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Togo Presse

1er Nov 2006

[ 7397 du 30 Oct 2006]

 

Les différents modes de scrutin : Leurs avantages et inconvénients

Dans l’Accord politique global qu’ils ont signé le 20 août 2006, les protagonistes de la classe politique togolaise n’ont pas réussi à accorder leurs violons sur le type de scrutin devant être pratiqué lors des prochaines élections législatives. Ils sont néanmoins donné la latitude à l’actuel gouvernement d’union nationale d’étudier et de choisir entre deux modèles : « le scrutin proportionnel de liste à la plus forte moyenne ou au plus fort reste » et « le scrutin uninominal majoritaire à deux tours ». Outre les deux modes de vote sur lesquels Me Koffi Sylvain Attoh-Mensah, avocat à la Cour, nous donne des explications, celui-ci parle aussi des autres modèles de scrutin pratiqués dans le monde.

Le scrutin est l’opération par laquelle on procède à la désignation des représentants d’une collectivité ou des gouvernants d’un pays. Pour Me Attoh-Mensah, c’est l’ensemble de tout le système mis en place en vue d’organiser une élection, qu’elle soit présidentielle, législative, municipale ou cantonale. Le scrutin peut être « public », lorsque l’électeur fait connaître à la fois son nom et son opinion ; « secret », lorsque le vote est émis sous forme de bulletin replié ou sous enveloppe.

            Du point de vue technique, on a différents modes de scrutin. Me Attoh-Mensah distingue, par exemple, le scrutin majoritaire, de celui basé sur la représentation proportionnelle. Il relève l’existence d’un troisième modèle : le scrutin mixte.

            Avec le système majoritaire, est élu le candidat ou la liste de candidats qui obtient le plus grand nombre de voix.

            Lorsque par exemple trois personnes se présentent à une élection, c’est celle qui a obtenu le plus grand nombre de voix qui est élue soit président de la République, soit député, soit conseiller municipal d’une commune. Egalement, pour certaines élections législatives ou municipales, on présente des listes de partis politiques ou d’une coalition de partis politiques. Dans le système majoritaire, la liste ayant recueilli la majorité des voix est élue. Me Attoh-Mensah distingue, au sein dudit système, d’une part, le scrutin uninominal du scrutin de liste, et autre part, le scrutin à un tour du scrutin à deux tours.

            Le scrutin de liste s’opère au niveau de deux ou trois listes données ; chaque parti politique ou chaque groupe de partis politiques devant mettre en place une liste de noms qui vont entrer en compétition.

            Quant au scrutin uninominal, dit-il, il concerne un individu nommément désigné. Par exemple, M. X se présente contre M. Y dans la circonscription électorale N° 3 de Lomé Commune. Donc, les électeurs ont à choisir entre les deux personnes.

            Pour cet avocat, le scrutin uninominal suppose que le territoire est divisé en autant de circonscriptions qu’il y a de sièges à pouvoir. Lorsqu’il s’agit des élections législatives au Togo, il y a 81 sièges de députés à pouvoir, il y a donc 81 circonscriptions. Le scrutin qui se déroule dans chaque circonscription est un scrutin uninominal parce que chaque candidat issu d’un parti politique donné ou se présentant en indépendant, va individuellement solliciter les voix des électeurs.

            Le scrutin uninominal majoritaire peut être organisé avec un ou deux tours.

Le scrutin uninominal majoritaire à un tour

            Dans le scrutin uninominal majoritaire à un tour, le candidat est élu à la majorité simple des voix sans que soit pris en considération le nombre de voix obtenues par l’ensemble des autres concurrents. E, clair, c’est le candidat arrivé en première position, qui est élu. A supposer que cinq candidats sont en compétition dans une circonscription électorale. A l’issue du vote, si M. Koffi recueille 30% des suffrages exprimés, M. Kodjo 28%, M. Komlan 25%, Mme Abla 10% et M. Dodji 7%, c’est M. Koffi qui est élu.

            L’un des inconvénients de ce scrutin, dira Me Attoh-Mensah, c’est que Koffi qui n’est soutenu que par 30% de l’électorat a moins de voix que celles recueillies par les quatre autres candidats réunis, des candidats dont les scores regroupés font plus de la majorité de l’électorat. Il est normal dans ces circonstances qu’on considère le candidat comme mal élu, car on ne retrouve pas derrière sa personne la majorité des citoyens. Raison pour laquelle dans la plupart des vieilles démocraties, à part les USA, il y a un second tour qui détermine le candidat élu.

