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1er juillet 2006

[ 30 du 28 juin 2006]

Retrouvailles RPT - UFC à Accra : Vers un consensus du dialogue national ou une entente à part ?
 
 

C'est notre nouveau confrère la Trompette qui l'a annoncé dans sa première parution du mardi 26 juin. Le Rassemblement du peuple togolais (RPT) et l'Union des forces de changement (UFC) se seraient rencontrés à Accra en République du Ghana le samedi 24 juin dernier. Le RPT aurait été représenté par Pitang Tchalla, (ancien ministre et actuellement conseiller spécial à la présidence de la République) et Pascal Akoussoulèlou Bodjona (directeur de cabinet du président Faure Gnassingbé). La délégation de l'UFC aurait été conduite par Patrick Lawson, son 3ème vice-président. Le leader de ce parti Gilchrist Olympio aurait été annoncé à Accra.

Si le RPT et l'UFC conviennent de se voir en tête à tête dans les circonstances actuelles, cela peut être une bonne chose pour tout le pays. Les deux partis rivaux de la scène politique nationale peuvent mettre cette rencontre utilement à profit pour harmoniser leurs positions sur le dialogue politique inter togolais en cours et qui tarde à dégager un accord consensuel. La recherche de ce consensus s'avère une affaire pas du tout aisée.

Pour mémoire, après une première phase des déballages, le président du bureau du dialogue Me Yawovi Agboyibo avait inauguré la série des concertations informelles entre le bureau et les différentes délégations. Il a proposé par la suite un projet d'accord, puis une version révisée aux 9 délégations parties au dialogue. En tête des critiques des deux projets d'accord se trouve l'UFC, suivie par
la CDPA du Pr Gnininvi. Le procès qui est essentiellement fait aux projets d'accord réside dans le fait qu'ils feraient la part belle au RPT au pouvoir, mais que nombre de revendications de l'UFC auraient été passées sous silences.

C'est en cela que la rencontre RPT-UFC d'Accra peut avoir aidé à rapprocher les positions des deux partis antagonistes. La délocalisation de la rencontre à Accra en terre étrangère a peut-être été mue par le besoin de discuter en toute sérénité et à l'abri de la pression ici sur place à Lomé. Les plus hautes autorités ghanéennes auraient dans les coulisses un grand rôle, prenant sans doute le relais de la communauté Sant'Egidio.

A moins que le RPT et l'UFC veuillent tout simplement se soustraire des regards indiscrets, et qu'ils veuillent mettre tout le monde, y compris les autres parties au dialogue, devant le fait accompli. Peut-être que l'explication de l'absence de
la CDPA, pourtant proche des points de vue de l'UFC, à la rencontre d'Accra  se trouve là.

Le RPT et l'UFC sont coutumiers de ces faits et comportements. On se rappelle à cet effet la toute première entrevue Gilchrist Olympio/Faure Gnassingbé à Abuja le 25 avril 2005, pendant que le pays était encore à feu et à sang, juste au lendemain de l'élection présidentielle du 24 avril. Tous les autres partis de la coalition (ADDI, CAR, CDPA, PSR, UDS et UFC) qui avaient battu campagne pour le candidat commun Emmanuel Akitani Bob étaient restés sur le quai à Lomé, et ne savaient quoi répondre à leurs militants et à la presse. Le RPT et l'UFC se verront plus tard à maintes reprises à Rome en Italie avec les bons soins de la communauté catholique Sant'Egidio, sans qu'on sache jamais clairement ce qu'ils se sont dit.

