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Hebdomadaire Togolais d'Informations et d'analyses

16 Déc 2006

 
[ 50: du 15 Déc 2006]  
Proportionnelle de liste à la plus forte moyenne en 2007 : Mieux comprendre le mode de scrutin adopté

Jusqu’ici, il était question des modalités d’organisation des législatives anticipées relatives à la répartition des voix émises par l’électorat pour attribuer les 81 sièges aux futurs élus. «La préférence a été donnée au scrutin proportionnel de liste à la pus forte moyenne». C’est l’annonce du conseil des ministres de la semaine dernière pour respecter l’option laissée à l’exécutif par l’Accord Politique Global (APG). Véritable test majeur –ce mode n’ayant jamais été expérimenté ici– qui recommande expertise et vigilance des partis qui ne s’y sont jamais essayés. Au regard des calculs de chambre qui sont faits après le plein exercice de leur droit de vote par les électeurs. Et surtout après le dépouillement. Par le passé, on est habitué à reconnaître ipso facto les élus à l’instant d’après le décompte des voix.

La représentation proportionnelle est un scrutin de liste dans lequel les sièges sont attribués aux différents partis en proportion du nombre de voix qu’ils ont obtenu. Ces sièges sont ainsi partagés directement en un seul tour. Contrairement au scrutin de liste majoritaire où la liste arrivée en tête emporte tous les sièges de la circonscription.

Le scrutin à la plus forte moyenne, qui sera appliquée en 2007, fait intervenir le quotient électoral, l’un des deux systèmes de la représentation proportionnelle (avec le système du diviseur), et ne néglige point de prendre en compte l’utilité des restes.

Prenons un exemple imaginaire calculé au Togo. Le quotient électoral est obtenu en divisant le nombre de suffrages exprimés (différence entre les votants et les bulletins blancs ou nuls) par le nombre de sièges à pourvoir dans la préfecture et non la circonscription de quartier. Comme à l’accoutumée. Aux termes de l’APG, le gouvernement d’union devra opter entre le «scrutin proportionnel de liste à la plus forte moyenne ou au plus fort reste, avec la préfecture comme circonscription électorale, ou le scrutin uninominal majoritaire à deux (2) tours».

Avec 100.000 suffrages exprimés et 5 sièges à pourvoir. Le quotient électoral donne 20.000 et, ici, l’attribution des sièges se fait en deux temps.

Premier temps : on attribue un siège à chaque parti chaque fois qu’il a obtenu le quotient électoral. Chaque liste correspond à un parti politique.

Liste A. 45.000 voix donc 2 x 20.000 : 2 sièges ; reste 5.000 voix

Liste B. 35.000 voix donc 1 x 20.000 : 1 siège ; reste 15.000 voix

Liste C. 14.000 voix donc 0 x 20.000 : 0 siège ; reste 14.000 voix

Liste D. 6.000 voix donc 0 x 20.000 : 0 siège ; reste 6.000 voix.

BILAN : 100.000 voix décomptées ; seuls 3 sièges sur 5 ont été pourvus. Comment pourvoir les 2 autres ? Avec les restes de voix.

Deuxième temps : on attribue les restes. Et pour choisir à qui les attribuer, on utilise la méthode de la plus forte moyenne. Ici, on ajoute toujours un siège fictif à chaque liste pour voir quelle moyenne elle aurait avec un siège de plus. Ainsi, on attribue, un à un, les sièges restants à la plus forte moyenne, par ordre décroissant.

Liste A. 45.000 voix : 2 + (1) = 3 Moyenne = 45.000 / 3 = 15.000 ; 2 + 1 = 3

Liste B. 35.000 voix : 1 + (1) = 2 Moyenne = 35.000 / 2 = 17.500 ; 1 + 1 = 2

Liste C. 14.000 voix : 0 + (1) = 1 Moyenne = 14.000 / 1 = 14.000 ; 0 + 0 = 0

Liste D. 6.000 voix : 0 + (1) = 1 Moyenne = 6.000 / 1 = 6.000 ; 0 + 0 = 0.

Au finish, sur un total de 100.000 voix exprimées dans la préfecture et 5 sièges à pourvoir, la liste A obtient 3 sièges alors que la liste B a 2 sièges.

C’est le retour aux leçons de mathématiques pour des gens qui en étaient allergiques. Pas tous. Pis est, c’est un véritable défi aux membres de la CENI et aux partis politiques, ces pesanteurs de dehors qui n’acceptent pas souvent de la même manière le fait accompli. Avec les incompréhensions mineures qui pourrissent actuellement la vie de la CENI, il urge que ses membres mesurent déjà l’ampleur de la tâche à accomplir. Puisqu’ils sont payés pour cela aux frais du contribuable.

