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L'Union

10 OCT 2006

 

[ 40: du 6 Oct 2006]  

Manipulation de Gnassingbé Amah : Pascal Bodjona ne  répond pas
L’entrée au gouvernement du 2è vice président du parti du «seul» opposant au pouvoir togolais  ne cesse de faire baver même la haute sphère de l’Union des forces de changement (UFC). De l’argument selon lequel Gnassingbé Amah serait au gouvernement d’union nationale «à titre personnel», on en est arrivé au fait que ce gros gaillard a été manipulé.

 

Dimanche, dans l’émission Le plateau de la semaine de la Télévision mère (TVT), on apprend une information insolite. De la bouche du secrétaire général de l’UFC, Jean-Pierre Fabre, l’entrée de Gnassingbé Amah, deuxième personnalité après Gilchrist Olympio au sein de l’UFC, dans le gouvernement de Me Yawovi Madji Agboyibo serait le fruit d’une manipulation. Et c’est Pascal Bodjona, directeur de cabinet du président Faure Gnassingbé, qui en est à l’origine par le biais de son père Antoine Bodjona, membre du parti d’Olympio. Avouons que pour un gros poisson de l’UFC, le chemin pour atteindre le but en vaut la peine s’il faut croire M. Fabre.

Joint par notre rédaction, Pascal Bodjona s’est refusé de réagir à cette accusation. Il s’est par contre réjoui du fait qu’en simple militant du Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir), on lui attribue cette capacité de pouvoir manipuler un membre aussi influent du directoire du parti de M. Olympio qui affiche l’image d’être sain. Cela, a-t-il commenté, doit en fait inquiéter l’UFC que ses membres, ou du moins certains, pouvaient être facilement manipulés.

Une insulte à M. Amah

C’est très fâcheux, cette considération qu’à l’UFC on accorde à Gnassingbé Amah. C’est à peine si on le considère comme un membre du parti. Ce parti de frères, cousins et beaux-frères a visiblement du mal à digérer la présence d’un «intrus» en son sein. Au paraphe de l’Accord politique de base, le 6 juillet dernier, ce vieux père a été laissé seul dans la salle Evala du 2 Février, pendant que ceux qui pouvaient être ses fils, à l’instar de Jean-Pierre Fabre, ont choisi de boycotter la séance du jour et de rester chez eux. Sans daigner en informer Gnassingbé Amah, pourtant premier responsable du parti actuellement sur le territoire. Comme d’habitude, le sieur Fabre, dans ses gesticulations infantiles, a tenté par après de justifier cette maladresse politique, Ouaga n’ayant pas apporté grand-chose par rapport l’Accord politique de base.

Dimanche, le même Jean-Pierre Fabre, publiquement, soutient que M. Amah a été manipulé pour participer au gouvernement de Me Agboyibo où, dit-on, quatre postes étaient réservés à l’UFC. Des propos qui sonnent comme une insulte à l’intelligence du 2è vice président de ce parti. «Gnassingbé Amah est allé librement à l’UFC ; il a choisi ce parti plutôt qu’un autre», rappelle Pascal Bodjona, affirmant que son parti «est libre de le considérer comme un mouton prêt à les suivre bêtement». Et cela fait plus de 15 ans que ce vieil opposant a adhéré à l’UFC, pour devenir finalement un manipulé. Lui, un Kabyè, qui a sacrifié toute sa vie à affronter la fougue du RPT. Ç’aurait été un Jean-Pierre Fabre dans ce gouvernement qu’on ne parlerait pas de manipulation. D’autant plus que lui-même, accompagné de Patrick Lawson, s’était mis d’accord avec le RPT pour être ministre des Finances.

Le défi de Gnassingbé Amah

Il est évident que les agitations au sein de l’UFC sur la présence de leur 2è vice président au gouvernement traduisent un gros malaise. Tant le vieux constitue un poids non négligeable pour le parti dans la partie septentrionale du pays. L’exclure du parti, comme il est claironné à l’UFC, reviendrait pour ce parti de maladroits politiques à scier la branche sur laquelle il est assis au nord. C’est en sorte le défi lancé par Gnassingbé Amah. Et il est soutenu dans cette démarche par la majorité des militants du parti, du nord au sud.

Là où Jean-Pierre Fabre affiche par ailleurs sa malhonnêteté, c’est lorsqu’il n’ose pas affirmer que les instances de l’UFC, le bureau y compris, se sont prononcées pour la participation «à tout prix» au gouvernement d’union nationale, même si «le choix du Premier ministre n’ait pas été opéré dans les rangs de l’UFC». Cette révélation est de Antoine Bodjona et Seydou Issa, deux membres importants du parti. Qu’à cela ne tienne, Gnassingbé Amah «n’a fait que se conformer aux vœux et aux résolutions de l’immense majorité de militants», écrivent  ces deux militants de l’UFC dans une déclaration en date du 1er octobre 2006.

