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L'Union

16 avril 2007

[ 66: du 14 avril 2007  
Pour le bon déroulement du processus électoral : La CENI enseigne les garanties d’un recensement fiable

Prêt pour le recensement ! C’est la forme caricaturale du message porté le mardi dernier à la presse par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Les législatives du 24 juin prochain ont pris leur envol depuis que les 3000 kits d’enrôlement des électeurs sont convoyés sur Lomé. Pour l’heure, on annonce l’opération d’adaptation des kits aux prescriptions du code électoral togolais pour la semaine prochaine et l’installation, dès la seconde quinzaine du mois d’avril, des Commissions électorales locales indépendantes (CELI) dont la composition est déjà acquise. «Le gouvernement s’emploie à mettre à la disposition de la CENI les moyens», affirme Potopéré Tozim, président de l’organe d’organisation et de supervision des élections. De son côté le membre de l’Unité de gestion du matériel du PNUD, Dounia Ramazani, au chevet de la CENI, rassure les populations.

Electeurs et opérateurs s’identifient
…le modèle de fonctionnement est simple. L’électeur doit venir s’identifier auprès du système. Pour ce faire, il va poser son indexe sur le scanner d’empreinte digitale. Mais vous devez poser votre doigt de manière à ce que l’index soit parallèle au lecteur d’empreinte à la pause. Une fois accepté par le système, l’opérateur s’identifie afin de pouvoir ouvrir la session. Et lorsque vous n’avez pas été préalablement identifié, et votre empreinte stockée dans le kit, vous ne pouvez pas obtenir de carte d’électeur. Mais au niveau du kit, l’opérateur va entrer deux fois les coordonnées de l’électeur dans l’appareil. Ceci, pour lui permettre de confirmer la première saisie.

En cas de différence, une indication va être faite à l’opérateur pour lui demander laquelle des versions est la bonne. La double saisie est là pour réduire les fautes au moment de l’enregistrement. Au cours de cette étape, l’opérateur de saisie a l’obligation de s’assurer que la photo prise est de bonne qualité, de manière à ce que des gens ne reviennent pas redemander de la leur refaire. Car cela, peut-être, ne sera pas autorisé.

Gérer le rouleau d’étranglement
…il y a une production de carte de 80 électeurs par jour. C’est ça la moyenne. Mais il y en a qui vont au-delà et enrôler près de trois cent personnes par jour. La difficulté n’est pas tant le logiciel. La difficulté surgit au moment de l’agencement des tâches faites par les personnes dans le centre de recensement. Par exemple, si on a dans un centre trois personnes qui reçoivent les candidats électeurs et procèdent à la vérification des pièces d’identité, vous pourrez avoir un gros lot de cartes qui peuvent être facilement traités par l’opérateur par jour. En général, le candidat électeur ne fait pas plus de 10 mn avec l’opérateur. Au moment où les informations sont claires, c’est fluide et la double saisie se fait très rapidement. Donc ce n’est pas là que se trouve le rouleau d’étrangement dans un centre de recensement. C’est d’abord dans la gestion des files d’attente à l’extérieur du centre de recensement. Comment les gens s’organisent et la vérification des pièces d’identité. C’est ça qui prend le plus de temps parce que là, le candidat électeur s’engage dans un dialogue avec les membres. Mais, sincèrement, le problème surgit quand on met une seule personne dans un centre. Donc c’est à lui seul de recevoir deux cent, trois cent électeurs. Vérifier les pièces d’identité, transcrire l’information, ce sera un problème.

Pas d’électeurs en réseau
…la difficulté n’est pas au niveau de l’équipement à fournir mais au niveau des kits qui doivent intervenir en cas de panne au niveau des autres réseaux. Vous devez aussi avoir un technicien en réseau, qui doit être disponible pour intervenir dans chaque centre de recensement. Alors, lorsque vous avez des milliers de centres de recensement, il faut en trouver autant. Or ces techniciens sont des denrées rares. Alors, s’il faudra des milliers pour intervenir dans les centres de recensement en cas de problème de réseau, cela complique davantage notre opération de recensement électoral. C’est une difficulté d’ordre technologique supplémentaire que vous ajoutez à l’opération. C’est faisable, mais ça augmente le coût du recensement.

Non aux inscriptions multiples
L’ordinateur confronte tout et détecte ces cas et ceux qui s’y aventurent seront radiés des listes électorales et c’est l’empreinte digitale qui permet de faire cela. (…) Je tiens à vous rassurer que des mécanismes sont ici en place pour empêcher un double, triple, quadruple enregistrement. Parce que malheureusement pour eux, l’empreinte digitale est là. Même si vous prenez la peine de changer votre date de naissance et autres, vous ne pouvez pas changer l’empreinte digitale.

