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La nouvelle est tombée début
décembre 2005 sans qu’on s’y
attendît le moins du monde. Robert
Montoya, citoyen français qui
traîne derrière lui une sulfureuse
réputation d’ancien super gendarme
de l’Elysée (la présidence de la
République Française) et de
marchand d’armes notoirement
connu, a subitement des
difficultés avec l’Etat togolais.
C’est Kpatcha Gnassingbé en
personne, le ministre délégué à la
présidence chargé de la défense
nationale et des anciens
combattants, qui a ordonné des
perquisitions dans les entrepôts
de l’entreprise de Robert Montoya,
sur l’aéroport de Lomé. Le
négociant d’armes fut par la suite
inculpé par la justice togolaise.
Mieux, la juge Brigitte Reynaud
qui enquête sur les déboires de
l’armée française en Côte d’
Ivoire s’est déplacée à Lomé en
janvier pour écouter Robert
Montoya. On apprit par la suite
qu’elle a reçu comme témoin sur le
dossier Montoya, François
Akila-Esso Boko, l’ancien ministre
togolais de l’intérieur de
décembre 2002 à avril 2005.
Quand on considère que Robert
Montoya a pu mener en toute
liberté ses commerces d’armes au
Togo, ses difficultés actuelles
sont le signe qu’il a été lâché
par quelqu’un : soit par son pays
la France ou par le Togo qui
l’accueille.
Puis vint l’affaire Philippe
Desmars, Français lui aussi
installé à Lomé et qui est le
propriétaire du restaurant
Okavango dans le quartier
Nyékonakpoè. Il lui est reproché
« un attentat à la pudeur et
délit de proxénétisme »
sur une fille mineure. L’homme est
arrêté depuis le 25 janvier 2006
avec une complice et leur procès
suit son cours au tribunal de
Lomé.
Pour mémoire, l’Okavango, le
restaurant de Philippe Desmars
aujourd’hui en maille avec la
justice pour affaire de
pédophilie, a été l’objet d’une
agression par explosifs à la
veille de l’élection
présidentielle du 1er juin 2003.
Mais la grosse affaire qui défraie
actuellement la chronique est la
guerre que se livrent deux grands
groupes espagnols Progosa et
français Bolloré sur la place
portuaire de Lomé. L’affaire est
devant la justice togolaise qui,
dans un premier temps a donné
raison à Bolloré le 06 février,
avant de se perdre en conjectures
entre le président du tribunal
Kouyou et son homologue de la Cour
d’ Appel Abalo Petchélébia.
Le piment dans cette
affaire, c’est l’interpellation le
08 février d’une délégation de 4
dirigeants : Gilles Alix, Georges
Cognon, Dany Chuteaux et Pascal
Cotti du groupe Bolloré, qui
s’était pourtant rendue à Lomé
pour se faire recevoir en audience
par le président de la République
Faure Essozimna Gnassingbé. Il
leur fut reproché une
corruption de magistrats togolais,
et ils n’auraient recouvré une
liberté provisoire que sur
intervention personnelle de
Jacques Chirac, le président
français.
C’est dire que cette
affaire dépasse les simples cadres
de justice et évolue vers la haute
politique. Parce que l’intérêt
économique supérieur français
serait entrain d’être menacé. Et
Dieu sait si la France devient une
lionne blessée lorsque ses
intérêts sont en jeu.
La politique France-Togo
prend-elle de l’ombre ?
En un peu moins d’un
an qu’il est au pouvoir au Togo,
Faure Gnassingbé a beaucoup
voyagé. Il s’est rendu dans de
nombreux pays africains, en
Amérique du nord, en Europe, au
Moyen-Orient et même en extrême
Orient. Il vient d’ailleurs de
rentrer d’une visite d’Etat d’une
semaine en chine. Mais on peut
s’étonner qu’il ne soit pas encore
reçu en France. Alors que tout
nouveau chef d’Etat africain
(surtout francophone) s’empresse
d’aller à Paris pour se voire
consacrer.
Bizarre pour Faure
Gnassingbé. Et pourtant on imagine
mal qu’il puisse occuper cette
charge sans la bénédiction
expresse de la France de Jacques
Chirac qui tient à perpétuer la
mémoire de « son cher ami »
Gnassingbé Eyadema.
Non seulement Faure
Gnassingbé n’est pas encore reçu à
Paris, mais aussi et surtout aucun
responsable français de tout
premier plan n’est venu au Togo
depuis belle lurette. Ni aux
obsèques de feu le président
Gnassingbé Eyadema, ni à la prise
de fonction de son fils et
successeur Faure Gnassingbé, ni au
premier anniversaire de la mort de
Eyadema qui, après avoir risqué sa
vie dans l’armée française, a été
pendant plus de quarante années
l’un des plus fidèles protecteurs
des intérêts de la France au Togo
et en Afrique. La seule exception
notable sur ce plan a été la
présence aux obsèques du président
Eyadema, de Dominique de Villepin,
alors ministre des affaires
étrangères de la France.
Si cette situation perdurait, on
n’hésiterait pas à insinuer que la
France boude Faure Gnassingbé
(pour des raisons qu’il reste
évidemment à définir clairement).
Ce qui ne serait pas alors bon
signe pour Faure Gnassingbé de
dormir sur ses deux oreilles.
Car, si la France devait arriver à
penser que ses intérêts ne sont
plus garantis sous Faure
Gnassingbé...
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