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Une verve émoussée
Il se souvient encore la rage qui a fait débiter la
vague de condamnations de ceux qui sont restés
fidèles au mot d’ordre de boycott de Gilchrist
Olympio. Comme pour relayer son mentor qui s’est
empressé de trouver depuis son exil doré que le
gouvernement à former sera celui «du RPT et de
ses partis satellites», le bouillant archiviste
vociférait sur une radio privée : «…Monsieur Amah
Gnassingbé, son cas sera examiné par la commission
de discipline et il subira certainement les
sanctions prévues par les textes (…) Je crois qu’il
ne faut pas s’amuser avec la discipline d’un parti.
Toute association, tout groupe a sa discipline et on
ne badine pas avec la discipline (…) Nous avons une
ligne, il faut la respecter. Celui qui enfreint la
ligne est sanctionné». Une évidence pour tout
parti normalement constitué.
Au
demeurant, Jean-Pierre Fabre ne minimisait pas la
force de frappe de l’organe de décision du parti.
N’en déplaise au nouveau Ministre d’Etat qui ne veut
se plier qu’au seul verdict d’un «congrès
légalement convoqué». Aux dernières nouvelles,
le parti n’a pas encore déclenché la procédure tant
chantée pour, visiblement, exclure le 2è
vice-président du parti. La verve s’est profondément
émoussée. Les raisons divergent d’un membre à
l’autre.
Tout ceci paraissait flou, surtout que les deux
idéologies du même parti reconnaissent que le fautif
est entré au gouvernement à titre personnel.
Les choses s’éclaircissent depuis le 24 septembre
dernier où le patron de l’Union des Forces de
Changement (UFC) et son fidéi, Patrick Lawson, se
sont rendus à Ouaga pour négocier auprès du
facilitateur la formule d’entrée de leur parti au
gouvernement «satellite». Jointe au
téléphone, une source du bureau exécutif croit
fortement que l’UFC peut rejoindre l’équipe Agboyibo
dans les jours à venir.
Leçon assimilée
Après le show médiatique de Gilchrist Olympio et de
son relais national, Jean-Pierre Fabre, il se dit
avec insistance que la pression des sections locales
et des militants de base est trop forte à supporter.
«Toutes les populations ont exigé la
participation de l’UFC, toutes les sections. Même
les individus, à titre personnel, ont exigé qu’il
faut absolument que l’UFC participe. La déclaration
de notre président n’est pas sérieuse».
Aujourd’hui, le reliquat du bureau national qui
manque du courage de la désapprobation –même s’il
reconnaît en aparté le faux pas du chef– se perd à
convaincre la base. Surtout qu’aucune preuve
tangible ne peut être apportée au fameux «accord
secret» qui octroierait la primature. Devant une
population presque analphabète de la chose
politique. Les discussions politiques qui
aboutissent à des accords ne se faisant pas sur la
place publique.
Autant vite assimiler la leçon avant le
déclenchement d’un processus électoral devant
aboutir à des législatives non gagnées à l’avance.
Comment éviter un gouvernement et arriver à peser
fortement dans une Commission électorale
indépendante ?
Une exclusion rangée
La
semaine dernière, nous faisions cas du risque d’une
éventuelle exclusion de Amah Gnassingbé.
Aujourd’hui, les fortes tractations du camp
Gilchrist semblent ranger l’hypothèse de
l’exclusion, au cas où le parti contestataire
arrive, par des retouches, au gouvernement. Au
finish, ils auront compris que «les accords
n’engagent que leurs signataires». Selon une
indiscrétion, les statuts ne peuvent facilement
s’appliquer dans la mesure où le parti n’a jamais
organisé de congrès. A l’image des autres partis de
l’opposition. Pour l’heure, l’alentour du ministre
Amah Gnassingbé se dit imperturbable, tout en
continuant de lancer le message : «Ce serait
suicidaire que l’UFC se mette à l’écart».
Jean Afolabi
Autopsie d’un égoïsme criard : Fabre défend
Gilchrist
«Lorsque vous mangez la main du singe, il faut
penser à votre propre main».