On dit déjà que le calvaire sera plus vécu dans les Commissions électorales locales indépendantes (CELI) où, souvent, dans la précipitation ou par manque de personnes capables, les partis politiques envoient des novices à l’abattoir des élections. Aussi faut-il commencer par enseigner aux délégués potentiels. Qu’à cela ne tienne, la base des militants doit aussi s’internaliser cette nouvelle méthode de décompte des voix. En attendant de réclamer allègrement son statut de favori ou de parti politique le plus représentatif.

Rappelons qu’avec le scrutin uninominal, chaque bulletin comporte un seul nom et on vote pour un seul candidat. Tandis que le scrutin de liste peut être complète ou incomplète (si elle comporte moins de noms que le nombre de sièges à pourvoir). Il peut y avoir panachage (quand l’électeur peut composer sa propre liste sur son bulletin en choisissant des candidats appartenant à plusieurs listes) ou liste bloquée. Il peut y avoir vote préférentiel (quand l’électeur peut modifier simplement l’ordre des candidats à l’intérieur d’une même liste pour mettre ceux qu’il préfère en tête) ou non.

Sylvestre D.  

Séjour controversé du Gal Tidjani à Bouaké : Un fâcheux incident évité de justesse

L’amitié –et le soutien– que le général Assani Tidjani voue aux rebelles ivoiriens (il ne s’en cache pas) était sur le point de créer des incidents entre le Togo et la Côte d’Ivoire. Il a fallu que la présidence togolaise prenne des mesures pour rassurer la partie ivoirienne.

Le général de division Assani Tidjani a failli créer l’incident diplomatique à éviter entre le Togo et la Côte d’Ivoire où il se trouvait en début du mois. Un officier supérieur d’une armée étrangère en visite privée chez les Forces nouvelles ne peut qu’irriter Laurent Gbagbo et sa suite en ce moment délicat de la situation politique en Côte d’Ivoire. En plus, sans aucune obligation de réserve de militaire, le général Tidjani, très bavard comme à son habitude, livre à un journal ivoirien ses affinités avec les ex-rebelles. L’acte de trop qu’il ne fallait pas, et ce d’autant plus que le Togo, ayant été le premier médiateur dès le déclenchement de la crise ivoirienne en septembre 2002, a tout intérêt à afficher son impartialité.

Mais tel ne semble pas être la conception du général togolais. «Je veux juste témoigner de mon amitié, de mon affinité vis-à-vis de mes frères des Forces nouvelles…», avait-il confié au quotidien ivoirien «Nord-Sud» du 2 décembre. Il affirme s’être régulièrement rendu à Bouaké ces six derniers mois. Et qu’il avait déjà passé des nuits dans ce bled, alors qu’il était ministre de la Défense, au moment où feu Eyadema se débattait comme un beau diable pour dénouer la crise ivoirienne en décembre 2002. Le drame, c’est que le général Assani Tidjani, même s’il soutient être à Bouaké à titre privé, y est au moment où se tenait un séminaire de restructuration des Forces Nouvelles. Logiquement, on doit tirer la conclusion qu’il venait mettre ses compétences militaires au service d’un groupe armé qui a créé une situation de crise en Côte d’Ivoire. Et très vite, son nom est cité par un autre confrère ivoirien, «Le Temps», comme proche d’un réseau destiné à renverser le président Gbagbo.

«Une société basée au port de Lomé convoierait régulièrement du matériel de mobilité et des armes aux rebelles ivoiriens via le Nord du Togo, grâce à la collaboration diligente d’une dame bien connue du Général Assani Tidjani et avec la complicité de M. Yendoubé, un Togolais travaillant dans la communication», écrit «Le Temps» cité par notre confrère Forum de la Semaine. Cela fait trop pour le Général Tidjani seul. Et il y a de quoi irriter Laurent Gbagbo par la présence régulière de l’officier supérieur togolais en zone rebelle. Fut-il de 2è section. A peine toutes ces informations sont réunies sur notre général à la retraite que les Forces de défense et de sécurité (FDS, loyalistes) de Côte d’Ivoire ont dénoncé, mardi à la télévision, un projet de «coup d’Etat» imminent contre le président Gbagbo qui «fait peser des risques éminemment graves» sur le pays.

