AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 
 
Nouvel Echo

31 juillet 2006

[ 405  du 28  juillet 2006]

 

Interview : L’honorable député Voulé Frititi : «Si le Président de la République le désire la révision de la constitution est réalisable dans un délai relativement court (7 à 8 mois)

Voulé Frititi, Ancien Ministre et Député à l'Assemblée nationale
cliquer pour agrandir la photo

Nouvel Echo : Des rumeurs les plus persistantes font état de ce qu'une commission sera mise en place par Faure Gnassingbé pour retoucher la constitution qui devra par la suite être soumise au référendum. Qu'en est-il exactement ?

Voulé Frititi : Nous voulons d'abord vous remercier pour l'occasion que vous nous offrez afin de nous permettre de nous exprimer sur un problème d'actualité. En effet, comme dirait l'autre, " bien informés,  les gens sont des citoyens ;  mal informés, ils sont des sujets."  Le peuple togolais a désormais besoin d'être bien informé pour pouvoir mieux cerner les problèmes auxquels il doit faire face afin de pouvoir juger à sa juste valeur,  ceux qui le gouvernent.

 
 

Lesquelles rumeurs ? Dites plutôt que le peuple togolais souhaiterait qu'on révise la Constitution actuelle pour l'adapter, peut être aux préoccupations de l'heure et ce serait plus responsable que de parler " de rumeurs " qui n'en finissent jamais. 

Personnellement, et nous avons eu l'occasion de l'exprimer, il n'est plus question de " retoucher, c'est - à - dire de réviser " la Constitution de 1992 ; elle a déjà vécu. Il faut réécrire une nouvelle Constitution et nous invitons le Président de la République à évoluer dans ce sens, sinon, la solution qui sera proposée par le facilitateur ne servirait à rien si ce n'est que  du mercurochrome versé  sur une plaie gangrenée.

N-E : La constitution de 1992 avait imposé le régime semi-parlementaire où le Chef de l'Etat était réduit à l'arrosage des chrysanthèmes. Après le toilettage opéré par l'Assemblée monocolore RPT sous Natchaba, le Togo s'est retrouvé en présence d'un régime présidentiel fort. A votre avis, quelle est la Constitution qui sied actuellement le mieux à la république togolaise après plusieurs années de règne d'un régime totalitaire ?
V-F
: La Constitution de 1992 n'avait imposé aucun régime semi - parlementaire, c'était plutôt un parlementarisme larvé, raison pour laquelle son application avait posé d'énormes difficultés. Les modifications opérées dont vous faites cas, même si elles ont essayé de régler momentanément certains problèmes qui se posaient en ce temps, elles n'ont pas permis et ne permettront jamais de remettre la pendule à l'heure. Les fissures ont été créées et toute idée de replâtrage serait une nullité et la seule voix possible reste la mise en place d'une commission nationale plurielle avec des hommes assez avertis,  aptes à se remettre en cause pour faire un travail sérieux et irréprochable.

Nous voulons,  dès le départ,  attirer votre attention sur le fait qu'il n' y aura jamais de Constitution qui prenne en compte toutes les préoccupations aussi bien du présent que du futur pour la simple raison que ce qui est valable aujourd'hui peut être non acceptable par les générations futures,  d'une part ; qu'il faut noter qu'une Constitution est toujours un habit taillé sur mesure, c'est pourquoi les constitutions prévoient toujours des mécanismes de réadaptation du texte souvent approuvé par une écrasante majorité, d'autre part.

Malheureusement, les premiers à contester le texte consensuellement approuvé sont les classes intellectuelles qui ne trouvent plus leurs intérêts dans l'application des idées et propositions qu'elles avaient arrêtées et leurs critiques deviennent plus acerbes ; elles ameutent d'abord les jeunes à la recherche d'un travail, ensuite les parents las de supporter leurs enfants avec leurs petits - fils et enfin pénètrent dans l'armée, ce corps dimorphe pour susciter des révoltes, etc. et le cycle des faits sociaux recommence avec dévotion simulée à l'ancienne loi fondamentale. Le peuple qui, dans sa naïveté habituelle, avait donné son aval à la loi fondamentale par le jeu de référendum, pense que le moment est venu pour cracher sur cette loi,  du fait des retouches opérées sans son avis.

Nous voulons conclure que ce n'est pas parce qu'un régime totalitaire a duré plusieurs années que la présente Constitution ne s'adapte plus aux exigences de la population, mais plutôt ce sont des conditions matérielle et financière de vie qui poussent les citoyens à la révolte et certains renchériront que c'est la suspension de coopération avec les partenaires étrangers, suspension due à la non instauration totale de la démocratie.

