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L'Union

2 OCT 2006

 

[ 39: du 29 Sept 2006]  
Au sein de l’UFC :  L’exclusion de Amah Gnassingbé ne se discute plus

epuis le 20 août, le désormais numéro 1 de l’UFC au plan national est au centre d’une véritable controverse au sein du parti. Son adhésion au gouvernement d’union nationale aura été le déclic qui installa aux yeux de l’opinion la pratique démocratique telle que vécue sous les aisselles de Gilchrist Olympio. Mais la tempête semble laisser peu à peu la place au vent.

Une verve émoussée
Il se souvient encore la rage qui a fait débiter la vague de condamnations de ceux qui sont restés fidèles au mot d’ordre de boycott de Gilchrist Olympio. Comme pour relayer son mentor qui s’est empressé de trouver depuis son exil doré que le gouvernement à former sera celui «du RPT et de ses partis satellites», le bouillant archiviste vociférait sur une radio privée : «…Monsieur Amah Gnassingbé, son cas sera examiné par la commission de discipline et il subira certainement les sanctions prévues par les textes (…) Je crois qu’il ne faut pas s’amuser avec la discipline d’un parti. Toute association, tout groupe a sa discipline et on ne badine pas avec la discipline (…) Nous avons une ligne, il faut la respecter. Celui qui enfreint la ligne est sanctionné». Une évidence pour tout parti normalement constitué.

Au demeurant, Jean-Pierre Fabre ne minimisait pas la force de frappe de l’organe de décision du parti. N’en déplaise au nouveau Ministre d’Etat qui ne veut se plier qu’au seul verdict d’un «congrès légalement convoqué». Aux dernières nouvelles, le parti n’a pas encore déclenché la procédure tant chantée pour, visiblement, exclure le 2è vice-président du parti. La verve s’est profondément émoussée. Les raisons divergent d’un membre à l’autre.

Tout ceci paraissait flou, surtout que les deux idéologies du même parti reconnaissent que le fautif est entré au gouvernement à titre personnel.

Les choses s’éclaircissent depuis le 24 septembre dernier où le patron de l’Union des Forces de Changement (UFC) et son fidéi, Patrick Lawson, se sont rendus à Ouaga pour négocier auprès du facilitateur la formule d’entrée de leur parti au gouvernement «satellite». Jointe au téléphone, une source du bureau exécutif croit fortement que l’UFC peut rejoindre l’équipe Agboyibo dans les jours à venir. 

Leçon assimilée
Après le show médiatique de Gilchrist Olympio et de son relais national, Jean-Pierre Fabre, il se dit avec insistance que la pression des sections locales et des militants de base est trop forte à supporter. «Toutes les populations ont exigé la participation de l’UFC, toutes les sections. Même les individus, à titre personnel, ont exigé qu’il faut absolument que l’UFC participe. La déclaration de notre président n’est pas sérieuse».

Aujourd’hui, le reliquat du bureau national qui manque du courage de la désapprobation –même s’il reconnaît en aparté le faux pas du chef– se perd à convaincre la base. Surtout qu’aucune preuve tangible ne peut être apportée au fameux «accord secret» qui octroierait la primature. Devant une population presque analphabète de la chose politique. Les discussions politiques qui aboutissent à des accords ne se faisant pas sur la place publique.

Autant vite assimiler la leçon avant le déclenchement d’un processus électoral devant aboutir à des législatives non gagnées à l’avance. Comment éviter un gouvernement et arriver à peser fortement dans une Commission électorale indépendante ?

Une exclusion rangée
La semaine dernière, nous faisions cas du risque d’une éventuelle exclusion de Amah Gnassingbé. Aujourd’hui, les fortes tractations du camp Gilchrist semblent ranger l’hypothèse de l’exclusion, au cas où le parti contestataire arrive, par des retouches, au gouvernement. Au finish, ils auront compris que «les accords n’engagent que leurs signataires». Selon une indiscrétion, les statuts ne peuvent facilement s’appliquer dans la mesure où le parti n’a jamais organisé de congrès. A l’image des autres partis de l’opposition. Pour l’heure, l’alentour du ministre Amah Gnassingbé se dit imperturbable, tout en continuant de lancer le message : «Ce serait suicidaire que l’UFC se mette à l’écart».

