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[N°
58: du 9 fevrier 2007] |
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Football / Togo 2 - Cameroun 2 : Des retrouvailles
sur fond de déception |
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Un nul triste pour les Togolais. Le public du stade
de Kégué est reparti avec un sentiment de déception.
Déception parce que face aux Lions Indomptables, les
Eperviers avaient un gros coup à jouer. Mais ce gros
coup, la bande au sélectionneur Stephen Keshi l'a
gâché à l'ultime minute de la partie en encaissant
un but qu'il ne fallait pas prendre à ce moment
précis. |
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Les enjeux de la rencontre sont énormes pour les
deux équipes nationales qui se retrouvent un peu
plus d'un an après leur dernière confrontation lors
de la phase finale de Coupe d'Afrique des Nations
2006, où les Lions avaient battu les Eperviers sur
deux réalisations de Eto'o et de Douala. Il s'agit
pour les deux équipes nationales de jauger leurs
forces dans l'optique de la troisième journée des
éliminatoires de la CAN 2008. Mais particulièrement
pour les Eperviers, cette rencontre marque le retour
du sélectionneur Stephen Keshi, un an après son
limogeage du poste de sélectionneur national et le
premier match organisé par le nouveau bureau de la
Fédération togolaise de football élu le 09 janvier
dernier.
Les forces en présence
Côté joueurs togolais, il y a bien eu quelques
absences notables : celles des milieux Alaixys Romao
dont l'absence s'est ressentie dans la bataille du
milieu et de Kaka Aziawonou. Senaya Junior qui, lui,
a fait le déplacement n'a pu être aligné pour cause
de blessure à l'entraînement. Le reste du groupe
était bien là : Kossi Agassa (Hercules alicantes
/D2 Espagne), Daré Nibombe (Raec Mons / D1
Belgique), Eric Akoto (AK Graz / D1 Autriche),
Massamasso Tchangaï (AL Nasr/ D1 Arabie Saoudite),
Zanzan Atte Oudeyi (Lockeren/ D1 Belgique), Emmanuel
Mathias(EL Gaouafel sportif de Gafsa/ D1 Tunisie),
Gafar Mama(F.C Sherrif Tiraspol / D1 Moldavie), Yao
Sénaya(Y F Juventus / D2 Suisse), Paul Adado(As Doxa
Dramas / D2 Grèce), Moustapha Salifou(F.C Will / D2
Suisse), Oloufadé Adekanmi(FC La Gantoise / D1
Belgique), -Abdel Kader Coubadja-Toure (Guingamp /
D2 France), Sheyi Emmanuel Adébayor (Arsenal / D1
Angleterre).
Côté camerounais, 3 joueurs issus du championnat
national de D1 notamment Banaken Armand (Union
Sportive Douala, Cameroun), Fomen Charly (Mount
Cameroon FC, Cameroun) et Ambane Francis (Impôts FC,
Cameroun) ont fait le déplacement en compagnie des
entraîneurs Jules Nyongha et Thomas Nkono pour
prendre part à cette rencontre.
Annoncée au départ pour faire partie de la
sélection, six joueurs camerounais sont forfaits
pour diverses raisons. Idrissou Mohamadou, Saidou
Alioum, et Jean II Makoun sont blessés, Jacques
Elong Elong et Benoît Angbwa n'ont pu faire le
déplacement faute de visa d'entrée en France. Seule
l'absence de Pierre Wome Nlend reste injustifiée.
Cela dit, des joueurs comme le gardien Idriss Carlos
Kameni (Espanyol, Espagne), Achille Webo (Ossasuna,
Espagne), Geremi Njitap (Chelsea, Angleterre),
Rigobert Song (Galatassaray, Turquie) et Daniel Ngom
Kome (Real Majorque, Espagne) étaient présents.
A
chacun sa mi-temps
Le Togo aura dominé la 1ere manche. A la joie de
jouer de Shéyi Adebayor et de Olufadé Adekambi en
attaque, répondait la hargne de défendre de Tchangaï
Massamasso qui empêchait Daniel Ngom Komé de réussir
ses centres. Daré de son côté, comme la tour de
contrôle régulait le jeu avec l'aide de Senaya Yao
et de Mama Gafar très teigneux dans son couloir.
