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A
l’entrée du Musée national, le visiteur resté bouche bée
devant l’art céramique ancien des Togolais, des pièces
les plus anciennes de la poterie traditionnelle.
Dans des vitrines, des pots de tous âges et
de diverses localités véhiculent, chacun, une histoire
spécifique.
Ces objets laïcs, superbes et décoratifs,
sont indentifiables par leur origine, que ce soit la
poterie Lamba, Kabyè, Konkomba, Bassar ou Akposso, car
ils entrent en résonance avec les traditions de chaque
peuple. Ainsi, au Musée national, on y trouve les fameux
« sulumdessi ». Ce sont des canaris d’origine
Lamba de Défalé qu’on estime partout pour la finesse de
leurs bords. D’un côté, sont exposés les assiettes de
forme hémisphérique « disamtir » que les Bassars
utilisaient pour servir les repas, « dibool »
pour conserver la boisson et les supports en céramique
« lakool » des Konkomba.
De l’autre côté, se trouve les poteries
« Inki » de Guérin-Kouka, qui servaient à conserver
la boisson locale, les vieilles marmites et fourneaux
des Régions des Plateaux et Marmite, des pipes locales
en céramique des Tado du XVII, XVIIIe siècle,
des poteries décorées des Tado, des grandes jarres de
conservation d’eau et des marmites et assiettes avec ou
sans couvercle des Kabyè d’une grande qualité. Les
visiteurs peuvent retrouver également des marmites «
Midedesiam » de Niamtougou, qui servaient à cuire
des mets.
Aujourd’hui, à part quelques besoins de ménage très
spécifiques qui donnent une place à la céramique dans la
vie quotidienne, la poterie est remplacée par des
assiettes en plastique ou des marmites en aluminium.
De
tout temps, la poterie sert également à des arts
religieux. C’est ainsi, qu’on y retrouve des pots
rituels gravés de traits et de trois rangées de cônes.
Ils étaient utilisés comme habitacles des esprits des
jumeaux et des vieux Nawdba. Il y a aussi des pots
rituels avec dix rangées de cônes provenant de la même
région, qui abritaient les esprits des jumeaux et des
vieilles femmes. Certains pots ont trait aux rites en
pays Kabyè. Il s’agit de « N’taaka », petit pot
rituel avec des trous, utilisé comme habitacle des
esprits des vieilles personnes et « Koubacou »,
un pot rituel avec plusieurs cônes utilisés à Bassar.
« Kalobi » était aussi une marmite qui servait dans
les cérémonies rituelles traditionnelles Akposso.
Autres instruments domestiques et des images de grands
hommes
Un peu
plus loin, le visiteur au musée est séduit par la
diversité des instruments dont ceux des villages de
forgerons. Il s’agit des soufflets de forge en peau de
bête avec des socles de bois munis de tuyaux, que les
forgerons utilisaient pour activer le feu ; des
instruments de musique traditionnelle ; des cloches
rituelles à battants internes et externes ; des grands
gongs doubles en fer, utilisés par les crieurs publics,
les animateurs des danses So ou Kamou, etc. Bref des
expositions qui font la part belle aux cultures des
différentes régions du Togo.
Au
milieu du musée, s’exposent des collections consacrées
aux divinités lagunaires à trois têtes et sculptées en
bois des croyances Guin; des tambours volumineux à deux
membranes des peuples du groupe gur ; des gourdes ou
calebasses avec couvercle, gravées de figures
géométriques.
Il y a
également des œuvres de défense, illustrant la force et
l’influence des peuples : carquois à flèches des Lamba
et Temberma, des fusils de chasse indigènes, etc. A
travers cette visite guidée, on débouche sur les
collections de vanneries.
Il y
a, entre autres, la valise traditionnelle recouverte de
bouse de vache avec couvercle, qui servait à garder les
objets vestimentaires de la jeune épouse Tem de la
Région Centrale et la petite valise traditionnelle
tressée de paille et de fibres végétales. Elle était
utilisée par les Moba pour la conservation des
vêtements.
Le
musée fait également une place aux grands hommes
Dans
la galerie, sont exposés des collections d’images des
figures qui ont marqué l’histoire et la vie
sociopolitique du Togo. Ainsi, dans ce couloir, les
visiteurs verront les gouverneurs allemands et français
qui ont marqué la colonisation et l’histoire du Togo ;
surtout le texte manuscrit du traité de protectorat
signé à Baguida le 5 juillet 1884 et l’image du navire
allemand mis à la disposition de Gustave Nachtigal pour
la signature du traité. Ce vestibule est aussi composé
d’une part des chaînes à esclaves, des photos des
Togolais esclaves, d’une photo d’un négrier, etc. et des
images des chefs d’Etat togolais, d’autre part.
Histoire du musée
C’est
pendant la période coloniale allemande que l’idée de la
création d’un musée a été émise. En 1965, un vieil
instituteur, M. Kponton, avait ouvert un musée privé au
public. C’est au cours de la visite au Togo du président
français Georges Pompidou en 1972 qu’une exposition
d’objets d’art dénommée (France – Togo) a été montée par
le Centre Culturel Français (CCF). Deux ans après, le 8
avril 1974, le président de la République d’alors, le
général Gnassingbé Eyadema a pris un décret créant le
Musée national.
Ce
grenier qui regorge du patrimoine culturel togolais a vu
le jour grâce au don d’objets du CCF, au rachat des
pièces du musée privé de Kponton et des objets retenus
lors des semaines cultuelles. Le musée a été inauguré un
an plus tard, le 26 avril 1975.
Il
s’est enrichi suite au don de deux cents objets de
l’Institut Goethe.
Selon
le conservateur du Musée national, M. Midakéna Wasungu,
ces objets culturels ont été transmis de génération en
génération et extériorisent le savoir-faire,
l’ingéniosité des civilisations anciennes. Pour M.
Wasungu, il y a lieu de protéger, conserver et mettre en
valeur ces richesses, pour permettre aux générations
futures de connaître le patriotisme culturel de leurs
parents.
Le
musée est ouvert tous les jours, aux heures ouvrables et
de 15 h à 18 les week-ends. C’est l’occasion pour le
public d’aller s’enrichir des merveilles culturelles et
traditionnelles que nous ont laissées nos parents.
Moussouloumi BOUKARI |