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C’est
le cas de la nommée Elisabeth Oniwa Akpanama, 22 ans,
jugée le mercredi 14 févier 2007 par la Cour d’assises
de Kara, pour enlèvement d’une fillette de deux mois au
grand marché de cette ville.
Faits prévus et réprimés par les articles 78
et 79 du code pénal. L’article 78 est ainsi libellé :
« Quiconque contre le gré des personnes exerçant
l’autorité parentale, sauf sur ordre légitime de
l’autorité publique, aura entraîné, détourné, enlevé ou
déplacé un mineur du lieu où ceux ayant autorisé sur lui
l’avaient placé, sera puni d’un à cinq ans
d’emprisonnement. L’article 79 porte de cinq à dix ans
de réclusion si le mineur était âgé de moins de douze
ans. »
Frêle, calme et moulée dans un tee-shirt
blanc, dame Elisabeth Akpanama a suscité la compassion
de l’assistance du palais de justice de Kara, malgré la
gravité de son acte qui, à la fin du procès, ne l’a valu
que 2 ans de prison.
Les faits se présentent de la façon
suivante.
Originaire de la ville de Kantè, Elisabeth a
eu un premier mariage avec un homme qui, au bout d’un
vie commune de huit mois, l’a abandonnée parce qu’elle
n’a pas conçu. Elle épouse en seconde noce un autre
individu qui, après trois ans de vie commune, la répudie
également pour la même raison. L’accusée entreprend
alors un troisième concubinage avec le nommé Kouboti
Bandia. Craignant un nouvel échec, dame Elisabeth
choisit très tôt de simuler une grossesse, entretenant
chez son conjoint l’illusion de cette grossesse pendant
six mois. Elle se rend quatre fois à la maternité de la
ville pour des consultations prénatales. « Je ne
remarquais aucun changement chez elle, et même au niveau
de son ventre. Mais des gens disaient qu’il y a de ces
femmes enceintes dont le ventre ne pousse pas beaucoup.
C’est pourquoi j’attendais de voir ce que cela au bout
de neuf mois », a confié son concubin à la barre.
Entre temps, Elisabeth lui demande une
permission pour se rendre auprès de sa sœur à Kara.
Le 16 août 2005, soit deux semaines après
son déplacement sur Kara, elle se rend au marché de la
ville enlève une fillette de 4 ans environ et fait avec
elle le tour des étalages. Au niveau d’un étalage, elle
remarque une jeune fille, Mlle Nouriétou Aguim, assise
avec un bébé dans les bras ; elle marque un arrêt et
demande à prendre le bébé. L’accusée disparaît, après
avoir confié la fillette de 4 ans à Nouriétou et à
laquelle elle avait présenté cette fillette comme étant
son propre enfant.
Elle se rend à Kétao et téléphone
immédiatement à son concubin pour lui annoncer la
naissance de leur enfant il y a deux semaines.
De retour à Kantè, Elisabeth n’est pas bien
accueillie par son époux, car la morphologie du bébé a
semé du doute dans l’esprit de ce dernier. Conscient que
le bébé serait un enfant âgé de plus de deux semaines,
M. Bandia soumet sa concubine à plusieurs
interrogatoires. Il informe ses parents et ceux de la
femme du problème, en insistant sur le fait de la
convaincre de renoncer à son mensonge.
Cependant, Elisabeth persiste et signe que l’enfant, est
bel et bien né de ses entrailles. Seulement, elle ne lui
nourrit, que du thé mélangé au lait et parfois de
bouillie. Au bout de quatre jours, le concubin a dû la
dénoncer à la gendarmerie de Kantè, où elle avouera son,
forfait. Le bébé sera ainsi restitué à ses parents
biologiques et légitimes.
A la
barre, Elisabeth a reconnu les faits et plaidé coupable.
Avant
les débats au fond, l’avocat de la défense, Me Izétou
Afo, a soulevé une exception fondée sur l’article 92 du
code de procédure pénale. Il a demandé l’annulation pure
et simple de la procédure engagée, estimant que lors des
interrogatoires préliminaires, l’accusée n’a pas été
assistée par un conseil, alors qu’elle n’a pas
expressément renoncé à un avocat. La cours, présidée par
Me Gbéboumé Edorh, a statué sur la question et estimé
que les dispositions de cet article sont observées. Elle
a ordonné la poursuite du procès.
Dans
son réquisitoire, Me Essodon Ali qui faisait office
d’avocat général, a longuement prouvé que le crime
d’enlèvement de mineur était suffisamment établi. Il a,
en outre, relevé que l’enlèvement aurait pu provoquer la
mort de l’enfant. «Alors, doit-on mettre en danger la
vie d’un innocent enfant sous prétexte qu’on veut à tout
prix avoir ce que Dieu a refusé de donner ? », s’est
interrogé le représentant du parquet, avant de requérir
10 ans de prison contre Elisabeth.
La
plaidoirie de Me Afo s’est résumée en un pardon aussi
bien à la cour qu’aux parents du bébé enlevé.
Du
reste, Me Afo a jeté son dévolu sur la société dont la
faillite a poussé l’accusée dans le néant. «
Elisabeth a commis une faute, c’est vrai, mais elle est
victime des moqueries et des commérages de la société »,
a-t-il martelé avant de demander la relaxe de sa
cliente.
La
cour a été clémente dans son arrêt en ne condamnant
l’accusée qu’à 2 ans de prison. Elisabeth dispose de
trois jours francs pour se pourvoir en cassation.
Il
faut enfin préciser que les parties civiles (les père et
mère) du bébé n’étaient pas à l’audience. C’est pourquoi
les dommages et intérêts n’ont pas été réclamés.
Félix SEKOU |