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Une semaine que le président burkinabé Blaise Compaoré a
été désigné à l'unanimité comme facilitateur dans le
dialogue inter togolais, et l'homme a déjà pris sa
nouvelle mission à bras le corps. Dès le lendemain de sa
désignation, il a reçu le bureau du directoire du
dialogue devant lequel il a confirmé sa disponibilité.
Vingt quatre heures plus tard, il recevait une
délégation de l'Union des forces de changement (UFC) à
Ouagadougou. Des sources proches du nouveau facilitateur
ont laissé entendre que les consultations allaient
s'étendre à toutes les parties au dialogue. S'en suivra
alors une rencontre en plénière, probablement à Ouaga,
afin d'harmoniser définitivement les positions de tout
le monde sur l'accord politique global qui clôt le 12e
dialogue inter togolais.
Toujours en provenance de la capitale burkinabé, on
signale que l'essentiel de la facilitation va se résumer
à l'élaboration des conditions d'organisation des
prochaines élections législatives libres, démocratiques
et transparentes et aux résultats acceptés par tous. Les
autres préoccupations débattues au cours de la première
phase du dialogue à Lomé, à savoir l'impunité et les
révisions constitutionnelles pourront toujours attendre.
Nous ne le disions pas moins depuis quelques temps dans
nos colonnes à
Nouvelle Ere.
Sur la personne même de Blaise Compaoré comme
facilitateur dans le dialogue inter togolais, on
continue à noter des avis divergents. Pour certains, le
président burkinabé est présenté comme l'homme de
Jacques Chirac, ce qui veut dire qu'il ne ferait
qu'exécuter la volonté des plus hautes autorités
françaises dans le règlement de la crise togolaise. Pour
d'autres, Compaoré a déjà officié comme médiateur entre
les frères ennemis togolais dans l'accord de Ouaga au
début des années 1990. Les accords de Ouaga III avaient
plutôt permis au feu président Gnassingbé Eyadema de
retrouver ses pleins pouvoirs dont
la Conférence
nationale souveraine l'avait dépouillé en 1991, et il
s'y était accroché jusqu'à sa disparition physique le
5 février 2005.
Cette critique à l'endroit de Compaoré trouve une autre
justification dans les prises de position du Burkina
Faso dans les événements qui ont suivi le décès de
Gnassingbé Eyadema en février 2005. Le voisin nordiste
du Togo avait choisi la voie de la Realpolitik et de la continuité, quitte à fermer les yeux
sur le choix de Faure Gnassingbé par l'état major des
Forces armées togolaises au soir du
5 février 2005, ou à justifier son élection le 24 avril
suivant. La position de Blaise Compaoré s'inscrivait
dans la juste ligne de celle de
la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).
C'est pour toutes ces raisons que ces critiques estiment
que le président burkinabé n'est pas le mieux qualifié
pour amener les adversaires politiques à s'entendre
cette fois-ci.
Pourtant Blaise Compaoré a été proposé par
la Convention
démocratique des peuples africains (CDPA), donc de la
branche de l'opposition dite radicale dont les critiques
ci-dessus évoquées émanent en grande partie. C'est
peut-être dire que les extrémistes togolais se
convertissent eux aussi au réalisme, à moins qu'ils
estiment que malgré tout ce qu'on a pu leur reprocher
jusqu'ici, le président Compaoré peut faire œuvre utile
pour la cause togolaise. Comme l'a relevé un acteur
politique de haut niveau, le président du Faso voudrait
bien ne pas passer seulement pour un valet de
la France,
mais comme un Africain responsable conscient des enjeux
de la sous-région et qui voudrait étoffer son propre
curriculum vitae pour le cas où il voudrait mener une
carrière diplomatique continentale ou même mondiale. Ce
sera sûrement un plus pour lui, s'il réussissait à faire
converger le pouvoir et l'opposition togolais vers un
accord, en toute impartialité et justesse.
Au-delà de l'homme Compaoré, la preuve aura été
également faite que les problèmes africains se régleront
entre et par des Africains, de préférence si c'est
l'œuvre des voisins immédiats. Si la CEDEAO a été
accusée en 2005 d'avoir validé un coup d'Etat le 5
février et d'avoir cautionné une mascarade électorale
sur fond de violences le 24 avril, l'institution
d'intégration ouest africaine pourrait éventuellement se
redorer son blason, si Compaoré réussissait dans sa
facilitation, et si les élections à venir se déroulent
cette fois-ci à la satisfaction de tous.
A l'œuvre donc, Blaise Compaoré avec toutefois la
réserve qu'il réussira sa mission si les protagonistes
togolais sont eux-mêmes disposés à s'entendre. Compaoré
fera son miracle si les adversaires politiques lui
plaçaient les baguettes magiques entre les mains.
SAS |