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L'Union

17 fevrier 2007

[ 60: du 16 fevrier 2007]  
Elections législatives : Des divergences autour d’une nouvelle date consensuelle

Tous les membres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’accordent à programmer un «report» des législatives anticipées au regard de la date du 24 juin préalablement fixée par l’institution d’organisation et de supervision du scrutin. «Vu le temps qui nous reste et par rapport aux tâches à réaliser, on ne peut pas aller aux élections en juin», nous confie un membre de l’institution que nous avons rencontré hier. Selon cette même source, les travaux de la CENI évoluent néanmoins à grands pas depuis que la voie a été ouverte par l’adoption du nouveau code électoral. Rappelons que ni le règlement intérieur de fonctionnement de l’équipe à Potopéré Tozim ni le chronogramme général de l’élection ne sont encore connus.

Mais des divergences s’éclatent dès qu’il s’agit de fixer voire envisager une nouvelle date. Puisque la CENI, parallèlement aux soucis techniques, finalise le programme global du processus en cours. Trois positions s’affrontent.

Pour la première, il ne faut nullement se mettre la pression en proposant une date qui ne sera plus respectée. «Même à notre propre niveau, on avait perdu à ne rien faire alors qu’il y a des préliminaires à exécuter. Donc, on croit que le mois d’août est trop juste, mais on peut revoir». Ici et maintenant, on ne semble pas être talonné par le mandat finissant des actuels députés. On préfère recommander la prudence par rapport aux violences électorales dont la source est la mauvaise préparation. «Vaut mieux s’entendre entre nous pour la première fois et rester dans la dynamique consensuelle de l’Accord politique global», conseille-t-on.

Un argument que balaie une autre position qui voudrait plutôt avoir à l’esprit que les législatives restent «anticipées». C’est dire qu’un report élastique serait de trop, surtout que tout se met en branle pour être déjà dans le temps. Pour les tenants de cette argumentation, on ne doit pas être dans la logique d’un report à quatre mois d’une échéance respectable. Et un mois suffit pour procéder au nouveau recensement électoral. N’empêche. Un report d’au plus deux semaines reste l’idéal.

Plus qu’une force tampon, le troisième courant d’idées ne veut point rentrer dans un conflit de date. Il vaut mieux être réaliste et tenir compte de la disponibilité des partenaires extérieurs et du gouvernement. C’est ici qu’on annonce que depuis lundi, le ministre Gilbert Bawara est à Kinshasa, en République démocratique du Congo, pour solliciter le matériel qui a servi à organiser la présidentielle dans ce pays. Notons que le système du Kit, qu’on veut tester au Togo, a été la méthode employée en RDC. Composé d’un ordinateur, d’un appareil photo, d’une imprimante et d’un générateur, il permet d’informatiser l’identité de l’électeur et évite les inscriptions multiples. Par cette mission à relent électoraliste, il va falloir outre mesure emprunter l’expertise congolaise en terme humain afin de soutenir les séances de formation interne au programme de la CENI.

Vivement que le consensus se dégage pour autoriser les partis politiques à déployer leurs manières dolosives de campagne. Et préparer les mentalités à se faire violence pour exercer au moment opportun le droit de vote.

Sylvestre D.

 
24e Sommet France-Afrique : Vers la fin de relations controversées

Le 24e sommet Afrique-France s’achève aujourd’hui à Cannes, dans les Alpes-Maritimes françaises, en présence d’une trentaine de dirigeants africains, venus notamment faire leurs adieux au président français Jacques Chirac, proche d’une Afrique francophone où l’influence de Paris s’est réduite.

Jacques Chirac ne pouvait rêver mieux de boucler ses deux mandats, en recevant, à quelques semaines de sa sortie probable de scène, une trentaine de ses collègues africains à Cannes, au sud de la France, pour le compte du 24e sommet France-Afrique. Consacré à «l’Afrique et l’équilibre du monde», ce sommet de deux jours a abordé largement le dossier des matières premières, dont le continent regorge et qui font l’objet d’une âpre compétition et d’une offensive d’envergure de la Chine.

