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L'Union

28 jan 2007

[ 56: du 26 janvier 2007]  


Sécurisation des élections : Faure se casse pour un scrutin propre

Il se dit, avec insistance, dans les hautes sphères que la réussite des prochaines législatives constitue le souci majeur du chef de l’Etat. Loin de vouloir plaire à l’Union européenne, Faure Gnassingbé en a fait un pari personnel pour donner la preuve de sa volonté de changer les choses.

La présidentielle d’avril 2005, qui a vu la victoire de Faure Gnassingbé, a été un drame sur le plan de la sécurité. Le ton avait été donné par les militants, et de l’opposition et de la mouvance. Tels des trophées de guerre, des gourdins cloutés, des coutelas, des poignards et autres armes blanches sont brandis quotidiennement dans des manifestations, et en plein jour. Au fil des jours, et à mesure que le scrutin approchait, les esprits s’échauffaient, la tension était au sommet… pour finalement exploser. Les calculs macabres avaient donné entre 400 et 500 macchabées pour une enquête des Nations unies et  811 morts pour le duo Akwéi Adoté-Ghandi et Etsri Hihéadéva Clumson.

Dans tout cela, c’est l’Union des forces de changement (UFC) des préposés de Gilchrist Olympio qui vient de sortir les meilleurs chiffres : 565 morts précis (dont 8 femmes), 1020 blessés et 6 disparus. Le plus âgé des morts avait 67 ans et le plus petit 3 ans. Sans aucune précision sur les endroits où ces corps ont été enterrés. Soit.

Nouvelles réalités

Sans être obligé d’exagérer des chiffres, nul ne peut nier qu’il y a eu violences électorales en 2005, et qui ont fait des victimes. Ce qui pouvait aussi être évité, parce que les Togolais pouvaient faire mieux que de s’entretuer autour des urnes qui ne disent jamais qui a gagné. C’est ce qui justifie le souci du chef de l’Etat et du gouvernement de réunir tous les moyens de sécurité disponibles au profit des législatives de juin prochain. A commencer par la carte d’électeur «infalsifiable et sécurisée avec photo» convenu le 16 janvier dernier à Ouaga par le Comité de suivi de l’APG. Le dégel de ce litige est venu du chef de l’Etat, qui reçu l’assurance que la rubrique « photo » sera prise en compte par les partenaires.

Mais tout n’est pas d’avoir une carte d’électeur illustrée par la photo du détenteur. Il y a de ces militants, souvent téléguidés et chauffés à bloc, qui rament à contre-courant. L’Accord politique global (APG) du 20 août 2006 a édicté un code de bonne conduite pour les élections qui exige des candidats et des partis politiques à sensibiliser leurs militants au sujet du déroulement du scrutin. Il est entendu que, avec le mode de «scrutin proportionnel de liste à la plus forte moyenne», le dépouillement dans les bureaux de vote ne sera que partiel. Et que c’est la Commission électorale nationale indépendante qui devra attribuer les sièges par rapport au Quotient Electoral. Il est également entendu que les voix n’attribueront de sièges que par rapport à la préfecture, prise comme circonscription électorale. Il importe aux partis politiques d’inculquer ces nouvelles donnes aux militants, devenus ces derniers temps des scrutateurs.

Le rôle à la police

Le gros de la tâche revient aux forces de sécurité. Leur inefficacité et leur débordement dans des situations telle que avril 2005 amènent à faire intervenir l’armée. Mais Faure estime que l’armée n’a pas vocation à intervenir en périodes électorales. Raison pour laquelle il s’échine à améliorer les conditions de travail de la police et de la gendarmerie. Par ailleurs, l’APG avait recommandé la neutralité de l’armée dans le débat politique, et préconisé «un accroissement des effectifs et des moyens d’action de la police et de la gendarmerie afin de leur permettre d’assurer efficacement leurs mission…», en veillant, notamment à la sécurisation des opérations électorales.

A cet effet, «615 ont été recrutés, formés et sont opérationnels» depuis le 1er octobre dernier, selon le ministre de la Sécurité, le colonel Atcha Titikpina. 1.200 élèves policiers sont actuellement en formation, et 750 gendarmes, recrutés, sont aussi en formation de maintien de l’ordre. A cela va s’ajouter cette année 1.000 nouvelles recrues. Mais, «cela ne sert à rien de former des hommes et ne pas avoir des moyens», a déclaré mercredi le ministre de la Sécurité à l’endroit d’une mission de la Commission de l’Union européenne. Le budget de l’Etat n’arrivant pas à couvrir les besoins financiers et matériels de la police et de la gendarmerie, le colonel Titikpina a demandé l’aide de l’Union européenne. Ces besoins sont estimés à plus de 3,3 milliards de francs Cfa pour les moyens roulants et 386,58 millions de francs pour la transmission.

