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L'Union

9 juillet 2007

[ 79 : du 7 juillet 2007  
Energie : Le Bénin s’accapare l’apport nigérian

Le Togo ne dispose actuellement que de 25 Mw pour couvrir  sa journée, alors qu’il en a besoin de trois fois plus. Les causes sont diverses mais l’attitude du Bénin voisin qui coupe l’herbe sous le pied de notre pays accentue la crise ces derniers jours. Le ministre des Mines du Togo est à cet effet en France depuis hier pour rechercher une solution durable à cette crise énergétique qui aurait occasionné plus de 100 milliards de francs de pertes sèches à l’économie togolaise.

Le ministre de l’Energie et des Mines, le Pr Léopold Gnininvi, avait annoncé en avril que la situation devrait s’améliorer à partir de ce mois de juillet si la pluviométrie s’avérait abondante. En  mai, le ministère expliquait encore le léger mieux que les Togolais avait constaté dans la fourniture de l’énergie par cette bonne saison pluvieuse qui venait de démarrer. Cet espoir n’aura duré que quelques semaines. Depuis une quinzaine de jours, le délestage est revenu en force et d’une manière plus aiguë d’ailleurs. 

Des coupures durent jusqu’à 16 heures par jour et parfois plus. Le ministère avait annoncé un nouveau calendrier de fourniture qui privilégie, dit-il, les zones industrielles. Selon ce programme, ces zones devraient disposer en principe d’énergie entre 7h et 15h tous les jours. De 15h à 23h un premier groupe de quartiers serait alimenté, et de 23h à 7h le reste des populations. Mais, seulement, ces calendriers ne sont pas respectés. Les quartiers qui étaient sensés avoir la lumière, par exemple hier à 15h, ont dû attendre plusieurs heures encore, soit près de 20h de coupure.

Et Nangbéto ?

Les causes de cette aggravation sont énormes. Selon la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET), le barrage de Nangbéto, qui avait contribué en mai et début juin à l’amélioration de la fourniture d’énergie, n’est  plus assez productif. Et pour cause, le barrage est presque à sec. Les dernières pluies qui ont inondé la capitale n’ont pas arrosé  malheureusement la zone de Nangbéto. Ce qui a conduit à une baisse de sa production passant de 20 Mw à 12 Mw  et qui alimente le nord du pays. Et le barrage ne produit qu’à partir de 18 heures.  En plus, une turbine à gaz du Togo  (TAG) qui fournissait 20Mw est tombée en panne et sera indisponible pour six mois. Par contre, deux groupes électrogènes de la CEET ont été enfin réparés mais manquent, eux, d’huile à moteur qui serait difficile à trouver sur le marché.

D’autre part, le premier fournisseur, le Ghana, ne donne quotidiennement  (et comment ?) à la Communauté électrique du Bénin (CEB) que 25 Mw que la CEET essaie de gérer dans la journée. Les responsables de la Volta River Authority (VRA) appellent au jour le jour (selon leur disponibilité) leurs collègues de la CEB pour leur annoncer la quantité qu’ils pourront avoir. Et  coupent sans prévenir quand celle-ci est épuisée. La baisse du niveau d’eau de la Volta, sur lequel est construit le barrage d’Akosombo, et l’endettement de la CEB sont à la base de cette réduction drastique des apports en énergie du voisin ghanéen au Togo et au Bénin. Selon une source officielle, la dette de la CEB vis-à-vis du Ghana s’élève à 11 milliards. La Togo n’a épongé, d’après la CEB,  que 2 milliards de francs de sa part de dette, alors que le Bénin en a déjà réglé 5 milliards. 

Le Bénin garde tout

          Mais, le gros du problème vient du Bénin. Le Nigeria, par le biais de la compagnie TCN, qui fournissait début juin jusqu’à 75Mw par jour à la CEB, ne serait plus à même de le faire. C’est vrai que cette énergie du Nigeria est jugée instable par les experts. Ce qui se traduit par des baisses fréquentes de tension et de coupures sur les lignes de transport. Mais elle comblait néanmoins une partie du déficit. La réalité, selon une source proche de la CEB, c’est que le Bénin fait depuis quelques jours un « black-out » sur cette fourniture du Nigeria. En clair, il se l’accapare au passage et ne rend plus compte au Togo, qui est ainsi privé de cette manne nigériane. Même si le Bénin s’est acheté des groupes électrogènes qui alimentent directement certains quartiers, la quasi-stabilité énergétique que connaît ce pays est largement due aux apports du Nigeria. Que pensent nos autorités de ce comportement béninois qui s’apparente à un gangstérisme qui ne dit pas son nom ?