C’est le proverbe gabonais que le célébrissime
Fambaré Natchaba a tenu à retourner à l’opposant
traditionnel, aujourd’hui Premier ministre, lors de
son passage devant l’hémicycle. C’est dire combien
de fois, l’opposition togolaise peut être rattrapée
pas ses déboires, mieux ses propos malsains à
l’encontre d’un système qui ne fait pas, outre
mesure, l’unanimité dans son effectivité.
Le
combat d’idéologie a fini par devenir une guéguerre
entre personnes. Et l’opposition s’y plaît à cœur
joie, au point de se tailler des positions
insupportables.
La
preuve est encore faite au lendemain de la
nomination du Bélier Noir à la primature. Prétextant
avoir été dupé sur la base d’un «compromis»
resté virtuel, l’opposant de l’axe Paris/Ouagadougou
ne s’est pas imposé une introspection avant de
bombarder celui qui a le mérite de l’avoir soutenu
contre la volonté majoritaire : il ne s’agira pas
plus d’un «gouvernement du RPT et de ses partis
satellites». Toute aussi surprenante, la
déclaration épidermique du fils de l’indépendance
n’a pu naturellement trouver du soutien. Ne
serait-ce qu’au sein même de son regroupement de
commis. A force de vouloir diaboliser voire
s’imaginer les dessous d’un coéquipier, Gilchrist
Olympio a pondu la grande bourbe qu’un aspirant à la
gouverne ne saurait s’imposer. A la question d’un
confrère de British Broadcasting Corporation (BBC),
«est-ce que vous ne pensez pas que le moment est
venu avec le nouveau climat pour que vous retourniez
en permanence au Togo», l’homme répond sans
détours : «En permanence, que voulez-vous que
j’aille faire là-bas. Il faut que je gagne ma vie».
Approché par notre rédaction, un membre du reliquat
de la coalition, aujourd’hui au gouvernement, a
juste lâché : «c’est indigne d’un responsable. Je
ne veux pas commenter de tels propos. La tâche
revient peut-être à ses militants qui ne jurent que
par lui».
Faut-il conclure aisément qu’une éventuelle
résidence permanente au pays se résumera à
«gagner sa vie»? Est-ce une porte ouverte au
pillage qu’on prétend combattre? Doit-on y voir les
mobiles de l’acharnement sur le facilitateur pour
entrer au gouvernement?
N’en déplaise au fidéi local qui refuse de
s’internaliser les propos de son prélat. «M.
Gilchrist Olympio a donné son sentiment sur la
nomination de M. Agboyibo. Je crois qu’il faut
comprendre par-là que ses propos ne s’adressaient
pas à Me Agboyibo en tant que personne. M. Gilchrist
Olympio faisait état de sa surprise de voir non
tenus les engagements qui ont été pris à son égard
(…) Moi, je n’ai pas compris ça comme ça. M. Olympio
a parlé de certains partis comme satellites du RPT.
Je crois que M. Olympio ne parlait pas du CAR quand
il parlait de partis satellites du RPT. Vous
connaissez les partis satellites du RPT qui se
prétendent de l’opposition. Donc, nous sommes dans
une situation où certains partis sont en même temps
de l’opposition et participent au gouvernement et
peut-être que c’est de ces partis-là que parlait M.
Olympio». C’est la compréhension «peut-être»,
version Jean-Pierre Fabre.
Pure cohérence. Supposons que le gouvernement Kodjo
2 qui comprenait des «opposants lucides» est
une équipe du RPT et de ses satellites. Et prenons
le cabinet Agboyibo, au moment des propos, où il
n’était pas exclu d’y voir le CAR et la CDPA, les
deux radicaux ès qualité. Avec la déduction qu’il
doit s’agir d’un «gouvernement du RPT et de ses
partis satellites», quelle autre conclusion
évidente et efficiente s’impose?
A
moins d’un autre postulat, il n’est pas
superfétatoire que l’homme politique doit être
également celui-là qui enseigne aux petits élèves et
aux malheureux militants la bonne lecture des mots
et leur interprétation. Pour ne point friser le
ridicule.
