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4 Août 2006

[ 35: 2 Août 2006]

 

Blaise Compaoré dans la facilitation du dialogue inter togolais : Un défi pour l'homme et la CEDEAO

Une semaine que le président burkinabé Blaise Compaoré a été désigné à l'unanimité comme facilitateur dans le dialogue inter togolais, et l'homme a déjà pris sa nouvelle mission à bras le corps. Dès le lendemain de sa désignation, il a reçu le bureau du directoire du dialogue devant lequel il a confirmé sa disponibilité. Vingt quatre heures plus tard, il recevait une délégation de l'Union des forces de changement (UFC) à Ouagadougou. Des sources proches du nouveau facilitateur ont laissé entendre que les consultations allaient s'étendre à toutes les parties au dialogue. S'en suivra alors une rencontre en plénière, probablement à Ouaga, afin d'harmoniser définitivement les positions de tout le monde sur l'accord politique global qui clôt le 12e  dialogue inter togolais.

Toujours en provenance de la capitale burkinabé, on signale que l'essentiel de la facilitation va se résumer à l'élaboration des conditions d'organisation des prochaines élections législatives libres, démocratiques et transparentes et aux résultats acceptés par tous. Les autres préoccupations débattues au cours de la première phase du dialogue à Lomé, à savoir l'impunité et les révisions constitutionnelles pourront toujours attendre. Nous ne le disions pas moins depuis quelques temps dans nos colonnes à Nouvelle Ere.

Sur la personne même de Blaise Compaoré comme facilitateur dans le dialogue inter togolais, on continue à noter des avis divergents. Pour certains, le président burkinabé est présenté comme l'homme de Jacques Chirac, ce qui veut dire qu'il ne ferait qu'exécuter la volonté des plus hautes autorités françaises dans le règlement de la crise togolaise. Pour d'autres, Compaoré a déjà officié comme médiateur entre les frères ennemis togolais dans l'accord de Ouaga au début des années 1990. Les accords de Ouaga III avaient plutôt permis au feu président Gnassingbé Eyadema de retrouver ses pleins pouvoirs dont la Conférence nationale souveraine l'avait dépouillé en 1991, et il s'y était accroché jusqu'à sa disparition physique le 5 février 2005.

Cette critique à l'endroit de Compaoré trouve une autre justification dans les prises de position du Burkina Faso dans les événements qui ont suivi le décès de Gnassingbé Eyadema en février 2005. Le voisin nordiste du Togo avait choisi la voie de la Realpolitik et de la continuité, quitte à fermer les yeux sur le choix de Faure Gnassingbé par l'état major des Forces armées togolaises au soir du 5 février 2005, ou à justifier son élection le 24 avril suivant. La position de Blaise Compaoré s'inscrivait dans la juste ligne de celle de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). C'est pour toutes ces raisons que ces critiques estiment que le président burkinabé n'est pas le mieux qualifié pour amener les adversaires politiques à s'entendre cette fois-ci.

Pourtant Blaise Compaoré a été proposé par la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), donc de la branche de l'opposition dite radicale dont les critiques ci-dessus évoquées émanent en grande partie. C'est peut-être dire que les extrémistes togolais se convertissent eux aussi au réalisme, à moins qu'ils estiment que malgré tout ce qu'on a pu leur reprocher jusqu'ici, le président Compaoré peut faire œuvre utile pour la cause togolaise. Comme l'a relevé un acteur politique de haut niveau, le président du Faso voudrait bien ne pas passer seulement pour un valet de la France, mais comme un Africain responsable conscient des enjeux de la sous-région et qui voudrait étoffer son propre curriculum vitae pour le cas où il voudrait mener une carrière diplomatique continentale ou même mondiale. Ce sera sûrement un plus pour lui, s'il réussissait à faire converger le pouvoir et l'opposition togolais vers un accord, en toute impartialité et justesse.

Au-delà de l'homme Compaoré, la preuve aura été également faite que les problèmes africains se régleront entre et par des Africains, de préférence si c'est l'œuvre des voisins immédiats. Si la CEDEAO a été accusée en 2005 d'avoir validé un coup d'Etat le 5 février et d'avoir cautionné une mascarade électorale sur fond de violences le 24 avril, l'institution d'intégration ouest africaine pourrait éventuellement se redorer son blason, si Compaoré réussissait dans sa facilitation, et si les élections à venir se déroulent cette fois-ci à la satisfaction de tous.

A l'œuvre donc, Blaise Compaoré avec toutefois la réserve qu'il réussira sa mission si les protagonistes togolais sont eux-mêmes disposés à s'entendre. Compaoré fera son miracle si les adversaires politiques lui plaçaient les baguettes magiques entre les mains.

SAS

 

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