Le ministre de la Sécurité, qui estime que «le problème du Togo est aussi un problème de sensibilisation», envisage d’entreprendre, avec son collègue de la Défense, une tournée de sensibilisation au niveau des forces de sécurité et dans les garnisons de l’armée. L’un dans l’autre, on ne peut qu’espérer un scrutin apaisé, où le militant devra comprendre que son principal devoir est et demeure d’aller mettre un bulletin de vote dans une urne. Et de s’abstenir de tout acte de provocation.

Sylvestre  D.

 
Le ministre Bawara répond à Amnesty« …nous continuerons à travailler avec les organisations des droits de l’homme »

On s’y attendait sans doute le moins. Mais les nouvelles autorités togolaises, réagissant à un nouveau rapport d’Amnesty International sur leur pays, ont la ferme volonté de collaborer avec ces institutions pour l’amélioration et la défense des droits de l’homme. C’est du moins ce que laisse entendre le ministre de la Coopération et du Nepad, Gilbert Bawara.

«Le rapport d’Amnesty International est tombé à un moment inopportun, où toutes les tendances politiques et la société civile se battent pour améliorer la situation des droits de l’homme au Togo», a réagi le ministre de la Coopération et du Népad, Gilbert Bawara, interrogé par «L’Union» au sujet du dernier rapport de l’organisation des droits de l’homme sur l’impunité au Togo.

Le 18 janvier 2007, l’organisation internationale de défense des droits de l’homme, Amnesty International, rendait public un rapport sur l’impunité, la justice et l’Etat de droit au Togo, intitulé «Togo : je veux savoir pourquoi on a tué mon fils». «Ce document se fait l’écho des témoignages de certaines des victimes des violences commises lors de la période de transition qui a suivi la mort, en février 2005, du président Gnassingbé Eyadema», indiquait Amnesty dans un communiqué de presse. Et ces victimes, rencontrées par l’organisation lors d’une mission d’enquête en juillet 2006 au Togo, appartiennent à des sensibilités politiques différentes, certaines sont proches des partis d’opposition, d’autres sont membres du parti au pouvoir, beaucoup d’autres sont de simples civils.

L’organisation s’est inspirée de ce que «plus d’une centaine de victimes d’atteintes aux droits humains se sont réunies au sein d’un Collectif d’associations contre l’impunité afin de déposer plainte devant la justice et obtenir réparation». Et d’appeler les autorités «à répondre à ce besoin de justice afin de prévenir de nouvelles atteintes aux droits humains».

La volonté de changer

Le gouvernement togolais se refuse de se substituer aux victimes des violences et des violations, quelles qu’elles soient, à en croire le ministre Bawara. Mieux, le gouvernement n’interdit à aucun citoyen de saisir la justice pour des cas de violences et d’impunité. En revanche, explique le ministre de la Coopération, «nous faisons l’effort d’avoir une justice moderne afin que tout éventuel plaignant sur des cas d’impunité puisse avoir devant lui une justice impartiale et indépendante». Il est évident que la justice togolaise, en l’état actuel, n’inspire aucune confiance et ne peut trancher des affaires liées aux violences du premier semestre 2005 en toute impartialité.

Mais Amnesty International ne semble pas saisir le sens de l’option du gouvernement. «Tout en prenant note des commentaires des autorités togolaises, nous constatons avec déception que celles-ci ne prennent aucun engagement concret afin de traduire en justice les auteurs présumés des violences de 2005», déclare l’organisation. Une position d’Amnesty International,  –qu’on ne peut empêcher d’en avoir une– ne devrait pas «divertir le gouvernement», estime le ministre Bawara. Bien qu’ayant des positions divergentes avec Amnesty International, «nous continuerons à travailler avec les organisations des droits de l’homme», a affirmé le ministre togolais de la Coopération et du Nepad.

Preuve en est que Amnesty International a été autorisée à mener une enquête sur le terrain, sans en être inquiétée. Et que le bureau du Haut commissariat des Nations unies pour les droits de l’homme s’installe au Togo pour assister les autorités à améliorer la situation des droits de l’homme. Et que la question de l’impunité soit inscrite, débattue au dialogue intertogolais, et consignée dans l’Accord politique global.

