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L'Union

24 fevrier 2007

[ 61: du 23 fevrier 2007]  
Echange inutile de communiqués : Agboyibo et Gilchrist oublient l’essentiel

Depuis le début de la semaine, Yawovi Agboyibo et Gilchrist Olympio sont dans une mise au vert à relent électoraliste. Ce qui se passe entre les deux opposants opposés ressemble plus à des calculs politiciens pour démontrer qu’on mérite mieux la confiance des populations. Les législatives arrivent à grands pas et toutes les occasions sont visiblement bonnes pour déstabiliser l’autre, fut-il un opposant populiste. Une brouille inutile à un moment où les synergies doivent évoluer vers la bonne organisation des législatives futures.

Le vrai faux pas

C’est à se demander ce qui a pu piquer Madji Agboyibo à juger de l’opportunité de répondre à une recommandation de l’éternel opposant fabriquée depuis le 4 février dernier, à l’issue du 2e Conseil national de son parti. Certes, cette recommandation lui a été adressée seulement le 16 février. Mais le Premier ministre s’est finalement enfermé dans un engrenage auquel il est resté fidèle à travers son parti, le Comité d’action pour le renouveau (CAR). En officialisant cette réaction –même si d’aucuns pensent qu’il en a été poussé–, le leader du CAR a du respect pour la propension à fabriquer des communiqués. «Le CAR est un parti de communiqués. Nous produisons et nous en produirons toujours», faisait remarquer entre temps l’un des vice-présidents du parti des déshérités. A l’époque, il fallait démentir les reproches d’un communiqué de presse qui avait suscité le procès Agbéyomé/Agboyibo, en relation à la tuerie de Sédomé. Le CAR mettait directement en cause l’ancien PM Agbéyomé. Passons !

Tout concourt à dire que Madji Agboyibo ne veut pas bien lire les actes politiques. En retournant cette phrase du leader de l’Union des forces de changement, «nous ne voyons pas les choses de la même façon (que le CAR et la CDPA). Ce sont des partis qui ont pensé à tort ou à raison qu’on peut faire des réformes à partir de la participation à ce Gouvernement d’union nationale. Nous, nous croyons que le mouvement aurait été beaucoup plus efficace à l’extérieur puisque nous ne sommes pas liés par les responsabilités collectives. Vous ne pouvez pas quitter un conseil des ministres et s’amuser à critiquer ce qui a été décidé», le service de la Primature aurait compris que le parti de Gilchrist Olympio veut attendre son tour par une quelconque victoire aux législatives pour pratiquer la gestion de la chose publique. Mieux, ses recommandations (au sens strict) peuvent ou non être considérées et valorisées. Au terminus, l’opposant de l’extérieur et ses préposés locaux ne seront nullement comptables de la parfaite application de l’Accord Politique Global. Bien qu’étant signataires de cet Accord. Confirmation en avait été verbalement donnée par le fils de l’indépendance lors de son séjour.

En mettant en emphase l’implication de «toutes les parties signataires sans exclusive» dans la mise en œuvre rigoureuse, transparente et consensuelle de l’APG, l’UFC qui s’est volontairement mise à l’écart n’a fait que tester le degré de rancœur de l’ancien coordonnateur de la coalition.

Agboyibo a donné l’impression de s’ennuyer dans l’approche méthodologique à piloter un Gouvernement d’union et une période sensible et plurielle où il faut forcément avoir de la hauteur pour contenir les contingences et les humeurs. Ce n’est pas pour autant dire que le chef de l’Etat, qui a aussi reçu sa recommandation, aurait jugé inutile de provoquer un jeu de guerre des communiqués. Une réplique à la réponse à l’UFC était tout aussi prévisible, par obligation de respect à un vœu d’opposant le plus «populaire».

A cœur joie

Les jeunes préposés locaux de Gilchrist Olympio peuvent s’en donner à cœur joie d’avoir des leçons à inoculer au vieil opposant de la primature. Et des affirmations déphasées à réitérer. «Dans votre tentative de travestir les propos du Président national de l’UFC, il y a lieu de relever l’amalgame que vous faites entre l’acceptation du principe de la formation d’un gouvernement d’union nationale dans le cadre de l’APG et l’obligation de participer à un soi-disant gouvernement d’union nationale qui ne reflète pas les réalités du pays. S’agissant des besoins quotidiens des populations que vous avez si pertinemment relevés dans le rapport général de notre Conseil national, il vous est loisible de vouloir endosser le bilan d’un régime caractérisé par quarante années de destruction de l’économie togolaise et de gâchis dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’eau, de l’énergie, des infrastructures routières», précise le communiqué réponse signé par le 3è vice-président de l’UFC, Patrick Lawson.

