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Se rencontrer. Discuter. Négocier,
encore négocier, toujours
négocier. Poser toutes les
questions qui concernent le pays.
Avec ou sans facilitateur. Ici sur
place au Togo ou en terre
étrangère. La seule condition,
c’est que chacun soit de bonne
foi.
C’est la seule voie qui se
présente aux Togolais, puisque
nous sommes en démocratie et il ne
s’agit plus de régler les
différends par la force des armes,
qu’elles soient réglementaires ou
rebelles.
Le dialogue politique togolais de
l’ère Faure Essozimna Gnassingbé
se tiendra selon toute
vraisemblance à Ouaga, au Burkina
Faso. Nous ne savons si le
facilitateur sera le diplomate
onusien d’origine algérienne
Lakhdar Brahimi, ou le président
du Burkina Faso Blaise Compaoré.
Le dialogue de Ouaga mettra face à
face le Rassemblement du Peuple
Togolais (RPT) au pouvoir et
l’opposition traditionnelle
représentée par l’Union des Forces
de Changement (UFC), le Comité
d’action pour le renouveau (CAR),
la Confédération Démocratique des
Peuples Africains (CDPA), le Parti
Démocratique pour le Renouveau (PDR)
et la Convergence Patriotique
Panafricaine (CPP).
Mais les réalités du moment font
qu’on assistera à un face-à-face
pouvoir (RPT+CPP+PDR) et
opposition « radicale » (UFC – CAR
– CDPA).
Si nos informations
sont exactes, chaque camp enverra
ses équipes techniques
exploratoires à Ouaga le 15 au 16
février alors que les travaux
proprement dits démarreront le 20
février.
Si on peut deviner sans risque de
se tromper que le président Faure
Gnassingbé voudra asseoir
définitivement sa légitimité et
consolider son pouvoir, on se perd
en conjectures sur les attitudes
qui seront celles de l’UFC, du CAR
et de la CDPA. Mais dores et déjà
ceux qui voudraient continuer à
contester la légitimité de Faure
Gnassingbé, ou se braquer sur la
fin de l’impunité ou encore exiger
une réforme radicale des forces
armées, risqueraient de ne pas
beaucoup faire avancer les choses.
Il y a un pouvoir solidement assis
sur ses appuis militaires,
institutionnels, étrangers,
administratifs et des personnes
qui lui doivent presque tout.
C’est cette grosse machine qu’il
faut faire mouvoir vers des
réformes de fond et des
changements de comportements. Et
ce n’est pas chose aisée.
Faisons un retour sur l’histoire
et souvenons-nous que de 1987 à
1991 une certaine méthode pilotée
à l’époque par M. Yawovi Agboyibo,
par les canaux de la Commission
Nationale des Droits de l’Homme (CNDH)
et du Front des Associations pour
le renouveau (FAR) avait permis
d’emmener progressivement feu
Gnassingbé Eyadema à accepter la
conférence nationale souveraine.
Puis apparurent sur la scène, à la
faveur de l’amnistie de 1991,
Gilchrist Olympio et les
« extrémistes » qui voulaient
chasser en même temps Eyadema, le
RPT, et les FAT, sans autres armes
que les grands discours et les
manifestants aux mains nues. On
connaît la suite avec la
résistance du régime.
Le Ouaga de février 2006 ne doit
ressembler ni à Ouaga I et II de
1993, ni à Colmar de 1993, ni au
dialogue intertogolais de 1999. Il
faudrait ranger au placard un
discours extrémiste qui plairait à
une certaine frange des togolais
opposés au RPT. Mais plutôt
redevenir réaliste, même s’il faut
rester ferme sur certains
principes. Emmener le président
Gnassingbé, dans une relative
confiance, à concrétiser ses
discours d’ouverture, de réforme
et de changement.
Si des chances de partage du
pouvoir s’offraient avec le RPT,
il serait judicieux de les saisir
au bond. Et non de continuer à
jouer au « propre », au « pur » et
« dur ». Car on a beau faire tous
les procès au pouvoir RPT (il est
brutal, antidémocratique, donc
mauvais), il reste quand même des
chances de composer avec lui et
l’amener à s’engager sur des voies
de sortie de la crise et de
relance de la vie socio
économique.
Sinon, non seulement le pays
continuerait à moisir dans la
crise, mais surtout les tenants de
la ligne dure risqueraient de se
retrouver de plus en plus sur les
bords de la route. Comme cela est
en train d’arriver à « l’opposant
historique » Etienne Tsisekedi Wa
Mulumba en République démocratique
de Congo.
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