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Interview exclusive Gilbert Bawara :
Gérer convenablement les fonds de l’UE
Avec sa double casquette de Ministre de la
Coopération et d’ordonnateur principal des fonds
alloués par l’U.E., Gilbert Bawara est resté depuis
son entrée au gouvernement au coeur des discussions
ayant permis le dégel des relations entre le Togo et
ses principaux partenaires au développement. Sur
insistance de l’Union, il revient ici sur la réalité
de la situation de partenariat et la destination
primordiale des fonds récemment décaissés par
Bruxelles.
Monsieur le Ministre, l’UE vient de notifier
officiellement la reprise de sa coopération
intégrale avec notre pays, estimant que les
engagements pris par le Togo le 14 avril 2004 ont
été remplis. Y a-t-il d’autres paramètres au-delà
des 22 engagements qui ont favorisé ce déclic ?
Gilbert Bawara –
Il conviendrait de replacer les 22 engagements dans
leur contexte. Dès le lendemain de l’élection
présidentielle de juin 2003, le Père de la Nation,
Feu Gnassingbé Eyadema avait manifesté son souci
d’œuvrer à la reprise de la coopération avec l’Union
européenne. Ce sont ses initiatives qui ont permis
de renouer le dialogue avec la Commission européenne
et de parvenir, en avril 2004, aux 22 engagements.
Comme vous le savez, de son vivant, il avait tenté
de renouer les fils du dialogue et avait entamé les
réformes prescrites par Bruxelles. Le destin n’a pas
voulu qu’il puisse parachever son œuvre, hélas !
Il
est vrai que les choses ont connu un tout autre
tournant avec l’élection du Président Faure
Gnassingbé qui a fait de la mise en œuvre rapide et
harmonieuse des 22 engagements l’axe majeur de son
action. Tous les efforts qu’il a déployés à cette
fin ne relevait pas d’une tactique pour appâter les
bailleurs de fonds ou s’attirer la sympathie de la
communauté internationale. Comme il le fait
aujourd’hui, les efforts de renforcement des droits
de l’homme, l’édification d’une démocratie apaisée,
la consolidation de l’Etat de droit et le respect
des règles de bonne gouvernance qui sont au cœur du
dialogue entre l’Union européenne et les ACP,
procèdent d’une conviction sincère et profonde et du
souci de rassembler toutes les bonnes volontés,
au-delà des carcans partisans, pour assurer la
réconciliation nationale, la cohésion du peuple et
le redressement économique et social.
C’est sans doute cette touche personnelle et cette
innovation audacieuse du Président Faure qui ont
accéléré le mouvement de retour des partenaires et
la reprise de la coopération.
En
particulier, dès lors que les élections législatives
viennent d’avoir lieu, et qu’elles se sont déroulées
à la satisfaction des Togolais, et en conformité
avec les hautes normes internationales en matière
d’élections libres, démocratiques et transparentes,
il était normal que l’Union européenne décide de
reprendre entièrement sa coopération. J’ajouterais
qu’il faut constater une innovation importante dans
l’ensemble du processus politique et électoral
entamé depuis 2005. Le dialogue politique a eu lieu
avec la participation de toutes les forces
politiques et sociales les plus significatives et en
présence d’un représentant de l’Union européenne. De
même, l’Union, européenne a été étroitement associée
aux travaux du Comité de Suivi de l’APG, sous la
conduite du Facilitateur. C’est dire qu’au cours de
tout ce processus – dialogue politique, préparation
des élections - nous avons travaillé dans un esprit
de concertation et de consensus entre Togolais et
dans une optique de partenariat avec l’Union
européenne.
Cependant, le chef de la délégation de la Commission
européenne au Togo, Filiberto Sebregondi, parlant
justement de cette reprise, a ajouté que l’UE
maintient un dialogue politique avec les autorités
togolaises. Est-ce une conditionnalité de plus ?