Au-delà

Tout porte à croire que Gilchrist et ses « enfants » d’une part, Agboyibo et ses « ouailles » de l’autre ne comprennent pas encore les grands enjeux actuels de notre pays. Pour les premiers, aucune occasion n’est à rater pour signifier à l’opposant gouvernemental qu’il n’a plus sa place au sein du collectif d’opposants. Donc ne pouvant plus jamais bénéficier du soutien de ses pères quoi qu’il arrive. Et pour les derniers, il faut prouver ses distances vis-à-vis d’un opposant extérieur complètement en déphasage avec les réalités du terrain.  Seulement les échéances électorales prochaines exigent plus de concentration de la part des politiciens afin qu’elles se déroulent dans de bonnes conditions au profit de nous tous.

Sylvestre D.

 
Les FAT face au défi d’une mission républicaine

La semaine prochaine sera sans doute adopté par le Parlement le projet de loi portant Statut des personnels des Forces armées togolaises (FAT). Ce nouveau texte qui se veut révolutionnaire, impose la pratique républicaine aux FAT.

La longue tradition de l’armée togolaise, qui consiste à s’impliquer –au besoin à se substituer aux acteurs– dans la scène politique, au point d’en faire des centaines de victimes, selon des rapports sur les violences électorales d’avril 2005, mérite que l’on observe un arrêt. Et de réfléchir sur le rôle réel que les corps habillés sont appelés à jouer dans une République. Après les événements survenus au lendemain du décès du président Gnassingbé Eyadema, il était temps que les FAT se cantonnent dans leurs prérogatives. Et laisser le terrain politique aux leaders.

Servir la nation
C’est donc logiquement que Faure Gnassingbé ait fait des réformes de l’armée togolaise un impératif. Par ailleurs, l’accord intervenu entre les acteurs politiques togolais, en août 2006, recommande la neutralité et la mise à l’écart de l’armée du débat politique. Auparavant, le travail fait dans ce sens, avec la collaboration d’experts en la matière, avait abouti peu après à un avant-projet de texte sur les corps habillés. Ce texte, voté le 9 février par le gouvernement, précise d’emblée le rôle d’une «armée nationale, républicaine et apolitique» dévolu au FAT. «La mission des Forces Armées Togolaises est de préparer et d’assurer par la force des armes la défense de la Patrie et des intérêts supérieurs de la Nation. Elles sont entièrement soumises à l’autorité politique constitutionnelle régulièrement établie. Elles exercent les missions conformément à la constitution, aux lois et règlements en vigueur», indique par ailleurs l’article premier du projet de statut.

Traduction : les forces armées auront dorénavant le devoir de se mettre au service de l’autorité politique, quelle qu’elle soit (CAR, UFC, RPT, CPP…) pour la défense de l’intérêt national. Pour s’adapter à ce nouveau rôle, il semble judicieux que le militaire se départisse de ses accointances avec un quelconque parti. Et l’article 9 du projet de statut des FAT essaie d’en donner des pistes : «Les opinions ou croyances philosophiques, religieuses ou politiques sont libres. Elles ne peuvent cependant être exprimées qu’en dehors du service et avec la réserve exigée par l’état militaire». Mieux, l’article 11 «interdit aux militaires en activité de service d’adhérer à des groupements ou associations à caractère politique».

L’état d’esprit qui prévaut actuellement au sein des forces armées constitue un atout certain pour le changement attendu au sein de ce corps. L’Etat-major général et les officiers généraux avaient, au lendemain de la signature de l’Accord politique global, adhéré à la politique de réforme du chef de l’Etat. D’autre part, la hiérarchie militaire a récemment adhéré au Programme de reforme du secteur de la sécurité en Afrique (ASSEREP) dont le but est d’améliorer et d’harmoniser, dans une délai de 2 ans, les relations civilo-militaires.

