|
|
|
|
[N°
61: du 23 fevrier 2007] |
|
|
|
Echange inutile de communiqués : Agboyibo et Gilchrist
oublient l’essentiel |
|
Depuis
le début de la semaine, Yawovi Agboyibo et Gilchrist
Olympio sont dans une mise au vert à relent
électoraliste. Ce qui se passe entre les deux opposants
opposés ressemble plus à des calculs politiciens pour
démontrer qu’on mérite mieux la confiance des
populations. Les législatives arrivent à grands pas et
toutes les occasions sont visiblement bonnes pour
déstabiliser l’autre, fut-il un opposant populiste. Une
brouille inutile à un moment où les synergies doivent
évoluer vers la bonne organisation des législatives
futures. |
|
Le
vrai faux pas
C’est à se demander ce qui a pu piquer Madji
Agboyibo à juger de l’opportunité de répondre à une
recommandation de l’éternel opposant fabriquée
depuis le 4 février dernier, à l’issue du 2e Conseil
national de son parti. Certes, cette recommandation
lui a été adressée seulement le 16 février. Mais le
Premier ministre s’est finalement enfermé dans un
engrenage auquel il est resté fidèle à travers son
parti, le Comité d’action pour le renouveau (CAR).
En officialisant cette réaction –même si d’aucuns
pensent qu’il en a été poussé–, le leader du CAR a
du respect pour la propension à fabriquer des
communiqués. «Le CAR est un parti de communiqués.
Nous produisons et nous en produirons toujours»,
faisait remarquer entre temps l’un des
vice-présidents du parti des déshérités. A l’époque,
il fallait démentir les reproches d’un communiqué de
presse qui avait suscité le procès Agbéyomé/Agboyibo,
en relation à la tuerie de Sédomé. Le CAR mettait
directement en cause l’ancien PM Agbéyomé. Passons !
Tout concourt à dire que Madji Agboyibo ne veut pas
bien lire les actes politiques. En retournant cette
phrase du leader de l’Union des forces de
changement, «nous ne voyons pas les choses de la
même façon (que le CAR et la CDPA). Ce sont
des partis qui ont pensé à tort ou à raison qu’on
peut faire des réformes à partir de la participation
à ce Gouvernement d’union nationale. Nous, nous
croyons que le mouvement aurait été beaucoup plus
efficace à l’extérieur puisque nous ne sommes pas
liés par les responsabilités collectives. Vous ne
pouvez pas quitter un conseil des ministres et
s’amuser à critiquer ce qui a été décidé», le
service de la Primature aurait compris que le parti
de Gilchrist Olympio veut attendre son tour par une
quelconque victoire aux législatives pour pratiquer
la gestion de la chose publique. Mieux, ses
recommandations (au sens strict) peuvent ou non être
considérées et valorisées. Au terminus, l’opposant
de l’extérieur et ses préposés locaux ne seront
nullement comptables de la parfaite application de
l’Accord Politique Global. Bien qu’étant signataires
de cet Accord. Confirmation en avait été verbalement
donnée par le fils de l’indépendance lors de son
séjour.
En
mettant en emphase l’implication de «toutes les
parties signataires sans exclusive» dans la mise
en œuvre rigoureuse, transparente et consensuelle de
l’APG, l’UFC qui s’est volontairement mise à l’écart
n’a fait que tester le degré de rancœur de l’ancien
coordonnateur de la coalition.
Agboyibo a donné l’impression de s’ennuyer dans
l’approche méthodologique à piloter un Gouvernement
d’union et une période sensible et plurielle où il
faut forcément avoir de la hauteur pour contenir les
contingences et les humeurs. Ce n’est pas pour
autant dire que le chef de l’Etat, qui a aussi reçu
sa recommandation, aurait jugé inutile de provoquer
un jeu de guerre des communiqués. Une réplique à la
réponse à l’UFC était tout aussi prévisible, par
obligation de respect à un vœu d’opposant le plus
«populaire».
A
cœur joie
Les jeunes préposés locaux de Gilchrist Olympio
peuvent s’en donner à cœur joie d’avoir des
leçons à inoculer au vieil opposant de la
primature. Et des affirmations déphasées à réitérer.
«Dans votre tentative de travestir les propos du
Président national de l’UFC, il y a lieu de relever
l’amalgame que vous faites entre l’acceptation du
principe de la formation d’un gouvernement d’union
nationale dans le cadre de l’APG et l’obligation de
participer à un soi-disant gouvernement d’union
nationale qui ne reflète pas les réalités du pays.
