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L'Union

29 juillet 2007

[ 82 : du 27 juillet 2007  
Un nouveau Code de la famille en préparation : Le Togo va bannir la polygamie

Pour coller à la modernité et créer l’harmonie au sein des couples, le Togo va opter pour la monogamie. C’est ce qui ressort, début juillet, de l’atelier de validation du Code de la Famille et des Personnes révisé. Mieux, la responsabilité de la famille incombe aux deux membres du couple. Et non à Monsieur seul.

Le concept du genre, ou l’égalité entre l’homme et la femme tant prônée ces dernières années, semble faire son chemin au Togo. C’est en tout ce qu’on peut retenir des résultats des travaux de l’atelier de validation du Code de la famille et des personnes révisé qui s’est tenu du 5 au 7 juillet 2007 à Lomé. A ces assises, d’importantes innovations ont été apportées au texte déjà en vigueur depuis 1980, notamment la suppression de la polygamie. «Nous avons fait le choix de la monogamie», nous a déclaré, dans un entretien, Mme Rita Têlé Mensah-Amendah, membre du Conseil d’administration du GF2D (Groupe de réflexion et d’action femme, démocratie et développement).

Une seule partenaire désormais
L’argument, expliquait Mme Mensah-Amendah, qui a prévalu à l’atelier de validation, «était un argument juridique, à savoir que dès l’instant où vous reconnaissiez l’égalité de l’homme et de la femme comme principe de la Loi fondamentale, il n’y avait pas lieu d’avoir la polygamie». Le choix était précédemment laissé à l’homme d’opter pour une variété d’épouses ou pour une seule. Le nouveau code, s’il est adopté, lui en impose une seule. Les « gicleurs » de tous les bords doivent à présent se ressaisir. Le texte révisé fait également de l’épouse une partenaire à part égale. Le domicile conjugal devient désormais celui de l’homme autant que celui de la femme, peut importe celui qui s’est endetté pour le construire. Ainsi, si cela arrivait, au lieu de dire «c’est ma maison», on dirait «c’est notre maison».

Ainsi disparaît la notion de chef de famille. «Les époux assurent ensemble la responsabilité morale et matérielle de la famille, la direction de la famille n’est assurée par l’un des époux seul que si  l’autre est hors d’état de manifester sa volonté, en raison de son incapacité», souligne Rita Mensah-Amendah, citant l’article 92 du code révisé. L’administration légale est exercée par les deux conjoints. Au décès de l’un des conjoints, l’autre prend automatiquement la barre. Il est dit que c’est pour être en logique avec la notion de responsabilité partagée. Point n’est besoin d’attendre un quelconque conseil de famille pour désigner, dans la famille du mari, son successeur. Et souvent aussi un prochain mari à la femme. Il s’agit là de la séparation « naturelle » du couple. Mais, à l’opposé, chaque aventure ayant un terme, il peut se produire que les conjoints, vivants, décident de se séparer.

Divorce par consentement mutuel
L’avant-projet du Code de la famille révisé a introduit le divorce par consentement mutuel. A la place du divorce par faute ou le divorce sur demande acceptée. L’intérêt, a souligné Mme Mensah-Amendah, «c’est que le couple n’étale plus devant le juge les fautes de l’un ou de l’autre : tout a été déjà réglé par les conjoints (le partage, la garde des enfants, …) et vous venez devant le juge pour faire constater ce divorce». Cela permet, a-t-elle dit, de maintenir une sorte de convivialité, de courtoisie dans le couple. «C’est un avantage certain pour les familles», a-t-elle commenté.

Loin de dresser la femme contre son époux, estime-t-on, l’avant-projet du Code de la famille et des personnes révisé a pour souci de se conformer à des textes ratifiés par le Togo. «C’est un code nettement plus équilibré et en harmonie avec le concept du genre. On est dans le progrès, dans le modernisme», explique Rita Mensah-Amendah. Le texte est le fruit de 6 ans de travail par un comité. La compréhension des chefs traditionnels et d’autres couches de la population a été mise à contribution. Le résultat a été par la suite soumis à des experts afin de veiller à sa conformité à d’autres textes, aussi bien nationaux qu’internationaux auxquels le Togo adhère. Mais nul doute qu’il est fait et proposé pour protéger la femme, et non pour l’amener à faire du juridisme dans le foyer, à entendre Mme Mensah-Amendah. Reste pour le nouveau texte proposé d’être soumis à l’examen et à l’adoption du gouvernement, avant d’être expédié aux législateurs.

Jean Afolabi

 
Education et liberté de presse : La presse togolaise face au défi de vérité

Au dernier trimestre 2005, l’ex Premier ministre Edem Kodjo égratignait la presse privée togolaise au cours d’une conférence des organisations de la presse écrite francophone tenue à Lomé. «A longueur de nos colonnes, on peut lire des injures au chef de l’Etat et des attaques directes au Premier ministre», disait-il, en ajoutant, un peu plus loin, qu’on trouve également à longueur des mêmes colonnes des fautes de français (sic). On passe sous silence le fait que le procureur improvisé de la presse écrite mouille le lit douillet dans lequel il dormait quand il était dans l’opposition, mais il n’en demeure pas moins qu’il dit la vérité.

