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Défiant l’hégémonie occidentale en Afrique en s’y
implantant comme un partenaire privilégié de par ses
aides et investissements, Pékin décrit 2006 comme
« l’année africaine » de la Chine. Le ton, pour une
dimension nouvelle des relations, a été donné dès
janvier avec la publication d’un livre blanc intitulé
« Politique de la Chine à l’égard du continent ».
Une vision ambitieuse que les autorités chinoises
entendent concrétiser dans la mesure du possible.
L’enjeu est de taille, car bien qu’économiquement
pauvre, l’Afrique dispose des ressources naturelles en
nombre et en quantité dont pourrait bénéficier la Chine
en plein boom économique. De plus, le continent offre
des débouchés pour les produits chinois généralement à
la portée des bourses africaines.
Depuis plus d’une décennie, les autorités
chinoises multiplient les actions séduisantes envers les
gouvernements africains avec qui elles entretiennent
d’excellentes relations d’échange. Le volume des
échanges commerciaux a ainsi grimpé à 39,7 milliards de
dollars. Au même moment, la Chine a annulé les dettes
pour 10,9 milliards des Yuans, (828 milliards de F CFA)
de 31 pays africains pauvres très lourdement endettés et
étendu l’application de taxe nulle à des importations
africaines.
Pékin a, dans le sillage de sa politique
africaine, aidé à installer 900 projets sur le continent
dont 27 en 2006 dans les domaines pétroliers et gaziers.
Parallèlement, près de 15.000 Africains ont été formés
dans divers domaines en Chine.
Mais les officiels chinois sont conscients
d’un fait. Leur appétit pourrait heurter celui des
nations occidentales, les Etats-Unis au premier chef,
également à la course à l’approvisionnement et un peu
plus tôt présents dans la région. La rencontre de cette
année servira donc de cadre pour les autorités
d’entrevoir l’avenir sur des bases plus sereines.
Les
opportunités du sommet
Placé sous le thème « L’amitié, la paix,
la coopération et le développement », le présent
forum sino-africain est le plus grand et d’un plus haut
niveau jamais organisé entre les dirigeants chinois et
africains depuis les années 50, date de leurs relations
de coopération.
Les participants vont échanger, de façon
approfondie, leurs vues sur le développement ultérieur
des relations lors du sommet et définir un nouveau plan
de coopération pour l’avenir. De ce fait, la réunion
donnera une nouvelle vitalité à l’amitié et à la
coopération qui connaissent un développement rapide,
stable et encourageant.
Outre les thèmes retenus, la troisième
conférence ministérielle du Forum sur la Coopération
Chine – Afrique (FCCA), prélude du sommet, a fait de
grandes annonces.
Selon les autorités chinoises, plus de 2500
accords commerciaux seront discutés lors de la
conférence ministérielle qui se tient aujourd’hui et
durant le sommet proprement dit, demain et dimanche.
Vraisemblablement, ces accords porteront sur les
ressources énergétiques.
Beaucoup d’observateurs soutiennent que
l’Angola, mais aussi le Congo et surtout le Nigeria,
grands producteurs du pétrole, pourraient être, en
première ligne, concernés par ce dossier énergétique.
Cependant la quatrième puissance économique planétaire
entend aller au-delà de la question pétrolière.
Aussi table-t-elle sur une évaluation des
investissements, le problème de la dette des pays
africains ainsi que les projets d’infrastructures ou
l’aide humanitaire etc.
Toujours dans le cadre du forum qui est un
mécanisme pour un dialogue collectif afin de faire face
aux défis et faciliter le développement commun, la Chine
annoncera une liste d’aides supplémentaires à l’Afrique.
Parmi celles-ci, figure l’allègement de la dette.
Naturellement, ces mesures tiennent compte de l’intérêt
réciproque comme l’a souligné Zhang Yuqing, président du
bureau de l’énergie et de la commission nationale pour
la réforme et le développement. « Notre coopération
crée une situation de gagnant - gagnant », a-t-il
expliqué. Cette position tient compte de la nouvelle
vision de la Chine envers l’Afrique défendue par le
Premier ministre Wen Jiabao lors de sa dernière tournée,
en juin, à travers le continent. Alliée traditionnelle
de mouvements de libération africains, la Chine est
depuis les années 90, de plus en plus présente
économiquement où elle soutient aujourd’hui « un
partenariat stratégique basé sur la sincérité, l’amitié,
l’égalité et l’intérêt réciproque ».
C’est dans ce contexte qu’ont été
effectuées, dans notre pays, par exemple, d’importantes
réalisations aussi bien dans le domaine sanitaire,
agricole que sportif.
« La Chine est devenue un partenaire et
un acteur de premier plan dans l’édification d’un monde
plus juste auquel aspirent nos peuples », a déclaré,
à la veille du sommet à l’Agence Chine nouvelle, le
président Faure Essozimna Gnassingbé qui souhaite que
« le sommet de Beijing offre un cadre idéal pour
discuter avec les dirigeants chinois des problèmes qui
sont communs aux Etats ».
Des
défis à relever
Bien qu’étant fructueuse, la coopération
entre la Chine et l’Afrique laisse un grand nombre
d’Africains sceptiques quant à sa capacité à sortir le
continent de son état léthargique de sous-développement.
Les critiques les plus acerbes dénoncent le manque
d’équilibre dans les échanges commerciaux.
En effet, force est de noter que l’Afrique
ouvre souvent largement ses marchés aux produits chinois
sans recevoir de contreparties identiques pour ses
propres produits.
« L’Afrique a toujours dû acheter de la
Chine sans pouvoir vendre ses propres produits »,
regrette l’économiste Zimbabwéen Eric Bloch dont le
pays, sous embargo européen et américain, s’accroche à
la Chine. La République maoïste subit constamment aussi
des coups de boutoir pour ses pratiques qui font fi des
méfaits environnementaux liés à des projets
d’exploitation de matières premières. Sur le plan
commercial, on note une concurrence souvent déloyale
chez des marchands chinois qui paraissent ignorer les
lois en vigueur dans leur pays d’accueil.
Le sommet de Beijing se doit donc d’élaguer
tout écueil susceptible de créer des frustrations ou des
tensions dans les relations amicales entre les deux
partenaires. En outre, les dirigeants africains doivent
envisager, avec leur pair chinois, un cadre d’échange
pratique sur le continent, permettant à la jeunesse
africaine de bénéficier des savoirs du génie chinois.
Alexandre GOLI |