Sans souci de délestage et pour les zones arides d’électricité
Les deux batteries dans la malle ont une autonomie moyenne de 8 heures. C’est amplement suffisant pour faire fonctionner le centre de recensement pendant que le soleil est encore là. En fait, un centre de recensement fonctionne normalement après le lever du soleil et doit fermer avant le coucher du soleil. Après les avoir utilisées pendant huit heures, il faut les recharger. Ça prend entre 1h30 et 2 heures de fonctionnement. Pour le générateur, il faut charger les batteries le soir ou tôt le matin.

Sylvestre D.

 
Législatives du 24 juin : Le chronogramme toujours en attente

Près de 4 heures d’horloge ont permis, hier à l’Hôtel 2 Février, à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de rentrer en contact avec les partis politiques légalement constitués. Au menu : l’état d’avancement des préparatifs du prochain scrutin législatif et l’analyse commune de ce qui reste à faire. Au finish, on retient que le chronogramme général se fait encore attendre, faute d’appui technique des partenaires extérieurs.

Bien évidemment, au regard des tâches restant à accomplir, il apparaît judicieux de penser à un report du scrutin, étant donner que plusieurs étapes décisives restent à franchir. Pour l’heure, la CENI recherche 250 formateurs pour l’encadrement d’environ  5 500 opérateurs de saisie à retenir pour l’utilisation des kits d’enrôlement des électeurs.

Lire in extenso quelques réactions de leaders politique au sortir de la rencontre avec le bureau de la CENI.

Jean-Pierre Fabre, SG de l’UFC « Prenons notre temps »

A 73 jours de la date prévue pour les élections, on n’a aucune précision.

On nous a donné la part à financer par les partenaires extérieurs, mais moi, ce n’est pas ce qui me concerne pour le moment.

Dès le début de la réunion, à notre grand étonnement, le président de la CENI nous a confessé qu’il n’est pas possible qu’il nous communique le chronogramme parce qu’ils attendent encore les avis des partenaires techniques. Ces avis ne sont pas encore arrivés. Il s’agit de l’appui technique pour l’élaboration du chronogramme. Nous, nous disons attention. Comment se fait-il qu’on attende aujourd’hui un appui technique alors qu’il y a 6 mois ou 7 mois on a sorti un chronogramme sans tenir compte de l’appui technique du partenaire ?

Je crois qu’on doit nous dire aujourd’hui s’il est possible de tenir ces élections le 24 juin. Compte tenu de la complexité des tâches qui entourent le recensement, je crois que cela va être difficilement tenable. Je pense qu’il serait raisonnable de la part de la CENI aujourd’hui de dire que ce délai du 24 juin ne peut être tenu.

La CENI ne doit avoir en tête que l’exigence de respect du délai légal, c’est-à-dire la fin du mandat de l’actuelle assemblée nationale, au lieu d’aller s’enfermer dans je ne sais quelles élections anticipées. Je pense même qu’il est stupide de faire des élections anticipées alors qu’on dispose encore de 4 mois après la date du 24 juin. Prenons notre temps.

James Amaglo, vice-président de la CENI « Le 24 juin est sujet à l’ajustement… »

Cet après-midi, nous avons rencontré les partis politiques qui sont les véritables acteurs du jeu politique. C’est la rencontre essentielle depuis l’installation de la CENI, pour faire le point de nos travaux et des préparatifs des élections conformément à l’Accord politique global. Ils ont beaucoup d’inquiétude, beaucoup d’appréhension, c’est utile qu’on s’explique suffisamment et je crois qu’ils nous ont compris. Le chronogramme n’a pas été donné parce que nous attendions l’appui technique des partenaires. Nous voulons l’appui des techniciens parce que ces élections seront encadrées par la technicité, l’informatique va beaucoup travailler. On ne va pas faire de l’à-peu-près.

L’appui technique est là, on est en train d’ajuster ; si l’ajustage est bien fait, vous aller voir que la vitesse sera très accélérée. Le démarrage du recensement est sujet à cet ajustage.

Les élections sont financées en partie par le gouvernement togolais avec l’appui de nos partenaires en développement, notamment l’Union européenne, le système des Nations unies, la France, l’Allemagne…Le Togo, à lui seul, met 5 milliards de francs, et les autres bailleurs de fonds sont déjà à concurrence de près de 12 millions d’euros. Mais il reste encore une partie du budget à boucler.

