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Dimanche, dans l’émission Le plateau de la
semaine de la Télévision mère (TVT), on apprend
une information insolite. De la bouche du secrétaire
général de l’UFC, Jean-Pierre Fabre, l’entrée de
Gnassingbé Amah, deuxième personnalité après
Gilchrist Olympio au sein de l’UFC, dans le
gouvernement de Me Yawovi Madji Agboyibo serait le
fruit d’une manipulation. Et c’est Pascal Bodjona,
directeur de cabinet du président Faure Gnassingbé,
qui en est à l’origine par le biais de son père
Antoine Bodjona, membre du parti d’Olympio. Avouons
que pour un gros poisson de l’UFC, le chemin pour
atteindre le but en vaut la peine s’il faut croire
M. Fabre.
Joint par notre rédaction, Pascal Bodjona s’est
refusé de réagir à cette accusation. Il s’est par
contre réjoui du fait qu’en simple militant du
Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir),
on lui attribue cette capacité de pouvoir manipuler
un membre aussi influent du directoire du parti de
M. Olympio qui affiche l’image d’être sain. Cela,
a-t-il commenté, doit en fait inquiéter l’UFC que
ses membres, ou du moins certains, pouvaient être
facilement manipulés.
Une insulte à M. Amah
C’est très fâcheux, cette considération qu’à l’UFC
on accorde à Gnassingbé Amah. C’est à peine si on le
considère comme un membre du parti. Ce parti de
frères, cousins et beaux-frères a visiblement du mal
à digérer la présence d’un «intrus» en son
sein. Au paraphe de l’Accord politique de base, le 6
juillet dernier, ce vieux père a été laissé seul
dans la salle Evala du 2 Février, pendant que ceux
qui pouvaient être ses fils, à l’instar de
Jean-Pierre Fabre, ont choisi de boycotter la séance
du jour et de rester chez eux. Sans daigner en
informer Gnassingbé Amah, pourtant premier
responsable du parti actuellement sur le territoire.
Comme d’habitude, le sieur Fabre, dans ses
gesticulations infantiles, a tenté par après de
justifier cette maladresse politique, Ouaga n’ayant
pas apporté grand-chose par rapport l’Accord
politique de base.
Dimanche, le même Jean-Pierre Fabre, publiquement,
soutient que M. Amah a été manipulé pour participer
au gouvernement de Me Agboyibo où, dit-on, quatre
postes étaient réservés à l’UFC. Des propos qui
sonnent comme une insulte à l’intelligence du 2è
vice président de ce parti. «Gnassingbé Amah est
allé librement à l’UFC ; il a choisi ce parti plutôt
qu’un autre», rappelle Pascal Bodjona, affirmant
que son parti «est libre de le considérer comme
un mouton prêt à les suivre bêtement». Et cela
fait plus de 15 ans que ce vieil opposant a adhéré à
l’UFC, pour devenir finalement un manipulé. Lui, un
Kabyè, qui a sacrifié toute sa vie à affronter la
fougue du RPT. Ç’aurait été un Jean-Pierre Fabre
dans ce gouvernement qu’on ne parlerait pas de
manipulation. D’autant plus que lui-même, accompagné
de Patrick Lawson, s’était mis d’accord avec le RPT
pour être ministre des Finances.
Le
défi de Gnassingbé Amah
Il
est évident que les agitations au sein de l’UFC sur
la présence de leur 2è vice président au
gouvernement traduisent un gros malaise. Tant le
vieux constitue un poids non négligeable pour le
parti dans la partie septentrionale du pays.
L’exclure du parti, comme il est claironné à l’UFC,
reviendrait pour ce parti de maladroits politiques à
scier la branche sur laquelle il est assis au nord.
C’est en sorte le défi lancé par Gnassingbé Amah. Et
il est soutenu dans cette démarche par la majorité
des militants du parti, du nord au sud.
Là
où Jean-Pierre Fabre affiche par ailleurs sa
malhonnêteté, c’est lorsqu’il n’ose pas affirmer que
les instances de l’UFC, le bureau y compris, se sont
prononcées pour la participation «à tout prix»
au gouvernement d’union nationale, même si «le
choix du Premier ministre n’ait pas été opéré dans
les rangs de l’UFC». Cette révélation est de
Antoine Bodjona et Seydou Issa, deux membres
importants du parti. Qu’à cela ne tienne, Gnassingbé
Amah «n’a fait que se conformer aux vœux et aux
résolutions de l’immense majorité de militants»,
écrivent ces deux militants de l’UFC dans une
déclaration en date du 1er octobre 2006.
