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L'Union

3 Mars 2007

[ 61: du 2 Mars 2007  
L’affaire Tidjani ou…  L’humiliation d’un Général à la retraite

Le sieur Assani Tidjani, général de division des FAT (Forces armées Togolaises) à la retraite a encore défrayé la chronique ces deux dernières semaines. Un passage forcé du poste de contrôle de la frontière togolaise vers le Bénin voisin pour se rendre dans son pays paternel, le Nigeria, a occasionné l’arrestation manu militari du Général au Bénin. Arrestation avec tout son cortège d’humiliations.

Il y a de cela un peu plus de deux mois le général Assani Tidjani subissait la rigueur militaire–mise aux arrêts de rigueur pendant 60 jours– après ses déclarations tonitruantes de soutien inconditionné aux rebelles ivoiriens. Son acte était jugé inadmissible non seulement par l’armée togolaise, indiscipline a-t-on dit, mais surtout par l’Etat togolais qui ne veut pas se passer pour le soutien d’une rébellion, fût-t-elle ivoirienne. En son temps, chacun se demandait ce qui pouvait pousser ce stratège des Forces armées togolaises (FAT) à afficher ouvertement son parti pris pour les Forces nouvelles (FN), parti politique des ex-rebelles dirigé par le jeune Guillaume Soro.

La question était restée en suspens quand, le jeudi 15 février dernier, notre Général très bouillant se fait arrêter par les militaires béninois à Sèmè, en République béninoise, à quelques kilomètres de la frontière nigériane.

La faute

L’argumentaire de l’armée pour faire subir la loi au Général était qu’il n’avait pas reçu d’autorisation de sortie du pays pour se rendre en zone rebelle en Côte d’Ivoire. Cette fois-ci, il a pris soin d’avertir le ministre de la Défense de sa sortie du pays. Autorisation verbale, cela s’appelle. Arrivé au poste de contrôle à Sanvee Condji (entre le Togo et le Bénin), il n’a pas daigné expliquer aux agents de sécurité en poste que son ministre de tutelle était au courant de son voyage. Comme à son habitude, il déversa sa bile sur le pauvre policier qui lui interdit même le passage. Le Général rebroussa alors chemin et fit retourner son chauffeur avec son véhicule perso. Quelques temps après, il revient à la charge tout masqué en forçant le barrage –juste une corde tenue par deux personnes– dans un taxi. L’agent de sécurité n’a vu que du feu avant de réagir. Ses camarades béninois auront eux aussi mis le cachet du visa d’entrée dans le passeport du Général avant de constater le dégât quelques minutes plus tard quand le « Zorro » était très loin d’eux.

L’humiliation

L’ayant reconnu malgré le ruban autour de la tête, les forces de l’ordre ont alerté leurs compères béninois qui ont vite fait de déployer les militaires sur la route internationale menant au Nigeria. Le Général sera rattrapé à Sèmè, pour être ramené à Cotonou. Contre toute attente, il sera copieusement fouillé. Et déshabillé. A en croire une source policière, il sera remis aux autorités togolaises le lendemain. De retour au pays, il est libre de toutes ses activités. Sauf que tous les yeux sont braqués sur lui. Pauvre général, dit-on ici et là.

Qu’est-ce qui fait courir le Général ?, se demande le commun des Togolais. Personne n’est capable aujourd’hui de répondre à cette question. Tout compte fait, les Togolais se rendent compte que le célébrissime général n’est en odeur de sainteté nulle part. Au lieu de jouir pleinement du reste de ses jours comme d’autres, les Bonfoh, les Walla, les Lawani et autres officiers supérieurs à la retraite, le Général Tidjani est visiblement victime de ses propres turpitudes. Cela doit normalement servir de leçons à certains qui gèrent mal le pouvoir qu’ils ont aujourd’hui. Ils doivent se mettre à l’évidence qu’un pouvoir mal géré conduit toujours à la fatalité. Toutes les humiliations subies par le général depuis près de trois mois ne sont guère une expérience à vivre. Que le Général Tidjani, surnommé par le journal Le Tambour « général rayé rayé », mette alors balle à terre pour aider la jeune équipe dirigeante du pays à mener à bien son travail. 

Pate  Later 

 
Recouvrement des impôts : Les agitations de la police fiscale

Depuis quelques jours, tout le pays bouge à la musique des services de la Direction Générale des Impôts, DGI. Les opérateurs économiques font une course effrénée sans pareille, qui pour solder rapidement son ardoise des exercices précédents, qui pour négocier des échéances. Et la DGI poursuit sa pression pour faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat.