Mais ce 24e sommet, note l’AFP, sera avant tout celui des adieux de M. Chirac à l’Afrique et à bon nombre de dirigeants avec qui il a tissé des relations étroites, et parfois controversées, tels qu’avec Omar Bongo Ondimba (Gabon), doyen des chefs d’Etats africains, au pouvoir depuis 1967, Paul Biya (Cameroun), Idriss Deby Itno (Tchad) et Denis Sassou Nguesso (Congo). Des relations de plus en plus critiquées par une classe dirigeante montante sur le continent noir.

Fini la France des réseaux !

Le président togolais, Faure Gnassingbé, exprimait récemment dans une interview à Jeune Afrique son souhait de voir se tisser entre le continent et la France une relation de franc partenariat, d’égal à égal. En substance, Faure s’inscrivait contre la France des « réseaux », contre une France paternaliste, qui doit décider de la conduite des gouvernements dans son giron. A l’heure de la mondialisation, ces réseaux sont à coup sûr un obstacle à l’intégration de l’Afrique.

«Je sais qu’elle porte en elle un dynamisme exceptionnel. J’ai confiance dans son avenir car j’ai la conviction que l’Afrique nouvelle est en marche», disait le président français à l’ouverture du sommet hier, ajoutant que «pour la France, l’Afrique ne sera jamais un partenaire comme un autre». Jacques Chirac a beau se poser en fidèle et avocat du continent, il n’en demeure pas moins que son pays, ainsi que ceux de l’Union européenne continuent par subventionner leurs agriculteurs, et asphyxie les producteurs de coton africains. Il n’en demeure pas moins que les partenariats commerciaux sont encore défavorables au continent. Malgré qu’elle détienne le tiers des réserves minérales de la planète, l’Afrique ploie inexorablement sous la dette et s’illustre dans la pauvreté. Et pourtant, ce n’est pas l’envie de changer et de se moderniser qui manque au continent.

La France va connaître en mai une nouvelle génération de dirigeants avec la présidentielle. Qu’elle soit de droite ou de gauche, cette classe aura intérêt à revoir ses rapports avec le continent africain. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, deux des candidats à cette présidentielle, ont promis une nouvelle politique concernant l’Afrique, fondée sur plus de transparence. Il y a en tout cas une évidence, c’est que le prochain président français aura du mal à s’imposer à des dinosaures et des barons des relations franco-africaines comme Omar Bongo Ondimba, au pouvoir depuis 1967, Paul Biya, Idriss Deby Itno et Denis Sassou Nguesso.

Jean Afolabi

 
Togo : La fabrication d’armes légères est une vivante réalité

Le Togo participe à l’exécution du projet intitulé : Régime de Transparence et de Contrôle des Armes Légères et de Petits Calibre en Afrique (SATCRA). Conçu par le Département des Affaires de désarmement des Nations unies, il vise à encourager les Etats africains touchés par le problème de la prolifération des armes légères et de petit calibre à instaurer et à promouvoir la transparence en fournissant des données et des informations relatives à la fabrication, la circulation et le stockage des armes légères.

Le projet SATCRA (Small Arms Transparency and Control Regime in Africa) s’inscrit notamment dans le cadre de la mise en œuvre de la Déclaration de Bamako sur une Position Africaine Commune sur la Prolifération, la Circulation et le Trafic illicites des Armes légères adopté en décembre 2000. C’est dans ce cadre que, conjointement avec la Commission nationale de lutte contre la prolifération illicite des armes légères, une étude a été menée en 2005 dans 9 pays africains, dont le Togo, en vue de répertorier les fabricants locaux d’armes légères de petit calibre, tant publics que privés, afin de réguler tant que faire se peut la fabrication de cette catégorie d’armes.

Le document final, intitulé «Inventaire des capacités nationales de production d’armes», publié en octobre 2006 par le Centre régional pour la paix et le désarmement en Afrique (dont le siège est à Lomé), démontre à suffisance que la fabrication d’armes légères est une réalité vivante au Togo. Il faut retenir, de manière générale, que tout forgeron est un fabricant potentiel d’arme. Il peut démonter et réparer toute arme. Il peut en fabriquer s’il dispose des matériaux nécessaires, souligne l’inventaire. Mais le projet SATCRA a permis de répertorier officiellement, du moins provisoirement, 63 fabricants d’armes légères au Togo. Provisoirement, parce que la situation politique du pays en 2005 était des plus explosives et, de ce fait, avait créé une certaine méfiance au niveau des fabricants, dont la plupart ont dû même fuir le pays.