Non, merci de me donner l’opportunité de clarifier
et préciser la déclaration de l’Ambassadeur
Sebregondi. L’Accord de partenariat de Cotonou
prévoit en temps normal, que l’Union européenne et
les interlocuteurs des ACP maintiennent un dialogue
continue et confiant sur les différents sujets de
coopération, conformément aux articles 8 et 13. Il
s’agit donc d’un dialogue normal, sans aucune
contrainte et sans exigence particulière portant sur
les valeurs et principes qui sont au cœur de ce
partenariat. Il va de soi que pour continuer à
édifier l’Etat de droit, consolider la démocratie,
renforcer les droits de l’homme et veiller au
respect des principes de bonne gouvernance, les deux
parties ont besoin de maintenir un dialogue
permanent sur les engagements mutuels contractés, ce
qui permet notamment de veiller au bon usage des
ressources mises à la disposition des ACP et
d’évoquer les sujets de préoccupations des ACP,
comme c’est la cas aujourd’hui concernant les Accord
de Partenariat Economique (APE).
C’est dans cet esprit que s’entend le dialogue dont
l’Ambassadeur Sebregondi a fait mention à l’issue de
son audience avec le Président de la République.
Techniquement, comment le Togo, en termes de
procédures, arrivera-t-il à obtenir les milliards de
francs Cfa de l’UE dont on parle tant ?
La
coopération entre les ACP et l’Union européenne – et
donc entre le Togo et l’UE – est guidée par un
certain nombre de procédures et de règles qui ont
été définies de commun accord, notamment dans
l’Accord de Cotonou. A ce jour, nous avons déjà
signé plusieurs conventions de financement, qui
portent sur les différents reliquats des FED
précédents (6ème,
7ème et
9ème FED).
Comment cela se passe concrètement ? Nous dialoguons
justement en permanence avec la Commission
européenne pour s’accorder sur les projets
prioritaires et les secteurs de concentration, puis
il s’en suit un processus d’élaboration des projets
et des Conventions de financement soumis à
l’approbation des services de Bruxelles. Le reste
est une question de mise en œuvre et de contrôle sur
la bonne exécution des projets. Voilà ce qui s’est
passé pour les différents reliquats dont nous avons
signé les conventions de financement.
Pour le 10ème FED,
c’est le même exercice : nous avons déjà travaillé
avec nos partenaires de l’Union européenne pour
préparer le Programme indicatif national (PIN),
conforme à la stratégie et aux priorités du Togo et
en cohérence avec le Document intérimaire de
Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté (DiSRP)
et les Objectifs du Millénaires pour le
Développement (OMD). La coopération étant reprise de
manière pleine et entière, notre pays accèdera au 10e FED
dans les mêmes conditions que les autres Etats ACP.
Le
Programme indicatif national est un document
concerté, élaboré conjointement entre l’Union
européenne et le Togo, impliquant naturellement tous
les différents ministères les plus impliqués et
conçu dans un esprit d’harmonie et de concertation
avec l’ensemble des partenaires au développement.
Aujourd’hui, nous avons retenus quelques secteurs
prioritaires : l’amélioration de la gouvernance
économique et de la bonne gestion des fiances
publiques, la mise en place des
infrastructures routières (pendant les années de
rupture de coopération, les infrastructures,
notamment routières, la santé, l’éducation et même
le secteur des ressources humaines se sont
considérablement dégradées), le renforcement des
projets conçus dans le cadre des reliquats des FED
précédents (Projet d’aménagement urbain, appui
institutionnel) et le soutien aux organisations de
la société civile, au renforcement des libertés
publiques et à la démocratie.
Je
dois dire que pour le moment, le Togo ne bénéficie
pas encore de l’aide budgétaire de l’Union
européenne, qui est en partie liée à nos arriérés
auprès de la Banque Européenne d’Investissement (BEI)
et aux démarches en cours avec les institutions de
Bretton Woods. Cela signifie que les ressources de
l’Union européenne ne vont pas dans les caisses de
l’Etat, elles sont gérées conjointement par l’Union
européenne et nous-mêmes en tant qu’ordonnateur
national conformément à un certain nombre de règles
et de procédures très strictes. Voilà à peu près
comment cela fonctionne.
