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Voulé Frititi, Ancien Ministre et Député à
l'Assemblée nationale
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Nouvel Echo :
Des rumeurs les plus persistantes font état de ce
qu'une commission sera mise en place par Faure
Gnassingbé pour retoucher la constitution qui devra par
la suite être soumise au référendum. Qu'en est-il
exactement ?
Voulé
Frititi
: Nous voulons d'abord vous remercier pour l'occasion
que vous nous offrez afin de nous permettre de nous
exprimer sur un problème d'actualité. En effet, comme
dirait l'autre, " bien informés, les gens sont des
citoyens ; mal informés, ils sont des sujets." Le
peuple togolais a désormais besoin d'être bien informé
pour pouvoir mieux cerner les problèmes auxquels il doit
faire face afin de pouvoir juger à sa juste valeur,
ceux qui le gouvernent.
Lesquelles rumeurs ? Dites plutôt que le peuple
togolais souhaiterait qu'on révise la Constitution
actuelle pour l'adapter, peut être aux
préoccupations de l'heure et ce serait plus
responsable que de parler " de rumeurs " qui n'en
finissent jamais.
Personnellement, et nous avons eu l'occasion de
l'exprimer, il n'est plus question de " retoucher,
c'est - à - dire de réviser " la Constitution de
1992 ; elle a déjà vécu. Il faut réécrire une
nouvelle Constitution et nous invitons le
Président de la République à évoluer dans ce sens,
sinon, la solution qui sera proposée par le
facilitateur ne servirait à rien si ce n'est que
du mercurochrome versé sur une plaie gangrenée.
N-E : La constitution de 1992 avait imposé le
régime semi-parlementaire où le Chef de l'Etat
était réduit à l'arrosage des chrysanthèmes. Après
le toilettage opéré par l'Assemblée monocolore RPT
sous Natchaba, le Togo s'est retrouvé en présence
d'un régime présidentiel fort. A votre avis,
quelle est la Constitution qui sied actuellement
le mieux à la république togolaise après plusieurs
années de règne d'un régime totalitaire ?
V-F
: La Constitution de 1992 n'avait imposé aucun
régime semi - parlementaire, c'était plutôt un
parlementarisme larvé, raison pour laquelle son
application avait posé d'énormes difficultés. Les
modifications opérées dont vous faites cas, même
si elles ont essayé de régler momentanément
certains problèmes qui se posaient en ce temps,
elles n'ont pas permis et ne permettront jamais de
remettre la pendule à l'heure. Les fissures ont
été créées et toute idée de replâtrage serait une
nullité et la seule voix possible reste la mise en
place d'une commission nationale plurielle avec
des hommes assez avertis, aptes à se remettre en
cause pour faire un travail sérieux et
irréprochable.
Nous voulons, dès le départ, attirer votre
attention sur le fait qu'il n' y aura jamais de
Constitution qui prenne en compte toutes les
préoccupations aussi bien du présent que du futur
pour la simple raison que ce qui est valable
aujourd'hui peut être non acceptable par les
générations futures, d'une part ; qu'il faut
noter qu'une Constitution est toujours un habit
taillé sur mesure, c'est pourquoi les
constitutions prévoient toujours des mécanismes de
réadaptation du texte souvent approuvé par une
écrasante majorité, d'autre part.
Malheureusement, les premiers à contester le texte
consensuellement approuvé sont les classes
intellectuelles qui ne trouvent plus leurs
intérêts dans l'application des idées et
propositions qu'elles avaient arrêtées et leurs
critiques deviennent plus acerbes ; elles ameutent
d'abord les jeunes à la recherche d'un travail,
ensuite les parents las de supporter leurs enfants
avec leurs petits - fils et enfin pénètrent dans
l'armée, ce corps dimorphe pour susciter des
révoltes, etc. et le cycle des faits sociaux
recommence avec dévotion simulée à l'ancienne loi
fondamentale. Le peuple qui, dans sa naïveté
habituelle, avait donné son aval à la loi
fondamentale par le jeu de référendum, pense que
le moment est venu pour cracher sur cette loi, du
fait des retouches opérées sans son avis.
Nous voulons conclure que ce n'est pas parce qu'un
régime totalitaire a duré plusieurs années que la
présente Constitution ne s'adapte plus aux
exigences de la population, mais plutôt ce sont
des conditions matérielle et financière de vie qui
poussent les citoyens à la révolte et certains
renchériront que c'est la suspension de
coopération avec les partenaires étrangers,
suspension due à la non instauration totale de la
démocratie.
N-E : La crise Togolaise s'enlise à cause de la
crise de confiance qui prévaut entre les
différentes acteurs de la scène politique du pays.