S’agissant des besoins quotidiens des populations
que vous avez si pertinemment relevés dans le
rapport général de notre Conseil national, il vous
est loisible de vouloir endosser le bilan d’un
régime caractérisé par quarante années de
destruction de l’économie togolaise et de gâchis
dans les domaines de l’éducation, de la santé, de
l’eau, de l’énergie, des infrastructures routières»,
précise le communiqué réponse signé par le 3è
vice-président de l’UFC, Patrick Lawson.
Au-delà
Tout porte à croire que Gilchrist et ses « enfants »
d’une part, Agboyibo et ses « ouailles » de
l’autre ne comprennent pas encore les grands enjeux
actuels de notre pays. Pour les premiers, aucune
occasion n’est à rater pour signifier à l’opposant
gouvernemental qu’il n’a plus sa place au
sein du collectif d’opposants. Donc ne pouvant plus
jamais bénéficier du soutien de ses pères quoi qu’il
arrive. Et pour les derniers, il faut prouver ses
distances vis-à-vis d’un opposant extérieur
complètement en déphasage avec les réalités du
terrain. Seulement les échéances électorales
prochaines exigent plus de concentration de la part
des politiciens afin qu’elles se déroulent dans de
bonnes conditions au profit de nous tous.
Sylvestre D. |
|
|
|
Les FAT face au défi d’une mission républicaine |
|
La
semaine prochaine sera sans doute adopté par le
Parlement le projet de loi portant Statut des
personnels des Forces armées togolaises (FAT). Ce
nouveau texte qui se veut révolutionnaire, impose la
pratique républicaine aux FAT. |
|
La
longue tradition de l’armée togolaise, qui consiste
à s’impliquer –au besoin à se substituer aux
acteurs– dans la scène politique, au point d’en
faire des centaines de victimes, selon des rapports
sur les violences électorales d’avril 2005, mérite
que l’on observe un arrêt. Et de réfléchir sur le
rôle réel que les corps habillés sont appelés à
jouer dans une République. Après les événements
survenus au lendemain du décès du président
Gnassingbé Eyadema, il était temps que les FAT se
cantonnent dans leurs prérogatives. Et laisser le
terrain politique aux leaders.
Servir la nation
C’est donc logiquement que Faure Gnassingbé ait fait
des réformes de l’armée togolaise un impératif. Par
ailleurs, l’accord intervenu entre les acteurs
politiques togolais, en août 2006, recommande la
neutralité et la mise à l’écart de l’armée du débat
politique. Auparavant, le travail fait dans ce sens,
avec la collaboration d’experts en la matière, avait
abouti peu après à un avant-projet de texte sur les
corps habillés. Ce texte, voté le 9 février par le
gouvernement, précise d’emblée le rôle d’une
«armée nationale, républicaine et apolitique»
dévolu au FAT. «La mission des Forces Armées
Togolaises est de préparer et d’assurer par la force
des armes la défense de la Patrie et des intérêts
supérieurs de la Nation. Elles sont entièrement
soumises à l’autorité politique constitutionnelle
régulièrement établie. Elles exercent les missions
conformément à la constitution, aux lois et
règlements en vigueur», indique par ailleurs
l’article premier du projet de statut.
Traduction : les forces armées auront dorénavant le
devoir de se mettre au service de l’autorité
politique, quelle qu’elle soit (CAR, UFC, RPT, CPP…)
pour la défense de l’intérêt national. Pour
s’adapter à ce nouveau rôle, il semble judicieux que
le militaire se départisse de ses accointances avec
un quelconque parti. Et l’article 9 du projet de
statut des FAT essaie d’en donner des pistes :
«Les opinions ou croyances philosophiques,
religieuses ou politiques sont libres. Elles ne
peuvent cependant être exprimées qu’en dehors du
service et avec la réserve exigée par l’état
militaire». Mieux, l’article 11 «interdit aux
militaires en activité de service d’adhérer à des
groupements ou associations à caractère politique».
L’état d’esprit qui prévaut actuellement au sein des
forces armées constitue un atout certain pour le
changement attendu au sein de ce corps. L’Etat-major
général et les officiers généraux avaient, au
lendemain de la signature de l’Accord politique
global, adhéré à la politique de réforme du chef de
l’Etat. D’autre part, la hiérarchie militaire a
récemment adhéré au Programme de reforme du secteur
de la sécurité en Afrique (ASSEREP) dont le but est
d’améliorer et d’harmoniser, dans une délai de 2
ans, les relations civilo-militaires.