C'est bien une très bonne équipe togolaise qui a
tenu la dragée haute aux Lions, réussissant même à
inscrire 2 deux (Olufadé Adékambi (25e), Emmanuel
Adébayor (40e)) au gardien Carlos Kameni peu aidé
par une défense fébrile. Mais Shéyi et les siens
vont sombrer en deuxième partie. La faute à un
relâchement au niveau de la défense et surtout à
l'inexistence du milieu. L'équipe de Keshi a encore
prouvé comme par le passé son inconstance dans le
jeu. Des carences auxquelles l'ancien nouveau
sélectionneur doit corriger.
Capitaine Rigobert Song et ses coéquipiers avaient
mis du temps à rentrer dans la partie. " Nous sommes
peut-être une équipe qui a des difficultés pour
démarrer un match. Mais nous savons bien construire,
ne pas paniquer et prendre notre temps pour faire de
bonnes choses ", explique l'entraîneur Jules Nyongha.
Pratiquement absents lors de la première mi-temps en
dehors de ce but sauvé sur la ligne togolaise par
Tchangaï, les Lions font quelques changements. Et le
jeu s'en ressent Ménée au score 2 buts à 0, l'équipe
dirigée de Jules Nyongha et Thomas Nkono a joué son
va-tout, malgré les absences des ténors que sont
Makoun, Eto'o, Womé, etc. Pierre Boya se charge dans
un premier temps de réduire le score à la 65e mn
après un bon mouvement avec Ngom Kome et Landry
Nguémo. Avant que Daniel Ngom Komé n'égalise dans
l'ultime minute.
" C'est un grand match entre les deux équipes
africaines. Le sort a voulu que ce soit un match
nul. Mais je pense que n'importe laquelle des deux
équipes aurait pu l'emporter ", ajoute l'entraîneur
camerounais. Même si les Lions ont eu plus de quatre
occasions, les Eperviers, eux, avaient eu l'occasion
de mener au score pendant les soixante premières
minutes. Ils auraient pu conserver le score à 2-1.
Mais se faire rejoindre sur le fil, c'est toute la
déception des Togolais.
Gilles Vévey |
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Séjour au pays natal : Gilchrist, plus roitelet que le
roi |
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Les
3 et 4 février 2007, le Conseil national de l’Union des
forces de changement (UFC) a tenu son pari. Au-delà du
clinquant rapport général de dix pages, l’assise a permis
à Gilchrist Olympio de remettre à jour son inconscient,
mieux, de confirmer ce qu’il a toujours pensé et
extériorisé. Il est resté égal à lui-même au finish. Et
tout semble dire que le maestro Olympio et Cie sont loin
de se tailler une véritable référence en matière
politique. La désinvolture du chef mythique l’aura
finalement descendu de son piédestal de «roi né». |
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Le
lourd tribut d’un choix inné
Il
est illusoire de confirmer que le parti du fils de
l’indépendance regrette son acte de boycott du
Gouvernement d’union. Au regard des multiples
masturbations intellectuelles radiotélévisées des
valets locaux de l’éternel opposant jusqu’à cet
autre retour triomphal sans triomphe. En déclarant
in extenso qu’il a préféré dès le début se mettre en
marge du gouvernement pour mieux porter son combat
oppositionnel, le leader de l’UFC a été plus
honnête. En bon berger opposant (il en a les
chromosomes), il ne veut point renoncer à son vœu de
chasteté d’opposant du fils de Sylvanus. Même s’il
ne sait pas toujours depuis plus de quatre décennies
comment le farouche nationaliste a été assassiné.
Passons. On peut comprendre les revendications
«fantaisistes» en ce que les ministres UFC
devraient être plus privilégiés que le chef de
l’Etat ou que le parti exigeait des postes de
souveraineté comme la défense ou la sécurité, les
finances, …
L’autre bonne foi (encore que) aura été de clamer
devant la presse qu’il n’avait jamais su se rendre à
Abuja, au lendemain de la présidentielle de 2005,
pour principalement rencontrer Faure Gnassingbé
après avoir tenu à informer ses pairs de la
coalition de tous les détails du voyage. Et
pourtant, c’est par les médias étrangers que les
opposants locaux dont les préposés de l’UFC
eux-mêmes ont appris en live la nouvelle. La base
oppositionnelle de Lomé se demandait à n’en finir ce
que les deux fils héros négociaient en douce.