Il
est encore temps de se raviser dans ce parti, et de
raisonner Gilchrist Olympio. Celui-ci est connu pour
sa dictature et ne se fait servir que ce qu’il a
envie d’entendre sur le Togo. Mais, pour une fois,
Jean-Pierre Fabre et Patrick Lawson voudront bien
grandir tant soit peu pour dire à leur patron qu’ils
foncent tous dans le vide. Les prochaines
législatives nous en fourniront les preuves.
Jean Afolabi
Révélations
:
L’UFC avait tout jusqu’à la
dernière minute
Il
n’est plus un secret pour personne que l’UFC de
Gilchrist Olympio se débat pour faire son entrée au
gouvernement d’union nationale pilotée depuis le 20
septembre 2006 par l’avocat Yawovi Agboyibo. C’est
le sens fort de la rencontre à Accra entre les
fédérations du parti et leur président national.
De
sources bien informées, les discussions secrètes
–connues et non connues– entre le Rassemblement du
Peuple Togolais (RPT, parti au pouvoir) et l’Union
des Forces de Changement (UFC, opposition radicale)
avaient débouché sur de réels consensus. Ainsi, en
plein dialogue, les deux délégations ont,
parallèlement, eu d’intenses discussions au moment
où le principe de la formation d’un gouvernement
d’union nationale faisait l’unanimité. Dans l’une de
ces rencontres à laquelle la délégation de l’UFC
comporterait le secrétaire général, Jean-Pierre
Fabre, et le 3è vice-président, Patrick Lawson, des
partages de postes ministériels étaient déjà
envisagés. A l’époque, il se négociait que le poste
de la Défense était convoité par le 3è
vice-président alors que les Finances étaient
miroitées par l’archiviste du parti d’opposition.
Dans la foulée, les commis de Gilchrist Olympio n’en
faisaient pas du poste de Premier ministre une
priorité. Même si cela restait un souhait indéniable
pour le troisième préposé du fils de l’indépendance.
«Nous allons informer notre président et tout
sera fixé par rapport à ce qu’il dira».
En
ce moment, les propos du leader de l’UFC ne
présageaient aucune volte-face spectaculaire et
dangereuse. Si on se rappelle comment l’homme s’est
approprié le proverbe de celui qui, arrivé au bord
du lac, devra choisir entre la nage, la marche, la
noyade, …
Jeudi, 14 septembre 2006, à deux jours de la
nomination du Premier ministre. La délégation
présidentielle n’ayant pas fait d’objection, tous
étaient confiants que le renouveau serait linéaire.
Jusqu’à cette descente dans l’arène de Carine Fraenk,
la consoeur de RFI, qui relayait une position
inconnue de Gilchrist Olympio. L’opposant fait
désormais de l’acquisition de la primature une
condition de participation au gouvernement. Point
n’est besoin que le choix soit porté sur un autre,
fut-il un opposant de la première heure.
La
nomination de l’avocat de Kouvé dans l’après-midi de
ce 20 septembre 2006 a finalement scellé le pire. La
présidence de la République croit rester fidèle à la
logique qui a prévalu lors du dialogue inter
togolais, celle de faire d’un opposant le numéro 2
constitutionnel de l’Exécutif. L’UFC commence par
brandir des «engagements secrets» de Ouaga.
Ne
voulant pas rester sur le carreau –malgré sa
détermination à contrôler le processus depuis la
Commission Electorale Nationale Indépendante–, le
patron de l’UFC veut maintenant remettre son sort au
facilitateur Blaise Compaoré. Pendant que la
présidence et la primature togolaises continuent de
marteler que le gouvernement d’union n’est pas
fermé, faisant ainsi un clin d’œil à l’opposant du
dehors pour boucler la boucle. On se demande si,
pour une fois, le pays va évoluer avec un
gouvernement éternellement ouvert. Une nouvelle
jurisprudence en perspective.
Mais, à en croire une source proche des «déjà
servis» (les partis au gouvernement), le nouvel
exécutif est décidé à foncer sans l’UFC, au regard
des exigences d’une élection législative que le
Premier ministre a fixé au mois de juin devant
l’Assemblée nationale le 26 septembre dernier.
C’est le suspens total après la saisine, la semaine
dernière, du facilitateur par la délégation de l’UFC.
Seul un communiqué laconique a été pondu par le
parti de Gilchrist Olympio. Et le secrétaire général
ne veut pas dévoiler sur les plateaux d’une télé la
crème des discussions de Ouaga. Dans les couloirs de
la présidence togolaise, c’est la méditation et le
suspens. Pour l’heure, on ne veut point dire
officiellement que le gouvernement est fermé ou pas.
Seul un décryptage des signes forts permet aux uns
et aux autres d’opter pour la première hypothèse. Au
niveau des conseillers du Premier ministre, on veut
plutôt danser au rythme de la mélodie Faure. Respect
des dispositions constitutionnelles oblige.
Sylvestre D. |