|
Quel regard peut-on porter au théâtre togolais- en
attendant de répondre à la question, légitime, de
savoir s’il existe un théâtre togolais-
aujourd’hui ? Cela ne suppose pas du tout une
opposition entre un théâtre togolais d’aujourd’hui
et d’hier. La critique, celle qui est sérieuse,
s’accorde à reconnaître qu’on ne peut parler de
théâtre togolais qui ne date que du début des années
1990, avec la création au sein de l’Université du
Bénin, pour des recherches de l’Atelier théâtre de
Lomé (ATL), qui a par la suite monté des pièces
comme Chemins de Croix de Kangni et
La Récupération de Kossi Efoui.
L’apparition de l’ATL et du Zitic a mis dans l’ombre
une certaine pratique du théâtre qui frisait par
trop l’amateurisme, et qui est plutôt à mettre dans
le registre de cinéma : c’est dire la confusion qui
prévalait à l’époque. On a encore en mémoire les
pièces comme Gaglo ou L’argent
cette peste d’un auteur camerounais joué par
Atchina Novissi, Le Voyant de Kizi de
Lanou Elitsa et tant d’autres pièces du Club de
l’amitié.
Aujourd’hui, le théâtre togolais a beaucoup évolué,
en témoigne la floraison des compagnies théâtrales
et des festivals de théâtre, dont deux, le Festival
international du théâtre de la fraternité (Festhef)
et le Festival international des lucioles bleues (Filbleues),
demeurent le symbole d’un théâtre en devenir et qui
se cherche- il faut le dire.
La
réussite de certaines troupes à l’échelle
internationale (il s’agit souvent de réussite
individuelle de tel ou tel comédien), même si le CCF
hésite à faire passer les spectacles togolais et
africains- ce qui n’encourage guère la culture
nationale- ne doit pas cacher les lacunes du théâtre
au Togo.
On
constate qu’il y a des troupes qui font du théâtre
de création, c’est-à-dire qu’elles partent de textes
qu’elles génèrent, qu’elles provoquent ou qu’elles
commandent, donc qu’elles prennent des risques sur
des textes qui ont encore tout à prouver. Et ces
représentations sont légion. A côté de cela, il y a
ceux- infime minorité- qui ont recours au répertoire
d’une façon générale ; que ce soit le répertoire du
théâtre mondial de Shakespeare aux classiques
français, mais aussi le répertoire africain. Mais là
également, beaucoup de choses restent à faire,
surtout aux niveaux des adaptations des textes
classiques français, où on a remarqué que les
metteurs en scène donnent souvent dans
l’amateurisme.
Il
existe, il est vrai, des textes d’auteurs confirmés
comme Kangni Alem, Kossi Efoui et Rodrigue Norman,
mais il s’agit d’écrivains nés au Togo et qui
écrivent à partir de la France, ce qui amène à se
poser la question, polémique, quant à l’authenticité
des œuvres de ces auteurs.
Le
théâtre togolais est également un théâtre sous
pressions, snobé par l’extérieur, notamment dans le
cadre des subventions françaises et belges. On a
comme l’impression que l’on veut donner une vision
carrément occidentale au théâtre africain. Cela se
traduit par des oeuvres et des mises en scène qui
empruntent beaucoup à ce théâtre, parce que
justement consommé la plupart du temps par ce
public. Et pourquoi pas lui est destiné.
Tant que durera cette situation de la difficulté de
circulation du théâtre en Afrique, il sera difficile
de parler de théâtre togolais.
Kassa Kwami
|