N-E : La crise Togolaise s'enlise à cause de la crise de confiance qui prévaut entre les différentes acteurs de la scène politique du pays. Aujourd'hui il est question d'une course pour la primature et un parti politique, en l'occurrence l'UFC est accusé de rencontrer secrètement le RPT pour des accords en sourdines pour se voir confier ce poste au grand dam de ses partenaires politiques. " Jeune Afrique " en a parlé et aujourd'hui chacun est sur ses gardes exacerbant la crise de confiance qui règne entre les partis de l'opposition. Que se passe t-il au juste entre le RPT et l'UFC ?

V-F
: Vous savez qu'en matière de négociation politique,  toutes les approches même les plus immorales sont permises et de ce fait,  des démarches que vous qualifiez de rencontres secrètes peuvent s'effectuer et le plus souvent,  elles se déroulent hors du pays et l'on se souviendra des négociations entre la France et le FLN (Front de Libération Nationale), tantôt à EVIAN , tantôt au Château RAMBOUILLET alors que de part et d'autre,  chaque camp restait sur sa position figée et si au Togo certaines formations politiques de l'opposition sont arrivées à la conclusion que des rencontres de ce genre peuvent contribuer à la décrispation de la crise togolaise, on ne peut que les féliciter d'un tel courage audacieux. Nous pensons que c'était une erreur politique monumentale en refusant depuis belle lurette de se rencontrer globalement ou sectoriellement.

En politique, les bases des accords se négocient discrètement et seule la signature de ces accords se fait à ciel ouvert. Nous ne pouvons ni confirmer, ni infirmer que ni l'UFC, ni la CDPA, ni le CAR ou ni le RPT et d'autres formations ne se retrouvent autour d'une table rectangulaire ou ovale. Mais ce que nous pouvons faire remarquer, c'est lorsqu' à un moment donné, si ces genres d'attitudes deviennent inéluctables, chaque partie prenante doit faire un effort pour bémoliser ses déclarations afin de ne pas trop frustrer les militants de base qui ne sont pas au courant de ces rencontres.

A propos de courses effrénées qu'aurait engagées l'UFC pour accéder à la primature, si l'information fournie par "Jeune Afrique "   s'est avérée, nous ne pensons pas qu'on peut jeter un anathème sans circonstance atténuante sur l'UFC, car, la lutte politique a pour finalité la conquête et la gestion du pouvoir. Il serait de bonne guerre que chaque formation politique en lutte pour la conquête du pouvoir utilise son stratagème.

N-E : Vous parlez d'une nouvelle constitution, ne pensez-vous pas que cela va prendre du temps et surtout permettre à l'Assemblée monocolore dont vous êtes doyen de rester encore longtemps en poste et empêcher les autres de venir ?
V-F:
Non et non ! Si le Président de la République le désire et souscrit au principe énoncé, tout cela est possible et réalisable dans un délai relativement court (sept à huit mois),  c'est - à - dire de septembre à avril. La commission aura au maximum 60 jours pour déposer son texte, le gouvernement  30 jours pour étudier le projet de texte ; le peuple sera convoqué  pour se prononcer par référendum dans un délai de 30 jours. Les textes subséquents seront élaborés pendant 60 jours. Le recensement effectué en 60 jours et les élections législatives anticipées en mars ou en avril. Tout cela est possible dès lors que le facilitateur aura aidé les protagonistes à accorder leur violon. Vous voyez donc que le mandat de l'Assemblée actuelle aura été écourté de quelques 6 mois. Il n'y a donc aucune intention de créer un cadre  à vie pour les actuels Députés dont nous faisons partie.

N-E : Quel est votre mot de fin ?
V-F
: Le dialogue inter togolais que nous avons souhaité fait son petit bonhomme de chemin presque à la satisfaction de tout le monde. Si l'on se souvient, il y a seulement quelques semaines, une frénésie allait emporter un grand nombre de togolais du fait que deux délégations sur neuf n'avaient pas voulu apposer leur paraphe sur le document de synthèse intitulé " accord politique de base " élaboré par le Bureau du dialogue. Avec la désignation d'un facilitateur à la personne du Président Blaise COMPAORE, nous pensons que le dialogue inter togolais est sur la bonne voie et que très bientôt une issue heureuse sera trouvée et le peuple poussera un  ouf. Mais nous ajouterons que tous ces efforts ne seront véritablement couronnés de succès  que lorsque toutes les délégations au dialogue accepteraient la mise en place d'une nouvelle Constitution.

Propos recueillis par Ayi Julien

 

Job.com