AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 
 
 

 
L'Union

2 juillet 2006

[ 25: du 30 juin  2006]

Art scénique : Regard sur le théâtre togolais
 
 

Quel regard peut-on porter au théâtre togolais- en attendant de répondre à la question, légitime, de savoir s’il existe un théâtre togolais- aujourd’hui ? Cela ne suppose pas du tout une opposition entre un théâtre togolais d’aujourd’hui et d’hier. La critique, celle qui est sérieuse, s’accorde à reconnaître qu’on ne peut parler de théâtre togolais qui ne date que du début des années 1990, avec la création au sein de l’Université du Bénin, pour des recherches de l’Atelier théâtre de Lomé (ATL), qui a par la suite monté des pièces comme Chemins de Croix de Kangni et La Récupération de Kossi Efoui.

L’apparition de l’ATL et du Zitic a mis dans l’ombre une certaine pratique du théâtre qui frisait par trop l’amateurisme, et qui est plutôt à mettre dans le registre de cinéma : c’est dire la confusion qui prévalait à l’époque. On a encore en mémoire les pièces comme Gaglo ou L’argent cette peste d’un auteur camerounais joué par Atchina Novissi, Le Voyant de Kizi de Lanou Elitsa et tant d’autres pièces du Club de l’amitié.

Aujourd’hui, le théâtre togolais a beaucoup évolué, en témoigne la floraison des compagnies théâtrales et des festivals de théâtre, dont deux, le Festival international du théâtre de la fraternité (Festhef) et le Festival international des lucioles bleues (Filbleues), demeurent le symbole d’un théâtre en devenir et qui se cherche- il faut le dire.

La réussite de certaines troupes à l’échelle internationale (il s’agit souvent de réussite individuelle de tel ou tel comédien), même si le CCF hésite à faire passer les spectacles togolais et africains- ce qui n’encourage guère la culture nationale- ne doit pas cacher les lacunes du théâtre au Togo.

On constate qu’il y a des troupes qui font du théâtre de création, c’est-à-dire qu’elles partent de textes qu’elles génèrent, qu’elles provoquent ou qu’elles commandent, donc qu’elles prennent des risques sur des textes qui ont encore tout à prouver. Et ces représentations sont légion. A côté de cela, il y a ceux- infime minorité- qui ont recours au répertoire d’une façon générale ; que ce soit le répertoire du théâtre mondial de Shakespeare aux classiques français, mais aussi le répertoire africain. Mais là également, beaucoup de choses restent à faire, surtout aux niveaux des adaptations des textes classiques français, où on a remarqué que les metteurs en scène donnent souvent dans l’amateurisme.

Il existe, il est vrai, des textes d’auteurs confirmés comme Kangni Alem, Kossi Efoui et Rodrigue Norman, mais il s’agit d’écrivains nés au Togo et qui écrivent à partir de la France, ce qui amène à se poser la question, polémique, quant à l’authenticité des œuvres de ces auteurs.

Le théâtre togolais est également un théâtre sous pressions, snobé par l’extérieur, notamment dans le cadre des subventions françaises et belges. On a comme l’impression que l’on veut donner une vision carrément occidentale au théâtre africain. Cela se traduit par des oeuvres et des mises en scène qui empruntent beaucoup à ce théâtre, parce que justement consommé la plupart du temps par ce public. Et pourquoi pas lui est destiné.

Tant que durera cette situation de la difficulté de circulation du théâtre en Afrique, il sera difficile de parler de théâtre togolais.

Kassa Kwami

 

Job.com

 
 
 
 

© 2005  www.togoforum.com All rights reserved