Jean Afolabi

 
Mission conjointe UE / PNUD : 12 semaines pour le matériel, 1 mois de recensement

«L’élection peut régulièrement se tenir, malgré que nous sommes confinés dans un délai trop limité». Cette confidence d’une source proche des experts de l’Union européenne résume la portée de la présente mission conjointe UE/PNUD qui séjourne au Togo depuis le 14 janvier dernier. Ce que confirme à juste titre M. Richard COX du Bureau du Programme des Nations Unies pour le Développement pour qui il faut «examiner avec les autorités, les différents ministères les possibilités de la coopération entre l’UE et le Togo dans le domaine des élections (…) Les élections parlementaires sont prévues pour le 24 juin 2007. On va maintenant rentrer dans la phase opérationnelle des préparatifs des élections. Mais il reste encore beaucoup de questions budgétaires, techniques et d’appui à la sécurité. Nous sommes venus au Togo pour clarifier ces questions».

Après des visites plus ou moins protocolaires aux institutions et aux parties ayant signé l’Accord politique global, les émissaires sont rentrés depuis quelques jours dans la phase pratique par des séances de travail répétées avec les membres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Cette approche vise à «regarder les aspects très pragmatiques de l’assistance électorale que les Nations unies avec l’UE, à travers la Commission européenne, veulent apporter au Togo. Nous sommes ici en train de travailler main dans la main avec la CENI pour identifier les aspects pratiques et essentiels pour mener à bon port cet exercice extrêmement important. On a énormément progressé sur la définition de certains paramètres ; on est en train de voir les besoins en termes de logistiques ou bien en train d’élaborer un plan stratégique…», précise un membre de la délégation.

L’Union européenne, qui s’était engagée à soutenir le processus électoral, a dépêché son chef de délégation, Seriani Filiberto Sebregondi, pour porter le message à Faure Gnassingbé. C’était le 14 janvier dernier à Accra, au Ghana, où le chef de l’Etat venait de rencontrer le président allemand. Premier acte concret et rassurant : l’UE prend en compte la rubrique photo de la carte d’électeur sécurisée infalsifiable. Ce qui a aussitôt débloqué et accéléré les discussions au Comité de suivi le 16 janvier à Ouaga, au Burkina, au moment où la mission conjointe UE/PNUD avait déjà atterri à Lomé.

Joignant l’acte à la parole, la mission de l’UE, au cours de ses travaux avec la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), s’est proposée de fournir, et ce en 12 semaines, les kits devant servir à l’établissement des cartes d’électeurs avec photos. Opération qui sera couplée avec le recensement électoral annoncé par les experts européens pour se dérouler seulement en un mois. Très confiants et habitués à la chose, ils assurent que «la Ceni peut tenir dans le délai», malgré des retards accumulés, et organiser le scrutin législatif à la date du 24 juin. C’est autant de garanties pour déjouer les pronostics qui évoquent déjà un probable report du scrutin.

Tiraillée de toutes parts depuis des mois par des politiques, la Ceni peut à présent se mettre sérieusement à la tâche et fixer au plus tôt les Togolais sur un calendrier électoral précis, qui indique la période du recensement électoral et ses éventuelles modalités. L’Union européenne est là !

Sylvestre  D

 
Culture : Amour compromis d'Alexandre Pothin Agbetrobou

Alexandre Pothin Agbetrobou est un auteur un peu unique en son genre, amateur d'insolites et de bizarreries. Son premier roman, «Amour compromis» (Editions La Bruyère, mai 2004, 224 pages, 19 euros), tourne autour d'une histoire incroyable : un oiseau sauvage, un aigle, enlève un enfant. La disparition plonge sa famille dans la désolation et qui, après  maintes recherches et prières, a fini par faire son deuil. Sauf, bien évidemment, Ablavi, sa sœur aînée de cinq ans au moment de l'enlèvement, fascinée et obsédée par la disparition extraordinaire de ce frère presque inconnu mais dont on a toujours parlé dans son entourage.

Bien des années plus tard, et après maintes péripéties amoureuses, elle s'entiche d'un jeune garçon dont la mère mourante raconte l'histoire que son enfant était un don du ciel. Malgré la joie d'Ablavi,  d'avoir retrouvé son frère, elle sait que ses amours pour son désormais ex-amoureux sont compromis. Le tout est dit dans une langue simple mais où l'auteur, un peu pudibond, parce que ancien séminariste qui a raté la prêtrise, reste très réservé sur les rapports entre homme et femme.

