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L'Union

11 Déc 2006

[ 49: du 8 Déc 2006]  
Blocage à la CENI : Le facilitateur officiellement saisi

En début de semaine, le Premier ministre Yawovi Madji Agboyibo rendait public un communiqué sur la rencontre entre lui et la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Le texte ressort les difficultés qui bloquent, depuis trois semaines, les travaux de l'institution chargée de l'organisation et de la supervision des législatives prochaines de 2007.
Selon une source bien informée, "on a déjà transmis au facilitateur le document des deux points de blocage" qui font traîner les pas à la bande à Potopéré Tozim, le président de la CENI. Résolument divisés sur les modalités du recensement électoral adéquat et la confection des cartes d'électeurs "infalsifiables et sécurisées", les membres n'en peuvent plus d'attendre. Deux courants s'opposent :

- le premier propose la procédure suivante : préparation et déploiement du matériel de recensement ; recensement dans les bureaux de vote ; saisie des listes provisoires à la CENI ; personnalisation des cartes d'électeurs à la CENI ; distribution des cartes dans les bureaux de vote ; élaboration du fichier électoral ; édition des listes d'émargement

- le deuxième soutient la préparation et le déploiement du matériel de recensement ; l'enregistrement des électeurs, la saisie des noms et la délivrance  immédiate des cartes numérisées avec photo dans les centres de vote ; l'élaboration du fichier électoral et l'édition des listes d'émargement.

Si les parties siégeant à la CENI ont pu sauvegarder jusqu'ici le consensus de la divergence, c'est qu'il y a problème au niveau du mode de prise de décision. Dans la lettre de l'Accord politique global (APG), le "Règlement Intérieur destiné à régir le fonctionnement de la CENI privilégiera le consensus dans la prise de décisions". Un mode de travail que décriaient quelques observateurs qui connaissent bien l'attitude scabreuse des leaders politiques togolais. Des politiques qui signent en bonne et due forme un accord tout en pensant déjà aux méthodes de blocage voire aux différentes interprétations que cela peut engendrer. Et se résigner à les résoudre. "Les mesures prévues par l'APG en vue de sécuriser le recensement électoral et la confection des cartes d'électeurs ne sont pas certes d'une application aisée".

Aujourd'hui, il est fait appel au gouvernement. Un vrai paradoxe quand on sait que la CENI et l'exécutif contient les mêmes parties, à une exception près. Par quelle alchimie ce qui n'est pas convenu chez la première peut l'être facilement chez le second ? La première réponse du gouvernement- sujette à polémiques -remet la pression sur la CENI qui doit se dépasser pour trouver le bout du tunnel par elle-même. C'est ici que revient la lancinante problématique : "que peut faire un facilitateur devant l'entêtement des parties prenantes?".

Au niveau du gouvernement, on a longtemps écarté l'hypothèse d'un facilitateur qui ne peut rien imposer, tout en gardant espoir que "dans les jours à venir, une solution sera trouvée". Rappelons que l'équipe de Yawovi Agboyibo recommande à la CENI de prendre des "dispositions susceptibles de sauvegarder, au jour du scrutin, la précaution visant à assurer par la photo ou une mesure alternative équivalente que la personne qui se présente dans un bureau de vote avec une carte d'électeur en est bien le titulaire". Sur la seconde divergence, la CENI a été renvoyée à ses balades. "Toute décision de nature à affecter le caractère transparent et démocratique du processus électoral doit être prise par consensus".

Pate  Later

 
De l’irresponsabilité à haute dose : La délinquance routière a tué une adolescente hier après-midi

La rue vient de tuer une fois de plus. L’horrible scène irresponsable s’est déroulée hier aux environs de 16 heures, sur le boulevard du Mono à la hauteur de Veronica Guest House. Une voiture Golf, roulant à tombeau ouvert, a renversé une jeune fille d’à peine treize ans qui rendit l’âme sur le champ. Après l’accident, l’occupant de l’automobile, un homme de race blanche (dont nous ignorons la nationalité) – visiblement l’un de ces «hommes d’affaires puissants» du Port autonome de Lomé –, prit le temps de sortir de la voiture et, lorsqu’il s’est aperçu qu’il venait de tuer une pauvre togolaise, reprend rapidement son volant pour prendre la direction du centre ville. Abandonnant le corps sans vie. Spontanément, les riverains sont accourus et identifient la victime dont les parents opèrent régulièrement le long de la plage. Près d’une dizaine de minutes plus tard, la police s’est transportée sur les lieux et emporte le corps à l’aide d’un taxi  qui roulait par-là.

Aux dernières nouvelles, un autre usager roulant dans le même sens et qui a dû suivre la scène par-devant, s’est lancé à la poursuite du criminel indélicat et l’a rattrapé au niveau des feux tricolores de l’intersection du château d’eau de Bè. Pour l’heure, nos recoupements n’ont pas permis de savoir si le coupable a été conduit dans une unité de police.

