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Hebdomadaire Togolais d'Informations et d'analyses

26 Déc 2006

 
[ 51: du 16 22 2006]  
Politique d’ouverture : Faure Gnassingbé et l’UFC finalement d’accord

«…ceux qui sont de mauvaise foi et qui ne veulent pas venir au gouvernement, qu’ils restent là où ils sont. Le pays avancera avec ou sans eux. Nous avons plusieurs fois montré notre bonne foi. Nous avons tendu la main, mais nous ne supplierons personne. Le Togo regorge de beaucoup de talents qui sont partout. Ils sont aussi à l’UFC, mais ne sont pas seulement à l’UFC. Si les gens de l’UFC veulent venir, la porte est ouverte. Mais il n’est pas question de répondre à des exigences fantaisistes». C’est cette formule tant acclamée de Faure Gnassingbé qui a le mérite d’avoir clos les tergiversations de coulisses sur l’entrée probable du parti de Gilchrist Olympio au gouvernement d’union nationale. Du moins, quand elle est conjuguée avec la réponse immédiate du premier préposé local de l’opposant.

Jusqu’à cette cérémonie de clôture, lundi, du 9è congrès ordinaire du RPT, la rue prédisait une fin qui ne disait pas son nom. Surtout qu’officiellement il se disait que les tractations continuent entre le gouvernement d’union et l’Union des forces de changement (UFC).

Cette sentence prononcée de Faure Gnassingbé met ainsi un terme à la dernière interprétation de la facilitation dans la crise togolaise. Dans le communiqué final des deuxièmes retrouvailles d’amour du Comité de Suivi (CS) de l’Accord Politique Global, le représentant burkinabé faisait échos des avancées notables qui font croire à une entrée non moins possible de l’UFC au gouvernement. «…bien que ces négociations n’aient pas abouti, nous pensons que ce que nous devons faire, c’est d’encourager les deux parties à continuer les négociations en vue de parvenir à cet accord pour que l’UFC rentre au gouvernement». Encore que, avec le ministre Pascal Bodjona, «il faut aussi savoir exactement si de part et d’autre il y a la volonté de participer».

Telle une réplique du berger à la bergère. Patrick Lawson s’est officieusement empressé de chanter dans les colonnes de notre confrère Liberté Hebdo : «…nous avons toujours recherché de disposer des postes de souveraineté et des postes techniques susceptibles de nous permettre de contribuer réellement à la transparence des futures élections, à la sécurité des populations et à la sécurisation de ces mêmes élections. Voilà les raisons pour lesquelles, nous n’avons pas jusqu’alors répondu à l’offre de strapontin qui nous a été faite. Nous n’attendons donc de personne des supplications pour entrer au gouvernement mais des actes qui puissent rassurer nos populations. Après la provocation de lundi, le débat est bien clos».

En rappel, au lendemain de la première réunion du CS, le 13 novembre 2006 à Ouagadougou, Gilchrist Olympio exigeait dans des errements propres «certaines conditions de travail et surtout la liberté pour nos ministres de pouvoir opérer et de pouvoir faire entendre leurs voix».

Au finish, on a l’impression que chacune des parties n’attendait que le dernier pas de l’autre. Tels deux pugilistes assommés par les nombreux coups qu’ils se sont assénés durant les rounds et qui n’attendent que le coup de sifflet final de l’arbitre. Vivement qu’ils se sont entendus dans la fraternité politique et que la question n’empoisonnera plus les discussions quotidiennes du gouvernement. Alors, cap sur la bonne organisation des législatives anticipées de juin 2007. Ah ! c’est le Bélier de Kouvé qui est ainsi délivré : il redoutait tant l’entrée au gouvernement des lieutenants de l’opposant le plus authentique.

Sylvestre D.

Congrès du RPT : Faure sans complexe

De tous les discours faits par Faure Gnassingbé depuis son élection à la magistrature suprême en 2005, il semble sans conteste que ce qui est improvisé au 9ème congrès du RPT, le week-end dernier, reste le plus intimiste et le plus vrai. Cela est d’autant plus vrai que quand on commet une improvisation, on se découvre, on révèle sa véritable nature. S’il fallait faire un discours protocolaire, nul doute que le président ne serait pas aussi disert qu’il a été le week-end dernier. Le discours est axé sur trois points, la formation du gouvernement d’union national, la démocratie au sein du RPT et d’autres problèmes qui courent comme d’incroyables rumeurs dans le microcosme politique, notamment ce qui concerne sa liberté de manœuvre.

Abordant la situation du RPT, Faure Gnassingbé avertit tout de go les nouveaux élus et les militants de cette formation qu’il ne va pas siffler la fin des réformes, qui vont continuer à tout prix. Il entend aller plus en profondeur afin de faire du RPT une formation véritablement démocratique. Depuis son arrivée au pouvoir en avril 2005, le président ne cesse de passer sa formation politique sous les fourches caudines.

