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17 mars 2006

[No 17: 15 mars 2006]
La crise et la classe politique vues par Nicolas Lawson

Nous sommes consternés par la division affichée à nouveau par l’opposition. Si elle n’a jamais été unie, l’éclatement de la coalition et les rivalités entre le CAR et l’UFC sont inappropriés ; en ce moment où le peuple togolais est profondément affligé et a besoin de la communion de nos esprits pour le sauver de l’abîme. Cette nouvelle démonstration de la désunion des deux partis, qui avaient incarné, à tour de rôle, l’espoir de changement politique dans le pays, est révélatrice. Le CAR et l’UFC avaient contracté l’alliance CAR-UFC-PDR, avant de se séparer, puis se sont retrouvés dans la coalition des six partis (CAR, UFC, CDPA, ADDI, PSR, UDS-Togo) pour conduire le peuple dans l’aventure dramatique de la dernière élection présidentielle. Aujourd’hui, les deux partis s’affrontent avec emportement. Comme ce sont des partis politiques, le pouvoir est donc l’enjeu. Les initiés savent que c’est une lutte pour amener Mr Faure GNASSINGBE à choisir comme Premier Ministre l’un ou l’autre candidat des deux partis. L’intérêt du peuple n’est plus leur souci et ces deux partis ne font même plus semblant. Le dialogue n’est qu’un prétexte. Le but réel est d’être l’interlocuteur privilégié du RPT, soit pour négocier le poste de Premier Ministre, ou soit pour faire échouer son rival, en posant des conditions vicieuses. Si la population peut comprendre le CAR, elle ne comprend plus l’UFC, qui apprécie, désormais, des rencontres exclusives avec le RPT, à distance des togolais et en dehors du Togo. Quelle malchance pour notre peuple et quel malheur pour le Togo ! Personne, sinon les proches, ne comprend plus l’opposition togolaise, dont la division congénitale et l’absence de patriotisme et de compassion pour la souffrance des gens sont désespérantes. Au lieu d’être unis pour obtenir les conditions favorables à la restauration de la volonté populaire et la cohésion de notre peuple, ils se déchirent, compliquent la situation et retardent les solutions à la crise.

Maintenant, que le défunt Président EYADEMA n’est plus là et que le peuple est dans l’abattement, ils n’ont plus peur de l’un ni de l’autre. La voie est alors ouverte, pour jouir du pouvoir avant de mourir. L’exemple est déjà montré par les leaders de la CPP et du PDR. Seuls ceux, qui ont cru en ces hommes, sont déçus. Comme le dit notre parti, le PRR, c’est l’ignorance qui tue. Les togolais, qui sont morts ou contraints à l’exil, ont été sacrifiés inutilement. La quête du vrai opposant a conduit à des drames et à la désillusion. Tous ces soi-disant vrais opposants, opposants traditionnels, opposants historiques, opposants radicaux, etc., ont reconnu implicitement Mr Faure GNASSINGBE et le courtisent pour être les meilleurs interlocuteurs pour le partage du pouvoir. Les sophismes, dont ils se servent, sont destinés à duper le peuple. Le leader du CAR n’a pas peur de l’armée et est rompu aux négociations avec le RPT, donc pour lui, le dialogue peut avoir lieu à Lomé, sans facilitateur ou médiateur. Pour l’opposant historique de l’UFC, qui se bat depuis quarante ans contre le régime et qui a des comptes à régler avec l’armée pour des raisons connues, il est préférable que le dialogue ait lieu à l’étranger et avec facilitateur. Quelle catastrophe pour le pays ! La division entre le CAR et l’UFC fait durer la crise et tue les espoirs de son règlement rapide.

Après la tyrannie du monopartisme, c’est la tyrannie du multipartisme qui annonce ses ravages. J’avais alerté le peuple togolais mais ma voix était perdue dans la cacophonie et j’étais accusé, de façon ignoble, d’être un agent du défunt Président. Je me répète donc. Le régime des partis, c’est la pagaille et l’impuissance. Il favorise les ambitions personnelles, les combinaisons occultes, des alliances contre-natures et nuisent à l’intérêt général. Il nous faudra, demain, juste deux partis politiques, pour éviter ce à quoi nous assistons actuellement et qui n’est qu’un début.

Chacun aurait cru qu’après les dures épreuves, qui ont suivi la disparition du défunt Président EYADEMA, les violences post-électorales, le désespoir du peuple et les risques d’implosion, la coalition serait restée unie. Malheureusement, et comme je le sentais ; en refusant de me joindre à eux pour l’élection présidentielle du 24 Avril dernier, ils n’étaient pas sincères dans leur démarche d’union. Des rivalités personnelles et des ambitions particulières les animent et ne leur arrachent pas les sacrifices nécessaires au bien commun. Se rendant maintenant compte, comme avant eux Messieurs Edem KODJO et Zarifou AYEVA, de la décadence et du caractère fractionnel de leurs partis et de leur propre discrédit auprès du peuple, ils préfèrent négocier directement et plutôt séparément le partage du pouvoir avec le RPT. Les phraséologies, dont ils se servent pour couvrir leur dessein, ne peuvent plus tromper que ceux qui se laissent facilement abuser. Ce ne sont plus des principes, ni des idéaux, ni même des ambitions de prosélytisme, qui les inspirent. Ils sont prêts à toutes les contorsions et vont continuer à déployer des tactiques, qui vont les amener à des reniements et à la trahison complète du peuple. La double conséquence, vis-à-vis des citoyens, est qu’ils iront en se démentant et en se déconsidérant et qu’ils conduiront tragiquement la nation à plus de division, à plus de confusion, à plus de misère et à l’impuissance du pouvoir.