Le ministre des Mines, le Pr Gnininvi, est en France depuis hier pour une semaine afin de trouver, un tant soit peu,  une solution à ce problème épineux. Il aurait besoin d’urgence de 9 milliards de FCFA pour dénouer en partie la crise. Mais compte tenu de la situation économique que traverse le pays, l’Etat est incapable de couvrir ce budget. Espérons qu’il reviendra avec une lueur d’espoir pour les populations.

Late Pater

 
Malgré quelques difficultés… : Le recensement démarre le 16 juillet

Prévu préalablement pour commencer le 8 juillet 2007, le recensement électoral pour les législatives prochaines débute finalement le 16 juillet prochain. Ainsi en a décidé hier la Commission électorale qui achève aujourd’hui le déploiement des kits sur l’ensemble du territoire.

Les opérations d’enregistrement des électeurs pour les élections législatives prochaines commencent le 16 juillet. Il s’achève le 17 août, au bout d’un mois. L’annonce a été faite hier par le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Tozim Potopéré, lors d’une rencontre au siège de son organe avec des représentants de partis politiques et la presse. Ce délai, selon M. Potopéré, a été retenu «après concertation avec le gouvernement». A cet effet, la Commission électorale a commencé depuis mercredi le déploiement de 2.685 kits de recensement sur l’ensemble des préfectures du pays, à raison de 11 préfectures le mercredi, 10 le jeudi et les dernières 9 préfectures ce vendredi.

Les opérations de recensement se dérouleront en deux temps : du 16 au 29 juillet dans une zone dénommée A, qui comprend Lomé commune, la préfecture du Golfe et les chefs lieux des 29 autres préfectures ; et du 4 au 17 août pour la zone B, qui inclut toutes les autres localités.

Ce procédé a été retenu afin de maximiser l’opération : dans un premier temps, un maximum de kits (en exemple : 300 pour Lomé commune et 200 pour la préfecture du Golfe) sera déployé dans la zone A. Dans l’entre-deux opérations (du 29 juillet au 4 août), il sera procédé au traitement des données recueillies, à la réinitialisation des kits, avant leur redéploiement sur la zone B. Eventuellement, pour des électeurs retardataires de la zone, la Ceni prévoit la distribution de jeton (carton ou ticket numéroté) dans le but de tenir, juste le lendemain de la date butoir, une opération spéciale de recensement.

Préalablement à ces opérations de recensement, la Commission électorale prévoit la formation simultanée des Commissions électorales locales indépendantes (Celi) dans toutes les préfectures le 8 juillet. Ainsi formées, les CELI assureront la formation des 33.112 membres des Comités des listes et cartes (CLC), les 9 et 10 juillet. Au même moment, les formateurs assureront la formation locale (sur les lieux d’affectation) des opérateurs de saisie dont la liste reste ouverte, puisque l’offre est encore inférieure à la demande.

Des difficultés toujours en vue

D’après la Commission électorale, tout est au point pour assurer les différentes activités liées au recensement électoral. Il s’agit notamment des revendications des techniciens en maintenance du matériel informatique. Selon l’offre de la CENI, les techniciens auront 8.000 francs par jour pour ceux de Lomé, et 12.000 francs pour l’intérieur du pays, y compris le déplacement, le logement et la restauration. Pendant que les techniciens exigeraient un minimum de 15.000 francs par jour. Une réunion, mercredi après-midi avec le bureau de la CENI, avait permis d’aplanir les divergences, nous a-t-on indiqué. Tard dans la soirée, une somme de 20.000 francs a été remise à chaque technicien pour couvrir les frais de formation. Ils sont maintenant attendus sur les lieux de formation au cours de ce week-end. Et c’est ici que des voix discordantes se signalent au sein du groupe des techniciens. Certains ne voulant même pas faire le déplacement sans avoir perçu les frais promis, surtout qu’ils ne sont pas sûrs d’atteindre les 15.000 francs par jour. Pour d’autres, il faut, dans tous les cas, s’exécuter pour montrer la bonne foi à accompagner le processus. Ce sont là des difficultés inhérentes à la gestion des ressources humaines. Vivement que chacun y mette du sérieux pour ne pas compromettre un processus déjà assez éprouvé et dont l’étape actuelle mérite plus de sérénité.