Agbetrobou reste l'écrivain togolais qui laisse perplexe à la fois par son écriture un peu trop classique et sa façon d'aborder le genre romanesque. Ecrivain atypique, il se transporte dans des villages pour raconter des histoires extraordinaires incrustées dans l'imaginaire africain mais dont on se moquerait bien aujourd'hui dans notre Afrique moderne. C'est un auteur embarrassant pour le lecteur averti qui finit par se lasser de la présence des clichés  qu'il véhicule, peut-être sans le vouloir,  sur l'Afrique. Jusqu'à présent, ce sont les bandes dessinées du genre de Zembla qui se sont prêtées à ce jeu de l'Afrique, terre sauvage ; cela fait un peu désordre quand un auteur africain se fait le héraut de cette philosophie.

De toutes façons, avant la colonisation, il est établi que les parents, les chefs de village, les roitelets et les empereurs constituaient plus un danger permanent pour les enfants que les prétendus rapaces dont parlent le Togolais dans ses romans. 

Pothin Agbetrobou a d'abord voulu être prêtre avant d'opter pour des études d'économie, mais se fait rattraper par l'envie farouche et dévorante de l'écriture. Il a écrit deux romans.

Kassa K.

 
L’Etat doit venir au secours des artistes

La liste devient très longue d’artistes togolais qui soit tombent malades ou meurent dans la misère la plus crasse, sans sécurité sociale ni soutien, sans qu’aucun officiel ou homme politique ne lève le petit doigt pour crier au scandale.

Le 23 septembre 2006 dernier, Akofa Akoussa est tombée évanouie dans les coulisses de l’Hôtel 02 Février, quelques secondes après ses prestations musicales devant le président Faure Gnassingbé et les officiels présents à la cérémonie. «J’ai fait des efforts surhumains pour ne pas tomber sur la scène», avoua-t-elle sur son lit d’hôpital. Avant elle, il y eut des artistes moins chanceux : Kokou Mab, dont les parents ont connu des misères pour lui faire des funérailles dignes ; le grand comédien du Concert Party Kokouvito, mort dans l’anonymat et sans sou alors que sous d’autres cieux, il pourrait vivre et mourir raisonnablement. 

Gravement atteinte d’un cancer, Akofa Akoussa serait soignée dans un centre hospitalier de France grâce à l’aide d’une association d’artistes français ou de ses parents, ou, selon certaines rumeurs, avec le concours de la présidence de la République togolaise.

Si le dernier cas soulevé est vrai et souhaité, il est très rare et pas du tout souhaitable. Car, il ne faut pas attendre la maladie d’un artiste pour lui venir en aide, et les artistes n’ont pas besoin d’aumône, fût-il présidentiel, puisqu’il s’agit là d’une intervention privée.

Il revient à l’état de se trouver une politique culturelle devant faire de la culture une activité économique importante pour le pays. Une réforme –en fait une révolution– politique en ce domaine pourrait aider le Togo, et amener les professionnels de la chose culturelle que sont les artistes à vivre dignement, à payer l’impôt.

En vérité, la situation des artistes est le résultat d’une absence de politique culturelle ou justement d’une politique basée sur la valorisation des valeurs dites traditionnelles. Ce qui constitue en réalité un trompe-l’œil, car ces valeurs traditionnelles sont des éléments de ce qu’il convient d’appeler la culture morte. Disons plus simplement le folklore.

Il faut que les autorités politiques se réfèrent aux professionnels de la culture pour élaborer une vraie politique culturelle, ce qui constitue en fait un ambitieux projet de société. C’est dire opter «pour un certain nombre de valeurs individuelles et collectives qui font du développement culturel la finalité des finalités de la croissance et du développement économique».

C’est dire également, l’élaboration d’actions publiques et privées de toute nature qui tendent à conférer à chacun le droit de vivre ainsi sa relation à autrui et au monde. Cela passe nécessairement par la création de théâtres décentralisés dans toutes les régions, notamment à Lomé, dirigés par des professionnels de la culture.

L’avenir économique du Togo en dépend, et de façon globale, si on veut une véritable société démocratique, il faudra passer par là. Il ne s’agit pas de faire quelque chose pour le plaisir de quelques-uns, mais de créer quelque chose qui ancre les sociétés dans une dynamique de développement.
Late Pater

 

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