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L'Union

08 Dec 20077

[ 103 : du 05 Dec 2007  

Interview exclusive Gilbert Bawara : Gérer convenablement les fonds de l’UE
Avec sa double casquette de Ministre de la Coopération et d’ordonnateur principal des fonds alloués par l’U.E., Gilbert Bawara est resté depuis son entrée au gouvernement au coeur des discussions ayant permis le dégel des relations entre le Togo et ses principaux partenaires au développement. Sur insistance de l’Union, il revient ici sur la réalité de la situation de partenariat et la destination primordiale des fonds récemment décaissés par Bruxelles.

Monsieur le Ministre, l’UE vient de notifier officiellement la reprise de sa coopération intégrale avec notre pays, estimant que les engagements pris par le Togo le 14 avril 2004 ont été remplis. Y a-t-il d’autres paramètres au-delà des 22 engagements qui ont favorisé ce déclic ?

Gilbert Bawara – Il conviendrait de replacer les 22 engagements dans leur contexte. Dès le lendemain de l’élection présidentielle de juin 2003, le Père de la Nation, Feu Gnassingbé Eyadema avait manifesté son souci d’œuvrer à la reprise de la coopération avec l’Union européenne. Ce sont ses initiatives qui ont permis de renouer le dialogue avec la Commission européenne et de parvenir, en avril 2004, aux 22 engagements. Comme vous le savez, de son vivant, il avait tenté de renouer les fils du dialogue et avait entamé les réformes prescrites par Bruxelles. Le destin n’a pas voulu qu’il puisse parachever son œuvre, hélas !

Il est vrai que les choses ont connu un tout autre tournant avec l’élection du Président Faure Gnassingbé qui a fait de la mise en œuvre rapide et harmonieuse des 22 engagements l’axe majeur de son action. Tous les efforts qu’il a déployés à cette fin ne relevait pas d’une tactique pour appâter les bailleurs de fonds ou s’attirer la sympathie de la communauté internationale. Comme il le fait aujourd’hui, les efforts de renforcement des droits de l’homme, l’édification d’une démocratie apaisée, la consolidation de l’Etat de droit et le respect des règles de bonne gouvernance qui sont au cœur du dialogue entre l’Union européenne et les ACP, procèdent d’une conviction sincère et profonde et du souci de rassembler toutes les bonnes volontés, au-delà des carcans partisans, pour assurer la réconciliation nationale, la cohésion du peuple et le redressement économique et social.

C’est sans doute cette touche personnelle et cette innovation audacieuse du Président Faure qui ont accéléré le mouvement de retour des partenaires et la reprise de la coopération.

En particulier, dès lors que les élections législatives viennent d’avoir lieu, et qu’elles se sont déroulées à la satisfaction des Togolais, et en conformité avec les hautes normes internationales en matière d’élections libres, démocratiques et transparentes, il était normal que l’Union européenne décide de reprendre entièrement sa coopération. J’ajouterais qu’il faut constater une innovation importante dans l’ensemble du processus politique et électoral entamé depuis 2005. Le dialogue politique a eu lieu avec la participation de toutes les forces politiques et sociales les plus significatives et en présence d’un représentant de l’Union européenne. De même, l’Union, européenne a été étroitement associée aux travaux du Comité de Suivi de l’APG, sous la conduite du Facilitateur. C’est dire qu’au cours de tout ce processus – dialogue politique, préparation des élections - nous avons travaillé dans un esprit de concertation et de consensus entre Togolais et dans une optique de partenariat avec l’Union européenne.

Cependant, le chef de la délégation de la Commission européenne au Togo, Filiberto Sebregondi, parlant justement de cette reprise, a ajouté que l’UE maintient un dialogue politique avec les autorités togolaises. Est-ce une conditionnalité de plus ?
Non, merci de me donner l’opportunité de clarifier et préciser la déclaration de l’Ambassadeur Sebregondi. L’Accord de partenariat de Cotonou prévoit en temps normal, que l’Union européenne et les interlocuteurs des ACP maintiennent un dialogue continue et confiant sur les différents sujets de coopération, conformément aux articles 8 et 13. Il s’agit donc d’un dialogue normal, sans aucune contrainte et sans exigence particulière portant sur les valeurs et principes qui sont au cœur de ce partenariat. Il va de soi que pour continuer à édifier l’Etat de droit, consolider la démocratie, renforcer les droits de l’homme et veiller au respect des principes de bonne gouvernance, les deux parties ont besoin de maintenir un dialogue permanent sur les engagements mutuels contractés, ce qui permet notamment de veiller au bon usage des ressources mises à la disposition des ACP et d’évoquer les sujets de préoccupations des ACP, comme c’est la cas aujourd’hui concernant les Accord de Partenariat Economique (APE).