K. Tchamdja

 
Grippe aviaire au Togo : L’Etat dédommage les éleveurs

·        Près de 50 millions de francs déjà débloqués pour ce volet.
Face à son premier cas de grippe aviaire, deux ans après l’arrivée de l’épizootie sur le continent, le Togo met le paquet pour éviter la propagation de la maladie et sa conversion en la forme humaine, en éliminant systématiquement les souches. Bien entendu, avec des mesures d’accompagnement.

Dès les premiers soupçons de grippe aviaire au Togo, à la mi-juin, 5.574 volailles ont été aussitôt abattues, incinérées et enfouies dans le foyer suspecté, un élevage de Sigbéhoué, à 2 km de la ville d’Aného. Aujourd’hui que le cas est formellement confirmé par des tests de laboratoire, explique le ministre de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche, Yves Madow Nagou, 8.000 volailles supplémentaires ont été identifiées dans la zone d’infection (3 km autour du foyer) et abattues le mardi dernier. L’objectif premier de ces actions : «Eviter que les foyers ne se multiplient», a déclaré à L’Union le ministre Nagou.

D’autres actions urgentes ont consisté à mettre en quarantaine la zone de protection (10 km autour du foyer). «Là, on refuse que les volailles circulent, et on vient procéder à des prélèvements pour voir s’il y a infection, auquel cas on abat les volailles», a par ailleurs indiqué Yves Nagou. Bien évidemment, en prorogeant le délai de la quarantaine (3 à 4 semaines). Dans le cas contraire, et en l’absence de tout soupçon, l’interdiction est levée afin de permettre aux marchés de volailles de se ranimer. Avant d’en arriver là, le gouvernement s’est vite tourné vers les éleveurs qui ont vu leurs volailles abattues.

Indemnisations

A l’inverse des difficultés auxquelles ont fait face des éleveurs du Nigeria, par exemple, ceux du Togo sont en train d’être indemnisés. Sur ce chapitre, le gouvernement veut parer au plus pressé afin de soulager les éleveurs, bien que ces mesures n’aient été prévues avant la détection de la grippe aviaire à Sigbéhoué. «La chose la plus importante qui reste est le dédommagement des éleveurs», a insisté le ministre Nagou. Sur le coup, affirme-t-il, 50 millions de francs Cfa ont été débloqués pour servir à remplir cette tâche. Et des chèques sont émis au fur et a mesure que les éleveurs victimes sont identifiés. On indique à 2000 francs la valeur d’une volaille. Ce chapitre doit être bouclé à la fin de la semaine.

Les partenaires du Togo, y compris l’Office international des épizooties (OIE) qui dispose d’un bureau régional au Mali, se disent dispos à apporter leurs contributions au financement de la lutte contre la grippe aviaire. A tous les niveaux.

Actions urgentes

Outre l’indemnisation des éleveurs victimes, les agents du Comité interministériel de lutte contre la grippe aviaire sont toujours à pied d’œuvre autour du foyer (zones d’infection et de protection), et en d’autres lieux, à la recherche d’autres indices, nous a-t-on indiqué au ministère de l’Agriculture et de l’élevage. Visiblement, l’on veut étouffer la grippe aviaire dans le ventre des volailles. Le gouvernement s’est entendu avec les experts de la FAO, de l’OIE et de l’Union européenne sur un plan stratégique d’une valeur de 1 milliard 293 millions de francs Cfa. Chacun devant apporter sa contribution à ce budget. On situe la part du Togo autour de 10 pour cent.