Comme le dit si bien le commettant maison : «En
politique, faut pas toujours dire non». Au point
d’être obligé de ressembler à ce Beau Diable. Ce
n’est point le journaliste qui crée, dans ce cas, la
polémique autour des propos ou des déclarations de
M. Olympio.
Laté Pater
Me Agboyibo au Parlement Un équilibrisme
parfait sans convaincre
L’examen oral est presque réussi pour le nouveau
Premier ministre, Apollinaire Yawovi Madji Agboyibo,
qui se présentait mardi devant les députés de
l’Hémicycle. Sujet unique au choix : le programme du
gouvernement d’union nationale dont il a la charge
et dont le but est d’amener sereinement les Togolais
aux prochaines législatives anticipées.
A
défaut de prendre les préoccupations un élu du
peuple après l’autre, le Premier ministre Yawovi
Agboyibo a opté mardi pour un choix plus simple et
simplifié : celui de «globaliser» les réponses. N’en
déplaise aux députés qui sont pour la plupart restés
sur leur faim. Les journalistes aussi. Dès l’entame,
le Premier ministre de mission a tenu à clarifier
les choses : son programme de gouvernement est
exclusivement défini par l’Accord politique global (APG).
Au grand dam des parlementaires qui avaient sûrement
aiguisé leurs dents pour rendre sa monnaie à Me
Agboyibo qui, il y a un an encore, voulait mettre
cette institution en veilleuse pour accéder à la
primature.
Elections transparentes et exemplaires
N’empêche que même sur son programme de mission, le
nouveau Premier ministre n’a pas vraiment convaincu.
Les réponses aux préoccupations sont restées vagues.
Pour l’essentiel, il a semblé confirmer que les
législatives auront lieu en juin 2007, conformément
au souhait exprimé par le président Faure Gnassingbé
il y a deux semaines en France. Et s’est engagé à
organiser un scrutin exemplaire. Sa présence au
parlement, précise-t-il, n’a qu’un seul but, celui,
entre autres, de son «engagement à tout mettre en
œuvre pour que les élections législatives à tenir en
juin 2007 répondent aux conditions définies par
l’Accord politique global… ». Pour y arriver,
les préparatifs vont démarrer bientôt, affirme le
Premier ministre, sous son autorité personnelle.
Avant d’ajouter : «je suis convaincu que de par
leur compétence et leur loyauté, les vigiles de la
transparence feront en sorte que les prochains
scrutins soient un modèle pour toutes les autres
élections à venir». Histoire de rompre
définitivement avec les élections contestées. Jusque
là, aucun problème.
Comment y parvenir ?
Le
hic, c’est lorsque le Premier ministre a habilement
évité les préoccupations des députés sur les moyens
dont il dispose pour atteindre ce précieux but.
Pourra-t-il tenir dans le délai annoncé pour juin
2007 ? Comment compte-t-il mobiliser les fonds,
notamment de l’extérieur, pour l’organisation du
scrutin ? Comment compte-t-il doter tous les
Togolais d’une carte d’identité tel que recommandé
par l’Accord politique ? Que compte-t-il faire pour
ramener au pays les compatriotes exilés au Bénin et
au Togo ? Des questions très précises liées au
programme du gouvernement de mission auxquelles Me
Agboyibo a répondu par des généralités et des appels
à travailler ensemble qui n’ont aucun lien avec les
préoccupations des députés. «Son problème, c’est
qu’il ne note pas les questions, ni le nom des
députés», fait observer un confrère dans la
salle. Ou alors est-il sans doute trop tôt pour le
nouveau Premier ministre de prendre la mesure réelle
de la tâche qui l’attend.
En
somme, Me Agboyibo est ressorti du Parlement comme
il y était entré. Son seul atout, peut-on noter,
c’est que les députés, issus du parti au pouvoir,
sont liés par ce programme de mission qui est le
fruit de la politique d’ouverture de leur président,
Faure Gnassingbé, et ne peuvent que lui accorder
leur confiance.
Sylvestre D.
Gouvernement d’union Quels portefeuilles
attribuer au juste à l’UFC ?