Jusqu’ici, l’armée togolaise est régie par une loi
du 17 juillet 1963, modifiée en 1964, mais «qui
est devenue obsolète si bien que des pratiques non
consignées dans la loi ont dû s’instaurer pour
répondre aux exigences de commandement des Forces
armées togolaises», avait expliqué le
gouvernement dans un communiqué. Vivement que les
esprits changent !
Jean Afolabi |
|
|
|
Préparatifs des législatives 2007 : Un prototype du
Kit de recensement arrive à Lomé ce week-end |
|
De sources concordantes, la délégation qui s’est
rendue depuis la semaine dernière à Kinshasa pour
étudier les modalités de l’utilisation des Kits de
recensement ayant servi en République Démocratique
du Congo devra être de retour ce week-end. Avec
l’exemplaire composé d’un ordinateur, d’un appareil
photo, d’une imprimante et d’un générateur. D’autres
inquiétudes sont dissipées car, sous la supervision
des partenaires de l’Union européenne qui avait
déployé le même matériel en RDC, les données
congolaises seront supprimées et sauvegardées
ailleurs. On peut comprendre qu’au regard du coût du
système et de l’exigence du temps, les partenaires
du processus électoral ont préféré prendre le
raccourci. Après quoi, l’ensemble des Kits (dont
chacun pèserait 25 kilos) sera acheminé sur Lomé. |
|
Visiblement, le processus électoral enclenché à la
signature de l’Accord politique global prend corps.
Avec cette acquisition qui sera soumise à
l’appréciation de l’administration électorale et de
la Commission électorale nationale indépendante (CENI),
«la date du recensement proprement dit pourra
être fixé dans un calendrier global», affirme
une source proche de la CENI.
Les 279 membres des CELI sont connus
L’institution chargée d’organiser et de superviser
les prochaines élections législatives a publié en
début de semaine la liste définitive des membres des
Commissions électorales locales indépendantes (CELI).
Au total, 279 délégués pour les 30 préfectures et
Commune de Lomé. Aux termes de l’APG, les
Commissions Electorales Locales Indépendantes sont
composées, par préfecture, de «9 membres dont 1
Magistrat, Président ès qualité; 1 désigné par le
Gouvernement (sans voix délibérative); 2 désignés
par la mouvance présidentielle (RPT) ; 5 désignés
par les 5 autres partis signataires de l’Accord-Cadre
de Lomé (CAR, CDPA, CPP, PDR, UFC) dont 1 pour
chacun.
Les membres du bureau de chaque CELI autres que le
Président sont élus par leurs pairs.
Chaque CELI est assistée dans l’accomplissement de
ses tâches par une commission technique».
Les CELI exécutent au plan local les décisions de la
CENI, supervisent les opérations électorales dans
les bureaux de vote et désignent les délégués
chargés du contrôle des opérations de vote.
On
attend la proposition d’une nouvelle date pour les
législatives. Car, tous les membres de la CENI
s’accordent à en reconnaître l’éventualité.
Pater Laté |
|
|
|
France – Afrique : L’heure des changements |
|
Le dernier sommet de Cannes, en France, a
certainement marqué l’heure des changements entre la
France et l’Afrique. On pourrait dire que la France
ne manifeste plus maintenant qu’un intérêt
intellectuel pour l’Afrique alors que les intérêts
économiques diminuent. Le Chef de l’Etat français,
jadis si prompt à lier de solides relations
amicales, semble ne plus comprendre l’Afrique
nouvelle qui est en train d’apparaître, avec de
nouveaux responsables, de nouvelles équipes. |
|
Il
faut dire que le passage de Lionel Jospin à la tête
d’un gouvernement de cohabitation n’a pas facilité
les choses. M. Jospin ne connaissait rien en Afrique
et représentait l’héritage du Président Mitterrand,
lié, lui aussi, au continent. Mais avec une vision
particulière des droits de l’homme, dans des pays où
l’essentiel est d’aller de l’avant économiquement
plutôt que s’interroger constamment sur les libertés
afin de calquer un modèle que les Européens ont mis
plus de deux siècles à se forger.
La
France, dans cette cohabitation, a perdu du temps et
de son influence en Afrique. Au moment même où le
Président Chirac s’intéressait plus à l’Asie (à
juste titre) et au monde arabe. Le continent noir en
a fait les frais.