Dans l’immédiat, environ 150 millions de francs seront dégagés de ce budget pour financer ces actions, notamment l’indemnisation des éleveurs. La traque de la grippe aviaire se poursuit dans les fermes et ailleurs, pendant qu’on annonce la réception, mardi, d’un million de doses de vaccins pour les volailles de la part de l’Office international des épizooties.

Ceci étant, l’autre casse-tête reste le Ghana voisin. Le gouvernement a beau interdire l’importation de poussin, de poulets et de leurs dérivés des pays infectés, la grippe aviaire se transporte chez nous avec la découverte d’un troisième foyer côté Ghana, à Aflao, juste à côté de Lomé. En clair, la zone de protection de ce foyer à Aflao inclut pratiquement une partie de Lomé. C’est ce qui explique la récente visite du directeur de l’Elevage à Téma, au Ghana, où il a discuté avec son homologue sur des actions concertées à mettre en œuvre au sujet de leur troisième foyer qui menace le Togo. Pour citer le ministre Nagou, l’on a intérêt à ce qu’il n’y ait pas de multiplication de foyers.

Jean Afolabi

 
Le Bac 2 à nouveau dans la tourmente : Les enseignants persistent, le ministère joue sur les nerfs

Comme pour se plaire de jouer les disques de fin d’année schizophrénique, la correction de l’examen du Baccalauréat 2è partie connaît à son tour la tourmente des revendications. Depuis une semaine, les enseignants correcteurs refusent de rentrer en salle tant que les revendications vieilles d’une année ne trouvent leur solution. C’est la voie toute tracée, pour eux, de mettre un terme définitif aux conditions déshonorantes de travail et de séjour.

Plus de logement

Visiblement désemparés par une grève qu’ils croient obligés de déclencher, ce sont des enseignants très amers qui se sont confiés à une équipe du journal L’Union. «… certains sont obligés de se coucher à même le sol ; des fois sur des lits sans matelas ou du moins pour ce qui se baptise matelas. Ce sont des logements privés d’un robinet qui coule ; il faut se réveiller souvent autour de 2 heures du matin pour faire la queue pour avoir de quoi se doucher au réveil. A défaut, tu dois chercher pure water pour juste se débarbouiller et se lancer à la tâche». C’est cet extrait pilonné d’images presque insoutenables qui aurait coûté aux enseignants le logement de cette année. Après les images diffusées par les télés privées de la place, ceux qui n’étaient pas contents se sont rués sur le pauvre proviseur du lycée. Oubliant que c’est le fruit d’une complicité entre les enseignants et leurs anciens élèves devenus journalistes. Sur la cour du lycée de Tokoin hier, il a été difficile de dénicher quelqu’un qui est hébergé. «S’ils ont d’autres enseignants à coopter, qu’ils nous libèrent car on ne peut pas galérer durant neuf mois de cours et jouer la prolongation à Lomé», a juste largué celui-là qui est localement surnommé the man (en référence à sa matière, l’anglais).

De la plate-forme revendicatrice

Aujourd’hui, les enseignants correcteurs exigent une amélioration conséquente de leurs conditions de travail conformément à la plate-forme qui a été déposée après les discussions de 2006. A l’époque, les autorités auraient promis l’échéancier d’un an pour une satisfaction totale. «En principe, on ne devait pas revenir cette année et se tirailler. On devrait plutôt trouver du concret que de repartir encore sur de nouvelles promesses», précise à la presse Etienne Baramna, porte-parole du collectif des enseignants.

En clair, c’est une plate-forme des traitements qui est brandie. Les correcteurs veulent que les primes de correction aillent de 35000 à 100000F, que les primes de séjour pour ceux qui viennent de l’intérieur (10.000F initialement pour tout le temps qu’ils sont à Lomé) soient fixées à 40000F ; avec cette précision que l’année dernière, les négociations les ont revues à 15000. Que la prime d’oral de 5000 actuellement soit portée à 10000F et la charge de la délibération se maintienne à 5000F. Les frais de déplacement interurbain doivent être portés à 10000F plus les frais de transport de ceux qui viennent de l’intérieur à payer à 60F le kilomètre. Depuis les années 80, ces frais ont été toujours maintenus à 20F le km nonobstant le coût de la vie, à en croire les enseignants. «Ces derniers frais sont payés un an après si vous êtes convoqués. Au cas contraire, vous vous déplacez à vos frais pour chercher les 20F par kilomètre interurbain parcouru», commente-t-on.