Jean Afolabi

Autopsie d’un égoïsme criard : Fabre défend Gilchrist

«Lorsque vous mangez la main du singe, il faut penser à votre propre main». C’est le proverbe gabonais que le célébrissime Fambaré Natchaba a tenu à retourner à l’opposant traditionnel, aujourd’hui Premier ministre, lors de son passage devant l’hémicycle. C’est dire combien de fois, l’opposition togolaise peut être rattrapée pas ses déboires, mieux ses propos malsains à l’encontre d’un système qui ne fait pas, outre mesure, l’unanimité dans son effectivité.

Le combat d’idéologie a fini par devenir une guéguerre entre personnes. Et l’opposition s’y plaît à cœur joie, au point de se tailler des positions insupportables.

La preuve est encore faite au lendemain de la nomination du Bélier Noir à la primature. Prétextant avoir été dupé sur la base d’un «compromis» resté virtuel, l’opposant de l’axe Paris/Ouagadougou ne s’est pas imposé une introspection avant de bombarder celui qui a le mérite de l’avoir soutenu contre la volonté majoritaire : il ne s’agira pas plus d’un «gouvernement du RPT et de ses partis satellites». Toute aussi surprenante, la déclaration épidermique du fils de l’indépendance n’a pu naturellement trouver du soutien. Ne serait-ce qu’au sein même de son regroupement de commis. A force de vouloir diaboliser voire s’imaginer les dessous d’un coéquipier, Gilchrist Olympio a pondu la grande bourbe qu’un aspirant à la gouverne ne saurait s’imposer. A la question d’un confrère de British Broadcasting Corporation (BBC), «est-ce que vous ne pensez pas que le moment est venu avec le nouveau climat pour que vous retourniez en permanence au Togo», l’homme répond sans détours : «En permanence, que voulez-vous que j’aille faire là-bas. Il faut que je gagne ma vie».

Approché par notre rédaction, un membre du reliquat de la coalition, aujourd’hui au gouvernement, a juste lâché : «c’est indigne d’un responsable. Je ne veux pas commenter de tels propos. La tâche revient peut-être à ses militants qui ne jurent que par lui».

Faut-il conclure aisément qu’une éventuelle résidence permanente au pays se résumera à «gagner sa vie»? Est-ce une porte ouverte au pillage qu’on prétend combattre? Doit-on y voir les mobiles de l’acharnement sur le facilitateur pour entrer au gouvernement?

N’en déplaise au fidéi local qui refuse de s’internaliser les propos de son prélat. «M. Gilchrist Olympio a donné son sentiment sur la nomination de M. Agboyibo. Je crois qu’il faut comprendre par-là que ses propos ne s’adressaient pas à Me Agboyibo en tant que personne. M. Gilchrist Olympio faisait état de sa surprise de voir non tenus les engagements qui ont été pris à son égard (…) Moi, je n’ai pas compris ça comme ça. M. Olympio a parlé de certains partis comme satellites du RPT. Je crois que M. Olympio ne parlait pas du CAR quand il parlait de partis satellites du RPT. Vous connaissez les partis satellites du RPT qui se prétendent de l’opposition. Donc, nous sommes dans une situation où certains partis sont en même temps de l’opposition et participent au gouvernement et peut-être que c’est de ces partis-là que parlait M. Olympio». C’est la compréhension «peut-être», version Jean-Pierre Fabre.

Pure cohérence. Supposons que le gouvernement Kodjo 2 qui comprenait des «opposants lucides» est une équipe du RPT et de ses satellites. Et prenons le cabinet Agboyibo, au moment des propos, où il n’était pas exclu d’y voir le CAR et la CDPA, les deux radicaux ès qualité. Avec la déduction qu’il doit s’agir d’un «gouvernement du RPT et de ses partis satellites», quelle autre conclusion évidente et efficiente s’impose?