La fermeture des boutiques Ramco dans la ville de Lomé, début février, a été perçue comme le vrai déclic dans la bataille de renflouement des caisses de l’Etat engagé par la Direction générale des impôts (DGI) depuis plus de huit mois. Pour certains, cette action état dirigée contre des étrangers dont surtout les Indopakistanais et les Libanais. Si ce n’était pas un règlement de compte entre personnes.

En réalité, rien de tout cela. Dans le cas de la société Ramco, qui exploite nos compatriotes à longueur de journée pour un salaire de misère –à l’instar des autres sociétés tenues par des étrangers–, elle reçoit la majorité de ses articles en hors taxes à l’aéroport pour les déverser sur le marché à des prix exorbitants qui, de surcroît, prennent en compte la TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée). Il est donc incompréhensible qu’elle ne paie pas ses impôts. 

Le cas de la SIG, Société Immobilière du Golfe, du Libanais Bassam, dont le dossier est aujourd’hui sur le tapis, est plus que criard. Propriétaire de la majorité des parcs auto au Port Autonome de Lomé, cette société perçoit des taxes sur chaque véhicule importé. La part qui devrait normalement revenir aux impôts n’y parvient jamais. Il est tout à fait logique que la DGI réagisse.

D’autres gros bonnets sont également dans le collimateur de la DGI. Certains ont déjà subi la foudre des inspecteurs des impôts. Ce n’est ni la Lonato, ni la TdE encore moins la Poste qui nous démentiront. La plupart des opérateurs économiques nationaux comme étrangers reçoivent quotidiennement la visite des contrôleurs. Partout, les affiches «Fermé pour non payement d’Impôts» pilullent. Les autochtones s’insurgent, mais comprennent. C’est ainsi qu’ils se battent nuit et jour pour régulariser leur situation malgré leurs maigres ressources. Pourquoi alors les étrangers qui détiennent une part importante de notre commerce contournent-ils les fics alors qu’ils savent pertinemment que le pays a besoin des impôts pour vivre ? Surtout dans notre cas où les principaux bailleurs de fonds ont fermé le robinet? On est conscient que le pays a besoin d’eux. Cependant, notre hospitalité ne doit pas être une compromission.

Dans nos pays, le budget se repose à plus de 50% sur les recettes fiscales. Les agitations justifiées des services des impôts, ces derniers temps, ne devaient gêner personne sinon les mauvais payeurs. D’ailleurs, de constat général, les agents fiscaux ne viennent jamais avec l’idée de fermer les commerces. Ils essaient souvent de convoquer les gérants, discutent avec eux et leur proposent des lignes de règlement. Mais, lorsque le gérant ne respecte pas les clauses, il en subit la rigueur.

La réaction des conducteurs de taxi moto, nos frères «Zémidjan», en défilant dans la rue le vendredi dernier pour applaudir les actions de la DGI, prouve combien cette affaire est devenue nationale. Ce qui fait dire à certains observateurs que la bataille rangée entre Zem et agents de la DGI dans les rues de Lomé semble être du passé quand les premiers ont finalement compris que les impôts participent au développement socio-économique du pays. Ce qui veut dire tout simplement que l’action très appréciée du Directeur Général, Ingrid Awadé, est salutaire pour le pays. Vivement qu’elle ne plie pas devant les menaces incessantes proférées par les fossoyeurs de l’économie nationale et leurs complices.

Kossiwa T.

 
Législatives 2007 : Deux experts en Kit au chevet de la CENI depuis lundi

De sources généralement bien informées, deux experts envoyés par les principaux partenaires électoraux du Togo séjournent depuis lundi soir à Lomé et ont déjà à leur actif trois séances de recyclage avec les membres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). L’exercice est motivé par la nécessité d’entretenir les 19 caciques de l’organe d’organisation et de supervision des prochaines législatives sur les règles à suivre dans la maîtrise des Kits «loués» gratuitement par le pays de Kabila. Depuis le week-end dernier, deux cantines contenant chacune un Kit de recensement ont été ramenées de la RD Congo par une délégation conjointe de la CENI et du gouvernement.

Aujourd’hui, le problème majeur reste le déploiement des moyens financiers pour convoyer par avion tout le lot qui sera expérimenté pour la première fois par les Togolais et leurs profiteurs politiques. On parle des jours à venir pour rester dans l’hypothèse d’une élection dont on n’envisage pas encore un report. «Nous ne sommes pas encore à deux mois de la date envisagée pour rentrer dans des calculs allant dans ce sens», nous confiait hier un membre de la CENI. Et à un autre de renchérir : «Tout se passe bien. Très prochainement, les choses vont aller tellement vite que vous serez surpris. L’essentiel, c’est de croire en ce qu’on fait et de garder patience». Même si le calendrier général des étapes du processus se fait attendre.