Après avoir été favorables au paiement de 80.000F, les autorités font marche arrière pour n’être disponibles à payer que 55000F, le taux contesté de l’année passée.

De la conférence d’information

C’est dans cette ambiance surchauffée qu’une conférence de presse s’est tenue hier au lycée de Tokoin. Juste pour, disait-on, informer les autres collègues qui veulent confirmer leur bonne foi en étant présents tous les jours sur le site de la correction. Selon ceux-ci, les autorités jouent sur le nerf des enseignants, surtout ceux qui sont venus de l’intérieur. Après avoir pris l’avance de 15000F le samedi dernier, ils pourront fléchir face à la réticence du pouvoir public. Pour pouvoir rentrer. Au cas où ils ne cédaient guère, on pourrait avoir une légère augmentation de 5000 voire 10000F pour en finir. Selon un proviseur rencontré, l’Office du Bac serait en train de faire le tour des proviseurs, responsables qui ne peuvent durcir le ton sans être rappelés par la hiérarchie, pour dénicher les enseignants capables de créer la désertion.

De la réalité pratique

De sources concordantes confirmées par le ministère, l’Etat qui s’entend les ministères directement impliqués dans l’organisation du Bac II n’a jamais financé la pratique de cet examen. En réalité, les différents ministres ont toujours considéré que l’Office ne manque pas d’argent pour être soutenu. Autrement, c’est l’Office du Bac sis au lycée de Tokoin qui s’en occupe par tradition. Il trouve uniquement son budget dans la collecte des 10000F de dépôt de dossier par candidat. C’est ce qui sous-tend l’augmentation des frais de dossier de 5000 à 10000 en l’espace de quelques années. Ainsi, rapport fait entre les entrées et les dépenses de 2006, il s’est dégagé un manque à gagner qui a été immédiatement déduit des entrées financières de cette année. En 2007, il est signalé près de 29000 candidats. La situation est connue de tous les protagonistes. Ce qui a priori devait faciliter les calculs et les approches de solution dans les discussions. Mais ce n’est pas pour autant conclure que le pouvoir public à travers les hautes autorités de l’enseignement secondaire et supérieur est dédouané.

De la gestion non responsable

Mis à part les intenses tractations de l’année passée ayant abouti à la tenue ferme des promesses, les enseignants retenus cette fois-ci se sont empressés dès leur regroupement à Lomé de prendre attache avec les autorités avant même la fin des écrits. Pour éviter le sort des collègues du Bac I et du BEPC, les enseignants du primaire s’étant eux-mêmes réglé leur sort par des contestations in vitro c’est-à-dire sans publicité. L’alerte matinale autour du Bac II n’a pas empêché que, au terme de plus d’une semaine de bras de fer, on annonce aux correcteurs que seul le retour de Faure Gnassingbé du sommet d’Accra peut leur être salutaire en ce que c’est lui qui détenait la clé magique. Mais très tôt, il a fallu s’en rendre compte qu’il s’agit d’une méthode non responsable de gérer les crises éducationnelles. C’est à se demander ce que les premiers responsables du système éducatif font des revendications de chaque fin d’année. Ou bien ils s’y plaisent, ou bien ils pensent juguler les révoltes en promettant le mieux. Quitte à se libérer de la pression pour…douze mois francs. Pis est, ils auront souvent manqué de courage en tenant le vrai langage fondé sur du concret. Surtout pour un pays qui s’égosille à financer peu ou prou son enseignement parsemé d’écoles hangars. Qu’est-ce qui a donc été fait durant toute l’année scolaire pour qu’on n’en arrive pas là? Et c’est ici que les enseignants frondeurs prétendent que les ministres Aduayom et Klassou rendent mal compte au conseil des ministres sur la question.