Le 24 juin est sujet à l’ajustement qu’il faut faire avant de démarrer. Ce qui est essentiel, c’est les activités qu’il faut mener d’abord avant d’arriver au 24 juin.

Solitoki Esso, SG du RPT  « …c’est la CENI seule qui peut nous donner des éléments pertinents pour pouvoir apprécier »

Nous constatons que le processus électoral actuellement évolue normalement, pour l’instant. La séance de cet après-midi avec la CENI est avant tout une rencontre d’information, mais en même temps une séance de formation : nous avons découvert les premiers kits, comment ces kits vont fonctionner… Pour ce que nous avons vu, nous pouvons dire que ces kits sont fiables pour le recensement.

Au sujet de la date du 24 juin, c’est la CENI seule qui peut nous donner des éléments pertinents pour pouvoir apprécier. Tant que nous n’avons pas ces éléments, nous ne pouvons que considérer la date du 24 juin comme une date que nous devons respecter.

 
Hausse du prix du ciment Arrêt de production de WACEM : Arrêt de production de WACEM décidé par le ministère du commerce

Il  y a trois semaines, le groupe a pris la décision de revoir le pris de son ciment à la hausse passant de 62.000 FCFA la tonne à 66.000 FCFA. Le ministère du commerce qui a constaté cette hausse a demandé à WACEM de produire des pièces justificatives notamment ses documents d’importation. Mais le groupe ne s’est pas exécuté. Relancé une seconde fois sans succès, le ministère du commerce  a intimé la semaine dernière l’ordre au groupe d’arrêter sa production en attendant que le gouvernement réuni en conseil statue en dernier ressort sur cette hausse apparemment injustifiée. 

En effet WACEM est installé en zone franche et bénéficie de nombreux avantages fiscaux et douaniers liés à ce régime. Qui plus est, il fabrique son ciment à partir du klinker produit sur place à Tabligbo et n’est donc pas concerné par les fluctuations des prix des matières premières et du prix du fret. « On ne comprend pas pourquoi il pourra monter ses prix. En plus il ne fournit aucune justification. En ces moments où c’est dur pour les Togolais, on n’est pas prêt pour une quelconque flambée de prix fantaisiste », explique-on au ministère du commerce.

En Août dernier, à la veille de la rentrée scolaire, c’est CIMTOGO qui a revu le prix de la tonne de son ciment à la hausse passant de 63.500 à 70.000 FCFA au grand dam des Togolais. Les raisons de ce changement de prix sont dues, selon CIMTOGO,  à la hausse des prix de klinker (matière principale de fabrication du ciment) sur le marché international, du fret, bref des charges de production depuis plus d’un an. Après avoir enregistré des pertes de près de 2 milliards de FCFA par an, CIMTOGO  s’est dit contraint de revoir ces prix à la hausse pour éviter une faillite. Aujourd’hui c’est WACEM, autorisé à vendre seulement entre 20 et 30% de sa production sur le territoire douanier, qui  veut lui emboîter le pas  avec des arguments peu convaincants.  « Cette hausse est inopportune et injustifiée », selon un cadre du ministère du commerce. « Avec tous ces avantages fiscaux et douaniers, son ancien prix était déjà trop élevé. S’il faut qu’il le monte encore, il y a problème. », ajoute-t-il.

C’est vrai qu’au Togo les prix sont libéralisés et déterminés par le seul jeu de la concurrence, comme le précise  la loi du 28 décembre 1999  portant l’organisation de la concurrence au Togo.  Le gouvernement ne peut donc pas fixer le prix du ciment. Mais il lui appartient de demander des explications au producteur  sur cette flambée.

A quelque chose malheur est bon, dit l’adage. L’arrêt de la production à WACEM a eu pour conséquence positive pour la population en générale, un assouplissement du délestage. Vous avez constaté que depuis deux semaines, la suspension du courant est de moins en moins fréquente. Certains ont imaginé que le CEET a trouvé une solution de rechange quelque part. Il n’en est rien. C’est grâce à WACEM,  le plus gros client de la CEET. Il pompe à lui seul le tiers de la disponibilité de la CEET. L’arrêt ses machines  a pour effet de  redonner vie et lumière ailleurs. Mais pour combien de temps.  En attendant que le conseil des ministres statue sur le cas WACEM, les pauvres Togolais sont obligés de suivre les contraintes du monopole que leur impose CIMTOGO en payant la tonne de ciment à …70.000 FCFA.