Jusqu’ici, l’armée togolaise est régie par une loi du 17 juillet 1963, modifiée en 1964, mais «qui est devenue obsolète si bien que des pratiques non consignées dans la loi ont dû s’instaurer pour répondre aux exigences de commandement des Forces armées togolaises», avait expliqué le gouvernement dans un communiqué. Vivement que les esprits changent !

            Jean Afolabi

 
Préparatifs des législatives 2007 : Un prototype du Kit de recensement arrive à Lomé ce week-end

De sources concordantes, la délégation qui s’est rendue depuis la semaine dernière à Kinshasa pour étudier les modalités de l’utilisation des Kits de recensement ayant servi en République Démocratique du Congo devra être de retour ce week-end. Avec l’exemplaire composé d’un ordinateur, d’un appareil photo, d’une imprimante et d’un générateur. D’autres inquiétudes sont dissipées car, sous la supervision des partenaires de l’Union européenne qui avait déployé le même matériel en RDC, les données congolaises seront supprimées et sauvegardées ailleurs. On peut comprendre qu’au regard du coût du système et de l’exigence du temps, les partenaires du processus électoral ont préféré prendre le raccourci. Après quoi, l’ensemble des Kits (dont chacun pèserait 25 kilos) sera acheminé sur Lomé.

Visiblement, le processus électoral enclenché à la signature de l’Accord politique global prend corps. Avec cette acquisition qui sera soumise à l’appréciation de l’administration électorale et de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), «la date du recensement proprement dit pourra être fixé dans un calendrier global», affirme une source proche de la CENI.

Les 279 membres des CELI sont connus

L’institution chargée d’organiser et de superviser les prochaines élections législatives a publié en début de semaine la liste définitive des membres des Commissions électorales locales indépendantes (CELI). Au total, 279 délégués pour les 30 préfectures et Commune de Lomé. Aux termes de l’APG, les Commissions Electorales Locales Indépendantes sont composées, par préfecture, de «9 membres dont 1 Magistrat, Président ès qualité; 1 désigné par le Gouvernement (sans voix délibérative); 2 désignés par la mouvance présidentielle (RPT) ; 5 désignés par les 5 autres partis signataires de l’Accord-Cadre de Lomé (CAR, CDPA, CPP, PDR, UFC) dont 1 pour chacun.

Les membres du bureau de chaque CELI autres que le Président sont élus par leurs pairs.

Chaque CELI est assistée dans l’accomplissement de ses tâches par une commission technique».

Les CELI exécutent au plan local les décisions de la CENI, supervisent les opérations électorales dans les bureaux de vote et désignent les délégués chargés du contrôle des opérations de vote.

On attend la proposition d’une nouvelle date pour les législatives. Car, tous les membres de la CENI s’accordent à en reconnaître l’éventualité.

            Pater Laté

 
France – Afrique : L’heure des changements

Le dernier sommet de Cannes, en France, a certainement marqué l’heure des changements entre la France et l’Afrique. On pourrait dire que la France ne manifeste plus maintenant qu’un intérêt intellectuel pour l’Afrique alors que les intérêts économiques diminuent. Le Chef de l’Etat français, jadis si prompt à lier de solides relations amicales, semble ne plus comprendre l’Afrique nouvelle qui est en train d’apparaître, avec de nouveaux responsables, de nouvelles équipes.

Il faut dire que le passage de Lionel Jospin à la tête d’un gouvernement de cohabitation n’a pas facilité les choses. M. Jospin ne connaissait rien en Afrique et représentait l’héritage du Président Mitterrand, lié, lui aussi, au continent. Mais avec une vision particulière des droits de l’homme, dans des pays où l’essentiel est d’aller de l’avant économiquement plutôt que s’interroger constamment sur les libertés afin de calquer un modèle que les Européens ont mis plus de deux siècles à se forger.

La France, dans cette cohabitation, a perdu du temps et de son influence en Afrique. Au moment même où le Président Chirac s’intéressait plus à l’Asie (à juste titre) et au monde arabe. Le continent noir en a fait les frais.