En lui imposant une cohabitation avec l’opposition radicale après de rudes négociations au sein du dialogue national, Faure Gnassingbé donne le la des autres réformes qu’il entend mener afin de faire du RPT une véritable formation politique. Il met l’accent sur la démocratie au sein du parti : « je dis simplement que si nous voulons que les réformes réussissent, il faut également que nous nous réformions nous-mêmes dans notre comportement ».  Ce que les congressistes semblent avoir compris puisque le président se félicite de la liberté des débats : «Aujourd’hui nous avons fait la preuve que le RPT est un parti où on peut se remettre en cause dans la discussion», avance-t-il,  tout en mettant en garde les éventuels fauteurs de trouble que tout doit se faire dans «la discipline, la concertation, la cohésion».

Le congrès a pris en compte les préoccupations du Président national et tout semble indiquer que le parti va instaurer un système de primaires au sein du parti en vue des législatives prochaines.

De toutes façons, le RPT n’a pas le choix. « Il faut que notre parti apprenne à convaincre », la persuasion n’étant pas sans doute la chose la mieux partagée dans un parti habitué à une vie monolithique. Et puisque « pour convaincre, il faut communiquer et accepter  les débats », les barons et les vieux loups doivent s’attendre à plus d’activisme et à être à l’écoute des électeurs, mais aussi se préparer bien entendu à la concurrence au sein du parti qui compte des milliers de jeunes militants aux dents longues, aux appétits dévorants.

La seconde partie du discours concerne la formation du gouvernement d’union et il semble désormais clair que l’UFC  n’entrera pas au gouvernement (Lire notre article ‘‘Faure et l’UFC se sont finalement mis d’accord’’ ci-dessus).

La première partie du discours concerne les rumeurs qui courent sur la gestion quotidienne du pouvoir par le Président. Il a tenu à rassurer les uns et les autres sur la solidité de son pouvoir. Il n’y a pas de dissensions entre lui et son frère Kpatcha Gnassingbé, l’actuel ministre de la défense, tout comme les généraux qui l’avaient porté au pouvoir le 5 février 2005 n’entravent le fonctionnement de la présidence de la République. Il en est de même de la présence des barons qui l’entourent, situation politico administrative héritée de son père mais dont il sait bien se garder.

Au finish Faure Gnassingbé apparaît avoir subi une forte mutation, se présentant maître de lui-même et au-dessus de la mêlée et traçant petit à petit ses marques sur le pays. S’il a hérité de son pays une certaine politique, il en a déjà fait l’inventaire, et veut changer ce qui est changeable.

Nul doute que «l’homme Faure est devenu plus fort que jamais».

Kossiwa T.

 
Téléphonie mobile : Les Togolais affichent leur préférence pour les réseaux des pays voisins

Les Togolais ont été submergés cette fin d’année par des vagues de publicité promotionnelle des deux opérateurs de téléphonie mobile. Togocel, l’opérateur public et Télécel, le privé, qui s’est mué en Moov, non sans problème, rivalisent d’ingéniosité pour capter l’attrait des populations.

Le premier a réduit ses tarifs de communication sur le réseau national, ramené la minute de communication internationale, (toute destination confondue) à 300F, réduit le prix du kit à 2.500F et lancé des cartes de recharge de 1.000 F. Il a lancé récemment le GPRS et initié sur son réseau une gamme d’informations utiles et pratiques ces derniers jours. Le second change de nom et de logo, en faisant une entrée fracassante sur le marché. Il lance son kit à 2.500F, l’international à partir de 290F, des cartes de recharge de 500F et un tarif unique de 160F vers tous les autres nationaux (Togocel et Togo Telecom). Il annonce le renforcement de sa couverture nationale, le lancement du  GPRS, de l’EDGE et du MMS à partir de janvier.

Les Togolais  se croiraient très gâtés au vu de ce menu, finalement fretin. Car, un petit coup d’œil chez nos voisins de l’Est et de l’Ouest nous montre que ces opérateurs sont encore loin de contribuer à la réduction de la fracture numérique. Ils continuent de se sucrer sur le dos des abonnés. Malgré ces bénéfices faramineux et des investissements importants annoncés pour développer les réseaux, il est quasiment impossible, depuis un moment, de téléphoner sur le réseau Togocel. Moov n’est pas mieux non plus. Il faut patienter des minutes avant de joindre un abonné sur ce réseau. Alors que dans d’autres pays, les abonnés sont mieux traités sans ce gavage publicitaire, à la limite mensonger.