C’est dans cet esprit que s’entend le dialogue dont l’Ambassadeur Sebregondi a fait mention à l’issue de son audience avec le Président de la République.

Techniquement, comment le Togo, en termes de procédures, arrivera-t-il à obtenir les milliards de francs Cfa de l’UE dont on parle tant ?
La coopération entre les ACP et l’Union européenne – et donc entre le Togo et l’UE – est guidée par un certain nombre de procédures et de règles qui ont été définies de commun accord, notamment dans l’Accord de Cotonou. A ce jour, nous avons déjà signé plusieurs conventions de financement, qui portent sur les différents reliquats des FED précédents (6ème, 7ème et 9ème FED). Comment cela se passe concrètement ? Nous dialoguons justement en permanence avec la Commission européenne pour s’accorder sur les projets prioritaires et les secteurs de concentration, puis il s’en suit un processus d’élaboration des projets et des Conventions de financement soumis à l’approbation des services de Bruxelles. Le reste est une question de mise en œuvre et de contrôle sur la bonne exécution des projets. Voilà ce qui s’est passé pour les différents reliquats dont nous avons signé les conventions de financement.

Pour le 10ème FED, c’est le même exercice : nous avons déjà travaillé avec nos partenaires de l’Union européenne pour préparer le Programme indicatif national (PIN), conforme à la stratégie et aux priorités du Togo et en cohérence avec le Document intérimaire de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté (DiSRP) et les Objectifs du Millénaires pour le Développement (OMD). La coopération étant reprise de manière pleine et entière, notre pays accèdera au 10e FED dans les mêmes conditions que les autres Etats ACP.

Le Programme indicatif national est un document concerté, élaboré conjointement entre l’Union européenne et le Togo, impliquant naturellement tous les différents ministères les plus impliqués et conçu dans un esprit d’harmonie et de concertation avec l’ensemble des partenaires au développement. Aujourd’hui, nous avons retenus quelques secteurs prioritaires : l’amélioration de la gouvernance économique et de la bonne gestion des fiances publiques, la mise en place des infrastructures routières (pendant les années de rupture de coopération, les infrastructures, notamment routières, la santé, l’éducation et même le secteur des ressources humaines se sont considérablement dégradées), le renforcement des projets conçus dans le cadre des reliquats des FED précédents (Projet d’aménagement urbain, appui institutionnel) et le soutien aux organisations de la société civile, au renforcement des libertés publiques et à la démocratie.

Je dois dire que pour le moment, le Togo ne bénéficie pas encore de l’aide budgétaire de l’Union européenne, qui est en partie liée à nos arriérés auprès de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et aux démarches en cours avec les institutions de Bretton Woods. Cela signifie que les ressources de l’Union européenne ne vont pas dans les caisses de l’Etat, elles sont gérées conjointement par l’Union européenne et nous-mêmes en tant qu’ordonnateur national conformément à un certain nombre de règles et de procédures très strictes. Voilà à peu près comment cela fonctionne.

Quels sont à court terme les chantiers prioritaires liés à cette reprise ?
Ils sont au nombre de quatre ou cinq. Le premier chantier prioritaire est celui que le président de la République a lui-même lancé au mois d’août 2005, qui concerne le programme de réforme et de modernisation de la justice, qui accueillira un montant d’environ 8 millions d’euros. Le deuxième secteur, c’est l’appui institutionnel. Comme je le disais tantôt, pendant les quatorze ou quinze années de suspension de la coopération, le Togo n’a pas eu suffisamment de ressources financières pour continuer à recruter et former les compétences. Donc, il se fait que pour gérer l’Etat, pour relancer la machine économique, pour redresser le pays, il faut disposer de ressources humaines compétentes et de certaines expertises. Un projet d’environ 8 millions d’euros également va permettre de renforcer les capacités et les compétences, notamment de certains ministères clés (Finances, Economie, Commerce et Industrie, Coopération), mais également de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication et de la nouvelle Assemblée Nationale, pour que l’Hémicycle et les nouveaux députés puissent s’appuyer sur des assistants parlementaires pour les aider à s’acquitter de leur travail de contrôle de l’action gouvernementale et d’élaboration et d’adoption des lois.