Changements

Et puis aussi, les bons connaisseurs du continent, Jacques Foccart, Michel Aurillac, Maurice Ulrich, Michel Roussin, des ambassadeurs blanchis sous le harnois, sont sortis de l’entourage présidentiel ou gouvernemental.

Dominique de Villepin, Jean Dupuch, Michel de Bonnecorse tentent de pallier les pertes d’estime, mais sans y réussir. Car ils n’ont pas le sens du contact humain, paternaliste, au sens positif du terme. Les stratégies mondiales doivent ici prendre un sens concret, faire se rejoindre l’histoire et l’économie, la politique et la santé, la bonne volonté et les affaires. Un mélange subtil que le Général de Gaulle, avec Foccart, avec Messmer avait compris, tout comme Jacques Chirac l’avait appréhendé avant qu’il ne devienne chef de l’Etat.

On est loin maintenant des premières tournées africaines du Président français, très vivantes, physiques, charnelles. On l’a vu au dernier sommet de cannes. Même quelques responsables africains n’ont pas effectué le déplacement !

Côte d’Ivoire

Il est vrai que la crise ivoirienne a pesé lourd dans la balance. La France n’a pas oublié ses morts de Bouaké. Proches du président et socialistes se rassemblent sur ce sujet. Et se font les ennemis du président Gabgbo, qui semble rire au nez de la politique française en Afrique.

Il y a de quoi. La France est impuissante au Tchad, impuissante face au conflit du Darfour ou de la Somalie, restrictive dans toutes ses interventions humanitaires, financières ou militaires.

Comme l’écrit François Soudan dans Jeune Afrique, « l’heure est à la désafricination ». Et elle a bel et bien commencé avant 2002 et 2003 pour s’accentuer encore cette année. En clair, la France ne semble plus croire en l’Afrique. Cette désaffection se situe par les transitions Giscard d’Estaing et Mitterrand, par les gouvernements de cohabitation. Et Chirac, plutôt africanophile, n’a pas pu remédier aux conséquences du phénomène enclenché par ses prédécesseurs.

L’époque où l’on pouvait écrire des thèses sur le rôle des présidents français à la fois professeurs d’histoire en Afrique et « représentants de commerce » est bien révolue.

Reste maintenant à connaître l’avenir ou à tenter de le deviner.

Présidence

On ne peut pas dire que les discours sécuritaires du candidat Sarkozy, ministre de l’intérieur jusqu ‘en mars 2007, ait bien convaincu les Africains. Son choix d’une émigration programmé en fonction des compétences et des besoins de la France a plus irrité que séduit.

La méconnaissance par la candidate socialiste, Ségolène Royal, des réalités africaines -même si elle est née à Dakar- a surpris. Tout d’abord parce que son principal allié dans sa campagne, Jack Lang, a effectué son premier voyage en Algérie pour dire tout le mal que les socialistes pensent de la colonisation et des méfaits de la décolonisation. Et bien sûr, il a promis de remettre en cause les manuels d’histoire. Propos bien entendus par le président algérien et suivi, en esprit, par le ministre des Affaires étrangères français, Philippe Douste-Blazy, et par le candidat UDF François Bayrou, qui, eux aussi, ne connaissent que peu de choses aux réalités africaines. Bref, tout le monde se « repentit » devant une colonisation française qui n’a rien à voir avec celle des pays investis par l’Allemagne, le Portugal ou la Grande-Bretagne.

Voyages et avenir

Les voyages des deux candidats principaux se sont multipliés. Mali, Bénin, Maroc, Sénégal et Algérie font partie d’un programme devenu traditionnel.  Dans le même temps on pourra noter l’intelligence des déplacements réalistes du président chinois ou de ses émissaires en Afrique, dans de nombreux pays.

Les deux candidats à la présidence française ont un sentiment commun : le françafrique, c’est terminé. C’est un passé qu’ils ne veulent pas connaître ou reconnaître. Ils veulent se tourner vers un avenir qu’ils ne savent pas comment construire. Malgré des environnements qu’ils créent tous deux.

Pour Mme Royal avec Jean-Louis Bianco, ancien secrétaire général à l’Elysée et connaissant bien les questions du continent, Pierre Moscovici, secrétaire du PS aux questions internationales, Harlem Désir, en charge des ONG et des affaires de coopération, Bruno Rebelle, ancien responsable de Greenpeace. Sans compter Henri Emmanuelli qui a su tisser des liens ici avant qu’ils nuisent à sa carrière politique.