Aujourd'hui encore, la rencontre RPT/UFC d'Accra semble s'être déroulée dans les mêmes conditions de grand secret et d'opacité. Les autres parties au dialogue n'en savaient presque pas plus que l'homme de la rue. Certaines délégations que nous avons approchées se sont montrées étonnées, voire frustrées par cette initiative qui viserait à les écarter. C'est à peine si elles n'ont pas déclaré craindre que les deux partis (RPT et UFC) qui prennent le peuple en otage depuis de si nombreuses années, n'aillent conclure un compromis (si ce n'est une compromission !) sur leur dos. Dans tous les cas, on attend d'en savoir plus sur les conclusions d'Accra avant de s'exprimer ouvertement. Prudence ! Méfiance, méfiance ! Une personnalité de l'opposition informée après coup de la rencontre d'Accra, aurait dit ce qu'elle pense de ces manœuvres du RPT et de l'UFC à quelqu'un très haut placé de la présidence de la République.

Aux dernières nouvelles, la rencontre d'Accra n'aurait non plus rien donné de consistant. Les deux partis se seraient convenus de se retrouver demain jeudi toujours à Accra.  A moins qu'ils se rétractent, parce que l'information a paru dans la presse.

Après tentatives, nous avons pu contacter M. Patrick Lawson qui est supposé avoir conduit la délégation de l'UFC à Accra. Il a nié ladite rencontre avec le RPT dans la capitale ghanéenne. Une délégation de son parti s'est effectivement rendue à Accra, mais c'est uniquement pour avoir une séance de travail avec leur président Gilchrist Olympio. Toutefois, il n'a pas exclu que les deux partis se retrouveraient volontiers entre eux, si cela devrait constituer l'occasion de s'entendre sur des voies de sortie de la crise. Alors, entre M. Lawson qui parle de cette rencontre RPT/UFC au futur et nous qui la mettons dans le présent, qui dit vrai ?

SAS

 
L'UFC recherche-t-elle un accord global ou une entente particulière avec le RPT ?

La résolution de la grave crise togolaise passe-t-elle par un accord politique global signé par tous les adversaires politiques, ou doit-elle être d'un compromis entre les seuls RPT et UFC ?

On se souvient qu'au moment du dialogue inter togolais de juillet 1999, Gilchrist Olympio à peine débarqué à Lomé avait exigé que tous les autres ( CAR, CDPA, PDR et UTD) s'effacent, et que lui seul aille rencontrer feu le président Gnassingbé Eyadema. La raison qu'il avait évoquée était que la crise togolaise était avant tout une affaire entre RPT et UFC, ou mieux entre les deux familles Gnassingbé et Olympio. Cela avait à l'époque fait couler beaucoup de salive et d'encre.

7 années plus tard, pendant que l'UFC balaie systématiquement tous les projets d'accord avec lesquels le bureau du dialogue présidé par Me Yawovi Agboyibo  tente de sauver les assises, la même UFC va tout de même rencontrer seule à seule le RPT à Accra, probablement pour discuter des sujets qu'à Lomé. Dans certains milieux, on n'hésite pas à insinuer que si le parti de Gilchrist Olympio rejette catégoriquement les projets d'accord, c'est tout simplement parce qu'ils portent la griffe de Me Yawovi Agboyibo. L'UFC ne souhaiterait donc pas que l'histoire retienne que c'est Me Yawovi Agboyibo qui aurait été le principal artisan d'un accord politique entre les Togolais eux-mêmes.

La stratégie de l'UFC consisterait donc à saboter toutes les initiatives du leader du CAR qui est d'abord perçu comme un redoutable adversaire avant d'être un opposant des toutes premières heures. Les efforts de Me Agboyibo ayant échoué, l'UFC rechercherait un compromis seul à seul avec le RPT (ce qui est d'ailleurs en cours depuis le
25 avril 2005 à Abuja, qui a continué à Rome et vient de se poursuivre à Accra). Si ce schéma ne réussissait pas non plus, on recourrait alors à des facilitateurs ou médiateurs internationaux. L'UFC aurait alors sauvé la face, et de toute façon, le vedettariat aura été ravi à l'adversaire Agboyibo.

Vous avez dit nationalisme, patriotisme, solidarité dans la lutte de l'opposition ou plutôt recherche d’une aura personnelle ?

Ephata

 

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