Un risque quantifiable

Déjà, certains enseignants craignent que la situation dure et qu’à la dernière minute on soit obligé de démarrer la correction proprement dite. «A ce stade, avec tout ce que cela comporterait comme retard et la tension qui l’entoure, on peut craindre que la correction soit précipitée par des enseignants qui voudraient vite en finir avec la crise pour vite rentrer», fait observer un gréviste. Ce qui ne doit rassurer les élèves et les parents qui ne veulent pas subir la répercussion d’un pourrissement auquel ils n’ont participé. Vivement que la fumée blanche puisse être dégagée le plus tôt possible à partir des rôles plus sérieux. Pour une fois.

K. Tchamdja

 
Note de lecture : La côte des Esclaves et la traite atlantique

La traite négrière  est une question qui dérange. Alors que de nombreux gouvernements africains et certaines associations voudraient demander des réparations aux Européens et Américains, voici un livre, «La côte des esclaves et la traite atlantique», qui vient établir la vérité sue mais que la mauvaise conscience de certains Africains cache : le commerce des esclaves était une affaire juteuse pour les Noirs. Au Togo par exemple, des fortunes de certaines grandes familles aujourd’hui étaient bâties sur ce honteux commerce. On n’osait pas le dire publiquement de peur de démolir quelques icônes nationaux. Mais, il est temps de regarder l’histoire en face et de dégonfler les baudruches. Tout le mérite revient à l’historien béninois Félix Iroko qui a eu les c… de dire tout haut la honte qu’on murmurait dans les cases.

Il faut d’abord souligner la témérité de l’auteur qui ose nous dire en face  de qui nous sommes les descendants : «Il est temps que les Africains comprennent que leurs ancêtres se sont, en toute complicité, entendus avec les Européens pour le démarrage et la bonne santé de cette œuvre commune qui n’est rien d’autre qu’un crime contre l’humanité : la traite atlantique» (p. 9).

            Et il suffit d’un peu d’espace pour mener l’affaire : «Si l’on admet que lors de sa plus grande extension au XIXe siècle, la côte des Esclaves, qui s’étirait de Porto-Séguro (Togo) à l’ouest jusqu’à Lagos à l’est (au Nigeria), atteignait à peine 300 km, il faudrait reconnaître que sa modeste superficie contrastait avec l’exceptionnel volume des affaires qui s’y traitaient, notamment en matière de ravitaillement de navires négriers en esclaves de qualité qu’ils y trouvaient relativement abondamment» (p. 43).

Abondance, intensité et jubilation. «Les marchands noirs pratiquaient la traite sans le moindre état d’âme ; comme s’ils ne vendaient que de simples objets, dans une totale indifférence, au même titre que leurs partenaires blancs» (p. 119). On ne comptait donc pas. On envoyait seulement. Aussi ne saura-t-on jamais, même pas approximativement, combien de Noirs ont été vendus ainsi par les leurs aux Blancs. Mais l’on sait que «les souverains locaux, pour se procurer les captifs, en faisaient tuer un nombre infini ; les plus âgés étaient toujours égorgés» (p. 113). On sait que «Les vendeurs qui avaient des nourrices dans leurs contingents leur arrachaient les bébés qu’ils jetaient la nuit aux animaux sauvages avant de les proposer elles-mêmes aux capitaines, avec plus de probabilités qu’elles soient plus facilement achetées» (p. 102). On sait «qu’il n’arrivait point de captif en Amérique sans qu’il n’ait coûté beaucoup d’autres individus à la nature» (p. 113). Christiane Taubira-Delannon, pour sa part, avance la proportion de 1 pour 6 : «Pour un esclave parvenu aux Amériques, quatre à six ont péri». Blancs et Noirs, acheteurs et vendeurs, également cupides et cruels.

Voilà pourquoi, face à «la rhétorique des tenants de la thèse des réparations» en matières sonnantes et trébuchantes, l’historien Félix Iroko jette son manteau de scientifique et endosse celui d’humaniste. Et l’humaniste se fait cinglant : «Les Africains ont débattu pendant près d’un demi-millénaire avec les négriers, du prix des leurs qu’ils leur vendaient. Ils veulent encore continuer aujourd’hui à débattre, avec les descendants de ceux-là, de la valeur marchande des Noirs que leurs ancêtres ont vendus au détriment du développement de leurs régions» (pp. 148-149). Colère et rage de l’auteur ? Voire ! Quelques pages plus haut, Félix Iroko avait été très clair sur la rentabilité de l’affaire pour «les Africains [qui] avaient baigné dans la traite jusqu’aux cheveux» (p.143), puisque l’abolition de la traite a été à l’origine du déclin des royaumes du Danhomé et Ashanti. Mais la traite clandestine a continué avec certaines familles togolaises de la Côte à travers Wood House (Agbodrafo).