Le drame, c’est qu’on ne peut pas comprendre que, sur une voie urbaine (qui n’est point une autoroute) contiguë à des habitations, des gens se permettent de rouler à vive allure. De quoi éviter l’imprudence de quelques riverains.

C’est ce que l’autre appelle la délinquance routière à l’occasion du panel de discussions organisé par le barreau du Togo en collaboration avec le comité des assureurs. Ce carrefour d’échanges s’inscrit dans le cadre de l’anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme et porte sur le thème : «Sécurité routière, droits et libertés individuels».

Note de Lecture : La Malédiction

Roman, Alexandre Pothin Agbétrobu, Editions Ibès Création, août 2006, France. Prix : 16 euros : Alexandre Pothin Agbetrobou est un écrivain togolais vivant en France depuis 1979 et inconnu du public de son pays et peut-être d’ailleurs. La Malédiction est son second roman, après un autre roman publié, on ne s’en doute pas, en Algérie par les Editions El Watan!

Voici un roman qui laisse perplexe le lecteur, du début jusqu’à la fin, plein d’interrogations sans réponse. La première question qui vient à l’esprit quelques pages passées est sur quoi repose l’ambition romanesque de l’auteur et quel est son but ?

L’action se déroule en pays Malinké ou mandingue mais les noms des personnages ressemblent fort à des noms Ewé. Ce qui amène à se demander pourquoi l’auteur dresse-t-il une fausse piste si évidente. Le roman relate l’histoire d’un jeune homme, Yaovi, débarqué un jour dans un village avec pour seul patrimoine qu’une boule de drap contenant ses affaires suspendues dans le dos. Le jeune homme s’en va chez le chef du village et se voit attribuer une parcelle de terres cultivables sur une colline. Les habitants ne revoient le héros énigmatique que pendant les cérémonies funéraires du chef bienfaiteur. Amoureux de Afi, une belle orpheline, il s’en va quérir fortune dans une ferme agricole d’où il revient rapidement d’ailleurs accusé faussement d’avoir volé un lingot, alors qu’il connaît l’auteur du crime qu’il refuse de dénoncer. Il se marie quand même à son amoureuse mais cette dernière meurt d’une maladie mystérieuse qui serait une malédiction des Malinkés, groupe ethnique dont est membre Yaovi, mais après avoir accouché d’une fille qui serait morte elle aussi de façon mystérieuse après une grossesse énigmatique.

Grosso modo les mystères s’enchaînent incompréhensibles et l’auteur n’éclaire pas pour autant le lecteur. Tout un halo de mystères entoure les événements et les personnages. Qui est en réalité Yaovi, le héros ? Difficile d’entrer dans l’histoire et la psychologie du personnage. Quelle est la quintessence de la malédiction, tant redoutée par les Malinkés et qui décime les proches du héros ?

Des ambiguïtés que l’auteur n’a pas voulu éclaircir peut-être par parti pris. Par exemple, la cérémonie funéraire ambivalente du chef du village semble bizarroïde où l’on voit ensemble un prêtre coutumier et un père catholique officier successivement mais ensemble. Est-ce de l’œcuménisme entre animisme et religion chrétienne que prône l’auteur où s’agit-il tout simplement d’une légèreté ?

Ancien séminariste, l’auteur a fait le choix d’imprégner certains de ses personnages de religiosité. Comme par exemple, le héros à qui la vie n’aurait jamais rien offert, un damné de la terre qui semble supporter « sa malédiction» avec stoïcisme. Est-ce pour cela qu’il se veut taciturne et mène une vie d’ascète ? Mais ailleurs, on constate qu’il peut être épicurien. Son refus de dénoncer l’auteur du vol peut-il être interpréter comme un sentiment de porter la croix d’un autre comme Jésus-Christ et accomplir lui aussi ses chemins de croix ? Est-ce l’Afrique partagée entre christianisme et animisme ?

Tant de pistes et de questions restent inachevées et sans réponses, au point qu’à la fin on se demande quel est alors le sujet du roman. Le lecteur reste sur sa faim.

Finalement, il semble que l’auteur a manqué de moyen pour restituer la quintessence littéraire de son histoire par trop linéaire. De bout en bout, est perceptible l’ambition de l’auteur de faire un patchwork du Gouverneur de la Rosée de Jacques Roumains, de l’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane ou du Doguicimi de Paul Hazoumé, mais la mayonnaise n’a pas pris.  En définitive, ce roman qui se voulait peut-être philosophique et pouvait en être un bon reste très moyen, avec une écriture dépourvue d’ambitions.

Kassa K.

 
 
 

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