Déjà, des rumeurs persistantes avancent des chiffres en rapport au coût global de tout le processus électoral : 10 milliards pour certains, environ 11 milliards pour d’autres, 21 milliards de francs pour d’autres encore,… Par le passé, on parlait d’une doléance financière oscillant entre 30 et 35 milliards de francs CFA dévalués.

Des crocs-en-jambe dans la gestion interne

Ce n’est plus un secret que les informations sont difficiles à obtenir auprès de la Commission électorale. Ce qui fait ouvrir la brèche. Pour d’aucuns, il s’agit d’une volonté délibérée de retenir des informations qui doivent a priori circuler dans la mesure où l’élection reste publique. A en croire certains, l’institution veut se passer d’une presse pas toujours positive et professionnelle pour remplir une mission hautement républicaine qui est la sienne.

Visiblement, il n’en est rien. La bande à Potopéré Tozim ne minimise point le rôle des médias dans l’accomplissement du processus électoral en cours. Seulement, il faut avoir franchi des étapes décisives et aussi disposer des informations irréversibles pour informer. C’est en cela qu’un point de presse devrait s’organiser dès que l’ensemble du matériel électoral sera réceptionné par les autorités togolaises. Une option qui ne souffre pas du «trop parler» de quelques membres de la CENI. Aussi arrive-t-il aisément de lire des informations controversées dans différents journaux et, au pire des cas, dans deux parutions successives d’une même paperasse. Il ne faut pas trop longtemps chercher à comprendre comment des idées débattues en plénière se retrouvent in extenso sur la place publique.

Il urge que les partis politiques qui régentent la vie des différents médias s’affranchissent pour garantir la sérénité des débats au sein d’une CENI plurielle que chacun veut tirer vers sa tente. Qu’à cela ne tienne, la presse plus pressée doit pouvoir retenir son ardeur et recourir à des informations fiables qu’on ne soit pas obligé de rectifier voire redresser le lendemain. Les ressentiments des populations et la prévention des tensions nous l’imposent.

Sylvestre  D.

 
Coton : Baisse record de la production

82.829 cotonculteurs ont produit 42.000 tonnes
Le secteur cotonnier, frappé notamment par des dettes envers les cotonculteurs, enregistre sa deuxième année consécutive de mauvais résultats au Togo, avec une production attendue au titre de la campagne 2006/2007 d’environ 42.000 tonnes de coton graine pour la campagne 2006/2007, selon des chiffres communiqués hier jeudi à L’Union par le ministère de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche.

Cette production attendue est largement en deçà des 65.384 tonnes de la campagne précédente et des années antérieures où la production de coton avoisinait les 180.000 tonnes. Ce niveau «très médiocre  de la production», explique à L’Union le ministre de l’Agriculture, Dr Yves Madow Nagou, «est l’effet conjugué d’une pluviométrie déficitaire dans les périodes critiques de mise en place des semis et de maturation des capsules et d’un environnement très morose de production engendré par les arriérés de paiement dus aux producteurs».

Ces arriérés de paiement ont entraîné des sur-déclarations de superficies à des fins de détournement d’intrants surtout des engrais à d’autres fins. Ils ont également engendré un relâchement prononcé des producteurs dans les entretiens culturaux, avec pour conséquences des rendements au champ très bas dans presque toutes les régions.

Le poids de la dette

La Société togolaise de coton (Sotoco, publique) doit 21 milliards de francs Cfa de dettes aux producteurs, sur lesquels le gouvernement a déjà versé 12 milliards de francs. Il envisage de leur verser le reste avant les prochains semis coton, d’après le ministre Nagou. Du coup, les paysans ont comme déserté le terrain, «et ne se sont pas décidés à temps pour semer le coton», estime-t-on. Cette année, seulement 61.390 hectares ont été semés pour l’ensemble du pays, soit un rendement moyen au champ de 684 kg/hectare, contre 104.600 hectares semés l’an passé.

«Ce niveau de semis représente juste 38% de l’objectif initial d’emblavure de la campagne qui est de 160.000 hectares et 55% de l’objectif révisé à 112.000 hectares», a indiqué le ministre de l’Agriculture. Le nombre de producteurs est, quant à lui, passé en 2006/2007 à 82.829, contre 141.460 la campagne précédente. Cette contre performance est essentiellement liée à la mauvaise pluviométrie, notamment la sécheresse qui n’a pas permis aux producteurs de semer convenablement le coton dans toutes les régions, affirme-t-on.

Redresser le secteur

Malgré la crise difficile que traverse la Sotoco, les autorités togolaises estiment que «la production cotonnière et les activités qui y sont liées restent un secteur porteur pour l’économie nationale et un facteur important de lutte contre la pauvreté». Elles comptent à cet effet relancer la production en 2007/2008. «Dans le souci d’augmenter la production cotonnière, la première hypothèse d’emblavures a été projetée à au moins 115.5000 hectares pour une production d’au moins 100.000 tonnes au plan national», a dit Yves Madow Nagou.