La palme au sud

La région méridionale du pays (surtout au sud-ouest) est la région cible de la pléthore des fabricants et de la circulation anarchique des armes à feu. Sur un total de 63 fabricants recensés à travers le pays, une trentaine résident au sud du pays, fabriquant, à eux seuls, les trois cinquièmes (3/5) des armes annuellement produites. L’inventaire note qu’au sein de chaque famille dans la région du sud-ouest du pays, il y a au moins une arme à feu non encore déclarée. Dans la seule région des Plateaux, 30 fabricants ont été répertoriés, et ce malgré les réticences. Les autorités locales ont déclaré que compte tenu des événements d’avril 2005 dans leurs localités, les fabricants d’armes se sont évaporés dans la nature. Ceux qui ne se sont pas enfuis ont tout simplement refusé de se déclarer et ont détruit leur atelier.

Les spécialités de la région sont les fusils de traite, les pistolets de calibre 8 et 12, les simplexes, les duplexes… et même les pistolets sophistiqués à plusieurs coups. A Anié, Kodjo Gbodo, 49 ans et bachelier technique en ferraillage, a déclaré être en mesure de fabriquer des cartouches. La proximité avec le Ghana, où les techniques sont plus sophistiquées, engendre en permanence chez les fabricants une émulation. Les produits sont livrés à un prix variant entre 5000 francs et 70 000 francs, selon la qualité. Les clients sont habituellement des chasseurs, des éleveurs peuhls nomades, mais parfois aussi des délinquants.

La situation n’est guère luisante au nord, où la région des Savanes mène la troupe avec 11 fabricants officiellement déclarés. Les spécialités sont des fusils semi traditionnels, ainsi que des pistolets de calibre 8, vendus à 35 000 francs et les calibres 12, vendus à 70 000 francs.  Les munitions proviennent régulièrement du Ghana, et les clients sont pour la plupart les peulhs nomades du Burkina et du Niger. Constat : les fabricants locaux sont présents à travers tout le pays.

D’une manière générale, note le document, les facteurs déterminants de production d’armes légères au Togo sont souvent liés à la tradition : l’existence de castes socioprofessionnelles de forgerons ; la tradition de chasse dans certaines zones (Bandjéli, Tohoun, etc.) ; la tradition guerrière (Dankpen, Ogou, etc.) ; la valeur épistémologique rattachée au port d’armes dans certaines cultures ; l’existence du commerce spécifique des armes autrefois florissant.

Eviter le désordre

Il n’est point étonnant de constater que le grand banditisme tend à devenir un sport national. Et les délinquants sont de plus en plus munis d’armes à feu de fabrication locale, bien qu’il est constaté que le flux d’armes venues de l’extérieur est considérable. Du côté des fabricants, il est évident que «la fin de la profession n’est pas pour demain car, celle-ci se transmet de père en fils et les apprentis ainsi formés aujourd’hui deviendront les maîtres de demain», fait remarquer l’inventaire. Mais la répression pure et simple ne saurait constituer une solution.

Pour éviter le désordre, conseille l’inventaire sur les armes légères, l’une des solutions serait d’instaurer un ou deux regroupements de l’ensemble des fabricants pour revaloriser cette technicité de la fabrique des armes à feu. Et l’inventaire de l’effectif des fabricants devra être un processus continu dans le temps et dans l’es pace. La régulation de la fabrication locale des armes à feu mettrait un frein à leur circulation anarchique, à condition que le flux venant de l’extérieur soit également jugulé.

La mise en place de patrouilles et surtout de patrouilles mixtes interétatiques s’avère plus que judicieuse et impérative. Car, le flux d’armes venues de l’extérieur est considérable. Ces armes arrivent principalement du Ghana, du Burkina, du Nigeria via le Bénin, du Mali, des zones en guerre ou en cessation de guerre après le processus du DDR (Désarmement – Démobilisation - Réinsertion).

Jean Afolabi

 

 

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