            Le scrutin uninominal majoritaire à un tour a cependant de nombreux avantages. Selon cet avocat, le premier avantage repose sur un fondement économique : on économise l’argent que coûterait un second tour.

            Ensuite, les élections africaines débouchant souvent sur les tensions et des risques de violences sociales : un seul tour pourrait diminuer ces risques. Le cas actuel de la République Démocratique du Congo (RDC) est édifiant.

            Un dernier avantage, c’est que lorsqu’on multiplie le nombre de scrutins, les électeurs s’en lassent et les taux de participation baissent puisque les gens ne se présentent plus de façon massive aux urnes.

Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours

            Dans le scrutin uninominal à un tour, c’est le pourcentage obtenu qui détermine, la désignation. En revanche, avec le scrutin à deux tours, celui, proposé dans l’Accord politique global il faut qu’un candidat remporte la majorité absolue de voix, c’est-à-dire plus de la moitié des suffrages valablement exprimés pour être élu dès le premier tour. Par exemple, quand 5 ou 6 candidats se présentent à une élection (présidentielle ou législative), et l’un deux obtient 51% ou 50% plus une voix, il est élu dès le premier tour. Selon Me Attoh-Mensah, dans la plupart des cas, il est difficile de dégager un élu dès le premier tour en cas de pluralité de candidatures. Ce qui oblige à organiser un second tour, lequel va opposer les deux candidats arrivés en première position (le 1er et le 2e). C’est le cas de la RDC où M. Joseph Kabila (48%) et Jean-Pierre Bemba (27%) sont arrivés 1er et 2e lors de la présidentielle du 30 juillet 2006.

La représentation proportionnelle

            La représentation proportionnelle est un mode de scrutin à un tour mais portant sur des listes. Ce scrutin tend à assurer à chacune de ces listes un nombre d’élus en rapport avec l’importance des suffrages qu’elle a obtenus, chaque parti politique ou groupe de formations politiques présente une liste. Mais, déclare Me Attoh-Mensah, c’est au regard des suffrages exprimés qui sont portés sur les membres des listes que l’on dégage les personnes élues. Il peut arriver que sur une liste deux ou trois personnes soient élues et sur une autre, un peu plus. Ainsi, au fur et à mesure que la liste recueille des voix, autant de personnes se dégagent de la liste.

            Le principal problème que pose ce mode de scrutin n’est pas celui du découpage des circonscriptions électorales, mais celui de leur amplitude. Ainsi, un parti politique peut avoir un nombre important de voix sur le plan national, mais n’aura pas de députés parce que sa liste n’a recueilli suffisamment de suffrages pour dégager un élu dans la représentation nationale.

            Le second problème est celui des voix restantes. On distingue ici, en fonction de la méthode utilisée et pour le décompte des voix, au plan national ou dans les circonscriptions, deux cas de figure : l’attribution des restes à la plus forte moyenne ou au plus fort reste. Ce qui signifie que si l’on a calculé le nombre de personnes qui ont porté leurs voix sur un candidat donné et l’on a dégagé sur la liste les personnes, élues, inévitablement, on s’aperçoit que des voix restent encore.

            On organise alors un mécanisme permettant à ces voix d’être reportées sur une liste suivant la proportion des personnes élues sur les listes. On fait recours ici à des calculs très difficiles à comprendre par le citoyen ordinaire. C’est pourquoi beaucoup de pays n’adoptent pas ce genre de scrutin. Ils peuvent choisir de pratiquer soit le scrutin mixte, soit le scrutin préférentiel.

Les systèmes mixtes et préférentiels

            Certains modes de scrutin relèvent d’une tentative de compromis entre le scrutin majoritaire et le scrutin proportionnel : c’est le système dit mixte, qui comporte une dominante majoritaire ou proportionnelle. Autrement dit, suivant les situations, on peut privilégier le système majoritaire ou le système proportionnel. Pour Me Attoh-Mensah, ce système est assez compliqué, il demande beaucoup de moyens et des techniciens bien formés qui puissent faire les calculs justes pour dégager les candidats élus.

            S’agissant enfin du système préférentiel, il est celui dans lequel l’électeur classe les candidats inscrits sur une liste, en indiquant lequel représente sa 1re, 2e ou 3e préférence, etc. Dans le scrutin proportionnel, on procède par ordre de décroissante : le 1re nom placé sur la liste est d’abord élu puis le 2e, le 3e, ainsi de suite. Dans le scrutin préférentiel, le 3e ou le 4e nom peut être élu suivant la préférence de l’électeur.

            Félix SEKOU

 

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