de la Francophonie. Inutile de dire qu’entre ces messieurs, c’est
kif-kif.
Rien d’étonnant qu’ils déclarent que les élections
présidentielles au Togo se sont déroulées dans la tranquillité et avec une
formidable transparence. Alors que dans un bureau de vote à Pagouda, sur 475
inscrits, il y avait 475 votants avant 9 heures TU. Alors que des bureaux de
vote ont ouverts les urnes déjà bourrées. Alors que des cartes d’électeurs ont
été distribuées à des électeurs qui ont voté plusieurs fois devant des agents
des forces de l’ordre hilares soucieux d’aller claquer dans l’alcool et les
femmes, les 80 000 francs et la chétive solde qu’ils ont touchée
concomitamment. La tradition au Togo en somme depuis que monsieur Eyadema a eu
la lumineuse idée de tartiner sa dictature de poudre d’élections c’est le
hold-up électoral.
Le hold-up électoral, les intimidations et les massacres des
populations civiles ont toujours suivi les élections au Togo. On se rappelle
les massacres de 1998 dénoncés à l’époque par Amnesty International. Déjà le
RPT et les sbires du général annoncent les couleurs. Jean-Pierre Fabre et
Patrick Lawson sont arrêtés dans la matinée du 3 Juin 2003 sans motif révélé.
Monsieur Kabassima Togbare a enlevé hier vers 18 heure dans sa maison
de retraite de Tchebebe au centre du Togo. La CENI a aussi
dans la journée annoncé les résultats provisoires portant sur 40% du suffrage
exprimé donnant à Eyadema, 59%, à Bob Akitani de L’UFC, 35%, 2% pour Dahuku
Péré et Me Agboyibor du CAR et 0% pour Edem Kodjo et Gnininvi. Cela a suscité
chez les membres du RPT, des manifestations de liesses populaires dans les
rues de Lomé alors même que les résultats définitifs ne sont pas proclamés.
Les 60% restants peuvent créer des surprises si le dépouillement malgré les
fraudes est un tantinet sincère. Ces manifestations de joie des jeunes du RPT
jusque dans les QG de l’UFC dans les quartiers de Bê sont une provocation
manifeste. Les soldats sont partout dans les rues et les chars ont dressé
leurs longs museaux
C’est dire que Eyadema ne fera pas de quartier pour rester au
pouvoir. Des centaines de Togolais passent la frontière pour le Ghana voisin.
Car l’atmosphère dans les heures ou jours qui viennent risque d’être
explosive.
Le leader de l’UFC en exil en France qui avait demandé ainsi
que Me Agboyibor l’annulation et la reprise des élections, a déjà proclamé la
victoire de son candidat Emmanuel Bob Akitani. Le candidat du PSR Dahuku Péré
s'est déclaré en position confortable vers la victoire. Mais ce
dernier serait sur le point de céder à Akitani, pour l'amour du peuple.
Les états majors distillent les déclarations à venir.
Et le RPT prépare les soldats à la guerre. C’est ainsi que
Eyadema veut devenir président pour cinq autres années. En attendant le vote
des bêtes sauvages, les Togolais subiront encore cette malédiction, cette
calamité. Si le peuple ne vote pas Eyadema, Eyadema tuera le peuple.
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