Quels sont à court terme les chantiers prioritaires
liés à cette reprise ?
Ils sont au nombre de quatre ou cinq. Le premier
chantier prioritaire est celui que le président de
la République a lui-même lancé au mois d’août 2005,
qui concerne le programme de réforme et de
modernisation de la justice, qui accueillira un
montant d’environ 8 millions d’euros. Le deuxième
secteur, c’est l’appui institutionnel. Comme je le
disais tantôt, pendant les quatorze ou quinze années
de suspension de la coopération, le Togo n’a pas eu
suffisamment de ressources financières pour
continuer à recruter et former les compétences.
Donc, il se fait que pour gérer l’Etat, pour
relancer la machine économique, pour redresser le
pays, il faut disposer de ressources humaines
compétentes et de certaines expertises. Un projet
d’environ 8 millions d’euros également va permettre
de renforcer les capacités et les compétences,
notamment de certains ministères clés (Finances,
Economie, Commerce et Industrie, Coopération), mais
également de la Haute autorité de l’audiovisuel et
de la communication et de la nouvelle Assemblée
Nationale, pour que l’Hémicycle et les nouveaux
députés puissent s’appuyer sur des assistants
parlementaires pour les aider à s’acquitter de leur
travail de contrôle de l’action gouvernementale et
d’élaboration et d’adoption des lois.
Un
autre secteur très important est le projet
d’aménagement urbain de 18 millions d’euros, qui va
permettre à la fois l’assainissement et le pavage,
non seulement à Lomé mais également dans d’autres
villes dans les cinq régions du pays.
A
côté de tous ces projets d’ampleur significative, il
convient de mentionner différents programmes dans le
domaine de l’agriculture et de l’amélioration des
conditions de vie des paysans (pistes rurales, appui
aux producteurs de coton, hydraulique villageoise,
etc.) ainsi que le Programme pluriannuel de micro
réalisations, sans oublier le renforcement des
conditions et des structures d’accueil et
réinsertion des réfugiés et des personnes déplacées.
CAN 2008 : Gapké et Boukary disent non au Bénin
Quelques jours après la publication d'une liste de
trente joueurs convoqués par l'encadrement technique
des Ecureuils du Bénin, les Franco-togolais Serge
Gakpé et Razak Boukary démentent avoir donné leur
accord pour jouer pour le Bénin. Ils l’ont dit sur
le site de leur club respectif.
Quelques jours après la publication d'une
liste de trente joueurs convoqués par l'encadrement
technique des Ecureuils du Bénin, les
Franco-togolais Serge Gakpé et Razak Boukary
démentent avoir donné leur accord pour jouer pour le
Bénin. Ils l’ont dit sur le site de leur club
respectif.
Gakpé : " Ce sera le Togo "
L'attaquant de l'AS Monaco (L1 française), Serge
Gakpé (20 ans), a démenti être entré en contact avec
la Fédération béninoise de football (FBF) pour
disputer la phase finale de la 26ème édition de la
Coupe d'Afrique des nations (CAN), prévue du 20
janvier au 10 février 2008 au Ghana.
"
On m'interroge sur le sujet (intégration dans
l'équipe nationale du Bénin) depuis quelques jours
mais c'est totalement faux. Je n'ai jamais contacté
la fédération béninoise pour disputer la CAN ",
a-t-il déclaré sur le site Internet du club de la
Principauté.
"
En plus, je suis d'origine togolaise et il est clair
que si j'opte pour l'Afrique, ce sera le Togo ",
poursuit Gakpé, indiquant que avoir été contacté par
la Fédération togolaise de football (FTF).