Le lourd tribut d’un choix bien réfléchi se
conforte. Selon une confidence de la jeunesse du
Comité d’action pour le renouveau (CAR, opposition à
la primature), le parti n’est plus prêt à assumer le
rôle de second plan et l’hypothèse d’une future
alliance n’est point envisageable. Ici, on compte
dépasser l’exploit de 1994 et être courtisé. A
défaut d’un compromis avec le RPT imbibé du vrai
renouveau… Quid de la CDPA (opposition au
gouvernement) de Léopold Gnininvi toujours
calculateur et indécis qui nourrit l’antipathie
viscérale au système RPT. A moins que les mentalités
changent et que le refrain «démocratie d’abord,
multipartisme après» soit maîtrisée de tous.
Un
APG compris en diagonal
«Le conseil national s’étonne de ce que les
principales réformes institutionnelles recommandées
par l’APG n’ont encore reçu aucun début d’exécution.
Il s’agit entre autres de la réforme de la Cour
constitutionnelle, de la réforme de l’armée»,
précise la page 3 du rapport général. A cette fibre,
l’UFC s’en tient comme à un trophée de guerre hérité
des nationalistes. C’est à se demander si le parti a
encore convenu sur ce point d’un accord secret. Pis
est, il la lie à une organisation parfaite du
scrutin législatif.
Le
point 3.2 de l’Accord politique global stipule :
«Les Parties prenantes au Dialogue National,
engagent le Gouvernement à étudier les propositions
de révision constitutionnelle, notamment: le régime
politique, la nomination et les prérogatives du
Premier Ministre, les conditions d’éligibilité du
Président de la République, la durée et la
limitation du mandat présidentiel, l’institution
d’un Sénat, la réforme de la Cour Constitutionnelle.
Le Gouvernement prendra en charge ces propositions
pour la prochaine législature».
Il
est connu que c’est la bande à Atsou Koffi Améga qui
attestera les résultats définitifs des législatives
anticipées. Et l’institution ne peut sous aucun
prétexte remettre à plat les résultats fiables à
elle transmis par les membres de la Commission
électorale. Et en fabriquer d’autres. Par le passé,
l’organe de contrôle de constitutionnalité a fait
nourrir des suspicions à son égard. Qu’à cela ne
tienne. On peut valablement dire que l’APG, en
citant nommément après des débats intenses, a voulu
pour l’heure contourner la guéguerre en instaurant
un gouvernement où toutes les parties signataires
devront s’entendre sur les contours d’une élection
acceptable par tous ou la majorité. Et ceci se
discute loyalement au gouvernement.
Car les «réformes restent toujours inscrites dans
la durée», pour reprendre le patron de l’UFC
devant les journalistes à Lomé. Le parti ne peut
aujourd’hui feindre de n’avoir pas bien compris
cette clause de l’APG : «Compte tenu du rôle
déterminant de l’Assemblée Nationale pour la
crédibilité des institutions démocratiques, la
poursuite des réformes constitutionnelles et
l’enracinement de l’Etat de droit, les parties
s’engagent à créer les conditions qui garantiront
des élections libres, ouvertes et transparentes».
Allusion est ainsi faite à la mise en place d’une
nouvelle Assemblée Nationale à l’issue d’un
processus électoral transparent, juste et
démocratique. Une législature qui exécutera les
grands axes de l’APG. Nul ne peut dire que le parti
ne l’a pas compris, si ce n’est la volonté de le
voir en diagonal. Surtout que tous reconnaissent
qu’il faut une assemblée plus représentative des
idées politiques pour asseoir une société togolaise
libre.
Par la règle du parallélisme des formes, la cour
constitutionnelle doit être recomposée par les choix
du président de la République, de l’assemblée
nationale et du Sénat. Visiblement avisé sur son
rôle dans l’application des lois et règlements et le
fonctionnement des institutions, il n’était point
question de la soumettre à un accord politique,
fut-il majoritaire. C’est en cela que l’APG n’a pas
assujetti la loi fondamentale.
L’UFC
est résolument plombée par sa volonté de plaire à
cet amas de parents et alliés qui craignent, outre
mesure, de soumettre la présidence du parti à un
véritable vote des militants.
