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03 juin 2003

En attendant le vote des bêtes sauvages
Samuel Batchati
 

Oh malheur! Mon pays risque encore d'avor Eyadema comme Président pour cinq malheureuses années. Cinq tristes années qui s’annoncent plus sombres, plus misérables, plus cauchemardesques que les précédentes 36 années. Il hantera, Monsieur Eyadema, la tranquillité avortée de plus de cinq millions de Togolais. Il sera le virus de la quiétude, de la sécurité, de la paix des Togolais.

Le vers dans le fruit de  la culture, de l’éducation, de l’économie et de la liberté de pensée. 

Parce que dit-il, ce sont les Togolais qui l’ont contraint malgré lui à se présenter  pour la troisième fois aux présidentielles togolaises depuis que l’opposition qui est ressortie requinquée de la Conférence Nationale Souveraine de 1991, a blagué avec le pouvoir. Ou plutôt n’a pas su jouer la carte de l’armée ni celle de l’ethnie. Parce que c’est le peuple, représenté par les députés issus des législatives anticipées du 12 Octobre 2002, qui a souhaité la modification de la Constitution permettant à Etienne Eyadema de mourir au pouvoir, si une bourrasque révolutionnaire ne l’emporte à l’instar du sinistre Mobutu de l’ex-Zaïre. Parce que  le code électoral modifié selon ces humeurs et caprices lui donne le quitus d’être président depuis ses langes à ses catafalques. Si et seulement si les Togolais avalent encore cette amère pilule. 

En dépit de tous ces facteurs perméables,  de tous ces arrangements d’une dictature immonde et ubuesque, Eyadema n’a pas gagné les élections présidentielles du 1er Juin  2003. Non, il n’a rien  gagné du tout. Il a comme à l’accoutumée truqué, volé la victoire au peuple togolais. Les différentes dénonciations des opposants relatives au bourrages des urnes n’atteignent en rien les privations de liberté d’expression au cours de ces votes constatées à Kara, ville prise en otage par le fils militaire du général, le colonel Ernest Gnassingbé.

Dans plus d’une dizaine de bureaux de vote, le colonel a fait placer des militaires armés en civil dans l’urne. Ceux-ci d’autorité ont contraint les électeurs à voter pour le généralissime Eyadema. Personne n’a eu le droit de souffler mot à quelqu’un d’autre dehors. Et lorsque des observateurs soudoyés par Eyadema, des observa-tueurs  qu’il avait invités la veille des élections chez lui, à Lomé II, allèguent que les élections se sont déroulées dans une totale liberté d’expression, cela agace mortellement, cela est du cynisme complice, donc coupable. 

Des observateurs en qui le président  français Jacques Chirac place toute sa confiance. Un Jacques Chirac qui fait diversion au G8 à Evian,  alors que les Américain plument la fierté du volatile depuis la dernière guerre  d’Irak.  Décidément Chirac aime moudre de l’Africain. Occupé au sommet d’Evian à défendre le NEPAD et le misérabilisme  africain dans le lot duquel on cite le paludisme, le sida, la pauvreté, les guerres, les famines, etc. il n’a pas manqué l’occasion de caqueter et d’exprimer son vœu de voir les présidentielles togolaises, libres  et transparentes. Il a ensuite exprimer sa désolation de voir l’UE refuser d’envoyer des observateurs comme le président Eyadema l’avait demandé via Chirac lui-même puis de conclure « Je m’en remets à la décision des observateurs » Il faut signaler qu’entre autres observateurs venus au Togo, on notait des observateurs du parlement français et ceux de la Francophonie. Inutile de dire qu’entre ces messieurs, c’est kif-kif.  

Rien d’étonnant qu’ils déclarent que les élections présidentielles au Togo se sont déroulées dans la tranquillité et avec une formidable transparence. Alors que dans un bureau de vote à Pagouda, sur 475 inscrits, il y avait 475 votants avant 9 heures TU. Alors que des bureaux de vote ont ouverts les urnes déjà bourrées. Alors que des cartes d’électeurs ont été distribuées à  des électeurs qui ont voté plusieurs fois devant des agents des forces de l’ordre hilares soucieux d’aller claquer dans l’alcool  et les femmes, les 80 000 francs et la chétive solde qu’ils ont touchée concomitamment. La tradition au Togo en somme depuis que monsieur Eyadema a eu la lumineuse idée de tartiner sa dictature de poudre d’élections c’est le hold-up électoral. 

Le hold-up électoral, les intimidations et les massacres des populations civiles ont toujours suivi les élections au Togo. On se rappelle les massacres de 1998 dénoncés à l’époque par Amnesty International. Déjà le RPT et les sbires du général annoncent les couleurs. Jean-Pierre Fabre et Patrick Lawson sont arrêtés dans la matinée du 3 Juin 2003 sans motif révélé. Monsieur Kabassima Togbare a enlevé hier vers 18 heure dans sa maison de retraite de Tchebebe au centre du Togo. La CENI a aussi dans la journée annoncé les résultats provisoires portant sur 40% du suffrage exprimé donnant à Eyadema, 59%, à Bob Akitani de L’UFC, 35%, 2% pour Dahuku Péré et Me Agboyibor du CAR et 0% pour Edem Kodjo et Gnininvi. Cela a suscité chez les membres du RPT, des manifestations de liesses populaires  dans les rues de Lomé alors même que les résultats définitifs ne sont pas proclamés. Les 60% restants peuvent créer des surprises si le dépouillement malgré les fraudes est un tantinet sincère. Ces manifestations de joie des jeunes du RPT jusque dans les QG de l’UFC dans les quartiers de Bê sont une provocation manifeste. Les soldats sont partout dans les rues et les chars ont dressé leurs longs museaux

C’est dire que Eyadema ne fera pas de quartier pour rester au pouvoir. Des centaines de Togolais passent la frontière pour le Ghana voisin. Car l’atmosphère dans les heures ou jours qui viennent risque d’être explosive. 

 Le leader de l’UFC en exil en France qui avait demandé ainsi que Me Agboyibor l’annulation et la reprise des élections, a déjà proclamé la victoire de son candidat Emmanuel Bob Akitani. Le candidat du PSR Dahuku Péré  s'est déclaré en position confortable vers la victoire. Mais ce dernier serait sur le point de céder à Akitani, pour l'amour du peuple. Les états majors distillent les déclarations à venir.

Et le RPT prépare les soldats à la guerre. C’est ainsi que Eyadema veut devenir président pour cinq autres années. En attendant le vote des bêtes sauvages, les Togolais subiront encore cette malédiction, cette calamité. Si le peuple  ne vote pas  Eyadema,  Eyadema tuera le peuple.

 

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