Il urgeait que le Togo fasse une action d’apaisement et rassure Abidjan de son attachement à une résolution pacifique de la crise ivoirienne. C’est ce que l’on doit comprendre par la décision du Haut commandement militaire de sanctionner Assani Tidjani. Et surtout le séjour précipité à Abidjan d’une forte délégation composée du ministre Kpatcha Gnassingbé de la Défense et des Anciens Combattants et des Généraux Gnofame et Nandja.

On peut comprendre que la diplomatie n’est pas le fort du militaire. Mais lorsque les maladresses s’apparentent à la provocation… et tendent à saboter la mémoire de feu Eyadema qui s’était beaucoup donné pour la réunification de la Côte d’Ivoire, elles doivent être sévèrement sanctionnées.

Le général Tidjani a certainement oublié que c’est sous son autorité que le premier contingent togolais avait été envoyé en Côte d’Ivoire. On ose croire que ce n’était pas pour aller appuyer les Forces Nouvelles. En affichant son affinité aux ex-rebelles ivoiriens, il met ainsi en danger la vie de militaires et de ressortissants togolais en Côte d’Ivoire, pour qui connaît la réaction des jeunes «Patriotes » de Laurent Gbagbo. Le Togo a suffisamment de soucis pour prendre le risque d’en rajouter. Qu’a-t-il à foutre avec ces jeunes, aujourd’hui pourri de sous, si ce n’est… ?

Late Pater

 
Législatives 2007 : Le Gouvernement privilégie la justice électorale

C’est un processus à double tranchant lors des prochaines législatives. Les grands partis passeront. Néanmoins, les petits partis sérieux auront leur carte à jouer. Encore qu’ils arrivent à se tailler la moyenne de l’électorat.

A y voir de près, sur le principe, le scrutin proportionnel de liste à la plus forte moyenne défavorise les petits partis, mieux, les partis insuffisamment organisés ou implantés. Mais le fondement théorique de ce choix est un argument de justice car il –seul– permet de représenter le pays selon toutes les nuances qu’il comporte. Il pose finalement une empreinte indélébile sur les résultats des élections, le système des partis politiques et la stabilité gouvernementale.

La représentation proportionnelle est beaucoup plus juste en ce qu’elle donne une image plus fidèle de l’opinion en assurant aux électeurs l’égalité de leurs suffrages. Même si elle ne permet pas toujours la représentation des petits partis. Alors que le mode majoritaire déforme cette représentation des citoyens pour favoriser très nettement le parti ou l’alliance de partis arrivés en tête, en consacrant une minorité d’électeurs. Il nuit ainsi à la diversité de la représentation politique. En cas de scrutin majoritaire à un tour, les électeurs ont intérêt à voter tout de suite pour le parti qui a le plus de chances de l’emporter. Avec deux tours, il permet de voter au premier tour pour le candidat ou la liste qui est le plus proche de ses opinions. Mais avant le second tour, des alliances sont conclues pour pouvoir l’emporter.

La proportionnelle aide à la diversité de la représentation politique et permet de voter pour des personnes plus proches de ses idées. Même si l’on ne peut évidemment jamais être d’accord sur tout avec un candidat. Ainsi, elle tend à l’éclatement de la classe politique, au multipartisme. La représentation proportionnelle favorise les grands partis politiques tandis que le système du plus fort reste sourit aux petits partis.

En outre, l’influence des partis sur les candidats et sur la vie politique est plus grande avec la représentation proportionnelle puisque ce sont les partis qui élaborent les listes électorales. Alors que le scrutin majoritaire uninominal permet la personnalisation des élections. La responsabilité personnelle des élus est plus grande avec le scrutin majoritaire.

Dans une autre mesure, la formule majoritaire accentue la stabilité gouvernementale dans les régimes parlementaires car la majorité mécanique a les moyens de conduire la politique de la nation. La majorité à l’assemblée qui choisit le Gouvernement soutient celui-ci pendant toute la durée d’une législature pour voter les lois. Au contraire, la proportionnelle conduit à un parlement divisé entre de nombreux partis. Il faudra nécessairement qu’il y ait une coalition de partis pour qu’une majorité se forme afin de voter les lois. Le système accentue du coup la démocratie de compromis ou de consensus.

En réalité, la représentation proportionnelle devient le plus injuste des modes de scrutin en ce qu’il facilite des coalitions après l’élection qui se fait à un tour, en dehors du contrôle de l’électeur. Celui-ci doit accepter les noms qui lui sont proposés car si on l’autorisait à les remplacer par d’autres, on irait à l’encontre de l’idée même de la proportionnelle qui est de faire de l’élection un débat entre doctrines et non une lutte entre des hommes.