Toujours déphasé…
A
force de «repartir chez lui» à toutes les
fois qu’il foule le sol togolais, l’opposant perd
l’élan des avancées politiques. La veille de son
nouveau come-back, l’assemblée nationale adoptait le
nouveau code électoral sur la base des
recommandations de l’APG. Et «L’Union» en
ressortait les grandes lignes, notamment
l’impossibilité absolue et temporaire des Togolais
de l’étranger de participer au vote s’ils ne
reviennent pas au pays dans le temps pour s’inscrire
sur une liste nationale. La diaspora ne peut
s’enregistrer et exercer son droit de vote dans les
consulats et ambassades à l’étranger. Et c’est le
moment choisi par l’UFC en adoptant une résolution
contraire : «le Conseil invite le Bureau national
à engager dans les meilleurs délais toutes démarches
afin que nos compatriotes de l’étranger puissent
prendre part, depuis leur pays d’accueil, aux
scrutins nationaux».
…à
défaut ubuesque
A la lecture de son rapport général, le parti de
l’opposition mythique s’attribue tout. Mieux, il
s’est tout attribué et veut tout régenter, même
l’impossible. L’ego a pris le pas sur ce qui doit
être le fruit d’un effort collectif. Si ce n’est
l’administration territoriale, ce sont les forces de
sécurité que l’UFC veut gérer, en déclarant n’avoir
pas été associé au recrutement et à la formation des
agents de la police. Ailleurs, Gilchrist et les
siens réclament un droit de regard sur l’affectation
des juges, présidents ès qualité des CELI. «Dans
le même sens, le Conseil demande au Bureau national
d’attirer l’attention du facilitateur sur
l’impérieuse nécessité de procéder, sur une base
consensuelle, à la nomination de nouveaux préfets»,
lit-on à la page 7.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que les
strapontins de postes ministériels permettent mieux,
au nom de l’équipe gouvernementale et d’une
politique de compromis de part et d’autre, de
discuter les affectations et les nominations qui
restent des domaines d’autorité de tout
gouvernement, fut-il d’union nationale. Si cela est
que le pays doit toujours fonctionner en dépit de
toutes situations conflictuelles et
léthargiques.
Sylvestre D. |
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Note de lecture : Kivu au cœur de la violence de
Floribert
Mukaniré |
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A l'instar de la guerre du Darfour, où la milice des
Djendjawid à la solde du pouvoir de Khartoum
massacre les populations noires musulmanes de l'est
du Soudan, nombreux sont ceux ce qui ne comprennent
rien au conflit qui s'est déroulé dans le Kivu de
1996 à 2006. |
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En
dépit de la paix latente revenue au Congo
démocratique à la faveur des élections de l'année
passée, les populations du Kivu, région située à
l'est du Congo démocratique, et frontalière du
Rwanda, du Burundi et de l'Ouganda, continuent par
souffrir, oubliées des cameras du monde entier, des
séquelles d'une guerre dont elles n'entendent ni les
tenants ni les aboutissants. Pourtant, cette guerre
aurait fait, selon les sources diverses, entre 1
million et 3 millions de morts.
En
1994, l'Afrique connaît son premier génocide moderne
: les extrémistes hutus proches du pourvoir de
Juvénal Habyarimana trouvent une "solution final" au
sempiternel conflit ethnique avec leurs concitoyens
tutsis par l'extermination de ces derniers par la
milice des Interahamwes. La France dépêche
l'opération " Turquoise " qui sécurise une zone dans
le Kivu pour que s'y réfugient les populations
civiles hutues, le reste de l'armée rwandaise en
déroute devant l'Armée patriotique rwandaise (APR)
de Paul Kagamé, et surtout les Interahmwes.
En
1996, Laurent Désiré Kabila et ses forces de
l'Alliance des forces démocratiques pour la
libération du Zaïre (AFDL), aidées des armées
rwandaises et ougandaises, chassent du pouvoir le
dictateur Mobutu en 1997. Sur leurs passages, les
Rwandais, qui poursuivent les criminels Interahmwes,
en profitent pour massacrer (combien ?) les
populations civiles hutues dans les camps de
réfugiés. Mais pas les Interahmwes qui ont fui pour
se réfugiés dans la forêt équatoriale. Après le
génocide des tustis par les Hutus, il y eut
effectivement un contre-génocide des Hutus par
Kagamé et consorts mais sur le territoire congolais.
A
cette première guerre succède une seconde en 1998,
quand Laurent Désiré Kabila se débarrasse de ses
alliés tutsis rwandais, réels maîtres de son armée.