K. Tchamdja

 
Electricité : Le FAD finance  l’interconnexion

* Ghana-Togo-Bénin pour 50 millions de dollars
Le Fonds Africain de développement  (FAD) est le premier partenaire du Ghana et du Bénin dans leur projet d’interconnexion électrique, qu’il financera à hauteur de 45,10 %. Le conseil d’administration du fonds a à cet égard approuvé le 5 mars dernier à Tunis un prêt de 14,86 millions d’unités de compte (22,4 millions de $ ou 206,5 milliards de cedis) en faveur du Ghana et un prêt de 17,39 millions d’UC (26,2 millions de $ ou 13 milliards de CFA) en faveur du Bénin, soit près de 50 millions de dollars.

Le projet vise à réduire la pauvreté dans la région de la CEDEAO par l’élargissement de l’accès à des services modernes d’énergie. Il permettra ce faisant de renforcer les capacités en matière de transport d’électricité entre le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Ghana en vue de la commercialisation de l’électricité pour améliorer la fiabilité de l’approvisionnement en électricité, réduire les coûts de production et combler les déficits dans la production des centrales hydroélectriques pendant les périodes de sécheresse.

Le projet prévoit la mise en place d’une ligne de transport simple de 330 kV, d’une longueur de 338 km, entre Volta (près de Tema), au Ghana, Momé Hagou, au Togo, et Sakete, au Bénin ainsi que l’extension du poste de 330 kV de Volta, la construction d’un nouveau poste de 330 kV à Momé Hagou et l’extension du poste de 330 kV de Sakete.  Le coût estimatif total du projet est de 71,53 millions d’UC, mobilisés à hauteur de 45,10 % par le Fad, dont les ressources serviront à financer la mise en place des lignes de transport au Ghana et au Bénin, le poste situé au Bénin et les audits du projet au Ghana et au Bénin.

Les études effectuées ont montré que la mise en place d’une ligne de transport d’électricité de 330 kV devant permettre l’interconnexion des réseaux électriques du Nigeria, du Bénin, du Togo et du Ghana est techniquement faisable et contribuerait à créer le Système d’échanges d’énergie électrique ouest africain, qui est un marché unifié d’électricité couvrant la région de la CEDEAO.

K. Tchamdja

 
Polémique :  L’Eglise catholique contre la femme

Le 22 décembre, l’Assemblée nationale votait une loi autorisant,  en cas de viol, d’inceste et quand la vie de la femme est menacée, l’interruption volontaire de grossesse. Cela a provoqué le tollé dans le camp de l’Eglise catholique apostolique et romaine dont les principaux responsables sont allés, le mois dernier, rendre visite à Faure Gnassingbé pour lui dire leur mécontentement et leur souhait de voir cette loi abrogée. L’ire des tenants de l’Eglise romaine au Togo est tellement forte qu’ils se sont fendus de condamnations dans le N° 131 de leur revue Présence Chrétienne. Dans le numéro suivant, ils l’ont encore remis à travers une longue dénonciation virulente de l’abbé Marc Lakasi qui a dit tout et n’importe quoi, un patchwork de philosophie, de credo catholique et d’afrocentrisme pathétique qui peut pousser le lecteur, catholique ou non, à croire que pour la deuxième fois dans l’histoire du christianisme, on est en train de clouer Jésus Christ.

Que nenni !  Il va falloir cette fois dire la vérité aux responsables de l’Eglise romaine au Togo.

Tout d’abord, où étaient-ils quand les députés togolais, dont certains sont des chrétiens pratiquants, votaient la loi sur la santé de reproduction ? La vie appartient à celui qui se lève tôt, et l’histoire se fiche pas mal, disait Arthur Koestler, que l’on se ronge les ongles. En tant qu’institution religieuse et membre puissant de la société civile, il importait que l’Eglise eût quand même son propre réseau pour influer sur le fonctionnement des institutions de l’Etat. Si cela était possible, cette loi sur l’IVG ne serait pas votée, et Mgr Philippe Fanoko Kpodzro et ses auxiliaires ne joueraient pas aux pompiers de service en allant demander à Faure Gnassingbé d’abroger une loi votée par son parti majoritaire à l’Assemblée.

Ce lièvre étant levé, venons au long libelle de l’abbé Marc Lakasi dans lequel il s’égosille à faire entendre que la loi votée est non seulement inique, inhumaine, raciste et pour couronner le tout, démoniaque.