Les faits, têtus, lui donnent raison. On ne compte plus les mises en garde réitérées de la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (HAAC) contre les dérives dans la presse, les suspensions de journaux privés pour une période plus ou moins longue. Les dérapages sont devenus légion, et l’approche des législatives doit faire craindre le pire de la part d’une presse qui ne craint pas de tomber dans la démesure.

L’espace médiatique offre l’image d’une presse de caniveau qui donne dans le sensationnel au public, passant à côté de sa mission d’éthique qui est celle d’informer et d’éduquer, en livrant  non seulement l’information brute mais aussi des analyses et des commentaires un tantinet objectifs. Aujourd’hui, les journaux, non seulement informent peu mais, fait plus grave, désinforment un public peu averti, livrant le plus souvent par des attaques disproportionnées des individus à la vindicte populaire. Les journaux toutes tendances confondues travaillent dans ce registre, sans intelligence. 

Par exemple, le traitement médiatique des soubresauts qui bouleversent la Fédération togolaise de football (FTF) montre l’état mental qui prévaut au niveau de la presse.

Tout d’abord, l’ampleur donnée aux bouleversements à la FTF (en manchette chaque semaine dans tous les journaux) est une désinformation déguisée pour détourner l’opinion publique des problèmes cruciaux de l’heure. Le Togolais ne vit pas de football, et ce sport jusqu’à présent n’a pas encore fait cent millions de morts et nourrit à peine mille personnes. Pourtant, non seulement les gens meurent, ici, d’absence de démocratie, mais également de mal développement, d’économie claudicante, de misère, de maladie et surtout de sida. Seuls les intellectuels tarés et les politiciens imbéciles peuvent prétendre que le football est ce qui unit aujourd’hui les Togolais divisés par la politique. Si le football doit constituer le ciment d’unité de cette nation en gestation, autant miser sur une improbable guerre des FAT contre le Bénin voisin.

Ensuite, il y a désinformation totale dans cette histoire. Jusqu’à présent, personne n’est capable de dire réellement ce qui se passe à la FTF, ce que le public veut savoir en réalité. On ne le saura peut-être jamais puisque les journaux sont devenus des caissons de résonances des parties en conflit, reprenant à la lettre leurs thèses sans essayer de faire des investigations et des analyses objectives. Les soucis de vérité et d’objectivité qui constituent l’éthique du journalisme manquent malheureusement dans cette affaire, à telle enseigne que les désordres et les clivages du bureau exécutif de la FTF sont répercutés au niveau des médias, divisés eux-mêmes en pro-Tata et anti-Tata, en pro-Ameyi ou anti-Ameyi. C’est à juste titre qu’on a accusé les journaux d’être stipendiés, la corruption serait la chose la mieux partagée dans ce cas.

Enfin, il est inconcevable qu’un organe d’information relaie de mauvaise foi la fausse information, voit l’évidence et refuse de dire la vérité au risque d’induire l’opinion en erreur. Dans cette affaire de suspension de la FTF, que l’on prenne en pitié ou pas le président Avlessi Tata, il n’y a pas de doute que sa succession doit être réglée selon les textes en vigueur. Il est regrettable que la presse apporte tout son appui à des actions illégales et cautionne l’illégitimité. De telles prises de  position sont de nature à jeter le trouble dans les esprits et à vicier le débat contradictoire qui est l’essence même de la société démocratique que nous voulons construire.

D’une manière générale, l’état actuel de la presse ne peut contribuer qu’à envenimer la situation politique quand la réflexion et l’analyse pertinente manquent. A partir du moment où c’est la rumeur qui alimente l’information, la contradiction publique, le débat ne peut avoir lieu.

Actuellement, ce n’est pas la presse qui modèle l’opinion mais le contraire. Et quand on arrive à ce stade bas du journalisme, quand on écrit pour exciter l’opinion et non la former, quand on écrit pour stimuler les gueux et les sots, c’est qu’on n’est plus journaliste, on n’est juste qu’un politicien et au pire un sale démagogue qui se vend à l’encan aux plus offrants.

Les raisons pécuniaires et la clochardisation du milieu de la presse expliquent ces dérapages. Pour vendre et vivre, les  journaux sont obligés de faire du sensationnel, et les journalistes se faire soudoyés. Il importe que l’Etat qui se veut démocratique, et la HAAC, qui se spécialise dans les mises en garde et les suspensions d’organe, se penchent sur cette quadrature du cercle. Au bout, une réforme allant dans le sens de la libéralisation totale du marché de l’information et de l’édition et du code de la presse est nécessaire pour enrayer le phénomène.

Tony Féda

 
 
 
 

 
 
 
 
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