Paul Kagamé réagit en montant de toute pièce une
armée pour déstabiliser Kabila. L'offensive de
l'armée rwandaise, à laquelle s'est ajoutée les
Banyamulenge (Tutsis vivant depuis l'époque
précoloniale au sud du Kivu), est stoppée par les
Mayi-Mayi, ancienne milice lumumbiste anti-mobutiste
et nationaliste. Le conflit s'enlise au Kivu et
ouvre la boîte de Pandore : réveil de vieilles
rivalités ethniques et naissance d'un fatras de
mouvements armés dont la plupart proviennent des
populations qui habitent le Kivu.
Les Banyamulenge et les tutsi Banyarwanda
(populations hutue et tutsie récemment immigrée dans
le Kivu) s'allient au RCD, organisation
politico-militaire proche de Kigali, pour lutter
contre leur ancien allié Kabila. Les Interhamwes,
par peur d'être traînés devant les tribunaux de
Kigali, aidés des Forces démocratiques de libération
du Rwanda (FDLR, hutue), s'arment et s'allient aux
Mayi-Mayi, au Mudundu 40, et aux Forces armées
congolaises pour combattre les Tutsis.
Et
comme généralement dans les guerres africaines, ce
sont les populations civiles, notamment les
autochtones du Kivu, qui paient le lourd tribut.
Massacres, enlèvements, disparitions, et viols des
femmes, rien ne sera épargné aux populations, dix
années durant, dans le silence et à l'ombre des
caméras et des plumes des médias africains et
occidentaux.
Le
pire est que les criminels ont reçus l'onction de
l'impunité. Qui juger puisque toutes autant qu'elles
sont, armées régulières et milices sont toutes
coupables ?En faveur de la paix, ils sont reversés
dans les Forces armées de la République congolaise
(FARDC) depuis 2003, mais continuent par harceler,
piller et tuer les populations du Kivu.
C'est de ce conflit que raconte de vive voix et en
direct l'écrivain Floribert Mugaruka Mukaniré, dans
son livre Kivu, au cœur de la violence (Editions
Ndzé 2007), lui-même congolais du Kivu, plus
précisément d'une de sa préfecture du Walungu,
peuplée de 444.000 habitants, l'un des centres
névralgiques où s'est déroulé ce drame. Son livre
est la somme des récits des violences et massacres
perpétrés par les armées et les milices, notamment
la milice hutue des Interahmwes dont la perversion
ignominieuse dépasse l'imagination. A côté de la
barbarie scientifique et sophistiquée des nazis,
celle des Interahmwes peut paraître comme la
barbarie des Sauvages.
Kivu, au cœur de la violence est constitué de
témoignages vrais et insoutenables qui se déclinent
par la voix de l'auteur, et d'autres victimes, des
voix qui ne comprennent rien à ce conflit où les
alliances entre mouvements armées ou armées
régulières se font et se défont, où le bourreau
d'aujourd'hui peut être sauveur demain. Il constitue
également une tentative remarquable de l'auteur de
démêler les écheveaux du conflit dont les
ramifications remontent jusqu'aux tréfonds de
l'inconscient des populations. Une prouesse de
l'auteur que de préciser et d'éclairer la lanterne
du lecteur sur chaque sujet, notamment dans les
dernières feuilles où l'on peut comprendre les
causes d'un conflit absurde. Les causes se
trouvent-elles dans la politique hégémonique de Paul
Kagamé et des extrémistes tutsis de créer l'empire
Hami et annexer le Kivu en vue de dépeupler les
collines du Rwanda surpeuplé, et occuper ses riches
terres agropastorales et minérales ? Ou bien vieille
revanche tutsie sur les populations du Kivu pour
laver un affront fait au roi Tutsi Nsoro au 14ème
siècle ?
L'exploit de Floribert Mugaruku Mukaniré est de
témoigner, révéler, dénoncer, crier, pour donner aux
coupables la conscience de leurs crimes. C'est à
coup sûr une façon de "faire renaître en eux un
soupçon d'humanité qui les habite peut-être encore",
comme le souligne Michel Cadence, l'éditeur du
livre, dans sa préface. A coup sûr aussi pour donner
un peu d'humanité aux autres planificateurs de
génocides en herbe.
Kassa K. |
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