|
Lundi 13 février 2006, les élèves
du lycée d’Agbalepedo sis dans la
banlieue nord de Lomé n’étaient
pas assis dans leurs salles de
classes. Ils manifestaient plutôt
bruyamment au son de « …
Nous voulons des professeurs, des
enseignants de qualité… ».
« Cinq mois depuis la
rentrée, et nous n’avons toujours
pas de professeurs de sciences
physiques, maths, français…
Comment passer nos examens de fin
d’année dans ces conditions … ?».
Les élèves ont même commencé un
moment à marcher sur le ministère
des enseignements primaire et
secondaire dans le quartier
administratif. Et comme cela
arrive toujours en pareilles
circonstances, ils ont été bloqués
et dispersés par les forces de
l’ordre.
La manifestation scolaire à
laquelle on a assisté le 13
février au lycée d’Agbalepedo
s’est déjà produite il y a
quelques semaines au lycée du Port
dans la banlieue Est de Lomé, et à
celui de la Marina dans le
quartier administratif, entre
autres. Et cela risque de se
reproduire dans d’autres lycées et
collèges du Togo. Car dans presque
tous les établissements scolaires,
il y a manque de professeurs et de
personnels administratifs. Les
salles de cours sont largement
insuffisantes. Au lycée du Port
par exemple, on compte jusqu’à une
centaine d’élèves serrés trois ou
quatre par banc. Le professeur à
juste quelques centimètres pour
pouvoir écrire au tableau.
Au lycée d’Agoè au Nord de Lomé,
le proviseur a dû réintroduire le
système de rotation : certaines
classes viennent au cours dans la
matinée, tandis que d’autres leur
emboîtent le pas dans la chaleur
humide lourde et suffocante de
l’après-midi.
Comment faut-il alors s’étonner
que dans ces conditions les
résultats aux examens officiels
(BAC, BEPC et autres) soient ce
que nous déplorons tous
régulièrement en juin et juillet ?
Surtout si on considère que les
enseignants déjà en nombres
insuffisants ne sont par surcroît
pas
recyclés, qu’ils travaillent sans
documents adaptés et sont mal et
irrégulièrement payés ? Et puis,
si la situation est à ce point
déplorable dans les lycées et
collèges de la capitale Lomé, à
quoi assiste-t-on alors dans les
écoles perdues dans les campagnes,
à l’abri de tous regards
critiques ?
Certaines écoles essaient de
corriger la situation en
instituant, avec la compréhension
des comités de parents d’élèves,
des cotisations parallèles. Ce qui
leur permet d’ériger des salles
de cours de fortune, de fabriquer
des table-bancs, de recruter à
leurs propres frais des
enseignants.
Or, le ministre Komi Klassou a, à
la rentré 2005-2006,
rigoureusement condamné la mesure
des cotisations parallèles dans
les écoles publiques et menacé les
éventuels contrevenants de
sanctions disciplinaires sévères
et exemplaires.
Cela n’empêche pas les CEG de
Djidjolé et d’Agbalepedo de
reposer le problème des
cotisations parallèles. Des
parents d’élèves convoqués à cet
effet se sont appuyés sur le
discours du ministre Klassou pour
repousser la proposition. C’est
bien. Seulement le ministre lui
est au frais dans son bureau,
alors que les collégiens de
Djidjolé et d’Agbalepedo risquent
de rester à la maison pour manque
de professeurs, lorsque les
enseignants recrutés et payés par
les établissements sur le compte
des cotisations parallèles auront
cessé le travail faute d’argent.
Ainsi va l’école au Togo !
SAS |