A moins d’un autre postulat, il n’est pas superfétatoire que l’homme politique doit être également celui-là qui enseigne aux petits élèves et aux malheureux militants la bonne lecture des mots et leur interprétation. Pour ne point friser le ridicule.

Comme le dit si bien le commettant maison : «En politique, faut pas toujours dire non». Au point d’être obligé de ressembler à ce Beau Diable. Ce n’est point le journaliste qui crée, dans ce cas, la polémique autour des propos ou des déclarations de M. Olympio.

Laté Pater

Me Agboyibo au Parlement Un équilibrisme parfait sans convaincre
L’examen oral est presque réussi pour le nouveau Premier ministre, Apollinaire Yawovi Madji Agboyibo, qui se présentait mardi devant les députés de l’Hémicycle. Sujet unique au choix : le programme du gouvernement d’union nationale dont il a la charge et dont le but est d’amener sereinement les Togolais aux prochaines législatives anticipées.

A défaut de prendre les préoccupations un élu du peuple après l’autre, le Premier ministre Yawovi Agboyibo a opté mardi pour un choix plus simple et simplifié : celui de «globaliser» les réponses. N’en déplaise aux députés qui sont pour la plupart restés sur leur faim. Les journalistes aussi. Dès l’entame, le Premier ministre de mission a tenu à clarifier les choses : son programme de gouvernement est exclusivement défini par l’Accord politique global (APG). Au grand dam des parlementaires qui avaient sûrement aiguisé leurs dents  pour rendre sa monnaie à Me Agboyibo qui, il y a un an encore, voulait mettre cette institution en veilleuse pour accéder à la primature.

Elections transparentes et exemplaires

N’empêche que même sur son programme de mission, le nouveau Premier ministre n’a pas vraiment convaincu. Les réponses aux préoccupations sont restées vagues. Pour l’essentiel, il a semblé confirmer que les législatives auront lieu en juin 2007, conformément au souhait exprimé par le président Faure Gnassingbé il y a deux semaines en France. Et s’est engagé à organiser un scrutin exemplaire. Sa présence au parlement, précise-t-il, n’a qu’un seul but, celui, entre autres, de son «engagement à tout mettre en œuvre pour que les élections législatives à tenir en juin 2007 répondent aux conditions définies par l’Accord politique global… ». Pour y arriver, les préparatifs vont démarrer bientôt, affirme le Premier ministre, sous son autorité personnelle. Avant d’ajouter : «je suis convaincu que de par leur compétence et leur loyauté, les vigiles de la transparence feront en sorte que les prochains scrutins soient un modèle pour toutes les autres élections à venir». Histoire de rompre définitivement avec les élections contestées. Jusque là, aucun problème.

Comment y parvenir ?

Le hic, c’est lorsque le Premier ministre a habilement évité les préoccupations des députés sur les moyens dont il dispose pour atteindre ce précieux but. Pourra-t-il tenir dans le délai annoncé pour juin 2007 ? Comment compte-t-il mobiliser les fonds, notamment de l’extérieur, pour l’organisation du scrutin ? Comment compte-t-il doter tous les Togolais d’une carte d’identité tel que recommandé par l’Accord politique ? Que compte-t-il faire pour ramener au pays les compatriotes exilés au Bénin et au Togo ? Des questions très précises liées au programme du gouvernement de mission auxquelles Me Agboyibo a répondu par des généralités et des appels à travailler ensemble qui n’ont aucun lien avec les préoccupations des députés. «Son problème, c’est qu’il ne note pas les questions, ni le nom des députés», fait observer un confrère dans la salle. Ou alors est-il sans doute trop tôt pour le nouveau Premier ministre de prendre la mesure réelle de la tâche qui l’attend.

En somme, Me Agboyibo est ressorti du Parlement comme il y était entré. Son seul atout, peut-on noter, c’est que les députés, issus du parti au pouvoir, sont liés par ce programme de mission qui est le fruit de la politique d’ouverture de leur président, Faure Gnassingbé, et ne peuvent que lui accorder leur confiance.

Sylvestre D.