A côté de nous, les opérateurs Tigo et Areeba font des émules au Ghana, au Bénin et au Sénégal. Ils sont devenus nombreux, ces Togolais qui s’abonnent au réseau Tigo du Ghana dont la couverture traverse les frontières et alimente certains quartiers de Lomé. Avec environ 3000 FCFA, vous avez le kit Tigo et un crédit de 40.000 cédis (2000 FCFA) qui vous permet d’appeler l’Europe ou les Etats-Unis pour, tenez-vous bien, au moins 45mn. Alors qu’avec les recharges de 4.500 FCFA de TogoCell et de 5.000F de Moov, vous n’avez seulement que près de 15mn sur l’international, malgré la promotion.  Vers les réseaux Togocel et Moov, vous avez près de 20mn de communication avec une carte de recharge Tigo de 40.000 cédis (environ 2000 FCFA).

Dans les quartiers Kodjoviakopé, à la plage et devant la station d’essence CAP de Casablanca au lieu-dit Laklémonou, c’est une affluence remarquable tous les soirs. Le réseau Tigo couvre ces points au grand bonheur des Togolais dont certains arrivent de l’intérieur uniquement pour jouir des avantages de Tigo.

Le second réseau ghanéen, Areeba, n’est pas du reste. Il affiche pratiquement les mêmes tarifs. Qui plus est, à partir de minuit, la communication sur son réseau est gratuite entre abonnés du même réseau jusqu’au petit matin.

Au Bénin voisin, Areeba, qui a acquis BéninCell, propose la minute à l’international à 225F, loin derrière les tarifs pratiqués par Togocel (300F) et Moov (290F). En plus, la communication entre abonnés Areeba au Bénin est facturée à 100F seulement la minute, contre au moins 160FCFA au Togo. Areeba est une marque commerciale du groupe InvestCom, très actif en Europe, en Amérique Latine et en Afrique, qui a racheté 75% des parts de BéninCell. Il est également présent au Ghana, en Guinée Conakry, en Guinée Bissau, au Libéria et au Soudan. Le réseau Areeba permet en outre un transfert de crédit entre abonnés. Ainsi, si vous avez du crédit, vous pouvez dépanner un ami qui n’en a pas en lui transférant une partie de vos unités.

Au Sénégal, l’opérateur Tigo fait également des heureux. Son kit est à 1.000F seulement. En plus, la communication est facturée par seconde. Ainsi, vous ne payez que le temps réel de communication. Ce qui n’est pas le cas au Togo où la communication est facturée par minute. Par exemple, si vous parlez pendant 5 secondes, vous payez chez Togocel et chez Moov le prix d’une minute. Ce qui est un peu trichant.

Tigo, qui est une marque commerciale du groupe Millicom International Cellular (MIC), est présente au Ghana, au Sénégal, au Tchad, en Tanzanie en Sierra Leone, en RD Congo et pratique non seulement les tarifs les plus bas, mais permet également des partages de crédit entre abonnés.

Comme on le voit, malgré ces pluies de publicité promotionnelle des deux opérateurs togolais qui inondent les médias, les Togolais sont  moins lotis que leurs voisins béninois et surtout ghanéens qui baignent dans une aisance et dans des avantages importants que leur accordent Tigo et Areeba. Vivement l’arrivée d’un troisième larron pour départager les deux compères qui se regardent en chien de faïence et qui ne jurent que par la mort de l’autre. 

Jean Afolabi

 
Théâtre : Le boom du théâtre togolais

 Depuis 1990, la vie littéraire au Togo connaît un véritable boom dans le domaine du théâtre et des arts de la scène. 16 ans après le début des soubresauts démocratiques, il importe de faire une analyse de cette formidable avancée.

Au commencement était le théâtre

A quelle date situer la naissance de la littérature togolaise ? Malgré la polémique que suscite la question et les inimitiés qu’elle crée dans le landerneau littéraire, il faut oser dire la vérité. La littérature togolaise est née en 1972 avec Senouvo Agbota Zinsou, pour sa pièce «On joue la Comédie» (Ed. Haho, Lomé, 1984), qui a donné une visibilité internationale au théâtre togolais. Premier lauréat du fameux prix RFI en 1972, Agbota Zinsou fait un théâtre influencé par le concert-party et théâtre de Jean Genêt, ce qui a inauguré le renouvellement du théâtre togolais.

Il n’en demeure pas moins qu’on aura attendu près de 18 ans pour avoir une seconde consécration internationale avec Kossi Efoui pour sa pièce «Le Carrefour» (Théâtre du Sud N°2) et Kangni Alem pour sa pièce «Les Chemins de Croix» (NEA-Togo 1991, rééd. Les éditions Ndzé, Gabon 2006) qui ont effectivement donné à la littérature togolaise sa vraie naissance. Déjà, avant 1990, Kangni Alem, Gaétan Noussouglo, Marcel Djondo et d’autres essayaient de renouveler le théâtre national dans une structure autonome de recherche au sein de l’Université du Bénin appelé Atelier Théâtre de Lomé. Le retour de ces derniers au Togo, après avoir opéré sur les scènes de France,  va redonner un nouveau visage à ce théâtre.