"
Mais, pour l'instant, je joue pour l'équipe de
France Espoirs. La France, c'est tentant, mais le
Togo, ce serait le choix du cœur ",
explique-t-il, précisant que " c'est une grosse
décision à prendre, je vais prendre mon temps et
faire le meilleur choix".
Boukary : " Je reste Togolais "
Mardi déjà, c'est Razak Boukary qui réagissait
également sur le sujet sur le site Internet de
Racing Club de Lens, indiquant n'avoir pas eu des
contacts avec l'encadrement des Ecureuils du Bénin.
"
Je n'étais même pas au courant que j'avais été
sélectionné par le Bénin. On m'a dit que la
fédération a fait une liste dans laquelle mon nom
est cité... Je n'ai eu aucun contact, ni de coup de
fil, ni de messages. Ca me fait plutôt sourire !...
J'ai donc apparemment reçu une convocation pour
aller jouer avec le Bénin. Je suis Togolais, je ne
savais pas que j'étais Béninois... J'en ai parlé à
mon père qui fut très étonné ! Il doit sûrement y
avoir une personne de ma famille qui est ou était
béninoise. La fédération a dû trouver un lien comme
ça, et a pensé que je pouvais jouer avec le Bénin.
Je ne suis pas Béninois. Je reste Togolais ! J'ai
refusé de partir à la CAN avec le Togo, je ne vais
pas accepter l'invitation du Bénin",
a déclaré le fils de l'ancien international togolais
Sadou Boukary sur le site officiel de son club.
Sadou Boukary, le père de Razak Boukary a
également tenu à démentir l'information. Joint au
téléphone par la Rédaction du Magazine Global Sport,
l'ancien international de l'équipe nationale du Togo
s'est déclaré surpris par l'information et a précisé
que son fils n'est même pas informé qu'il fait
partie d'une liste de joueurs.
Selon Sadou Boukary, il n'y a pas de raison pour que
son fils joue pour le Bénin alors qu'il aurait pu
jouer avec l'équipe nationale du Togo lors de la
dernière Coupe du monde en Allemagne 2006.
L'on se souvient qu'en début des éliminatoires pour
la Coupe d'Afrique des Nations Ghana 2008,
l'encadrement technique de la sélection nationale de
football du Bénin " Les Ecureuils ", alors dirigé
par le Français Didier Notheaux avait courtisé le
Franco-togolais qui avait indiqué " qu'il
ignorait qu'il est aussi Béninois ".
Serge Akakpo et Irelé Apo également pistés
Razak Boukary et Serge Gapké ne sont pas les seuls
Franco-togolais à qui le staff technique béninois
fait la cours. Sur la liste des trente joueurs
détectés, deux autres togolais sont pistés : il
s'agit de Serge Akakpo et de Apo Irelé tous deux de
l'AJ Auxerre.
"
Mais on doute fort que ces joueurs aient pu donner
un quelconque accord pour jouer pour le Bénin.
Disons plutôt que cela s'apparente à un coup
médiatique destiné à faire croire que les Togolais
préfèrent jouer pour le Bénin que leur pays
d'origine. Dans tous les cas on connaîtra la vérité
lors du stage des Ecureuils en France ", confie
un observateur.
La
sélection nationale du Bénin effectue du 5 au 12
décembre un stage en France, dans le cadre de la
préparation à la phase finale de la Coupe d'Afrique
des nations 2008 (20 janvier-10 février) au Ghana.
Ce
stage constitue le premier volet d'un programme de
préparation établi par le collège d'entraîneurs
locaux chargé de l'encadrement technique des
"Ecureuils".
" Les joueurs retenus pour ce premier stage vont
ensuite rejoindre
la
Tunisie à la fin du mois puis le Brésil début
janvier pour des stages de mise à niveau ",
a indiqué dimanche un responsable de la Fédération
béninoise de football (FBF).