Changements
Et
puis aussi, les bons connaisseurs du continent,
Jacques Foccart, Michel Aurillac, Maurice Ulrich,
Michel Roussin, des ambassadeurs blanchis sous le
harnois, sont sortis de l’entourage présidentiel ou
gouvernemental.
Dominique de Villepin, Jean Dupuch, Michel de
Bonnecorse tentent de pallier les pertes d’estime,
mais sans y réussir. Car ils n’ont pas le sens du
contact humain, paternaliste, au sens positif du
terme. Les stratégies mondiales doivent ici prendre
un sens concret, faire se rejoindre l’histoire et
l’économie, la politique et la santé, la bonne
volonté et les affaires. Un mélange subtil que le
Général de Gaulle, avec Foccart, avec Messmer avait
compris, tout comme Jacques Chirac l’avait
appréhendé avant qu’il ne devienne chef de l’Etat.
On
est loin maintenant des premières tournées
africaines du Président français, très vivantes,
physiques, charnelles. On l’a vu au dernier sommet
de cannes. Même quelques responsables africains
n’ont pas effectué le déplacement !
Côte d’Ivoire
Il
est vrai que la crise ivoirienne a pesé lourd dans
la balance. La France n’a pas oublié ses morts de
Bouaké. Proches du président et socialistes se
rassemblent sur ce sujet. Et se font les ennemis du
président Gabgbo, qui semble rire au nez de la
politique française en Afrique.
Il
y a de quoi. La France est impuissante au Tchad,
impuissante face au conflit du Darfour ou de la
Somalie, restrictive dans toutes ses interventions
humanitaires, financières ou militaires.
Comme l’écrit François Soudan dans Jeune Afrique, « l’heure
est à la désafricination ». Et elle a bel et
bien commencé avant 2002 et 2003 pour s’accentuer
encore cette année. En clair, la France ne semble
plus croire en l’Afrique. Cette désaffection se
situe par les transitions Giscard d’Estaing et
Mitterrand, par les gouvernements de cohabitation.
Et Chirac, plutôt africanophile, n’a pas pu remédier
aux conséquences du phénomène enclenché par ses
prédécesseurs.
L’époque où l’on pouvait écrire des thèses sur le
rôle des présidents français à la fois professeurs
d’histoire en Afrique et « représentants de
commerce » est bien révolue.
Reste maintenant à connaître l’avenir ou à tenter de
le deviner.
Présidence
On
ne peut pas dire que les discours sécuritaires du
candidat Sarkozy, ministre de l’intérieur jusqu ‘en
mars 2007, ait bien convaincu les Africains. Son
choix d’une émigration programmé en fonction des
compétences et des besoins de la France a plus
irrité que séduit.
La
méconnaissance par la candidate socialiste, Ségolène
Royal, des réalités africaines -même si elle est née
à Dakar- a surpris. Tout d’abord parce que son
principal allié dans sa campagne, Jack Lang, a
effectué son premier voyage en Algérie pour dire
tout le mal que les socialistes pensent de la
colonisation et des méfaits de la décolonisation. Et
bien sûr, il a promis de remettre en cause les
manuels d’histoire. Propos bien entendus par le
président algérien et suivi, en esprit, par le
ministre des Affaires étrangères français, Philippe
Douste-Blazy, et par le candidat UDF François
Bayrou, qui, eux aussi, ne connaissent que peu de
choses aux réalités africaines. Bref, tout le monde
se « repentit » devant une colonisation française
qui n’a rien à voir avec celle des pays investis par
l’Allemagne, le Portugal ou la Grande-Bretagne.
Voyages et avenir
Les voyages des deux candidats principaux se sont
multipliés. Mali, Bénin, Maroc, Sénégal et Algérie
font partie d’un programme devenu traditionnel.
Dans le même temps on pourra noter l’intelligence
des déplacements réalistes du président chinois ou
de ses émissaires en Afrique, dans de nombreux pays.
Les deux candidats à la présidence française ont un
sentiment commun : le françafrique, c’est terminé.
C’est un passé qu’ils ne veulent pas connaître ou
reconnaître. Ils veulent se tourner vers un avenir
qu’ils ne savent pas comment construire. Malgré des
environnements qu’ils créent tous deux.
Pour Mme Royal avec Jean-Louis Bianco, ancien
secrétaire général à l’Elysée et connaissant bien
les questions du continent, Pierre Moscovici,
secrétaire du PS aux questions internationales,
Harlem Désir, en charge des ONG et des affaires de
coopération, Bruno Rebelle, ancien responsable de
Greenpeace. Sans compter Henri Emmanuelli qui a su
tisser des liens ici avant qu’ils nuisent à sa
carrière politique.