Pour Nicolas Sarkozy, c’est plus complexe. Coincé qu’il est entre les « vieux » françafricains et les nouveaux, tels David Martinon, conseiller diplomatique ou le sénégalais Yadé, chargé de la francophonie. Et il entretient des liens personnels avec Bongo, Sassou Nguesso. Sans compter ceux qu’il a avec le réseau Pasqua et François Jay, devenu l’un des responsables de l’Agence Française de Développement.

Mais tout cela fait que dans la campagne présidentielle française, l’Afrique est quelque peu mise sous le coude à défaut d’être rangée dans un placard.

L’histoire est oubliée à l’heure où l’économie prévaut.

Investissements

La réalité est (heureusement ou malheureusement ?) économique. Ce qui explique la relation ambiguë de la France avec l’Afrique distancée, il y a 30 ans, par les Japonais et aujourd’hui prise de court par une Chine qui a compris ses intérêts, non plus idéologiques mais industriels. Et entre ces deux valeurs, la France ne sait pas, ne sait plus, sur quel pied danser. Entre les pensées « coloniales » du général de Gaulle, père des indépendances et les tentatives de réalisme économico-financier des Sarkozy et Royal.

Reste à se poser la question franco-française : qui a intérêt à venir en Afrique sub-saharienne ? Alors que les liens sont si ténus avec l’Afrique du nord.

L’Afrique ne représente que 5% du commerce extérieur français pratiquement à égalité avec ses importations. Mais la France est le 1er partenaire européen des africains.

Les Chinois ont compris que le pétrole était gabonais, angolais, nigérian, congolais, guinéen, que le bois était gabonais, le cacao ivoirien, le coton malien ou burkinabé, la vanille malgache, les poissons mauritaniens.

Mais pour les Français rien n’avance. Ils demeurent plantés sur leurs principes.

Restent les anciens « vendeurs » : la CFAO dans le domaine automobile et pharmaceutique à travers une centaine de filiales, le fabriquant automobile Peugeot, la compagnie pétrolière Total, le groupe hôtelier Accor.

Nouveaux investisseurs

Et ajoutons les nouveaux investisseurs, Vivendi, Progosa, CMA-CGM, Air Liquide, etc...

Mais la question est de savoir quels sont les emplois réellement créés ? En clair, il importe que les compagnies implantées en Afrique, plutôt que de faire du commerce, créent du travail. Il est paradoxal que le Maghreb constitue le vivier commercial de 25 000 entreprises françaises alors qu’en 1999 le président Chirac pressentait l’Afrique subsaharienne comme l’Asie des années 70. La France oublie son rôle humanitaire et préfère des marchés intéressants comme l’Afrique du Sud, le Nigeria ou la Côte d’Ivoire ou encore le Cameroun.

Si le marché du numérique ou de la téléphonie constitue une belle opportunité, dynamique, intéressante, les rapports reposent surtout sur des poids lourds tels que Bolloré ou la CFAO.

Mais les perspectives pour quelques ambitieux subsistent dans les pays en paix tels que le Togo.

Globalement, les importations françaises représentent 18 000 millions d’€, les exportations 20 millions, l’Afrique du nord représente le double de l’Afrique subsaharienne.

Surtout, il ne faudrait pas que la France perde ses atouts historiques avec les pays d’Afrique noire qu’elle connaît bien. Son but devrait être de donner les moyens d’investir financièrement, de donner les possibilités aux cadres locaux sortis de grandes écoles d’œuvrer pour leur pays. La France s’en sortirait grandie et elle permettrait aux pays émergents et calmes de se développer.

            Jean Afolabi

 
Note de lecture : Histoire d’un chemin inachevé

Pourquoi le Nord-Togo est-il en retard sur le Sud ? On en trouvera quelques explications en lisant «Le Chemin de fer pour le Nord-Togo, Histoire inachevée» (Editions L’Harmattan, collections études africaines, octobre 2006, 172 pages) du professeur Pierre Ali Napo. C’est l’histoire d’un plan développement brisé, repris, abandonné et finalement oublié, qui commença en 1908, à l’époque allemande quand le colonisateur a jugé bon de faire dresser une voie de chemin de fer reliant Lomé au Nord pour exploiter le gisement de fer de Bandjeli, dans le Bassar.