Une affaire juteuse que la vente des Nègres par les Nègres. Et l’on voudrait tellement que ce fût le passé, rien que le passé. Hélas ! Ce n’est pas l’impression qui prévaut, quand on sait l’actualité et l’abondance des crimes économiques impunis dans des pays tels que le Bénin, le Nigeria et le Togo. Tout au long de son livre, dont il faut saluer l’immense courage, Félix Iroko a été autant scientifique qu’humaniste. Il nous invite à la vérité et à la vigilance. Il nous dit : «Mais surtout, surtout ne pas risquer, par des interprétations captieuses, de laisser s’infiltrer dans l’humain, ce qui, absolument, est inhumain».

T. Féda

A. Félix Iroko, La côte des esclaves et la traite atlantique. Les faits et le jugement de l’histoire, Nouvelle Presse Publications Cotonou, 2003, 207 p

Bataille rangée des familles du drame de Lungi : Les indemnisations attendront encore

A peine certaines familles ont-elles fini de pleurer leur membre perdu dans le drame d’hélicoptère survenu à Freetown le 3 juin dernier qu’elles s’opposent, dans l’attente d’une aide promise par le chef de l’Etat pour enterrer les corps. Et surtout les dédommagements de la compagnie Paramount.

De sources très proches de certaines familles éplorées, suite à l’accident d’hélicoptère en Sierra Leone qui a fait treize morts parmi les Togolais, des conflits de compétence et de représentativité opposent certains membres. La cause serait une manne promise par le chef de l’Etat Faure Gnassingbé pour donner un coup de main à l’enterrement des corps. Pendant qu’on se tiraillait pour désigner le membre de famille habilité à recevoir le paquet, l’on a gardé l’œil sur le portail. En vain. L’aide ne tombera point, et les familles dont les membres ont été identifiés ont déjà procédé à leur inhumation.

De sources officielles, le chef de l’Etat –qui a eu vent de l’information– a trouvé la situation «gênante». Résultat : il a décidé de se retenir. «Nous avons été déjà échaudés avant même qu’un seul sou ne soit sorti : dans les familles, il y a eu des affrontements, sur la représentativité de tel ou tel membre de la famille. Une ambiance tout à fait scabreuse que Faure a choisi d’éviter», nous a commenté un membre du gouvernement. Ce qui est loin de décourager tout ce beau monde.

Selon nos infos, le collectif des familles des victimes créé à la suite de Lungi serait retourné au chef de l’Etat pour lui réclamer «la promesse faite», avait souhaité qu’une solution rapide soit trouvée à ce problème.

Du côté de Sierra léone, les choses ne vont pas aussi vite comme l’auraient souhaité les parents des victimes. On susurre que les enquêtes suivent leur cours. Du coup, les responsabilités ne sont pas encore totalement établies afin de déterminer celui qui doit payer quoi et à qui doit-on verser des sous. En définitive, c’est un long processus qui permettra de déterminer les tenants et les aboutissants.

Pour l’heure, le collectif des familles peut se contenter du rapport d’enquête préliminaire en attendant une commission d’enquête formelle. Ici, la responsabilité de la compagnie Paramount Airlines peut être formellement établie compte tenu de la vétusté de ses aéronefs dont celui qui a servi de mouroir à nos compatriotes. Cependant, plusieurs équations restent à résoudre. La question d’assurance telle que soulevée le 2 juillet dernier par quatre membres mécontents de la Fédération reste d’actualité. 

Au vu de tout ce qui précède, il sera de bon ton que les familles des victimes remettent balle à terre pour prier pour ceux qui nous ont quittés brusquement.

Sous un autre registre, le processus d’identification des corps vient d’être bouclé. Et le rapport sera transmis bientôt (par voie diplomatique) au Togo.

Sylvestre D.

 
 
 
 

 
 
 
 
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