Il est encore temps de se raviser dans ce parti, et de raisonner Gilchrist Olympio. Celui-ci est connu pour sa dictature et ne se fait servir que ce qu’il a envie d’entendre sur le Togo. Mais, pour une fois, Jean-Pierre Fabre et Patrick Lawson voudront bien grandir tant soit peu pour dire à leur patron qu’ils foncent tous dans le vide. Les prochaines législatives nous en fourniront les preuves.

Jean Afolabi

Révélations : L’UFC avait tout jusqu’à la dernière minute
Il n’est plus un secret pour personne que l’UFC de Gilchrist Olympio se débat pour faire son entrée au gouvernement d’union nationale pilotée depuis le 20 septembre 2006 par l’avocat Yawovi Agboyibo. C’est le sens fort de la rencontre à Accra entre les fédérations du parti et leur président national.

De sources bien informées, les discussions secrètes –connues et non connues– entre le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT, parti au pouvoir) et l’Union des Forces de Changement (UFC, opposition radicale) avaient débouché sur de réels consensus. Ainsi, en plein dialogue, les deux délégations ont, parallèlement, eu d’intenses discussions au moment où le principe de la formation d’un gouvernement d’union nationale faisait l’unanimité. Dans l’une de ces rencontres à laquelle la délégation de l’UFC comporterait le secrétaire général, Jean-Pierre Fabre, et le 3è vice-président, Patrick Lawson, des partages de postes ministériels étaient déjà envisagés. A l’époque, il se négociait que le poste de la Défense était convoité par le 3è vice-président alors que les Finances étaient miroitées par l’archiviste du parti d’opposition. Dans la foulée, les commis de Gilchrist Olympio n’en faisaient pas du poste de Premier ministre une priorité. Même si cela restait un souhait indéniable pour le troisième préposé du fils de l’indépendance. «Nous allons informer notre président et tout sera fixé par rapport à ce qu’il dira».

En ce moment, les propos du leader de l’UFC ne présageaient aucune volte-face spectaculaire et dangereuse. Si on se rappelle comment l’homme s’est approprié le proverbe de celui qui, arrivé au bord du lac, devra choisir entre la nage, la marche, la noyade, …

Jeudi, 14 septembre 2006, à deux jours de la nomination du Premier ministre. La délégation présidentielle n’ayant pas fait d’objection, tous étaient confiants que le renouveau serait linéaire. Jusqu’à cette descente dans l’arène de Carine Fraenk, la consoeur de RFI, qui relayait une position inconnue de Gilchrist Olympio. L’opposant fait désormais de l’acquisition de la primature une condition de participation au gouvernement. Point n’est besoin que le choix soit porté sur un autre, fut-il un opposant de la première heure.

La nomination de l’avocat de Kouvé dans l’après-midi de ce 20 septembre 2006 a finalement scellé le pire. La présidence de la République croit rester fidèle à la logique qui a prévalu lors du dialogue inter togolais, celle de faire d’un opposant le numéro 2 constitutionnel de l’Exécutif. L’UFC commence par brandir des «engagements secrets» de Ouaga.

Ne voulant pas rester sur le carreau –malgré sa détermination à contrôler le processus depuis la Commission Electorale Nationale Indépendante–, le patron de l’UFC veut maintenant remettre son sort au facilitateur Blaise Compaoré. Pendant que la présidence et la primature togolaises continuent de marteler que le gouvernement d’union n’est pas fermé, faisant ainsi un clin d’œil à l’opposant du dehors pour boucler la boucle. On se demande si, pour une fois, le pays va évoluer avec un gouvernement éternellement ouvert. Une nouvelle jurisprudence en perspective.

Mais, à en croire une source proche des «déjà servis» (les partis au gouvernement), le nouvel exécutif est décidé à foncer sans l’UFC, au regard des exigences d’une élection législative que le Premier ministre a fixé au mois de juin devant l’Assemblée nationale le 26 septembre dernier.

C’est le suspens total après la saisine, la semaine dernière, du facilitateur par la délégation de l’UFC. Seul un communiqué laconique a été pondu par le parti de Gilchrist Olympio. Et le secrétaire général ne veut pas dévoiler sur les plateaux d’une télé la crème des discussions de Ouaga. Dans les couloirs de la présidence togolaise, c’est la méditation et le suspens. Pour l’heure, on ne veut point dire officiellement que le gouvernement est fermé ou pas. Seul un décryptage des signes forts permet aux uns et aux autres d’opter pour la première hypothèse. Au niveau des conseillers du Premier ministre, on veut plutôt danser au rythme de la mélodie Faure. Respect des dispositions constitutionnelles oblige.

Sylvestre D.

 
 

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