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Togo Presse

22 fevrier 2007

[ 7475 du 20 fevrier 2007]

 

Echos de la Cour d’assises de Kara : Pour avoir volé un bébé de deux mois, Elisabeth Akpanama écope de deux ans de prison

En Afrique, l’absence de l’enfant au sein d’un couple est souvent source de problèmes conjugaux. Et la femme particulièrement supporte mal les commérages et injures de l’entourage sur sa stérilité, parfois supposée. Raison pour laquelle, beaucoup de nos sœurs et épouses n’hésitent pas à user de tous les scénarios et à mettre tous les moyens en œuvre, y compris les moins recommandables tels que le vol de bébés, pour assouvir leur obsession.

C’est le cas de la nommée Elisabeth Oniwa Akpanama, 22 ans, jugée le mercredi 14 févier 2007 par la Cour d’assises de Kara, pour enlèvement d’une fillette de deux mois au grand marché de cette ville.

            Faits prévus et réprimés par les articles 78 et 79 du code pénal. L’article 78 est ainsi libellé : « Quiconque contre le gré des personnes exerçant l’autorité parentale, sauf sur ordre légitime de l’autorité publique, aura entraîné, détourné, enlevé ou déplacé un mineur du lieu où ceux ayant autorisé sur lui l’avaient placé, sera puni d’un à cinq ans d’emprisonnement. L’article 79 porte de cinq à dix ans de réclusion si le mineur était âgé de moins de douze ans. »

            Frêle, calme et moulée dans un tee-shirt blanc, dame Elisabeth Akpanama a suscité la compassion de l’assistance du palais de justice de Kara, malgré la gravité de son acte qui, à la fin du procès, ne l’a valu que 2 ans de prison.

            Les faits se présentent de la façon suivante.

            Originaire de la ville de Kantè, Elisabeth a eu un premier mariage avec un homme qui, au bout d’un vie commune de huit mois, l’a abandonnée parce qu’elle n’a pas conçu. Elle épouse en seconde noce un autre individu qui, après trois ans de vie commune, la répudie également pour la même raison. L’accusée entreprend alors un troisième concubinage avec le nommé Kouboti Bandia. Craignant un nouvel échec, dame Elisabeth choisit très tôt de simuler une grossesse, entretenant chez son conjoint l’illusion de cette grossesse pendant six mois. Elle se rend quatre fois à la maternité de la ville pour des consultations prénatales. « Je ne remarquais aucun changement chez elle, et même au niveau de son ventre. Mais des gens disaient qu’il y a de ces femmes enceintes dont le ventre ne pousse pas beaucoup. C’est pourquoi j’attendais de voir ce que cela au bout de neuf mois », a confié son concubin à la barre.

            Entre temps, Elisabeth lui demande une permission pour se rendre auprès de sa sœur à Kara.

            Le 16 août 2005, soit deux semaines après son déplacement sur Kara, elle se rend au marché de la ville enlève une fillette de 4 ans environ et fait avec elle le tour des étalages. Au niveau d’un étalage, elle remarque une jeune fille, Mlle Nouriétou Aguim, assise avec un bébé dans les bras ; elle marque un arrêt et demande à prendre le bébé. L’accusée disparaît, après avoir confié la fillette de 4 ans à Nouriétou et à laquelle elle avait présenté cette fillette comme étant son propre enfant.

            Elle se rend à Kétao et téléphone immédiatement à son concubin pour lui annoncer la naissance de leur enfant il y a deux semaines.

            De retour à Kantè, Elisabeth n’est pas bien accueillie par son époux, car la morphologie du bébé a semé du doute dans l’esprit de ce dernier. Conscient que le bébé serait un enfant âgé de plus de deux semaines, M. Bandia soumet sa concubine à plusieurs interrogatoires. Il informe ses parents et ceux de la femme du problème, en insistant sur le fait de la convaincre de renoncer à son mensonge.

Cependant, Elisabeth persiste et signe que l’enfant, est bel et bien né de ses entrailles. Seulement, elle ne lui nourrit, que du thé mélangé au lait et parfois de bouillie. Au bout de quatre jours, le concubin a dû la dénoncer à la gendarmerie de Kantè, où elle avouera son, forfait. Le bébé sera ainsi restitué à ses parents biologiques et légitimes.

A la barre, Elisabeth a reconnu les faits et plaidé coupable.

Avant les débats au fond, l’avocat de la défense, Me Izétou Afo, a soulevé une exception fondée sur l’article 92 du code de procédure pénale. Il a demandé l’annulation pure et simple de la procédure engagée, estimant que lors des interrogatoires préliminaires, l’accusée n’a pas été assistée par un conseil, alors qu’elle n’a pas expressément renoncé à un avocat. La cours, présidée par Me Gbéboumé Edorh, a statué sur la question et estimé que les dispositions de cet article sont observées. Elle a ordonné la poursuite du procès.

Dans son réquisitoire, Me Essodon Ali qui faisait office d’avocat général, a longuement prouvé que le crime d’enlèvement de mineur était suffisamment établi. Il a, en outre, relevé que l’enlèvement aurait pu provoquer la mort de l’enfant. «Alors, doit-on mettre en danger la vie d’un innocent enfant sous prétexte qu’on veut à tout prix avoir ce que Dieu a refusé de donner ? », s’est interrogé le représentant du parquet, avant de requérir 10 ans de prison contre Elisabeth.

La plaidoirie de Me Afo s’est résumée en un pardon aussi bien à la cour qu’aux parents du bébé enlevé.

Du reste, Me Afo a jeté son dévolu sur la société dont la faillite a poussé l’accusée dans le néant. « Elisabeth a commis une faute, c’est vrai, mais elle est victime des moqueries et des commérages de la société », a-t-il martelé avant de demander la relaxe de sa cliente.

La cour a été clémente dans son arrêt en ne condamnant l’accusée qu’à 2 ans de prison. Elisabeth dispose de trois jours francs pour se pourvoir en cassation.

Il faut enfin préciser que les parties civiles (les père et mère) du bébé n’étaient pas à l’audience. C’est pourquoi les dommages et intérêts n’ont pas été réclamés.

Félix SEKOU

 
 
 
 
 
 
 
 

 

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