Pour Nicolas Sarkozy, c’est plus complexe. Coincé
qu’il est entre les « vieux » françafricains et les
nouveaux, tels David Martinon, conseiller
diplomatique ou le sénégalais Yadé, chargé de la
francophonie. Et il entretient des liens personnels
avec Bongo, Sassou Nguesso. Sans compter ceux qu’il
a avec le réseau Pasqua et François Jay, devenu l’un
des responsables de l’Agence Française de
Développement.
Mais tout cela fait que dans la campagne
présidentielle française, l’Afrique est quelque peu
mise sous le coude à défaut d’être rangée dans un
placard.
L’histoire est oubliée à l’heure où l’économie
prévaut.
Investissements
La
réalité est (heureusement ou malheureusement ?)
économique. Ce qui explique la relation ambiguë de
la France avec l’Afrique distancée, il y a 30 ans,
par les Japonais et aujourd’hui prise de court par
une Chine qui a compris ses intérêts, non plus
idéologiques mais industriels. Et entre ces deux
valeurs, la France ne sait pas, ne sait plus, sur
quel pied danser. Entre les pensées « coloniales »
du général de Gaulle, père des indépendances et les
tentatives de réalisme économico-financier des
Sarkozy et Royal.
Reste à se poser la question franco-française : qui
a intérêt à venir en Afrique sub-saharienne ? Alors
que les liens sont si ténus avec l’Afrique du nord.
L’Afrique ne représente que 5% du commerce extérieur
français pratiquement à égalité avec ses
importations. Mais la France est le 1er partenaire
européen des africains.
Les Chinois ont compris que le pétrole était
gabonais, angolais, nigérian, congolais, guinéen,
que le bois était gabonais, le cacao ivoirien, le
coton malien ou burkinabé, la vanille malgache, les
poissons mauritaniens.
Mais pour les Français rien n’avance. Ils demeurent
plantés sur leurs principes.
Restent les anciens « vendeurs » : la CFAO dans le
domaine automobile et pharmaceutique à travers une
centaine de filiales, le fabriquant automobile
Peugeot, la compagnie pétrolière Total, le groupe
hôtelier Accor.
Nouveaux investisseurs
Et
ajoutons les nouveaux investisseurs, Vivendi,
Progosa, CMA-CGM, Air Liquide, etc...
Mais la question est de savoir quels sont les
emplois réellement créés ? En clair, il importe que
les compagnies implantées en Afrique, plutôt que de
faire du commerce, créent du travail. Il est
paradoxal que le Maghreb constitue le vivier
commercial de 25 000 entreprises françaises alors
qu’en 1999 le président Chirac pressentait l’Afrique
subsaharienne comme l’Asie des années 70. La France
oublie son rôle humanitaire et préfère des marchés
intéressants comme l’Afrique du Sud, le Nigeria ou
la Côte d’Ivoire ou encore le Cameroun.
Si
le marché du numérique ou de la téléphonie constitue
une belle opportunité, dynamique, intéressante, les
rapports reposent surtout sur des poids lourds tels
que Bolloré ou la CFAO.
Mais les perspectives pour quelques ambitieux
subsistent dans les pays en paix tels que le Togo.
Globalement, les importations françaises
représentent 18 000 millions d’€, les exportations
20 millions, l’Afrique du nord représente le double
de l’Afrique subsaharienne.
Surtout, il ne faudrait pas que la France perde ses
atouts historiques avec les pays d’Afrique noire
qu’elle connaît bien. Son but devrait être de donner
les moyens d’investir financièrement, de donner les
possibilités aux cadres locaux sortis de grandes
écoles d’œuvrer pour leur pays. La France s’en
sortirait grandie et elle permettrait aux pays
émergents et calmes de se développer.
Jean Afolabi |
|
|
|
Note de lecture : Histoire d’un chemin inachevé |
|
Pourquoi le Nord-Togo est-il en retard sur le
Sud ? On en trouvera quelques explications en lisant
«Le Chemin de fer pour le Nord-Togo, Histoire
inachevée» (Editions L’Harmattan, collections études
africaines, octobre 2006, 172 pages) du professeur
Pierre Ali Napo. C’est l’histoire d’un plan
développement brisé, repris, abandonné et finalement
oublié, qui commença en 1908, à l’époque allemande
quand le colonisateur a jugé bon de faire dresser
une voie de chemin de fer reliant Lomé au Nord pour
exploiter le gisement de fer de Bandjeli, dans le
Bassar. |
|
Jusqu’alors, la route et le portage humain étaient
pratiqués au Togo, et le coût économique d’un tel
moyen de transport revenait élevé et rendait les
produits peu concurrentiels, contrairement au chemin
de fer.