Le
Bénin va parachever sa préparation pour la CAN-2008
avec un match amical contre le Sénégal, également
qualifié pour la compétition, le 16 janvier à
Ouagadougou.
Gilles Vévey
Une chose est d’engager de
grands travaux, une autre est qu’ils soient bien
exécutés. L’Etat s’est-il désormais doté de
structures de contrôle efficace ?
Je
disais que nous avons un problème de ressources
humaines, cela signifie que, même pour les projets
que nous venons de signer, il se peut que nous ayons
des retards dans la phase d’exécution, parce que
nous voulons les exécuter convenablement, nous
voulons le faire sous contrôle d’experts non
seulement togolais mais également externes et cela
pourrait entraîner un certain retard. Mais, quant à
la qualité des travaux qui seront engagés, le
Président de la République tient à renforcer la
rigueur et le contrôle dans l’exécution des travaux,
notamment en ce qui concerne les infrastructures.
Il
est important que les ressources financières,
qu’elles soient prélevées sur les fonds propres de
l’Etat ou qu’elles proviennent de nos partenaires,
soient gérées convenablement. Il n’est pas
admissible que les travaux soient faits et que
quelques semaines ou mois plus tard, on ait le
sentiment d’un éternel recommencement. Les
ministères impliqués vont travailler en sorte que la
qualité et la solidité des infrastructures et des
projets qui seront engagés puissent être appréciés
par les usagers, à savoir en premier lieu les
Togolais.
Réalisée par
Eric JOHNSON
Culture :
La littérature togolaise existe-t-elle ?
L’écrivain togolais Kossi Efoui avait déclenché la
polémique en 2003 à Bamako lors du Festival
Etonnants Voyageurs en affirmant que la littérature
africaine n’existe pas. On serait tenté de se poser
la question après une autre controverse qui eut lieu
à l’auditorium du Centre culturel français de Lomé
le 22 novembre dernier à l’ouverture de Lire en
Fête. Cette fois-ci, elle est arrivée par
l’entremise de Docteur Martin Gbénouga, enseignant,
chef du département des Lettres modernes de
l’Université de Lomé, qui voulait établir une
comparaison entre les auteurs togolais de la
diaspora et ceux de l’intérieur.
Ce
chef de département fut un ancien journaliste,
rédacteur en chef de la tonitruante « Tribune
Africaine », hebdomadaire proche de l’opposition,
aujourd’hui disparu. Ancien élève de Huénumadji Afan,
il a appris à parler et à revendiquer le droit de
parler, même s’il va dire une bêtise. C’est pour
cela qu’il s’arrogea la parole pendant quarante
minutes pour développer sa thèse de «la mondialitude
des auteurs togolais de la diaspora », alors qu’on
s’entendait à ce qu’il joue plutôt un rôle de
modérateur. Il distingua une littérature du pauvre,
celle de l’intérieur, et une littérature du riche,
celle de la diaspora. La distinction alla même
jusqu’à la titrologie : les titres des romans de la
diaspora seraient un peu fantaisistes
(commerciaux ?) et ne refléteraient pas les
histoires racontées. Exemples : La Polka de Kossi
Efoui (on y danserait pas que cette danse
germano-polonaise), Place des fêtes (il n’y a pas eu
de fêtes !) de Sami Tchak, Cola cola jazz de Kangni
Alem ou Un Reptile par habitant de Théo Ananissoh.
Ces auteurs n’écriraient pas comme des Togolais ou
des Africains, et, si cela se trouve, «je ne me
reconnais pas dans vos livres, vous n’écrivez pas
pour les Africains, vous écrivez pour les Blancs»,
accuse un auditeur.
Pour comprendre, ce qui se passe, les auteurs mis à
l’index font partie de cette génération d’écrivains
qui ont donné une aura internationale à la
littérature togolaise. Avant eux, un auteur togolais
ne dépassait même pas les limites de notre petit
rectangle. Si ceux-la n’existaient pas, la
littérature ne serait tout simplement pas. Il
fallait l’inventer !