Gouvernement d’union Quels portefeuilles attribuer au juste à l’UFC ?
Cette question hante la primature et la présidence de la république depuis que les caciques de l’Union des Forces de Changement (UFC) s’évertuent à faire leur entrée au gouvernement. Les 24 et 25 septembre 2006, le «manitou» et l’un de ses «valets» ont fait le déplacement de Ouaga. Gilchrist Olympio et Patrick Lawson sont allés rencontrer le facilitateur burkinabé. Selon toute vraisemblance, Blaise Compaoré ne comprend guère les incompréhensions qui ont amené l’UFC à boycotter le gouvernement d’union nationale. Contre l’enthousiasme et l’espoir qui ont accompagné la signature de l’Accord politique global à Lomé, après les derniers conciliabules de la capitale du Faso.

Selon une confidence, le facilitateur est désarmé depuis que le gouvernement a été rendu public. Car, en réalité, sa marge de manœuvre est réduite par le double jeu de la mise en œuvre de l’Accord politique et l’applicabilité des dispositions constitutionnelles. Ce qui lui reste à faire, c’est de convaincre le patron de l’UFC et ses irréductibles aficionados à opérer un bémol dans les revendications d’entrée à l’équipe Agboyibo.

Selon la même source, Blaise Compaoré ne veut plus visiblement s’accrocher à l’argumentation du parti d’opposition selon laquelle «la promesse de la primature n’a pas été tenue par le président Faure Gnassingbé». Ce qui fait dire à un membre du bureau exécutif de l’UFC que l’hypothèse d’une entrée au gouvernement est forte. «Encore que le pouvoir accepte de jouer l’acceptation». On se rappelle qu’à plusieurs reprises le directeur de cabinet du chef de l’Etat et, tout dernièrement devant les députés, le Premier ministre continuent de marteler que Faure Gnassingbé «s’emploie ardemment pour que tous les partis signataires de l’Accord adhèrent au gouvernement».

Quels portefeuilles attribuer si…l’UFC s’arrange à opérer sa volte-face ? Chose compliquée, quand on sait que les postes-clés sont déjà partagés entre le RPT, le CAR, la CPP, le PDR et la CDPA. Des Affaires étrangères à la Communication, en passant par l’Economie, les Finances, l’Administration territoriale, les collectivités territoriales, etc. Dans un communiqué de presse publié le 19 septembre dernier, le ministre d’Etat Amah Gnassingbé écrivait : «Le Premier ministre a proposé à l’UFC quatre portefeuilles ministériels : le ministère d’Etat, le ministère des Affaires étrangères et de l’intégration africaine, le ministère de l’Economie et du Développement et le ministère de la Culture et des Arts». Voilà qui sent comme une poudrière.

Des frustrations sont loin d’être négligeables. Il suffit de déposséder un opposant au profit de l’UFC pour que les vieux démons se réveillent. A en croire certains observateurs, la trouvaille signifierait que raison est donnée à l’UFC qui s’est décernée le titre de «meilleur parti de l’opposition». Tant son leader ne renonce guère à son vœu de vrai opposant.

Déjà, au sein des partis qui sont actuellement au gouvernement, la meilleure façon serait que le RPT se dessaisisse plutôt de quelques postes si l’on ne veut pas élargir davantage l’exécutif. Ce qui revient à demander au président Faure de trouver la règle  pour convaincre les fidèles de son rang. Quitte à leur faire miroiter d’autres horizons. Encore que les bancs libérés arrivent à satisfaire le parti de Gilchrist qui clame «avoir seul les capacités pour gérer une transition difficile, une trêve compliquée qui mène aux législatives».

Que du bordel ! Cette galère intellectuelle n’est pas sans se priver de l’énergie nécessaire pour faire face en temps réel aux grands chantiers qui jalonnent les huit mois d’existence du cabinet Agboyibo. La solution, pour certains conservateurs véreux, reste que Gilchrist et Cie ne se décident pas finalement à rentrer au gouvernement. C’est le wait and see, au moment où le Togolais et le Burkinabé doivent profiter du sommet de la Francophonie de Bucarest pour faire le tour de la question. Non à l’insu du puissant réseau diplomatique africain et occidental.

Late Pater

 
 

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