Déjà en 1905, les Allemands avaient construit le
chemin de fer Lomé-Aného, et en 1907, la voie
Lomé-Kpalimé, pour le transport des produits
agricoles. Ainsi, avant même l’achèvement de
Lomé-Kpalimé, les travaux ont commencé au dernier
trimestre 1908 pour atteindre Atakpamé, première
étape du projet, en mars 1911. Mais des réticences
pour raisons financières naquirent et retardèrent le
projet.
D’abord, le projet heurta l’hostilité des milieux
commerçants allemands qui craignaient l’augmentation
des impôts par la colonie pour rembourser l’emprunt.
Puis, il y a également le désintéressement de
l’entreprise qui devait exploiter le fer et qui,
jugeant l’affaire peu rentable, a préféré investir
dans l’exploitation agricole dans le Sud-ouest.
Enfin, il y eut la première guerre mondiale, le
départ des Allemands, le partage du Togo entre le
France et l’Angleterre.
Cependant, le gouverneur français Bonnecarrère
reprit le projet en 1925. En dépit de la volonté
politique de la France de rattacher le Togo au
Dahomey, en vue de satisfaire une vieille revanche
sur les Allemands, et donc de faire un chemin de fer
par la côte reliant les deux pays, Bonnecarrère
donna sa préférence à la voie du Nord.
Malheureusement, certaines circonstances vont faire
échouer le projet : la crise économique de 1929 et,
surtout, la volonté des techniciens français
d’introduire le machinisme, augmentant
considérablement les coûts des travaux. Cela
entraîna l’abandon du projet.
Après l’indépendance, le gouvernement d’Eyadema
ressuscita le projet en 1975 et voulait le réaliser
dans le cadre d’une coopération avec les pays de
l’hinterland, le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
Ce qui devait les désenclaver. Pour des raisons
inconnues, le projet connut à nouveau un échec. Même
une dernière tentative faite en solo par le Togo
échoua, à cause de l’absence de partenaires
financiers. Depuis 1985, il n’y a plus de nouvelles
du chemin de fer du Nord.
Déficit de volonté politique
En
dernière analyse, c’est bien la volonté politique
qui a manqué au projet. Aucune autre raison ne
saurait l’expliquer autrement. Il y eut l’incapacité
et la vénalité des hauts fonctionnaires togolais qui
ont fait des dépenses énormes en pures pertes pour
le projet et ne l’ont plus soutenu politiquement.
Par exemple : le service des mines avait besoin de
500 millions de francs pour faire aboutir les études
sur le minerai. Il n’en a eu que 20 millions, moins
de 5%.
Puis le manque d’ambition pour le développement
économique du Nord-Togo. Derrière le projet allemand
sur Bandjeli, se trouvait un vaste programme de
développement économique et de mise en valeur de la
vallée de l’Oti, des rivières de la Kara et de la
Kéran. Et la découverte d’autres minerais dans le
Nord ne va qu’en faveur de la réalisation de ce
projet, d’autant plus que la desserte des pays de
l’hinterland reste très coûteuse en vies humaines et
le Togo doit s’endetter chaque fois pour les travaux
de réfection de la Nationale 1.
De
toutes façons, cela ne saurait être autrement, vu
l’état de délabrement et la triste fin du chemin de
fer au Togo. Il faut croire que les décideurs ont
finalement préféré la route au chemin de fer.
Le
Chemin de fer pour le Nord-Togo
est un excellent livre, certes fastidieux pour le
lecteur ordinaire mais une mine d’informations pour
le chercheur et tous les curieux. Très détaillé, il
révèle la nature de son auteur, Pierre Ali Napo,
l’un des rares historiens à s’intéresser à l’époque
allemande qu’il trouve très foisonnante. Spécialiste
de cette époque, il a publié plusieurs travaux dont
le très célèbre «Le Togo allemand : 1884-1914»
en 1996. Germaniste, il pense que les Togolais
doivent revisiter le passé pour construire l’avenir.
Et en cela, rien ne vaut la période allemande.
Tony Feda |
|
 |
|
|
|