Pour l’Abbé Lakasi, il n’est pas indispensable de soulager la jeune fille ou la femme victime du viol ou d’inceste en pratiquant l’IVG, car «l’avortement a toujours laissé des séquelles mortifères au responsable de cet acte». Ici, c’est comme dans le Malade imaginaire de Molière, c’est le remède qui tue le malade. Mais passons, ne cherchons pas une mauvaise querelle à l’Abbé Lakasi !

Ensuite, attardons nous un peu sur la deuxième partie de son argumentaire en ce qui concerne l’alinéa de la loi qui autorise l’IVG lorsque «la poursuite de la grossesse met en danger la vie et la santé de la femme enceinte ou lorsqu’il existe une forte probabilité que l’enfant soit atteint d’une affection d’une particulière gravité». L’abbé «rétorque immédiatement que la grossesse n’a point été un problème pour aucune femme africaine authentique [c’est nous qui soulignons]».

Au fait, que veut dire ce galimatias « femme africaine authentique » qui n’a jamais eu de problème de santé de reproduction? En quoi alors a-t-elle été un problème pour la femme blanche ou jaune ? Ou bien l’Abbé engoncé dans ces certitudes de village, voudrait-il parler de la robustesse physique de la femme africaine, ce caractère que le blanc avait déniché pour envoyer, avec la complicité des potentats locaux, des millions de Noirs en esclavage ?  Qu’est-ce cette théorie raciale et raciste ?

Décidément, l’Eglise catholique ne finira jamais de nous étonner. Après avoir nié les lois de Copernic et de Galilée, brûlé Giordano Bruno sur le bûcher, en voilà une autre aberration qui veut établir une fausse vérité sur le passé de l’Afrique. N’est-ce pas la science moderne importée d’Europe qui a libéré les femmes africaines des risques graves de l’enfantement et de la mort ? 

Enfin, répondons franchement à l’abbé Lakasi. Cette timide loi votée par l’Assemblée constitue une évolution notable dans la politique de la santé de reproduction. Car elle va réparer de nombreuses injustices dans notre société où les rapports de force sont en faveur des hommes. Que l’abbé se dirige vers les Ong de femmes togolaises pour constater la longue liste de femmes et jeunes filles violées impunément et qui mettent au monde des enfants qu’elles n’ont pas désirés et qu’elles sont obligées de supporter et d’aimer. Au nom de quelle obligation morale et de quelle loi divine la société des hommes impose ce triste sort à la femme ? Que l’Abbé fasse un détour sur ces listes et constate par lui-même l’état décadent de notre société où des maris sans scrupule violent leur propre femme !

Non, monsieur l’Abbé, on n’a pas besoin de suivre des études au séminaire pour comprendre que cette loi agit dans le sens de la libération de la femme que des siècles de phallocentrisme ont assujettie.

Et puis de quoi, je me mêle, monsieur Abbé Lakasi Marc ? On parle ici de choses que vous autres régiments de la religion romaine ne pouvez comprendre; puisque vous avez fait vœu de chasteté et qu’il vous est interdit, à vous et les religieuses de connaître des plaisirs de la vie. Comment pouvez vous comprendre les complexités de cette affaire ?

N’empêche, rassurez-vous, l’IVG n’englobe pas certaines pratiques, qui, elles, sont poursuivies par la loi. Il s’agit de ces avortements faits clandestinement ça et là par des cabinets reconnus qui opèrent et s’enrichissent au vu et au su de vous, qui sont légion dans vos églises mais que vous ne sanctionnez pas. Ces gens-là, la loi les condamne et vous devrez plutôt mobiliser l’Eglise et l’Etat à lutter contre ces meurtres souterrains. Et sachez, Monsieur l’Abbé, qu’il y a également des prêtres qui font partie de ces cas-là, eux qui passent outre leurs vœux de chasteté pour entretenir des relations sexuelles avec des filles et refusent d’assumer les conséquences de leurs actes.

Finalement, je crois Monsieur l’Abbé que l’Eglise catholique, apostolique et romaine est mal placée pour nous faire la morale en avançant comme argument la protection de la vie. Car l’histoire a montré le contraire. L’assassinat des Albigeois, l’Inquisition, l’esclavage des Noirs, l’holocauste des juifs et le génocide des Tutsi rwandais démontrent combien de fois  l’Eglise peut, au nom de je-ne-sais-quoi, refuser de protéger la vie. En fait d’arguments, je vous renvoie d’aller mieux vous pourvoir !

Tony Feda

 

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