Aujourd'hui il est question d'une course pour la
primature et un parti politique, en l'occurrence
l'UFC est accusé de rencontrer secrètement le RPT
pour des accords en sourdines pour se voir confier
ce poste au grand dam de ses partenaires
politiques. " Jeune Afrique " en a parlé et
aujourd'hui chacun est sur ses gardes exacerbant
la crise de confiance qui règne entre les partis
de l'opposition. Que se passe t-il au juste entre
le RPT et l'UFC ?
V-F
: Vous savez qu'en matière de négociation
politique, toutes les approches même les plus
immorales sont permises et de ce fait, des
démarches que vous qualifiez de rencontres
secrètes peuvent s'effectuer et le plus souvent,
elles se déroulent hors du pays et l'on se
souviendra des négociations entre la France et le
FLN (Front de Libération Nationale), tantôt à
EVIAN , tantôt au Château RAMBOUILLET alors que de
part et d'autre, chaque camp restait sur sa
position figée et si au Togo certaines formations
politiques de l'opposition sont arrivées à la
conclusion que des rencontres de ce genre peuvent
contribuer à la décrispation de la crise
togolaise, on ne peut que les féliciter d'un tel
courage audacieux. Nous pensons que c'était une
erreur politique monumentale en refusant depuis
belle lurette de se rencontrer globalement ou
sectoriellement.
En politique, les bases des accords se négocient
discrètement et seule la signature de ces accords
se fait à ciel ouvert. Nous ne pouvons ni
confirmer, ni infirmer que ni l'UFC, ni la CDPA,
ni le CAR ou ni le RPT et d'autres formations ne
se retrouvent autour d'une table rectangulaire ou
ovale. Mais ce que nous pouvons faire remarquer,
c'est lorsqu' à un moment donné, si ces genres
d'attitudes deviennent inéluctables, chaque partie
prenante doit faire un effort pour bémoliser ses
déclarations afin de ne pas trop frustrer les
militants de base qui ne sont pas au courant de
ces rencontres.
A propos de courses effrénées qu'aurait engagées
l'UFC pour accéder à la primature, si
l'information fournie par "Jeune Afrique " s'est
avérée, nous ne pensons pas qu'on peut jeter un
anathème sans circonstance atténuante sur l'UFC,
car, la lutte politique a pour finalité la
conquête et la gestion du pouvoir. Il serait de
bonne guerre que chaque formation politique en
lutte pour la conquête du pouvoir utilise son
stratagème.
N-E : Vous parlez d'une nouvelle constitution, ne
pensez-vous pas que cela va prendre du temps et
surtout permettre à l'Assemblée monocolore dont
vous êtes doyen de rester encore longtemps en
poste et empêcher les autres de venir ?
V-F:
Non et non ! Si le Président de la République le
désire et souscrit au principe énoncé, tout cela
est possible et réalisable dans un délai
relativement court (sept à huit mois), c'est - à
- dire de septembre à avril. La commission aura au
maximum 60 jours pour déposer son texte, le
gouvernement 30 jours pour étudier le projet de
texte ; le peuple sera convoqué pour se prononcer
par référendum dans un délai de 30 jours. Les
textes subséquents seront élaborés pendant 60
jours. Le recensement effectué en 60 jours et les
élections législatives anticipées en mars ou en
avril. Tout cela est possible dès lors que le
facilitateur aura aidé les protagonistes à
accorder leur violon. Vous voyez donc que le
mandat de l'Assemblée actuelle aura été écourté de
quelques 6 mois. Il n'y a donc aucune intention de
créer un cadre à vie pour les actuels Députés
dont nous faisons partie.
N-E : Quel est votre mot de fin ?
V-F
: Le dialogue inter togolais que nous avons
souhaité fait son petit bonhomme de chemin presque
à la satisfaction de tout le monde. Si l'on se
souvient, il y a seulement quelques semaines, une
frénésie allait emporter un grand nombre de
togolais du fait que deux délégations sur neuf
n'avaient pas voulu apposer leur paraphe sur le
document de synthèse intitulé " accord politique
de base " élaboré par le Bureau du dialogue. Avec
la désignation d'un facilitateur à la personne du
Président Blaise COMPAORE, nous pensons que le
dialogue inter togolais est sur la bonne voie et
que très bientôt une issue heureuse sera trouvée
et le peuple poussera un ouf. Mais nous
ajouterons que tous ces efforts ne seront
véritablement couronnés de succès que lorsque
toutes les délégations au dialogue accepteraient
la mise en place d'une nouvelle Constitution.
Propos recueillis par Ayi Julien |