Un autre secteur très important est le projet d’aménagement urbain de 18 millions d’euros, qui va permettre à la fois l’assainissement et le pavage, non seulement à Lomé mais également dans d’autres villes dans les cinq régions du pays.

A côté de tous ces projets d’ampleur significative, il convient de mentionner différents programmes dans le domaine de l’agriculture et de l’amélioration des conditions de vie des paysans (pistes rurales, appui aux producteurs de coton, hydraulique villageoise, etc.) ainsi que le Programme pluriannuel de micro réalisations, sans oublier le renforcement des conditions et des structures d’accueil et réinsertion des réfugiés et des personnes déplacées.

CAN 2008 : Gapké et Boukary disent non au Bénin
Quelques jours après la publication d'une liste de trente joueurs convoqués par l'encadrement technique des Ecureuils du Bénin, les Franco-togolais Serge Gakpé et Razak Boukary démentent avoir donné leur accord pour jouer pour le Bénin. Ils l’ont dit sur le site de leur club respectif.   Quelques jours après la publication d'une liste de trente joueurs convoqués par l'encadrement technique des Ecureuils du Bénin, les Franco-togolais Serge Gakpé et Razak Boukary démentent avoir donné leur accord pour jouer pour le Bénin. Ils l’ont dit sur le site de leur club respectif.

Gakpé : " Ce sera le Togo "

L'attaquant de l'AS Monaco (L1 française), Serge Gakpé (20 ans), a démenti être entré en contact avec la Fédération béninoise de football (FBF) pour disputer la phase finale de la 26ème édition de la Coupe d'Afrique des nations (CAN), prévue du 20 janvier au 10 février 2008 au Ghana.

" On m'interroge sur le sujet (intégration dans l'équipe nationale du Bénin) depuis quelques jours mais c'est totalement faux. Je n'ai jamais contacté la fédération béninoise pour disputer la CAN ", a-t-il déclaré sur le site Internet du club de la Principauté.

" En plus, je suis d'origine togolaise et il est clair que si j'opte pour l'Afrique, ce sera le Togo ", poursuit Gakpé, indiquant que avoir été contacté par la Fédération togolaise de football (FTF).

" Mais, pour l'instant, je joue pour l'équipe de France Espoirs. La France, c'est tentant, mais le Togo, ce serait le choix du cœur ", explique-t-il, précisant que " c'est une grosse décision à prendre, je vais prendre mon temps et faire le meilleur choix".

Boukary : " Je reste Togolais "

Mardi déjà, c'est Razak Boukary qui réagissait également sur le sujet sur le site Internet de Racing Club de Lens, indiquant n'avoir pas eu des contacts avec l'encadrement des Ecureuils du Bénin.

" Je n'étais même pas au courant que j'avais été sélectionné par le Bénin. On m'a dit que la fédération a fait une liste dans laquelle mon nom est cité... Je n'ai eu aucun contact, ni de coup de fil, ni de messages. Ca me fait plutôt sourire !... J'ai donc apparemment reçu une convocation pour aller jouer avec le Bénin. Je suis Togolais, je ne savais pas que j'étais Béninois... J'en ai parlé à mon père qui fut très étonné ! Il doit sûrement y avoir une personne de ma famille qui est ou était béninoise. La fédération a dû trouver un lien comme ça, et a pensé que je pouvais jouer avec le Bénin. Je ne suis pas Béninois. Je reste Togolais ! J'ai refusé de partir à la CAN avec le Togo, je ne vais pas accepter l'invitation du Bénin", a déclaré le fils de l'ancien international togolais Sadou Boukary sur le site officiel de son club.

         Sadou Boukary, le père de Razak Boukary a également tenu à démentir l'information. Joint au téléphone par la Rédaction du Magazine Global Sport, l'ancien international de l'équipe nationale du Togo s'est déclaré surpris par l'information et a précisé que son fils n'est même pas informé qu'il fait partie d'une liste de joueurs.

Selon Sadou Boukary, il n'y a pas de raison pour que son fils joue pour le Bénin alors qu'il aurait pu jouer  avec l'équipe nationale du Togo lors de la dernière Coupe du monde en Allemagne 2006.

L'on se souvient qu'en début des éliminatoires pour la Coupe d'Afrique des Nations Ghana 2008, l'encadrement technique de la sélection nationale de football du Bénin " Les Ecureuils ", alors dirigé par le Français Didier Notheaux avait courtisé le Franco-togolais qui avait indiqué " qu'il ignorait qu'il est aussi Béninois ".