Pour ce faire, il est retenu, afin de rassurer les producteurs, d’accorder une priorité au paiement rapide des revenus aux producteurs, et des frais de gestion et de commercialisation, au fur et à mesure des achats. Cette priorité a été à la base d’un plan de financement mis en place avec Dagris. Il est convenu avec les producteurs et les agents de terrain que les opérations se déroulent avec célérité sur les marchés et que les documents d’achat soient traités très rapidement mais en toute transparence.

Des actions engagées depuis juillet 2005 et celles en perspectives pour la campagne 2007/2008 «s’inscrivent dans la stratégie de redressement de la filière et particulièrement de la Sotoco, en attendant la mise en place des réformes et des financements conséquents qui redonneront une vie durable aux actions coton au Togo», espère le ministre de l’Agriculture et de l’élevage.

Deux années consécutives de production médiocre compliquent, certes, la mise en œuvre des stratégies développées, mais les efforts déployés jusque là doivent s’intensifier pour non seulement revitaliser l’environnement de production, mais aussi et surtout relever le défi de la relance de la production en 2007/2008.

Pate  Later

 
Mutuelle et statuts des artistes : Quand un ministre décide de noyer les artistes

Du 19 au 21 février dernier se sont tenus à la direction de la troupe nationale et sous l’autorité du ministre de la Culture, Gabriel Sassou Dosseh-Anyron, l’assemblée générale constitutive de la Mutuelle générale des artistes du Togo (MUGART) et un atelier de validation du statut de l’artiste togolais. Ces travaux, faits sous le haut patronage du président de la République et présentés comme une bouée de sauvetage lancée aux artistes togolais, ont donné lieu à des conclusions confuses. Paradoxalement, ces conclusions n’ont attiré l’attention d’aucun haut fonctionnaire de l’Etat togolais sur les dérives et anomalies qui se produisent au ministère de la Culture.

Tout d’abord, la tenue même de l’atelier de validation et de l’assemblée générale semblait totalement absurde pour la simple raison qu’elle demandait à créer un statut et une mutuelle pour les artistes, alors que les intéressés n’avaient ni moyen de payer les impôts ni de cotiser. On passe encore sous silence le fait que les participants aux travaux ne sont pas représentatifs de la culture togolaise et la plupart ont été cooptés par le ministre Dosseh-Anyroh.

Ensuite, les documents émanant des travaux montrent que le ministre de la Culture, ses conseillers et les participants à cette mascarade n’ont aucune idée de la question de la culture au Togo.

Ainsi, les statuts de la MUGART sont un copier-coller des statuts de la Mutuelle générale des enseignants du Togo (MUGET), seul le terme «enseignant» a été remplacé par « artiste ». Les bureaucrates du ministère de la Culture, qui sont payés pour réfléchir, ont carrément oublié que le statut des enseignants et celui des artistes sont incompatibles. Parmi les dizaines d’absurdités, il y a par exemple l’article 40 du statut des artistes. Selon cet article, l’artiste doit faire une demande de reconnaissance adressée au ministère de la Culture, dont l’un des documents exigés est la copie légalisée des diplômes. Depuis quand a-t-on besoin de diplôme pour devenir artiste? L’article 44 exige la carte d’artiste obtenue à 10.000 FCFA, pour les créateurs et auteurs d’œuvres d’arts, et à 50.000 francs, pour les entrepreneurs culturels et promoteurs de spectacles, alors que les intéressés n’ont pas les moyens pour créer. On dit qu’on en a besoin pour toute la vie, comme si l’article ne doit et ne peut pas changer de métier.

Mélange

Enfin, l’article 55 dit que «toute œuvre littéraire et artistique d’auteurs togolais, primée à l’échelle nationale ou internationale, sera éditée par l’Etat togolais». Cela veut dire que Cola Cola Jazz de Kangni Alem ou Port-Mélo de Edem (tous deux Grand Prix littéraire d’Afrique noire), édités respectivement par les Editions Dapper et Gallimard, seront publiés par l’Etat togolais, au nom de quel droit et quelle loi du commerce, on ne sait pas.

A la vérité, cet article a été copié dans le livre vert du RPT, ce qui confirme que les documents sont un mélange de ce fameux livret et des statuts des enseignants de la MUGET. Le problème est pourtant simple. Le ministre de la Culture devrait plutôt pousser le gouvernement et le chef de l’Etat à adopter une politique culturelle qui améliorera sur le tard le sort des artistes qui pourront par conséquent avoir une mutuelle et des statuts.

Tony Féda

 

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