Arrivé la veille à Lomé, en provenance de Paris,
Sami Tchak, interloqué, n’entrave que couic à la
scène qui se produit, au point de montrer son
étonnement mâtiné de courroux au Docteur Gbénouga : «venant
de la part d’un universitaire, ce que vous dites est
grave ; je crois que c’est une lecture superficielle»,
rétorque-t-il. «Je comprends que les
universitaires et la critique littéraire doivent
faire leur travail, mais je ne comprends pas
pourquoi on peut vouloir classer un roman à partir
de son titre», dit-il, avant de donner des
exemples d’œuvre d’auteurs où les titres sont assez
évidents pour le lecteur. Il donna ensuite l’exemple
du Béninois Florent Couao-Zotti, écrivain résident
au Bénin et édité par Gallimard, un auteur
mondialement connu, pour réfuter la thèse de la
distinction entre littérature de la diaspora et
littérature produite sur le continent.
Comment est-on arrivé à classer une œuvre selon le
lieu de résidence de l’auteur ou à partir de son
titre, on ne le sait pas. Jusqu’à présent, la
critériologie qui définit la qualité d’une œuvre est
basée sur l’émotion qu’elle suscite auprès du
lecteur, l’intérêt de l’histoire et la façon dont
elle est racontée, ce qui constitue le style et
l’esthétique. C’est pour cela que l’on s’émeut en
lisant Guerre et Paix du Russe Léon
Tolstoï, Les Misérables du Français
Victor Hugo ou
La
Montagne magique
de l’Allemand Thomas Mann.
Comment est-on arrivé à mettre dans la même
catégorie des écrivains aussi disparates et
différents comme Kossi Efoui, Kangni Alem, Sami
Tchak et Théo Ananissoh, on ne le sait pas. Car,
tout Togolais qu’ils sont, ils n’écrivent pas de la
même manière. Le lecteur africain sera surpris de
constater que Sami Tchak est togolais, car l’action
de ses romans se situe en Amérique latine, et son
imaginaire farci de philosophie de boudoir est loin
de constituer celui de Théo Ananissoh, roi du faux
polar, dont l’action des romans se situent en
Afrique et l’imaginaire hanté par la difficulté de
vivre ensemble des Africains, l’absence de
démocratie, la trahison et la misère. A la limite,
pourrait-on dire que Sami Tchak et Théo Ananissoh
écrivent le français, encore que chez le dernier
l’écriture est d’une lenteur classique, loin de
l’érudition que l’on peut trouver dans l’Hermina
de Sami Tchak.
Et
Kangni Alem, auteur du «polar gombo», n’est pas du
tout comparable à son ami Kossi Efoui, disciple de
Lacan, auteur hermétique à souhait. D’un côté, un
adepte d’un genre romanesque qui navigue entre le
roman populaire et la littérature d’élite, de
l’autre, un auteur qui produit du roman
philosophique. La seule comparaison possible se
situerait entre Kossi Efoui et son disciple Edem
Awumey, auteur de Port-Mélo.
En
réalité, ce qu’on reproche aux nouveaux auteurs,
c’est d’être allés puiser à d’autres sources
qu’africaines, et d’avoir préféré écrire autrement
que ce qui s’est fait jusqu’à présent sur le
continent et de vouloir toucher à l’universel.
L’objectif d’un littérateur, c’est une lubie
désintéressée de se donner plaisir et de divertir
l’autre, tout en éveillant chez lui une certaine
émotion. La difficulté, c’est comment atteindre cet
objectif et c’est là que se trouve le but de toute
écriture. Un livre qui ne touche pas le lecteur, est
un échec, et cela n’a rien à voir avec le titre. Ce
n’est pas la faute à Kangni Alem si son prochain
roman n’est pas titré Akakpovi reviendra
mais Le Temps des Caravelles !
Tony Feda |