Serge Akakpo et Irelé Apo également pistés

Razak Boukary et Serge Gapké ne sont  pas les seuls Franco-togolais à qui le staff technique béninois fait la cours. Sur la liste des trente joueurs détectés, deux autres togolais sont pistés : il s'agit de Serge Akakpo et de Apo Irelé tous deux de l'AJ Auxerre.

 " Mais on doute fort que ces joueurs aient pu donner un quelconque accord pour jouer pour le Bénin. Disons plutôt que cela s'apparente à un coup médiatique destiné à faire croire que les Togolais préfèrent jouer pour le Bénin que leur pays d'origine. Dans tous les cas on connaîtra la vérité lors du stage des Ecureuils en France ", confie un observateur.

La sélection nationale du Bénin effectue du 5 au 12 décembre un stage en France, dans le cadre de la préparation à la phase finale de la Coupe d'Afrique des nations 2008 (20 janvier-10 février) au Ghana.

Ce stage constitue le premier volet d'un programme de préparation établi par le collège d'entraîneurs locaux chargé de l'encadrement technique des "Ecureuils".

   " Les joueurs retenus pour ce premier stage vont ensuite rejoindre la Tunisie à la fin du mois puis le Brésil début janvier pour des stages de mise à niveau ", a indiqué dimanche un responsable de la Fédération béninoise de football (FBF).

Le Bénin va parachever sa préparation pour la CAN-2008 avec un match amical contre le Sénégal, également qualifié pour la compétition, le 16 janvier à Ouagadougou.

Gilles Vévey

Une chose est d’engager de grands travaux, une autre est qu’ils soient bien exécutés. L’Etat s’est-il désormais doté de structures de contrôle efficace ?
Je disais que nous avons un problème de ressources humaines, cela signifie que, même pour les projets que nous venons de signer, il se peut que nous ayons des retards dans la phase d’exécution, parce que nous voulons les exécuter convenablement, nous voulons le faire sous contrôle d’experts non seulement togolais mais également externes et cela pourrait entraîner un certain retard. Mais, quant à la qualité des travaux qui seront engagés, le Président de la République tient à renforcer la rigueur et le contrôle dans l’exécution des travaux, notamment en ce qui concerne les infrastructures.

Il est important que les ressources financières, qu’elles soient prélevées sur les fonds propres de l’Etat ou qu’elles proviennent de nos partenaires, soient gérées convenablement. Il n’est pas admissible que les travaux soient faits et que quelques semaines ou mois plus tard, on ait le sentiment d’un éternel recommencement. Les ministères impliqués vont travailler en sorte que la qualité et la solidité des infrastructures et des projets qui seront engagés puissent être appréciés par les usagers, à savoir en premier lieu les Togolais.

Réalisée par  Eric JOHNSON

 Culture : La littérature togolaise existe-t-elle ?
L’écrivain togolais Kossi Efoui avait déclenché la polémique en 2003 à Bamako lors du Festival Etonnants Voyageurs en affirmant que la littérature africaine n’existe pas. On serait tenté de se poser la question après une autre controverse qui eut lieu à l’auditorium du Centre culturel français de Lomé le 22 novembre dernier à l’ouverture de Lire en Fête. Cette fois-ci, elle est arrivée par l’entremise de Docteur Martin Gbénouga, enseignant, chef du département des Lettres modernes de l’Université de Lomé, qui voulait établir une comparaison entre les auteurs togolais de la diaspora et ceux de l’intérieur.

Ce chef de département fut un ancien journaliste, rédacteur en chef de la tonitruante « Tribune Africaine », hebdomadaire proche de l’opposition, aujourd’hui disparu. Ancien élève de Huénumadji Afan, il a appris à parler et à revendiquer le droit de parler, même s’il va dire une bêtise. C’est pour cela qu’il s’arrogea la parole pendant quarante minutes pour développer sa thèse de «la mondialitude des auteurs togolais de la diaspora », alors qu’on s’entendait à ce qu’il joue plutôt un rôle de modérateur.  Il distingua une littérature du pauvre, celle de l’intérieur, et une littérature du riche, celle de la diaspora. La distinction alla même jusqu’à la titrologie : les titres des romans de la diaspora seraient un peu fantaisistes (commerciaux ?) et ne refléteraient pas les histoires racontées. Exemples : La Polka de Kossi Efoui (on y danserait pas que cette danse germano-polonaise), Place des fêtes (il n’y a pas eu de fêtes !) de Sami Tchak, Cola cola jazz de Kangni Alem ou Un Reptile par habitant de Théo Ananissoh. Ces auteurs n’écriraient pas comme des Togolais ou des Africains, et, si cela se trouve, «je ne me reconnais pas dans vos livres, vous n’écrivez pas pour les Africains, vous écrivez pour les  Blancs», accuse un auditeur.

