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La famille Gnassingbé, le canton
de Pya, la préfecture de la Kozah,
le peuple Kabyè, tout le Togo a
organisé des funérailles
grandioses à feu le président
Gnassingbé Eyadema. La région de
la Kara n’a pas désempli pendant
toute la dernière semaine du mois
de février.
A homme exceptionnel, cérémonies
exceptionnelles. Grand, le Général
Gnassingbé Eyadema le fut de son
vivant. Quelque controversée que
puisse être sa gestion à la tête
du Togo (récurrentes accusations
des droits de l’homme et des
principes démocratiques, bilans
socio économiques négatifs), le
président Gnassingbé n’a pas
gouverné le Togo sans partage 38
ans durant par un heureux hasard.
Les funérailles qui viennent de se
dérouler en son honneur ont
souligné ce trait du parcours de
l’homme.
Le peuple kabyè consacre
traditionnellement le mois de
février pour célébrer les grandes
funérailles de tous ceux qui sont
morts depuis un an. Et la palme
des cérémonies est réservée au
mort le plus vieux ou le plus haut
placé dans la hiérarchie sociale.
Cet honneur est tombé cette année
2006 sur Gnassingbé Eyadema.
Le rituel kabyè des grandes
circonstances a été observé. Les
prêtres sacrificateurs
traditionnels tchotcho ont paradé,
le grand tambour sow a retenti, le
kamou et les danses
traditionnelles de différentes
parties du Togo ont été exécutées,
des dizaines de têtes de gros
bétail ont été sacrifiées, de
vieilles femmes ont déclamé des
chansons de circonstances, les
boissons et la nourriture ont
coulé à flots.
Pendant toute la durée des
funérailles, le président de la
République (qui n’est autre que le
fils du défunt), le premier
ministre et tout son gouvernement,
les députés, les chefs de
l’administration publique, les
directeurs des sociétés… tout ce
beau monde a déserté Lomé la
capitale pour élire domicile à Pya.
Le défunt président a eu droit au
titre posthume de « grand
parrain des chefs traditionnels du
Togo ».
Il y a eu foule, grande foule à
Pya et à Kara pour les funérailles
en l’honneur du président
Gnassingbé Eyadema. Mais on ne
peut pas manquer d’observer que
ces funérailles n’étaient pas en
fait nationales. Puisque une bonne
partie des Togolais qui ont
combattu et continuent de
combattre le régime du
Rassemblement du Peuple Togolais,
(RPT dont feu Gnassingbé Eyadema a
été le père fondateur) ont boudé
les cérémonies funéraires. Les
leaders de l’opposition (exception
faite de Léopold Gnininvi lors des
hommages du 13 mars 2005 au palais
des congrès de Lomé) étaient déjà
absents aux cérémonies
d’inhumation il y a un an.
Les funérailles en l’honneur du
président Gnassingbé doivent avoir
coûté une fortune, vu toute
l’abondance affichée pendant des
jours. On peut se demander si un
tel étalage de richesse était
opportun, vu que les Togolais
continuent à moisir dans une crise
profonde. Les travailleurs du
secteur ne touchent pas leurs
maigres salaires à temps, les
écoles manquent d’enseignants, de
locaux et de matériels, les
centres de santé ne peuvent même
pas offrir les soins d’urgence,
les retraités ne touchent pas
leurs pensions, le chômage est
endémique.
Et pendant ce temps, la famille
Gnassingbé et/ou l’Etat togolais
trouvent les moyens nécessaires et
suffisants pour habiller des gens
à l’effigie du Général Gnassingbé
Eyadema, logement, faire boire,
manger et danser des foules
entières.
Un dicton bien connu du pays dit
que « ce sont deux ventres
rassasiés qui rient ensemble ».
Ceux des Togolais qui ont le
ventre creux et plein de soucis
quotidiens n’ont pas voulu ou pu
commémorer les funérailles en
hommage au feu président
Gnassingbé Eyadema.
Himmel |