Nous avons payé assez cher la division des deux partis, qui s’appelaient le CUT et le PROGRES. Cette division avait conduit à la dictature du monopartisme. Notre peuple a payé aussi cher le conflit désastreux entre le RPT et le leader de l’UFC. Il est temps d’imposer silence aux luttes de clans et aux surenchères des partis comme aux intérêts particuliers.

Devant les deuils, la ruine de l’économie, les restrictions, les alarmes et les plaintes de toutes sortes, le désespoir du peuple, en plus, serait dangereux. Le doute est l’un des grands ennemis pour la réussite de l’homme. S’il envahit les cœurs des citoyens, le ressort du redressement national serait cassé. La division des partis politiques nous complique donc les choses.

Mais heureusement, je parcours le pays, pour donner espoir à nos compatriotes et je vois monter dans le ciel de nos épreuves les signes de renouveau. Il faut que le grain de maïs, mis en terre, pourrisse avant de germer. La nouvelle lucidité de notre peuple et les difficultés matérielles et morales font resserrer les rangs et vont favoriser la mobilisation, pour le redressement national et la cohésion sociale. Après la difficile aventure du monopartisme que nous avons vécue, notre parti pense que nous ne devons pas réveiller les démons de la désunion. Pour ne plus échouer dans la lutte pour la démocratisation, pour le développement, pour la liberté et le bien-être général, notre peuple doit rester uni et lucide.

Je suis persuadé qu’un magnifique avenir s’offre au Togo. Il nous appartient de le conquérir. Nous devons rêver à nouveau d’une patrie magnifique, unie, paisible et prospère. Rien n’est facile dans la conduite d’une nation mais tout est possible. Nous aurons selon notre foi et nos rêves. Il ne doit pas vous échapper, qu’il n’y aura pas de sécurité pour tous, de liberté, d’efficience et de paix véritable, sans une grande ardeur au travail, sans de grandes disciplines acceptées, sous la conduite d’un Etat fort et avec un peuple uni.

Nous sommes entrés dans la vie comme noirs et engagés dans la société comme togolais. Du nord au Sud, nous sommes condamnés à rester unis et solidaires Nous avons besoin de la fraternité  de tous, militaires comme civils. Le PRR pense que nous pouvons nous comprendre, nous pouvons et nous devons nous estimer, nous entraider, nous protéger les uns et les autres, tourner les pages sombres de notre histoire et consacrer nos énergies au bien commun et au bonheur de tous, au lieu de les employer à nous déchirer, à affaiblir notre peuple et à abaisser notre patrie.

Le PRR demande au CAR et à l’UFC de mettre un terme à leur querelle stérile de facilitateur ou pas. Notre peuple a besoin, rapidement, d’un gouvernement, ayant son consentement, capable d’inspirer confiance et d’entamer le redressement national. En ce temps plein d’incertitudes et de lourds périls , il y a une exigence de responsabilité et de patriotisme de la part des hommes politiques. Les querelles futiles, qui laissent de côté l’essentiel et qui portent à la division, sont sans intérêt pour notre peuple en souffrance. 

Nous avons besoin d’un Etat fort, qui peut protéger tout le monde, qui a des desseins fermes. Nous avons besoin des institutions crédibles, qui servent les intérêts de tous, une politique active et la restauration rapide de la souveraineté populaire. Les voix discordantes et l’inconsistance des idées dans l’opposition troublent le peuple et la communauté internationale. Notre parti avait écrit aux partis de l’opposition pour harmoniser nos revendications dans l’intérêt du peuple. Seule la CDPA a fraternellement répondu. Le CAR et l’UFC préfèrent se déchirer et n’ont pas daigné répondre à la sollicitation fraternelle et patriotique. Les togolais doivent tourner le dos à leurs querelles et prétentions funestes. Mr Faure GNASSINGBE n’est pas obligé de retarder le cours des choses. L’intérêt supérieur du pays et le sort des pauvres togolais doivent prévaloir sur les querelles et les prétentions des deux partis, fussent-ils à un moment les plus populaires. D’ailleurs, populaire ne signifie pas forcément bien. En quoi ces partis incarnent-ils mieux que les autres le rêve de grandeur et de prospérité que nous nourrissons pour notre pays ? Ils n’ont pas réussi à transformer les aspirations populaires au changement et à la démocratie du peuple. Maintenant, ils créent l’impasse. Avant qu’une faillite définitive et irréparable n’accable le pays, nous devons les rappeler à l’ordre. Ils ont failli à l’exigence de cohésion, de rigueur et de résolution. C’est le devoir du PRR de les interpeller vivement.

J’en profite pour lancer un appel pressant à tous nos cadres et à tout le peuple, de se réveiller et d’adhérer à l’entreprise de rénovation nationale que notre parti propose et qui a le service du Togo pour raison d’être. Il ne s’agit pas forcément d’adhérer au PRR mais de croire en son projet de transformation et de modernisation de la société togolaise et de partager notre rêve d’un Togo libre et prospère. Disons-nous tous les jours, que rien n’est impossible et que vouloir, c’est pouvoir.

  Nicolas LAWSON
14 Mars 2006
Président du PRR
Ancien candidat à la

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Interview: Entretien de togoforum avec M. Alex BINIZI, SG de l’A.P.U.A.-FRD

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