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23 fevrier 2006

[No 14: 22 fev 2006]
Des affaires à la politique : Le ciel est-il toujours serein entre le Togo et la France ?

               La nouvelle est tombée début décembre 2005 sans qu’on s’y attendît le moins du monde. Robert Montoya, citoyen français qui traîne derrière lui une sulfureuse réputation d’ancien super gendarme de l’Elysée  (la présidence de la République Française)  et de marchand d’armes notoirement connu, a subitement  des difficultés avec l’Etat togolais.

C’est Kpatcha Gnassingbé en personne, le ministre délégué à la présidence chargé de la défense nationale et des anciens combattants, qui a ordonné des perquisitions dans les entrepôts de l’entreprise de Robert Montoya, sur l’aéroport de Lomé. Le négociant d’armes fut par la suite inculpé par la justice togolaise. Mieux, la juge Brigitte Reynaud qui enquête sur les déboires de l’armée française en Côte d’ Ivoire s’est déplacée à Lomé en janvier pour écouter Robert Montoya. On apprit par la suite qu’elle a reçu comme témoin sur le dossier Montoya, François Akila-Esso Boko, l’ancien ministre togolais de l’intérieur de décembre 2002 à avril 2005.

Quand on considère que Robert Montoya a pu mener en toute liberté ses commerces d’armes au Togo, ses difficultés actuelles sont le signe qu’il a été lâché par quelqu’un : soit par son pays la France ou  par le Togo qui l’accueille.

Puis vint l’affaire Philippe Desmars, Français lui aussi installé à Lomé et qui est le propriétaire du restaurant Okavango dans le quartier Nyékonakpoè. Il lui est reproché « un attentat à la pudeur et délit de proxénétisme » sur une fille mineure. L’homme est arrêté depuis le 25 janvier 2006 avec une complice et leur  procès suit son cours au tribunal de Lomé.

Pour mémoire, l’Okavango, le restaurant de Philippe Desmars aujourd’hui en maille avec la justice pour affaire de pédophilie, a été l’objet d’une agression par explosifs à la veille de l’élection présidentielle du 1er juin 2003.

Mais la grosse affaire qui défraie actuellement la chronique est la guerre que se livrent deux grands groupes espagnols Progosa et français Bolloré sur la place portuaire de Lomé. L’affaire est devant la justice togolaise qui, dans un premier temps a donné raison à Bolloré le 06 février, avant de se perdre en conjectures entre le président  du tribunal Kouyou et son homologue de la Cour d’ Appel Abalo Petchélébia.

             Le piment  dans cette affaire, c’est l’interpellation le 08 février d’une délégation de 4 dirigeants : Gilles Alix, Georges Cognon, Dany Chuteaux et Pascal Cotti du groupe Bolloré, qui s’était pourtant rendue à Lomé pour se faire recevoir en audience par le président de la République Faure Essozimna Gnassingbé. Il leur fut reproché une corruption de magistrats togolais, et ils n’auraient recouvré une liberté provisoire  que sur intervention personnelle de Jacques Chirac, le président français.

            C’est dire que cette affaire dépasse les simples cadres de justice et évolue vers la haute politique. Parce que l’intérêt économique supérieur français serait entrain d’être menacé. Et Dieu sait si la France devient une lionne blessée lorsque ses intérêts sont en jeu. 

La politique France-Togo prend-elle de l’ombre ?

            En un peu moins d’un an qu’il est au pouvoir au Togo, Faure Gnassingbé a beaucoup voyagé. Il s’est rendu dans de nombreux pays africains, en Amérique du nord, en Europe, au Moyen-Orient et même en extrême Orient. Il vient d’ailleurs de rentrer d’une visite d’Etat d’une semaine en chine. Mais on peut s’étonner qu’il ne soit pas encore reçu en France. Alors que  tout nouveau chef d’Etat africain (surtout francophone) s’empresse d’aller à Paris pour se voire consacrer.

            Bizarre pour Faure Gnassingbé. Et pourtant on imagine mal qu’il  puisse occuper cette charge sans la bénédiction expresse de la France de Jacques Chirac qui tient à perpétuer la mémoire de « son cher ami » Gnassingbé Eyadema.

            Non seulement Faure  Gnassingbé n’est pas encore reçu à Paris, mais aussi et surtout aucun responsable français de tout premier plan n’est venu au Togo depuis belle lurette. Ni aux obsèques de feu le président Gnassingbé Eyadema, ni à la prise de fonction de son fils et successeur Faure Gnassingbé, ni au premier anniversaire de la mort de Eyadema qui, après avoir risqué sa vie dans l’armée française, a été pendant plus de quarante années l’un des plus fidèles protecteurs des intérêts de la France au Togo et en Afrique. La seule exception notable sur ce plan a été la présence aux obsèques du président Eyadema, de Dominique de Villepin, alors ministre des affaires étrangères de la France.

Si cette situation perdurait, on n’hésiterait pas à insinuer que la France boude Faure Gnassingbé (pour des raisons qu’il reste évidemment à définir clairement). Ce qui ne serait pas alors bon signe pour Faure Gnassingbé de dormir sur ses deux oreilles.

Car, si la France devait arriver à penser que ses intérêts ne sont plus garantis sous Faure Gnassingbé...

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