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9 fevrier 2006

[No 12: 8 fev 2006]

Le dialogue intertogolais s’annonce à grands pas à Ouaga : Comment l’opposition  s’y prendra-t-elle ?

Se rencontrer. Discuter. Négocier, encore négocier, toujours négocier. Poser toutes les questions qui concernent le pays. Avec ou sans facilitateur. Ici sur place au Togo ou en terre étrangère. La seule condition, c’est que chacun soit de bonne foi.

C’est la seule voie qui se présente aux Togolais, puisque nous sommes en démocratie et il ne s’agit plus de régler les différends par la force des armes, qu’elles soient réglementaires ou rebelles.

Le dialogue politique togolais de l’ère Faure Essozimna Gnassingbé se tiendra selon toute vraisemblance à Ouaga, au Burkina Faso. Nous ne savons si le facilitateur sera le diplomate onusien d’origine algérienne Lakhdar Brahimi, ou le président du Burkina Faso Blaise Compaoré.

Le dialogue de Ouaga mettra face à face le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) au pouvoir et l’opposition traditionnelle représentée par l’Union des Forces de Changement (UFC), le Comité d’action pour le renouveau (CAR), la Confédération Démocratique des Peuples Africains (CDPA), le Parti Démocratique pour le Renouveau (PDR) et la Convergence Patriotique Panafricaine (CPP).

Mais les réalités du moment font qu’on assistera à un face-à-face pouvoir (RPT+CPP+PDR) et opposition « radicale » (UFC – CAR – CDPA).

Si nos informations sont exactes, chaque camp enverra ses équipes techniques exploratoires à Ouaga le 15 au 16 février alors que les travaux proprement dits démarreront le 20 février.

Si on peut deviner sans risque de se tromper que le président Faure Gnassingbé voudra asseoir définitivement sa légitimité et consolider son pouvoir, on se perd en conjectures sur les attitudes qui seront celles de l’UFC, du CAR et de la CDPA. Mais dores et déjà ceux qui voudraient continuer à contester la légitimité de Faure Gnassingbé, ou se braquer sur la fin de l’impunité ou encore exiger une réforme radicale des forces armées, risqueraient de ne pas beaucoup faire avancer les choses.

Il y a un pouvoir solidement assis sur ses appuis militaires, institutionnels, étrangers, administratifs et des personnes qui lui doivent presque tout. C’est cette grosse machine qu’il faut faire mouvoir vers des réformes de fond et des changements de comportements. Et ce n’est pas chose aisée.

Faisons un retour sur l’histoire et souvenons-nous que de 1987 à 1991 une certaine méthode pilotée à l’époque par M. Yawovi Agboyibo, par les canaux de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et du Front des Associations pour le renouveau (FAR) avait permis d’emmener progressivement feu Gnassingbé Eyadema à accepter la conférence nationale souveraine.

Puis apparurent sur la scène, à la faveur de l’amnistie de 1991, Gilchrist Olympio et les « extrémistes » qui voulaient chasser en même temps Eyadema, le RPT, et les FAT, sans autres armes que les grands discours et les manifestants aux mains nues. On connaît la suite avec la résistance du régime.

Le Ouaga de février 2006 ne doit ressembler ni à Ouaga I et II de 1993, ni à Colmar de 1993, ni au dialogue intertogolais de 1999. Il faudrait ranger au placard un discours extrémiste qui plairait à une certaine frange des togolais opposés au RPT. Mais plutôt redevenir réaliste, même s’il faut rester ferme sur certains principes. Emmener le président Gnassingbé, dans une relative confiance, à concrétiser ses discours d’ouverture, de réforme et de changement.

Si des chances de partage du pouvoir s’offraient avec le RPT, il serait judicieux de les saisir au bond. Et non de continuer à jouer au « propre », au « pur » et « dur ». Car on a beau faire tous les procès au pouvoir RPT (il est brutal, antidémocratique, donc mauvais), il reste quand même des chances de composer avec lui et l’amener à s’engager sur des voies de sortie de la crise et de relance de la vie socio économique.

Sinon, non seulement le pays continuerait à moisir dans la crise, mais surtout les tenants de la ligne dure risqueraient de se retrouver de plus en plus sur les bords de la route. Comme cela est en train d’arriver à « l’opposant historique » Etienne Tsisekedi Wa Mulumba en République démocratique de Congo.


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