 Pour comprendre, ce qui se passe, les auteurs mis à l’index font partie de cette génération d’écrivains qui ont donné une aura internationale à la littérature togolaise. Avant eux, un auteur togolais ne dépassait même pas les limites de notre petit rectangle. Si ceux-la n’existaient pas, la littérature ne serait tout simplement pas. Il fallait l’inventer !

Arrivé la veille à Lomé, en provenance de Paris, Sami Tchak, interloqué, n’entrave que couic à la scène qui se produit, au point de montrer son étonnement mâtiné de courroux au Docteur Gbénouga : «venant de la part d’un universitaire, ce que vous dites est grave ; je crois que c’est une lecture superficielle», rétorque-t-il. «Je comprends que les universitaires et la critique littéraire doivent faire leur travail, mais je ne comprends pas pourquoi on peut vouloir classer un roman à partir de son titre», dit-il, avant de donner des exemples d’œuvre d’auteurs où les titres sont assez évidents pour le lecteur. Il donna ensuite l’exemple du Béninois Florent Couao-Zotti, écrivain résident au Bénin et édité par Gallimard, un auteur mondialement connu, pour réfuter la thèse de la distinction entre littérature de la diaspora et littérature produite sur le continent.

Comment est-on arrivé à classer une œuvre selon le lieu de résidence de l’auteur ou à partir de son titre, on ne le sait pas. Jusqu’à présent, la critériologie qui définit la qualité d’une œuvre est basée sur l’émotion qu’elle suscite auprès du lecteur, l’intérêt de l’histoire et la façon dont elle est racontée, ce qui constitue le style et l’esthétique. C’est pour cela que l’on s’émeut en lisant Guerre et Paix du Russe Léon Tolstoï, Les Misérables du Français Victor Hugo ou La Montagne magique de l’Allemand Thomas Mann.

 Comment est-on arrivé à mettre dans la même catégorie des écrivains aussi disparates et différents comme Kossi Efoui, Kangni Alem, Sami Tchak et Théo Ananissoh, on ne le sait pas. Car, tout Togolais qu’ils sont, ils n’écrivent pas de la même manière. Le lecteur africain sera surpris de constater que Sami Tchak est togolais, car l’action de ses romans se situe en Amérique latine, et son imaginaire farci de philosophie de boudoir est loin de constituer celui de Théo Ananissoh, roi du faux polar, dont l’action des romans se situent en Afrique et l’imaginaire hanté par la difficulté de vivre ensemble des Africains, l’absence de démocratie, la trahison et la misère. A la limite, pourrait-on dire que Sami Tchak et Théo Ananissoh écrivent le français, encore que chez le dernier l’écriture est d’une lenteur classique, loin de l’érudition que l’on peut trouver dans l’Hermina  de Sami Tchak. 

Et Kangni Alem, auteur du «polar gombo», n’est pas du tout comparable à son ami Kossi Efoui, disciple de Lacan, auteur hermétique à souhait. D’un côté, un adepte d’un genre romanesque qui navigue entre le roman populaire et la  littérature d’élite, de l’autre, un auteur qui produit du roman philosophique. La seule comparaison possible se situerait entre Kossi Efoui et son disciple Edem Awumey, auteur de Port-Mélo.

En réalité, ce qu’on reproche aux nouveaux auteurs, c’est d’être allés puiser à d’autres sources qu’africaines, et d’avoir préféré écrire autrement que ce qui s’est fait jusqu’à présent sur le continent et de vouloir toucher à l’universel. L’objectif d’un littérateur, c’est une lubie désintéressée de se donner plaisir et de divertir l’autre, tout en éveillant chez lui une certaine émotion. La difficulté, c’est comment atteindre cet objectif et c’est là que se trouve le but de toute écriture. Un livre qui ne touche pas le lecteur, est un échec, et cela n’a rien à voir avec le titre. Ce n’est pas la faute à Kangni Alem si son prochain roman n’est pas titré Akakpovi reviendra mais Le Temps des Caravelles !

Tony Feda

 

 
 
 
 
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