Influencés par l’écrivain et dramaturge congolais Sony Labou Tansi, ces nouveaux dramaturges que le Docteur Apedo-Amah Togoata, critique d’art dramatique, appelait les «tractographes» (la plupart faisaient partie des contestataires étudiants accoucheurs du Mouvement du 05 octobre 1990), ont eux aussi influencé d’autres. Les tractographes ont créé une certaine émulation qui a donné naissance à une flopée de dramaturges, certes de qualité diverse, mais qui témoigne de la vitalité du théâtre togolais.

Vient en tête des nouveaux dramaturges Rodrigue Norman : plusieurs fois lauréat des Prix Festhef, il vient de créer une école de théâtre à Lomé après des formations en France et en Belgique. Ses spectacles, très influencés par le théâtre français, sont souvent une espèce de dramaturgie du huis clos sartrien.

Il en est de même de Gustave Akakpo, découvert en 2005 par les Ecritures vagabondes pour sa pièce Mère trop tôt  et qui fait un théâtre très sonyen mais remarquablement influencé par Kossi Efoui.

Ensuite, suivent une vague de dramaturges et de metteurs en scène, Amoussa Koriko (alias Abram’s), Armand Brown (décédé), Richard Crésus Lakpassa, Alfa Ramsès, Roger Atikpo, et tant d’autres, sans faire des envieux.

Le problème de ces jeunes dramaturges, c’est qu’ils essaient d’imiter Kossi Efoui, lui-même disciple de Lacan et de Pouchkine et dont l’écriture se révèle le plus souvent difficilement accessible. L’ennui est qu’ils n’arrivent pas à faire du Efoui pour la simple raison que n’habitant pas son univers, leur message ne passe pas très bien auprès du public. C’est un peu la rançon du succès de Kossi Efoui : tout le monde a fini par croire que son écriture constitue un viatique pour le succès.

De l’importance des troupes

Qu’à cela ne tienne, c’est ce théâtre qui a donné naissance à des troupes et des festivals, chose que l’on n’a jamais connue dans cette partie du continent. A la suite de l’ENAL (Ensemble artistique de Lomé) et de l’ATL (Atelier théâtre de Lomé) fleurissent des compagnies comme Les 3C, Kadam-Kadam, Les Kamiscènes, Aktion Théâtre,…etc, une floraison favorisée par la création du Festival du théâtre de la fraternité (Festhef) au Togo, le Rethes à Sokodé et d’autres festivals dans la sous-région.

En réalité, ces nombreuses troupes sont nées de l’émulation créée par une autre compagnie, le Zitic, créatrice du conte théâtralisé, genre littéraire qui s’est répandu aujourd’hui comme traînée de poudre en Afrique et qui a sorti le conte de son décor traditionnel et folklorique de récit raconté autour du feu. Le genre est aujourd’hui perpétué par Sanvi Alouwassio, seul rescapé du Zitic, et Roger Atikpo ; ce dernier le faisant avec beaucoup de réussite.

Le concert-party

Aujourd’hui, le théâtre togolais est à la croisée des chemins. Ayant déjà rompu avec le théâtre occidental des grands auteurs, les dramaturges et les metteurs en scène sont à la recherche d’une forme théâtrale typiquement togolaise, chose qu’appellent de leurs vœux les universitaires.

C’est dans ce sens que renaît le concert-party, genre théâtral populaire qu’on a connu avec le comédien Kokouvito, et qui a disparu depuis les années 1980. Un retour avec de nouvelles visions sur ce théâtre va certainement révolutionner l’art dramatique togolais.

Le dramaturge Frédéric Gakpara l’a essayé avec sa pièce «La Charcuterie de la République», avec plus ou moins de réussite et certainement beaucoup d’embrouille sur le concept. La compagnie Louxor du dramaturge et metteur en scène Alfa Ramsès l’a également essayé avec la pièce «Mon cancer aux tropiques», dont la mise en scène se veut un patchwork du théâtre moderne et du concert-party. Même si la mise en scène reste à perfectionner sur quelques aspects, il faut souligner que c’est peut-être là-bas que doivent se poursuivre les recherches.

Un théâtre sous perfusion

Il reste une chose, ce théâtre a toujours évolué en dehors des institutions étatiques et vit sur le budget culturel du ministère des Affaires étrangères de France. Il faut maintenant que l’Etat s’implique activement dans la vie culturelle et pourquoi pas en créant un théâtre national.

Kassa K.

 
 
 

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