Cette question hante la primature et la présidence
de la république depuis que les caciques de l’Union
des Forces de Changement (UFC) s’évertuent à faire
leur entrée au gouvernement. Les 24 et 25 septembre
2006, le «manitou» et l’un de ses «valets»
ont fait le déplacement de Ouaga. Gilchrist Olympio
et Patrick Lawson sont allés rencontrer le
facilitateur burkinabé. Selon toute vraisemblance,
Blaise Compaoré ne comprend guère les
incompréhensions qui ont amené l’UFC à boycotter le
gouvernement d’union nationale. Contre
l’enthousiasme et l’espoir qui ont accompagné la
signature de l’Accord politique global à Lomé, après
les derniers conciliabules de la capitale du Faso.
Selon une confidence, le facilitateur est désarmé
depuis que le gouvernement a été rendu public. Car,
en réalité, sa marge de manœuvre est réduite par le
double jeu de la mise en œuvre de l’Accord politique
et l’applicabilité des dispositions
constitutionnelles. Ce qui lui reste à faire, c’est
de convaincre le patron de l’UFC et ses
irréductibles aficionados à opérer un bémol dans les
revendications d’entrée à l’équipe Agboyibo.
Selon la même source, Blaise Compaoré ne veut plus
visiblement s’accrocher à l’argumentation du parti
d’opposition selon laquelle «la promesse de la
primature n’a pas été tenue par le président Faure
Gnassingbé». Ce qui fait dire à un membre du
bureau exécutif de l’UFC que l’hypothèse d’une
entrée au gouvernement est forte. «Encore que le
pouvoir accepte de jouer l’acceptation». On se
rappelle qu’à plusieurs reprises le directeur de
cabinet du chef de l’Etat et, tout dernièrement
devant les députés, le Premier ministre continuent
de marteler que Faure Gnassingbé «s’emploie
ardemment pour que tous les partis signataires de
l’Accord adhèrent au gouvernement».
Quels portefeuilles attribuer si…l’UFC s’arrange à
opérer sa volte-face ? Chose compliquée, quand on
sait que les postes-clés sont déjà partagés entre le
RPT, le CAR, la CPP, le PDR et la CDPA. Des Affaires
étrangères à la Communication, en passant par
l’Economie, les Finances, l’Administration
territoriale, les collectivités territoriales, etc.
Dans un communiqué de presse publié le 19 septembre
dernier, le ministre d’Etat Amah Gnassingbé
écrivait : «Le Premier ministre a proposé à l’UFC
quatre portefeuilles ministériels : le ministère
d’Etat, le ministère des Affaires étrangères et de
l’intégration africaine, le ministère de l’Economie
et du Développement et le ministère de la Culture et
des Arts». Voilà qui sent comme une poudrière.
Des frustrations sont loin d’être négligeables. Il
suffit de déposséder un opposant au profit de l’UFC
pour que les vieux démons se réveillent. A en croire
certains observateurs, la trouvaille signifierait
que raison est donnée à l’UFC qui s’est décernée le
titre de «meilleur parti de l’opposition».
Tant son leader ne renonce guère à son vœu de vrai
opposant.
Déjà, au sein des partis qui sont actuellement au
gouvernement, la meilleure façon serait que le RPT
se dessaisisse plutôt de quelques postes si l’on ne
veut pas élargir davantage l’exécutif. Ce qui
revient à demander au président Faure de trouver la
règle pour convaincre les fidèles de son rang.
Quitte à leur faire miroiter d’autres horizons.
Encore que les bancs libérés arrivent à satisfaire
le parti de Gilchrist qui clame «avoir seul les
capacités pour gérer une transition difficile, une
trêve compliquée qui mène aux législatives».
Que du bordel ! Cette galère intellectuelle n’est
pas sans se priver de l’énergie nécessaire pour
faire face en temps réel aux grands chantiers qui
jalonnent les huit mois d’existence du cabinet
Agboyibo. La solution, pour certains conservateurs
véreux, reste que Gilchrist et Cie ne se décident
pas finalement à rentrer au gouvernement. C’est le
wait and see, au moment où le Togolais et le
Burkinabé doivent profiter du sommet de la
Francophonie de Bucarest pour faire le tour de la
question. Non à l’insu du puissant réseau
diplomatique africain et occidental.
Late Pater |