Jusqu’alors, la route et le portage humain étaient pratiqués au Togo, et le coût économique d’un tel moyen de transport revenait élevé et rendait les produits peu concurrentiels, contrairement au chemin de fer.

Déjà en 1905, les Allemands avaient construit le chemin de fer Lomé-Aného, et en 1907, la voie Lomé-Kpalimé, pour le transport des produits agricoles. Ainsi, avant même l’achèvement de Lomé-Kpalimé, les travaux ont commencé au dernier trimestre 1908 pour atteindre Atakpamé, première étape du projet, en mars 1911. Mais des réticences pour raisons financières naquirent et retardèrent le projet.

D’abord, le projet heurta l’hostilité des milieux commerçants allemands qui craignaient l’augmentation des impôts par la colonie pour rembourser l’emprunt. Puis, il y a également le désintéressement de l’entreprise qui devait exploiter le fer et qui, jugeant l’affaire peu rentable, a préféré investir dans l’exploitation agricole dans le Sud-ouest. Enfin, il y eut la première guerre mondiale, le départ des Allemands, le partage du Togo entre le France et l’Angleterre.

Cependant, le gouverneur français Bonnecarrère reprit le projet en 1925. En dépit de la volonté politique de la France de rattacher le Togo au Dahomey, en vue de satisfaire une vieille revanche sur les Allemands, et donc de faire un chemin de fer par la côte reliant les deux pays, Bonnecarrère donna sa préférence à la voie du Nord.

Malheureusement, certaines circonstances vont faire échouer le projet : la crise économique de 1929 et, surtout, la volonté des techniciens français d’introduire le machinisme, augmentant considérablement les coûts des travaux. Cela entraîna l’abandon du projet.

Après l’indépendance, le gouvernement d’Eyadema ressuscita le projet en 1975 et voulait le réaliser dans le cadre d’une coopération avec les pays de l’hinterland, le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Ce qui devait les désenclaver. Pour des raisons inconnues, le projet connut à nouveau un échec. Même une dernière tentative faite en solo par le Togo échoua, à cause de l’absence de partenaires financiers. Depuis 1985, il n’y a plus de nouvelles du chemin de fer du Nord.

Déficit de volonté politique

En dernière analyse, c’est bien la volonté politique qui a manqué au projet. Aucune autre raison ne saurait l’expliquer autrement. Il y eut l’incapacité et la vénalité des hauts fonctionnaires togolais qui ont fait des dépenses énormes en pures pertes pour le projet et ne l’ont plus soutenu politiquement. Par exemple : le service des mines avait besoin de 500 millions de francs pour faire aboutir les études sur le minerai. Il n’en a eu que 20 millions, moins de 5%.

Puis le manque d’ambition pour le développement économique du Nord-Togo. Derrière le projet allemand sur Bandjeli, se trouvait un vaste programme de développement économique et de mise en valeur de la vallée de l’Oti, des rivières de la Kara et de la Kéran. Et la découverte d’autres minerais dans le Nord ne va qu’en faveur de la réalisation de ce projet, d’autant plus que la desserte des pays de l’hinterland reste très coûteuse en vies humaines et le Togo doit s’endetter chaque fois pour les travaux de réfection de la Nationale 1.

De toutes façons, cela ne saurait être autrement, vu l’état de délabrement et la triste fin du chemin de fer au Togo. Il faut croire que les décideurs ont finalement préféré la route au chemin de fer.

Le Chemin de fer pour le Nord-Togo est un excellent livre, certes fastidieux pour le lecteur ordinaire mais une mine d’informations pour le chercheur et tous les curieux.  Très détaillé, il révèle la nature de son auteur, Pierre Ali Napo, l’un des rares historiens à s’intéresser à l’époque allemande qu’il trouve très foisonnante. Spécialiste de cette époque, il a publié plusieurs travaux dont le très célèbre «Le Togo allemand : 1884-1914» en 1996. Germaniste, il pense que les Togolais doivent revisiter le passé pour construire l’avenir. Et en cela, rien ne vaut la période allemande.

            Tony Feda

 

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