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11 Août 2006

[ 36: 9 Août 2006]

 

Dialogue inter togolais : Les non dits autour de la bataille sur le mode de scrutin

L’une des questions qui risque de faire rage dans la phase de facilitation du dialogue inter togolais est le mode de scrutin. Certaines des parties, à l’instar du CAR, de la CDPA, le GF2D et l’UFC font du scrutin uninominal à deux tours un principe fondamental. En face, le RPT, appuyé par le PDR entre autres tient à un tour unique du scrutin. Avant de voir quelle position va l’emporter devant la facilitation du président blaise Compaoré, voyons ce que cachent l’une et l’autre approche de cet aspect crucial du processus électoral.

En matière électorale, on a par exemple le mode de scrutin proportionnel. Ceci a l’avantage d’offrir l’opportunité à plusieurs partis de se faire représenter au parlement. Avec toutefois le risque que le gouvernement qui émane de l’assemblée se révèle instable. On en a connu les tristes expériences sous la IVe République en France, tout comme l’Italie et Israël nous en produisent le spectacle de négociations qui n’en finissent pour la formation de gouvernements qui ne durent d’ailleurs que la vie d’une libellule.

Nous avons ensuite le mode de scrutin uninominal à un tour. La conséquence en est l’émergence sur la scène politique nationale de deux super partis majoritaires qui contraignent les autre plus petits soit à disparaître ou à se fondre en eux, les deux grands. Les deux tours de scrutin offrent l’avantage d’un paysage plus démocratique. Chacun des partis fait ses preuves lors du premier tour. Puis au second tour, les deux candidats arrivés en tête sont tenus de composer avec ceux qui ont été recalés au premier tour. Il s’agit à ce niveau de négocier cartes sur table avec les perdants du premier tour. Sinon on risque d’échouer lamentablement au second tour, bien qu’étant arrivé en tête du premier tour, si l’adversaire sait mieux s’y prendre en négociations.

A la lumière de cette brève analyse, on peut comprendre la position du RPT à vouloir maintenir l’unique tour de scrutin. Ce parti roué en expériences électorales des plus honnêtes aux plus floues compte jouer sur les divisions de l’opposition. Si le CAR, le CDPA, l’UFC, le PDR,
la CPP et les autres continuent à s’attaquer et à se déchirer entre eux, cela ne peut profiter qu’au RPT. Le parti de Faure Gnassingbé doit également compter avec le fait que ce mode de scrutin lui permettra d’avoir en face que la principale force de l’opposition, ce que l’UFC semble être jusqu’à présent. Et on sait que dans l’affrontement direct RPT-UFC, le premier est toujours sortir vainqueur, et compte continuer à l’être.

Le RPT, à ce jeu, reste fidèle à sa doctrine du bipartisme. Qu’on se rappelle que c’était le schéma rêvé par feu Gnassingbé Eyadema à sa prise du pouvoir en 1967 et avant la création du RPT en 1969. Le défunt président avait réitéré ce vœu à la veille des luttes pour la démocratisation, avec sa fameuse commission des 109. Malgré que cela ne fût pas passé, le RPT a joué sur le positionnement de l’UFC en face de lui comme le principal, le parti historique de l’opposition, pour maintenir son emprise sur le pouvoir. Au besoin, le RPT a aidé l’UFC à écarter les autres formations de l’opposition, par les rencontres bilatérales avec l’UFC à Abuja, à Rome ou à Accra.

L’UFC elle-même s’est plue à jouer ce jeu. Pour preuve, l’exigence de Gilchrist Olympio à rencontrer seul à seul feu Gnassingbé Eyadema lors du dialogue inter togolais de juillet 1999. Cette position a toujours surgi au moment des élections présidentielles. L’UFC a toujours voulu négocier directement avec le RPT, en écartant le CAR,
la CDPA et les autres.