Kossiwa T.

Musique : Le Togolais qui fait chanter la France

Brice Kapel est musicien togolais en France. Inconnu du public togolais, il fait pourtant la joie des foyers en France, et est certainement l’un des rares Togolais à savoir chanter et à produire une musique originale depuis Bella Bellow. Produit par Vivendi Universal, l’un des plus grands majors du monde, c’est un premier album, «Coloricocola» qui le révèle au public parisien, en fait aux enfants parisiens, avant que les parents ne finissent par tomber eux aussi sous le charme de ce Peter Gabriel doublé d’un James Brown. Car, Brice Kapel fait de la musique pour enfants mais que raffolent aussi les adultes.

Cette prouesse est le résultat d’un cheminement artistique long et difficile qui fait des chansons où fraternisent les mots français, anglais et mina dans un gai mélange « world », rock, pop, reggae et folklore togolais. Poétiques, tendres et drôles, ses compositions excitent et libèrent l’imaginaire des enfants, sollicitent leurs rêves, et leur ouvre un autre monde.

Son vœu est de rassembler via sa musique et ses prestations scéniques, enfants, parents et grands-parents avec la volonté de provoquer une communion entre les trois générations, de susciter un plaisir commun, un partage. Avec lui, on sait désormais que la world music n’est pas réservée qu’aux grands. Les titres «les lacets» et «les gosses avec les clés» abordent les difficultés et les peines de la vie pour un enfant tandis que «percussions», «avions de papier» parlent de leurs joies et autres.

Auteur, compositeur, Brice Kapel est un excellent parolier qui fait un travail profond sur la langue. Explorant à merveille les légendes bretonnes et togolaises, on sent chez lui une grande maîtrise de la langue et des mythologies. Imprégné de culture française et bretonne, il n’hésite pas à faire appel au répertoire guin de son origine, faisant un patchwork musical inexistant dans la bibliothèque multimédia nationale. « Nagan », « toutou » et « lo » parlent de ses souvenirs de son enfance marquée par les messes-fêtes dominicales, les cantiques à la mode africaine, et par la forte présence de Nagan, sa grand-mère maternelle, une chanteuse de berceuse.

S’il est excellent musicien, Brice Kapel est aussi une bête de scène qui n’a pas son pareil au Togo. Seul, peut-être, Jimmy Hope, peut lui disputer cette présence sur scène. Bête de scène, il est aussi un magicien de scène ayant un art extraordinaire de la mise en scène, avec une maîtrise du jeu des enfants et les enfants répondent d’ailleurs à ses appels comme un seul homme. Jeux du cirque, du cinéma et du théâtre, Brice Kapel met les salles debout, enfants et parents réunis. Emballé, le journaliste français de la Dépêche du Midi, écrit : «On connaissait M. 100.000 volts à la James Brown, voici M. 100.000 volts version mômes.» Car, admirateur de la belle image du cirque, Brice Kapel est tout simplement de l’énergie à l’état pur qui vous sort de grands gestes athlétiques et acrobatiques sur scènes et crée exprès un univers bien à lui.

Long chemin

Brice est né au Togo dans une famille de huit enfants. En 1970, la famille s’expatrie en France. Là-bas, malgré ses talents de football, il se fait remarquer par ses dons pour la musique. A 19 ans, il part pour les USA où il étudie le chant et diverses techniques au «Musical Institute of Technology» de Los Angeles, tout en étant mannequin pour payer ses études.

De retour en France, plein d’enthousiasme, il commence à faire des premières parties que refusent les producteurs qui jugent sa musique mal adaptée au «show biz». Mais il fait confiance en son art, et croit en son heure en continuant de travailler inlassablement, et à se produire en public. Malgré cela, tout va de mal en pis pour l’artiste, même après une tournée universitaire aux Etats-Unis en 1990.

En 1992, un événement fondamental va se passer dans sa vie avec la naissance de son fils Charly pour lui donner un nouveau sens et lui impulser une dynamique nouvelle. Indépendant, il continue à faire de la musique et à se produire devant le public, histoire de vérifier qu’il se passe quelque chose. Surveillant dans un lycée, il observe l’univers des enfants et des ados, ce qui va l’amener à son activité de « musicien intervenant» et à l’heureux aboutissement de ses chansons aujourd’hui. Il conçoit donc un vrai spectacle, comme cet homme de scène les aime et signe parallèlement un album au ton neuf et multicolore : «coloricocola».

Kassa K.

 
 
 

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