Le moyen idéal pour l’UFC de continuer à jouer d’égal à égal avec le RPT aurait du être de vouloir aussi le mode unique de scrutin. La position contraire que le parti de Gilchrist adopte peut signifier la défense d’élections démocratiques à part entière. A moins que ce ne soit du à une difficulté de positionner des candidats, et de poids, face au RPT dans toutes les circonscriptions pour les prochaines législatives.

On a beau tout reprocher au RPT,  on ne niera toutefois pas que ce parti compte en son sein des personnalités qui disposent de moyens colossaux pour séduire les électeurs. On attend de voir si les partis d’opposition peuvent témoigner des mêmes ressources humaines et financières. Car on a beau être un parti populaire, mais on ne part pas toujours gagnant avec des brebis ou des poules mouillées qui affrontent des loups ou des chevaux de course lors des élections législatives qui ne se jouent pas nécessairement sur le charisme du leader du parti, mais sur la nature et les qualités des candidats de proximité.

Malcolm X

 
Un an d’Edem Kodjo  aux côtés de Faure à la tête du Togo : Fin de contrat ou une reconduction en vue ?

Nommé premier ministre par Faure Gnassingbé le 08 juin 2005 dans les conditions qu’on ne connaît que trop bien, Edem Kodjo avait rendu public son gouvernement le 20 du même mois du juin. Début juillet 2005, il avait réussi à obtenir son quitus d’entrée en fonction, après la présentation de son programme de gouvernement devant l’Assemblée nationale très majoritairement RPT.

Ils n’étaient pas du tout nombreux, ceux qui souhaitaient à Edem Kodjo bonne chance et longue vie à la tête du gouvernement. D’un côté, on pensait que « les vrais opposants » le pousseraient rapidement dehors et prendre la place qui leur revenait de droit. De l’autre, on prêtait l’intention au jeune président Faure d’éjecter le plus tôt possible le leader de
la CPP comme une vieille outre usagée, dès lors qu’il aurait profité de l’expérience et du carnet d’adresses, d’Edem pour consolider son pouvoir. Les députés RPT également avaient été soupçonnés de river le clou au premier ministre à la première occasion. A la présentation de son bilan des 100 premiers jours en octobre 2005, beaucoup ne donnaient cher pas que Edem Kodjo tînt 100 nouveaux jours à la tête du gouvernement.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le vieux coq est arrivé à déjouer tous ces pronostics funestes pour lui. De juin 2005 à août 2006, Edem Kodjo est toujours premier ministre du Togo. Il vient de dresser le bilan d’un an de chef de gouvernement. Il ne s’est plus présenté devant les parlementaires, mais il a choisi la voie de la presse, entouré de son cabinet au grand complet, de l’ensemble de ses conseillers et des chefs traditionnels.

Le bilan d’un an, ce qui a été fait, les chantiers qui ont été ouverts et les défis qui attendent, nous vous le présentons en l’état. Le débat peut toujours s’animer, à savoir s’il faut y lire les actes personnels du premier ministre ou plutôt si c’est là l’entame du programme de société du président Faure Gnassingbé. Mais on devra  toutefois reconnaître que Edem Kodjo a relevé le défi de tenir un an à la tête du gouvernement. Ce n’était pas évident au début, si on se rappelle qu’en plus des conditions de sa nomination, le premier ministre avait dû composer un gouvernement cosmopolite, un ensemble d’hommes et de femmes venus d’horizons divers et dont on a pu douter des facultés à s’harmoniser et à bien travailler ensemble.

Edem Kodjo a tenu un an. La question se pose à présent de savoir s’il faut désormais considérer qu’il est en fin de contrat, vu que la formation d’un nouveau gouvernement annoncé comme de véritable union nationale est dans l’air, si le dialogue facilité par le président Blaise Compaoré du Burkina Faso se concluait par un accord à la satisfaction de tous. Kodjo a pu signifier par son bilan du jeudi 3 août dernier qu’il demeure et qu’il faudrait éventuellement compter avec lui.

Himmel

 

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